Bulletin n°20 : Pékin refuse le burden sharing américain dans le conflit au Moyen-Orient
15ème plan : coopération S&T : Pékin veut créer son propre écosystème ; BYD entre dans le cercle où s'écrivent les règles mondiale du VE ; Impact de la guerre sur la croissance chinoise : tentative de modélisation ; Guerre en Iran, fermeture d’Ormuz : canaux de transmission vers l’industrie
📋 Structure de ce Bulletin
- 1. [Agenda législatif, 15ème plan côté cour]
- 2. [Loi anti-corruption transfrontalière : la solution chinoise]
- 3. [15ème plan : coopération S&T : "From joining the club to building a new one »]
- 4. [IATF 16949 : BYD entre dans le cercle où s'écrivent les règles mondiale du VE]
- 5. [Impact de la guerre sur la croissance chinoise : tentative de modélisation]
- 6. [Guerre en Iran, fermeture d’Ormuz et économie chinoise : canaux de transmission vers l’industrie]
- 7. [Comment un think tank de Shanghai analyse la guerre au Moyen-Orient]
- 8. [Consultations sino-américaines à Paris : Pékin veut encadrer le processus]
- 9. [Une diplomatie parlementaire chinoise, très peu diplomatique. Implications pour la France]
- 10. [Trump-Iran : la CGTN sur Cnews]
Edito
Les déclarations de Donald Trump liant implicitement une aide chinoise dans le détroit d’Ormuz et le calendrier du sommet avec Xi Jinping ont créé un problème diplomatique immédiat pour Pékin, qui cherche à éviter que la guerre au Moyen-Orient ne s’invite dans l’agenda bilatéral sino-américain.
Malgré le contexte de guerre, l’exécutif chinois avait jusque-là privilégié la continuité du dialogue et évité toute escalade susceptible de compromettre la rencontre. Si celle-ci devait finalement ne pas avoir lieu, il n’est pas exclu que Pékin ait été à la manoeuvre, contrairement à ce qu’affirme Donald Trump.
La « sortie » du président sur une aide chinoise à Ormuz apparaît surtout diplomatiquement toxique. Elle transforme instantanément un sommet bilatéral en piège diplomatique :
“I think China should help too because China gets 90 per cent of its oil from the straits”, a déclaré D. Trump, le 15 mars, lors d’un entretien téléphonique avec un journaliste du Financial Times.
Cette déclaration a été perçue à Pékin comme politiquement inacceptable. Si la rencontre est reportée, elle pourrait en être une cause directe.
Plus profondément, l’idée même d’une contribution chinoise à la « sécurisation » d’Ormuz n’est pas seulement incompatible avec la ligne diplomatique de Pékin ; elle est, du point de vue chinois, fondamentalement inéquitable. Elle ferait de la dépendance énergétique chinoise un levier d’enrôlement militaire au service d’une architecture sécuritaire américaine, au prix d’une dégradation de la relation avec l’Iran et d’un revirement stratégique que Pékin n’est pas disposé à assumer.
Ce bulletin consacre plusieurs mémos aux répercussions du conflit sur la Chine.
➔ Dans ce Bulletin 10 Mémos
▶ Politique intérieure
1. Agenda législatif, 15ème plan côté cour
Le Comité permanent de la 14e Assemblée populaire nationale (ANP) a présenté son rapport 2025. 十四届全国人大四次会议新闻中心 Ce rapport de travail dresse le bilan annuel d'activité de l'organe législatif permanent chinois pour l'année 2025 et la feuille de route pour 2026, première année du 15e plan quinquennal. ( 1 484 signes. mots-clés : intelligence artificielle ; corruption ; 15ème plan )
Parmi les nombreux projets de lois, je retiens les suivants :
Sur l’IA : Le rapport 2026 franchit une étape en demandant de "renforcer la recherche législative" spécifique pour préparer une loi nationale. Le rapport précédent plaçait l’IA en « soutien » à l’économie souveraine et à la croissance industrielle.
La Loi sur la stabilité financière, en gestation prolongée, (金融稳定法) entre désormais dans la phase finale du pipe législatif. Elle fait partie des priorités immédiates de l'agenda législatif de l'année. Cette loi vise à créer un mécanisme de prévention et de résolution des risques financiers majeurs, en centralisant la gestion des crises sous l'égide du Conseil des Affaires d'État (CEA).
Le rapport annonce explicitement l'examen du projet de Loi sur les activités et la protection de l'environnement en Antarctique (南极活动与环境保护法草案). C'est la première fois qu'un texte législatif spécifique à cette zone est élevé au rang de priorité stratégique nationale, soulignant une volonté de codifier juridiquement la présence et les intérêts de la Chine dans le grand Sud.
Sur l’agenda 2026 également, l'annonce d'une loi anti-corruption transnationale (反跨境腐败法), inédite et sans équivalent dans le rapport 2025. Elle signale une ambition de projection extraterritoriale de l'appareil anti-corruption chinois.
Enfin, le codifie en la précisant la fonction de soutien de politique extérieure de l’ANP au service de la diplomatie du Parti-État. J’avais abordé cette question dans un mémo précédent. Il mérite un suivi particulier, que je verse également dans la rubrique « influence », d’autant que notre Parlement a publié, le mois dernier un rapport sur « une doctrine française en matière de diplomatie parlementaire ». Lire aussi mes mémos infra.
2. Loi anti-corruption transfrontalière : la solution chinoise
Le Comité permanent de la 14e Assemblée populaire nationale (ANP) a présenté son rapport 2025, dans lequel figure l'annonce de la préparation d’une future loi anti-corruption transnationale (反跨境腐败法), inédite et sans équivalent dans le rapport 2025.Ce projet est en réalité en gestation depuis le 3ème Plenum de l’été 2024 et la volonté de mettre sur pied une législation complète anti-corruption, à portée à la fois nationale et internationale. ( 3 379 signes. Mots-clés : ONU ; Corruption ; CNUCC)
Un article du quotidien de la jeunesse 我国将制定反跨境腐败法,反腐败法律制度体系进一步完善, daté du 9 mars, alors que se tient la session Parlementaire à Pékin, rappelle le contexte et les objectifs visés par le projet. Le raisonnement des pouvoirs publics chinois est le suivant : la corruption transfrontalière devient un problème structurel, à la fois pour les intérêts des entreprises chinoises opérant et investissant à l’international, pour l’image de la Chine et l’environnement des affaires. Or, le cadre juridique actuel en matière de lutte contre la corruption est insuffisant. Il faut donc renforcer la législation nationale, l’aligner avec les standards internationaux dominants afin de pouvoir peser sur la définition des règles, la prévention et la coopération en la matière, et surtout contrer les actions des juridictions étrangères qui menacent les intérêts chinois. China eyes cross-border corruption law. Will it blunt the ‘long arm’ of the West? | South China Morning Post (La Chine se penche sur une loi contre la corruption transfrontalière. Va-t-elle émousser le "bras long" de l'Occident ?)
Dès 2023, Le ministère chinois des affaires étrangères avait souligné à la conférence des États parties de la Convention des Nations Unies contre la corruption (CNUCC), et encore fin 2025, : la coopération anticorruption doit respecter la souveraineté, ne pas servir de prétexte à des usages extraterritoriaux abusifs, et rester dans le cadre onusien.
L’ONU comme bouclier et levier d’action
La Chine a une vision très structurelle et organique du monde. Elle raisonne en termes de concurrence de normes. Elle s’emploie non seulement à appliquer son droit, mais aussi à proposer sa propre architecture juridique. Sa volonté est de fournir une réponse institutionnelle chinoise à la gouvernance mondiale anticorruption, ce qu’elle désigne sous la formule-valise de « solution chinoise ».
Elle formalise ainsi un cadre juridique anti-corruption transfrontalier qui, sur le papier, s’inspire des modèles occidentaux (FCPA américain, UK Bribery Act britannique), mais avec une ambition de rivaliser avec eux, et les supplanter dans les pays du Sud.
En l’occurrence, la Chine s’apprête à renforcer son cadre légal en l’alignant sur le standard dominant à l’international, puis influencer ce dernier en le « sinisant » de l’intérieur par le biais d’un intense travail de lobbying dans les enceintes concernées, ici la CNUCC, même si elle reste un instrument à portée limitée.
Pékin est très actif dans cette enceinte centrale de l’ONU pour la lutte contre la corruption. Les autorités chinoises mettent traditionnellement en avant un axe d'effort sur le recouvrement d’avoirs (Cf. mon Focus) et le retour de fugitifs comme contribution à la gouvernance mondiale, mais elles en concentrant de plus en plus ses efforts sur ses mécanismes proprement dit et le travail amont de prévention (chapitres 1 et 2 de la Convention).
La Chine oppose à l’extraterritorialité du droit américain ses solutions extraterritoriales nationales.
Pour la Chine, la CNUCC est le cadre central et légitime de la coopération anticorruption, c’est donc sur elle qu’elle doit agir en :
- se présentant comme l’un des premiers signataires et comme un État qui en applique les obligations
- préservant le caractère intergouvernemental du processus ;
- en insistant sur la souveraineté, la non-ingérence, l’égalité entre États, l’absence de doubles standards et le refus de la « politisation », le leitmotiv favori des communicants du PCC.
Depuis 2023 et la conférence des États parties de la CNUCC, Pékin est très clair : il défend les coopérations “justes et équitables, respectant les différences » (公平正义、尊重差异) et s’oppose explicitement à l’usage de l’anticorruption comme prétexte aux pratiques extraterritoriales (长臂管辖).
La solution coule de source : une “solution chinoise” qui ne s’affranchit pas du cadre international, mais le réinterprète à partir d’un droit chinois renforcé et au nom d’un multilatéralisme onusien dénonçant et affaiblissant les usages et normes occidentaux.
La même mécanique au service d’une même volonté s’observe dans de nombreux domaines, à l’instar de la question des droits de l’homme.
Sur ce sujet, lire ou relire mes mémos :
Bulletin n°18 : Wang Yi : de la « gouvernance » des droits de l’homme ;
Bulletin n°19 : Droits de l’homme, Iran et groupe d’amis pour la gouvernance globale
3. 15ème plan : coopération S&T : "From joining the club to building a new one »
Le draft du 15ème voit la marque de la volonté chinoise de structurer l’environnement international de la science et des technologies, ce qui représente un saut important par rapport au 14ème plan. Selon le 15ème plan, la Chine ne se satisfait plus de faire partie de la communauté scientifique internationale. ( 4261 signes. Mots-clés : R&D)
En effet, le 14ème plan à cinq ans (2021-2025), restait dans la suite logique de la montée en puissance de la Chine dans le système existant :
« mettre en œuvre une stratégie de coopération scientifique et technologique internationale plus ouverte, inclusive, réciproque et partagée, et s’intégrer de manière plus active au réseau mondial de l’innovation »
Le 15ème plan, dans son chapitre 9, change de registre, il faut désormais que la Chine participer à la création d’un nouvel environnement :
« Créer un écosystème d'innovation ouvert et compétitif à l'échelle mondiale, afin de soutenir la collaboration avec des chercheurs du monde entier pour résoudre des problème relevant de la science fondamentale et à la pointe (de l’innovation)»
Littéralement, le texte indique que l’objectif est de « bâtir » un nouvel environnement de « coopération ouverte » (构建高水平科技开放合作新格局 ) et de façonner un nouvel écosystème d’innovation ouvert » (营造具有全球竞争力的开放创新生态)
Par ouvert (开放), les textes gouvernementaux sont explicites. Il s’agit :
- D’attirer et intégrer des ressources scientifiques mondiales dans l’écosystème chinois
- Rendre la coopération toujours techniquement et administrativement possible
- Créer les conditions de l’émergence d’ un système international organisé autour d’institutions chinoises.
Nous appuierons la création d'organisations scientifiques et technologiques internationales sur le territoire national et mettre en place des prix scientifiques et technologiques internationaux ayant un rayonnement mondial
La motivation et les mécanismes des prix scientifiques sont identiques à ceux des classements internationaux, dont universitaires ( Ex : le Classement de Shanghai).
Créer un nouveau « club », pour quoi faire ?
La section 3 chapitre 9 propose :
« de mettre en place un système de gestion des transferts transfrontaliers de fonds destinés à la science et à la technologie ainsi que de leur utilisation à l'étranger, ainsi qu'un mécanisme » garantissant la circulation transfrontalière sûre et ordonnée des données de recherche ».
L'objectif affiché est de :
« promouvoir les grandes infrastructures et plateformes de recherche chinoises aux scientifiques du monde entier, et de renforcer la participation et l'influence de notre pays au sein du système mondial d'innovation scientifique et technologique ».
Puis, d’ héberger et co-piloter des dispositifs scientifiques internationaux :
« en Optimisant les mécanismes de gestion des échanges et de la coopération spécialisée internationales dans les universités, les instituts de recherche et les associations scientifiques et technologiques. Nous conduirons et participerons aux grands projets scientifiques internationaux et aux grands programmes scientifiques, tout en soutenant l'implantation d'organisations scientifiques et technologiques internationales sur le territoire national ; y créer des prix scientifiques et technologiques internationaux ayant un rayonnement mondial.
Des sources semi-officielles indiquent que le texte traduit la mise à niveau de la stratégie nationale de S&T visant à faire de la Chine une plaque tournante de la coopération scientifique mondiale grâce à l'optimisation des institutions et à la mise en place de plateformes, et ainsi de passer d’un rôle de « participant passif » à celui de « guide » pour le reste du monde.
Le chapitre qui suit, le chapitre 10 du Plan, place l’entreprise au cœur de cette stratégie d’attractivité de la recherche scientifique et technologique avec
« un rôle central décisionnaire en matière d'innovation technologique, en investissements en R&D, dans l'organisation de la recherche scientifique en fluidifiant l’ intégration entre les chaînes de l'innovation, de la production, des financements et des ressources humaines »
Commentaire :
La Chine ne veut plus être simple adhérente d’un « club » dont elle bénéficierait à la marge, et dans lequel elle obéirait à son «règlement intérieur ». Elle en construit un à la mesure de son marché domestique, et de son potentiel d’innovation, du moins de la perception qu’elle en a.
Un double mouvement s’opère : d’une part un mouvement centripète d’attraction des meilleurs intrants, savoir-faire et plateformes d’innovation sur son territoire – rien de nouveau - et, un second, en miroir, consistant à s’investir plus lourdement dans les organismes et programmes internationaux de S&T tout en poussant une architecture d’infrastructures digitalisées et des mécanismes propres (« promouvoir les grandes infrastructures et plateformes de recherche chinoises aux scientifiques du monde entier »). Ses entreprises devant dans les deux cas être directement bénéficiaires de la création des innovations, des transferts technologiques et de leur circulation dans leurs écosystèmes nationaux et internationaux.
Le mémo suivant nous offre une illustration, côté entreprise, de ce plan de charge dans lequel la Chine veut co-écrire les règles de demain au bénéfice d’un écosystème propriétaire en matière de S&T et dans l’industrie.
4. IATF 16949 : BYD entre dans le cercle où s'écrivent les règles mondiales du véhicule électrique
Le 4 mars, L'IATF a créé une nouvelle entité juridique, l'IATF AISBL (Association Internationale Sans But Lucratif), enregistrée à Bruxelles. L'adhésion de BYD a été formalisée et approuvé par vote à l'unanimité de tous les membres, sous parrainage américain (Automotive Industry Action Group - AIAG).
L’IATF (International Automotive Task Force) est un groupe composé de 11 constructeurs automobiles et de 5 associations nationales, visant à améliorer la qualité des produits pour les clients du secteur automobile à l’échelle mondiale.
C’est un peu technique, mais passez rapidement sur les sigles : c’est la logique d’expansion de BYD qui est intéressante, ainsi que notre positionnement. ( 4 803 signes ; Mots-clés : IATF ; ISO 9001 ; BYD ; IAA ; normes et standards )
L’objectif de l'IATF AISBL est maintenir la pertinence du référentiel IATF 16949 comme standard mondial. La révision du standard IATF 16949 est en cours, la nouvelle version étant attendue après la publication d'ISO 9001 prévue en septembre 2026, soit une 2e édition probablement en 2027
l’IATF 16949 ?
Le référentiel IATF 16949 définit les exigences de processus pour l'ensemble de la chaîne de production et d'approvisionnement. C'est une norme de système de management. Le standard IATF 16949 ne peut pas être implémenté seul et fonctionne comme supplément à ISO 9001:2015.
Sa révision 2027 devra obligatoirement intégrer l'ensemble des nouveaux processus industriels propres aux VE (gestion du cycle de vie des batteries, sécurité fonctionnelle des architectures 800V, validation des systèmes OTA (over-the-air updates), la qualification des composants pour la conduite autonome…) et plus généralement les processus de développement logiciel embarqué, ce que l'industrie appelle le SDV (Software Defined Vehicle). Ces domaines n'ont actuellement aucun équivalent dans le 16949 conçu pour le moteur thermique.
L'IAA (Industrial Accelerator Act) a été proposée par la Commission européenne le 4 mars 2026, soit la même semaine que la création de l'IATF AISBL. Aucune chaine causale à l’œuvre.
Toutefois, l'IAA contraint la structure des investissements (capital, PI, emploi) tandis que l'IATF AISBL définit les référentiels dans lesquels ces coentreprises devront opérer. Pour BYD qui investit en Hongrie et cherche à s'étendre en Europe, l'adhésion IATF lui permet de se présenter comme acteur conforme aux standards communs, ce qui facilite la construction de JV avec des partenaires européens dans le cadre imposé par l'IAA. L'IATF AISBL est donc une infrastructure de légitimité qui met de l’huile dans les rouages les mécanismes contraignants de l'IAA.
La position de force de BYD dans l'AISBL : ce qu'en dit la presse spécialisée chinoise
La presse financière chinoise titre sans ambiguïté sur la rupture du monopole occidental. Un commentateur de Kuai Technology écrit que BYD marque la première fois qu'un constructeur chinois de VE accède au cœur décisionnel de l'IATF, apportant une "solution chinoise" – encore une solution ! - pour adapter les standards mondiaux à la transition électrique, et établissant un précédent pour la participation future de constructeurs chinois à l'élaboration des règles internationales.
L'analyse industrielle sur Sohu va plus loin : des analystes sectoriels soulignent que l'adhésion de BYD signifie sa participation directe à la rédaction et à la révision des standards qualité de la prochaine génération de composants automobiles.
Pour BYD, avec son immense écosystème fournisseurs, cela permettrait de convertir ses pratiques avancées dans les domaines de la batterie, du moteur électrique et de la commande électronique en standards industriels, réduisant ses coûts de conformité et améliorant l'efficacité de sa chaîne de valeur.
Le communiqué officiel de BYD lui-même, relayé par Sina Finance, est formulé dans le cadre de la stratégie de normalisation (标准化战略) et faire don de « la sagesse chinoise à la transition verte de l'industrie automobile mondiale » (SIC)
Commentaire
L'adhésion de BYD à l'IATF nouvelle mouture envoie un signal sur les marchés où la méfiance envers les marques chinoises reste forte (Europe, Amérique du Sud, Asie du Sud-Est) : BYD fait partie du « club », la preuve ses pairs occidentaux ont voté pour lui !
BYD cherche à s'imposer comme pivot d'un écosystème fournisseurs. Être membre IATF facilite l'intégration de ses propres fournisseurs dans des chaînes d'approvisionnement globales certifiées et, potentiellement aussi, d’imposer ses exigences qualité à ses fournisseurs via le référentiel IATF.
Or, l'IATF n'offre aucun mécanisme de protection contre le développement de normes concurrentes chinoises sur les marchés tiers. Les standards GB/T et les certifications du ministère chinois de l’industrie (MIIT) continuent d'avancer indépendamment, notamment en Afrique et en Asie du Sud-Est où la Chine négocie bilatéralement la reconnaissance de ses propres cadres. L'adhésion de BYD à l'IATF ne ralentit pas ce mouvement.
Analyse
Ce mouvement n’est pas sans précédent. Le constructeur Geely était devenu le premier membre IATF à droit de vote asiatique en 2021 et avait brisé le monopole occidental.
Aujourd’hui, l’IATF se refonde juridiquement et intègre BYD. On peut y voir une volonté d’encadrer la montée en puissance chinoise dans un cadre normatif occidental existant plutôt que laisser émerger un système parallèle centré sur des standards GB/T chinois.
Les OEM occidentaux l’accepteraient, par « pragmatisme défensif », sachant qu'exclure le premier vendeur mondial de VE de la table où s'écrit la prochaine version du standard représenteraient, selon eux, une erreur stratégique plus coûteuse encore.
Mais la question est de savoir si BYD va utiliser son siège IATF pour converger les deux systèmes, ou au contraire pour maintenir une dualité normative qui lui donne une flexibilité maximale selon les marchés.
La première option bénéficierait à tous ; la seconde est la plus rationnelle pour BYD seul. Le précédent CharIN, pour les connaisseurs, offre un bilan mitigé car la Chine reste sur ses standards et le Japon sur les siens, pour résumer. La formalisation d'une structure (CharIN) n'a pas suffi à imposer un standard mondial face à la Chine qui dispose d’un marché intérieur suffisamment massif… pour ne pas avoir besoin de « converger » et donc ne pas en avoir l’intention.
5. Impact de la guerre sur la croissance chinoise : tentative de modélisation
Situation économique chinoise dans un contexte de guerre prolongée
Le 15ème plan fixe un objectif de croissance « raisonnable »
Maintenir l’économie dans une fourchette de fonctionnement raisonnable et promouvoir une amélioration qualitative effective et une croissance quantitative raisonnable
Ainsi qu’une organisation de la résilience :
Nous devrons prévenir et désamorcer efficacement les différents risques, accroître la résilience de l’économie et de la société, et garantir notre développement par un nouvelle configuration sécuritaire ».
Croissance et résilience
Le problème avec ces projections et ces intentions, c’est leur postulat autour d’une baseline de croissance chinoise à 5%, linéaire et hors conflit.
Pour certains cabinets d’études indépendants (Rhodium…), elle serait davantage comprise entre 2% et 3,5%. Pour les institutions internationales, elles oscillent entre 3,5 % et 4,5%...mais toujours hors conflit au Moyen-Orient et ses répercussions en cascade.
Aussi, j’ai réalisé un graph avec les données officielles chinoises du BNS, pondérées en valeur relative et en incluant un champ d’intervention macro-économique et macroprudentielle dès lors que la situation le nécessiterait. On reste dans l’économie de marché + l’économie de marché socialiste, à savoir les leviers réellement mis en œuvre.

Comment le lire et s’en servir ?
- Seuil de déclenchement
C'est le niveau de croissance en dessous duquel Pékin se sent obligé de réagir. La cible officielle est "environ 5%". En dessous de 4 à 4,2%, la situation devient politiquement délicate. C'est là que les dirigeants activent leurs leviers d'urgence.
- La baseline
C'est le niveau de croissance chinoise avant le choc. Le curseur permet de choisir entre plusieurs estimations : le chiffre officiel du gouvernement chinois (5%), celui du FMI (4,5%), celui de la Banque mondiale (4,4% ou 4%) ou des estimations indépendantes plus pessimistes comme celle du cabinet Rhodium (3,5%), qui estime que les statistiques officielles surestiment la réalité.
- Les canaux de distribution
Ce graphique montre jusqu’où le conflit peut impacter la croissance économique chinoise, mois après mois, et sur quels leviers le gouvernement chinois peut réagir.
R — le stress sur les raffinés et le diesel
C — les coûts industriels
M — la production manufacturière
- La durée du conflit
Combien de temps le détroit restera perturbé ? Plus c'est long, plus les trois canaux s'accumulent.
- L'Intensité du choc
est-ce une perturbation partielle (×0,5) ou une fermeture quasi-totale (×1,5) ?
- Les trois corridors de substitution
La Chine ne reste pas sans rien faire face au manque de carburant ! Elle peut puiser dans ses réserves stratégiques et s'approvisionner ailleurs :
-Immédiatement via ses stocks de sécurité, l'Afrique ou l'Amérique latine
-À moyen terme via la Russie (par un oléoduc sibérien appelé ESPO) et l'Asie centrale (Kazakhstan, Turkménistan)
-Plus tard via le corridor Chine-Pakistan (CPEC), un grand projet d'infrastructure encore en développement
Plus ces curseurs sont montés, plus la Chine compense le choc, et moins la croissance chute.
- les leviers gouvernementaux
La courbe verte montre ce qui se passe quand le gouvernement réagit. Il dispose de trois types de leviers :
-La banque centrale chinoise (la PBOC, l'équivalent de la BCE) peut injecter de l'argent dans le système et baisser les taux pour que les entreprises empruntent moins cher
-L'État peut lancer des grands travaux et dépenser plus : les obligations spéciales que l'État émet pour financer des infrastructures.
-Il peut débloquer ses réserves de pétrole stockées et administrer les prix des carburants pour éviter que les hausses ne se transmettent trop vite à l'économie
Voici ma version corrigée (V6), au 18 mars : Impact du conflit Iran/M-O sur le PIB chinois — Sources chinoises
Vos retours seraient appréciés. J'explicite un peu plus loin dans le mémo suivant.
Lire aussi la note de Bruegel : What the war in Iran means for China , plutôt centrée sur les approvisionnements Oil & Gas.
▶ Politique extérieure
6. Guerre en Iran, fermeture d’Ormuz et économie chinoise : canaux de transmission vers l’industrie
Comme évoqué dans le précédent mémo, la guerre en Iran nécessite à tous de réviser ses projections de croissance, Chine comprise. Elle intervient alors que Pékin a ajusté, dans les semaines qui l’ont précédée, son propre taux de croissance pour 2026, aux alentours de 5%, après une croissance réalisée en 2025 de +4,8%.
Les grandes institutions évaluent la croissance chinoise, hors impact de la guerre en Iran, à +4,5% pour le FMI, 4,3% pour l’OCDE et 4% pour la Banque mondiale. Les analyses macro post-guerre prolongée sur 3 mois et fermeture ou perturbation sévère oscillent – en extrapolation linéaire - entre –0,25 à –0,45 point de PIB annuel chinois et –0,5 à –0,9 point en cas de perturbation de six mois (jusqu’à fin T2). ( 3 155 signes. Mots-clés : PIB ; BNS)
En Chine, une note de l’équipe commodities de China International Capital Corporation (CICC, 中金), relayée le 13 mars, modélise deux scénarios de choc pétrolier. Selon ses deux scénarios, la croissance chinoise de 2026 subirait un impact négatif de –0,2 point ou –0,5 point de PIB. La note ajoute qu’en scénario 1 la croissance réelle 2026 serait autour de 4,8 %, et qu’en scénario 2 Pékin devrait probablement renforcer le soutien macroéconomique pour rester dans sa cible.
Un choc surtout sur les produits raffinés
Selon les analyses consultées, ce choc frappera plus directement les produits raffinés (20 % du commerce mondial de diesel passe par Ormuz) qui irriguent transport, industrie, agriculture et logistique. C’est pour cela que l’impact industriel peut être plus rapide et plus violent qu’un simple choc sur le brut.
Dans les scénarios examinés par CICC, l’impact macro deviendra significatif dans l’industrie lorsque la perturbation se prolonge au-delà d’un trimestre, et nécessitera l’intervention macroéconomique et macroprudentielle du gouvernement.
La Chaîne de transmission vers l’industrie chinoise L’impact réel pourrait être plus rapide qu’estimé. Selon d’autres estimations chinoises, il se répercuterait par une hausse des coûts de l’énergie et des intrants chimiques et des tensions sur le raffinage et la pétrochimie.
Puis, il se propagerait sur les coûts industriels, visible dans les sous-indices PMI, et sur les volumes si la demande ne compense pas. Les données chinoises PMI de février 2026 montrent déjà une combinaison fragile :
- une demande extérieure faible,
- une hausse des coûts d’achat, des prix producteurs en remontée et
- des délais fournisseurs tendus.
Stress test pour le secteur automobile
Il faut selon moi suivre en priorité le PMI manufacturier officiel, mais surtout ses sous-indices : nouvelles commandes export, les prix d’achat, à la production, et les délais de livraison fournisseurs, et les stocks. En février 2026, le PMI manufacturier était à 49,0, les nouvelles commandes : 48,6, les nouvelles commandes export à 45,0, l’indice d’achats de matières premières à 54,8, et l’indice des prix producteurs à 50,6. (cf. mon mémo sur l’impact sur la croissance, supra)
Bien sûr, en pondérant avec un delta/biais statistique du Bureau national des statistiques (BNS). Ces indicateurs doivent être interprétés dans leur dynamique relative plus que dans leur valeur absolue. J’ajouterais enfin deux indicateurs de monitoring : le taux de change USD/yuan, parce qu’un renchérissement énergétique importé devient plus dur si le yuan se déprécie et les données mensuelles du NBS sur la valeur ajoutée industrielle, la production d'électricité, la production chimique, le débit des raffineries ainsi que les marges des secteurs à forte intensité énergétique.
L’automobile en Chine concentre plusieurs vulnérabilités : des intrants pétrochimiques, une logistique routière, des exportations vers le Moyen-Orient (20 % des exportations automobiles chinoises vont dans la zone), une guerre des prix domestique et des stocks élevés. Le choc devrait d’abord toucher les équipementiers, puis atteindra les constructeurs par les coûts, les marges et les débouchés.
(Note : je m'aperçois que ma séparation entre politique intérieure et extérieure est un peu artificielle).
7. Comment un think tank de Shanghai analyse la guerre au Moyen-Orient
Le Shanghai International Studies University (SISU) de Shanghai regroupe un fort contingent d’experts en relations internationales. Son Institut sur le Moyen-Orient, l’Institute of Middle East Studies, se distingue par la profusion de ses publications, notes, articles et billets, que j’ai trouvés intéressants car plus réactives aux problématiques globales, y compris économiques, que leurs homologues à Pékin notamment, et moins contraintes aussi.
J’ai feuilleté sa production entre le 9 et le 18 mars. Je retiens les éléments suivants :
Les sujets qui reviennent le plus souvent :
- Le transfert (perçu) du centre de gravité de la guerre contre l’Iran vers Ormuz et l’île de Kharg comme nouveau champ de bataille principal (主战场)
- L’impréparation américaine face au coût réel d’Hormuz, surtout après les appels de D. Trump à une coalition internationale pour sécuriser Hormuz, le 15 mars
- La divergence américano-israélienne : en voulant abattre le régime iranien, Israël réduit les options américaines
- La résilience iranienne par une guerre longue devenue asymétrique
Et, depuis le 15 mars (la question soulevée par D. Trump d’une aide extérieure :
- la Chine elle-même devient objet du conflit entre narratifs américains, occidentaux et chinois
Les risques majeurs ou sous-jacents au conflit :
- L’énergie au sens large, pas seulement le pétrole brut et certains élargissent l’analyse aux engrais, au soufre, aux chaînes maritimes et à la sécurité alimentaire mondiale.
- Le coût et la faisabilité d’une coalition navale. Han Jianwei et Qian Xuming convergent : la géographie d’Hormuz, les missiles, drones, mines, vedettes rapides et le faible tirant d’eau rendent toute “police” militaire du détroit coûteuse, lente et risquée
- Le risque politique intérieur : aux États-Unis et en Iran. Le comportement de Washington est contraint par la politique intérieure, et pas seulement par la stratégie militaire.
- Les experts de la SISU suivent de près le risque de décapitation de l’État iranien après l’élimination d’Ali Ardashir Larijani, un pilier du pouvoir iranien.
Les critiques se concentrent sur la mauvaise gestion de la guerre par Washington, l’instrumentalisation des « alliés » et certaines déclarations à l’emporte-pièce de D. Trump.
Le sous-texte :
Pour Pékin, la guerre en Iran est avant tout une opération militaire américano-israélienne. Elle est un nouveau « un point chaud » que la diplomatie chinoise se fait fort de vouloir solutionner par la médiation. Parler à toutes les parties, afficher maintenir la sécurité des voies maritimes, et rester en dehors tant que dure le conflit...
Le risque n°1 est désormais systémique : énergétique, transports et logistique, économique, engrais et sécurité alimentaire. Depuis le 9 mars et les textes consultés, les experts de la SISU voient moins la guerre en cours comme un conflit au Moyen-Orient et de plus en plus comme une déflagration affectant les « chaînes globales ».
Commentaire :
Je ne suis pas un adepte des « avis d’experts chinois », très souvent orientés s’ils visent une audience cible internationale. Ici, elle est surtout locale. L’analyse produite circule largement et représente un fond de ‘grille de lecture’ de la situation au Moyen-Orient selon une perspective chinoise autorisée, sans narratif additionnel.
8. Consultations sino-américaines à Paris : Pékin veut encadrer le processus
Initialement prévues plus tôt dans le mois (Cf. mon Post du 7 mars), les équipes chinoise et américaine ont tenu, les 15 et 16 mars, à Paris, des consultations économiques et commerciales. ( signes. Mots-clé : He Lifeng : Scott Bessent)
Extrait du communiqué de Xinhua :
Fort du consensus atteint par les chefs d’État des deux pays, des échanges et consultations francs, approfondis et constructifs se sont engagés sur plusieurs questions économiques et commerciales d’intérêt commun, notamment les arrangements tarifaires, la promotion du commerce et de l’investissement bilatéraux, ainsi que la préservation des points d’accord issus de consultations antérieures. (…)
(He Lifeng) a également indiqué que, récemment, la Cour suprême des États-Unis a jugé illégales les surtaxes tarifaires imposées par les États-Unis au titre de l’International Emergency Economic Powers Act. Par la suite, les États-Unis ont imposé, en vertu de l’article 122 du Trade Act de 1974, une surtaxe de 10 % sur les importations en provenance de tous leurs partenaires commerciaux, tout en prenant successivement d’autres mesures négatives à l’encontre de la Chine, notamment des enquêtes au titre de la section 301, des sanctions visant des entreprises et des restrictions d’accès au marché.
La partie chinoise exhorte les États-Unis à supprimer totalement ces droits de douane unilatéraux et autres mesures restrictives, et indique qu’elle prendra les mesures nécessaires pour défendre résolument ses droits et intérêts légitimes.
Les deux parties sont convenues d’examiner la mise en place d’un mécanisme de coopération visant à promouvoir le commerce et l’investissement bilatéraux
Commentaire
Cette rencontre entre le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, et le vice-premier ministre He Lifeng, a finalement eu lieu alors que Donald Trump avait déjà déclaré devoir repousser la rencontre avec Xi Jinping.
Pour Pékin, ce qui importe est de placer la relation dans la continuité et la dynamique des précédent rounds de consultations, et ainsi faire abstraction des éléments « toxiques » susceptibles de remettre en question les acquis du processus engagé. Pékin garde même une ligne ferme sur les contentieux commerciaux (sections 122 et 301 de l’US Trade Act). Les médias officiels s’en font largement l’écho.
Il est fait état de l’examen d’un « mécanisme de coopération visant à promouvoir le commerce et l’investissement bilatéraux ». or, il existe déjà plusieurs enceintes bilatérales (le Joint Commission on Commerce and Trade, le Strategic and Economic Dialogue transformé sous Biden, etc.). Ce mécanisme est-il pensé pour contourner ou supplanter ces cadres existants ? Pour s'y superposer ?
Quoiqu’il en soit, cela illustre la volonté de Pékin de davantage structurer, voire d’encadrer la relation, en la segmentant, afin d’éviter toute contamination indésirable des autres dossiers.
Analyse
À six mois des mid-terms, les négociateurs chinois se sentent en position de force. L'imprévisibilité de l'administration américaine ne les déstabilise plus : ils semblent en avoir compris la logique dominante. Garder un cap et des objectifs clairs et constants guide l’action de l’exécutif chinois et protège ses positions.
▶ Influence et ingérences
9. Une diplomatie parlementaire chinoise, très peu diplomatique. Implications pour la France
Le rapport du Comité permanent de la 14e Assemblée populaire nationale (ANP à esquissé les grandes orientations à l’attention de l’institution ainsi qu’à ses membres et députés pour 2026. ( 4 438 Signes. Mots-clés : ANP)
En matière d’action extérieure, les axes d’efforts consisteront à :
Conformément à notre dispositif diplomatique national et aux fonctions et responsabilités de l'Assemblée populaire, nous prendrons appui sur la diplomatie des chefs d’Etat pour renforcer les échanges et la coopération avec les parlements étrangers ainsi qu'avec les organisations parlementaires internationales et régionales. Nous prendrons l’initiative de faire entendre notre voix et oserons se jeter dans la bataille, s’y adonner, (敢斗善斗), et défendre ainsi la souveraineté, la sécurité et les intérêts du pays en matière de développement.
Traduction intégrale du Chapitre 5 du rapport de l’ANP. C’est un peu long, mais il faut bien comprendre les intentions, l’organisation, les modus operandi et les zones d’atterrissage de cet appareil d’influence. Cette partie évoque les actions entreprises au cours de l’année 2025. Toutes les phrases doivent commencer par « Nous avons pu...
V. Tirer parti des spécificités et des atouts des échanges extérieurs de l’Assemblée populaire nationale et servi la diplomatie d’État
…Approfondi l’étude et la mise en œuvre de la pensée de Xi Jinping sur la diplomatie, appliqué les grandes orientations et décisions du Comité central du Parti en matière de politique étrangère, en traduisant prioritairement dans les résultats la diplomatie des chefs d’État. En s’appuyant aussi sur les caractéristiques propres aux échanges extérieurs de l’Assemblée populaire nationale, diversité des interlocuteurs, richesse des contenus et pluralité des formats, il s’est agi de renforcer les échanges et contacts extérieurs dans ses différentes strates, canaux et domaines d’intervention.
Développer les échanges bilatéraux. Les membres du Comité ont conduit des délégations en visite dans 25 pays et participé à 162 activités diplomatiques organisées en Chine et à l’étranger. Des échanges ciblés ont été menés entre commissions spécialisées, groupes d’amitié, organes de travail, entre députés de l’Assemblée et parlementaires étrangers. Des réunions institutionnalisées ont été organisées avec les parlements de douze pays ainsi qu’avec le Parlement européen.
Puis, nous avons réussi à :
Promouvoir la coopération multilatérale.
avec la :
Participation à la sixième World Conference of Speakers of Parliament et
L'envoi de délégations aux assemblées de l’Inter‑Parliamentary Union (IPU) ainsi qu’au BRICS Parliamentary Forum.
Ces activités ont visé à affirmer la position de la Chine en faveur d’un véritable multilatéralisme, son opposition à l’hégémonie, à la domination et à l’intimidation, ainsi que sa volonté de défendre l’équité et la justice internationales et de promouvoir la paix et le développement dans le monde.
Renforcer la communication internationale
(nous avons) Exposé la modernisation à la chinoise, la construction d’une communauté de destin pour l’humanité, la Global Development Initiative, la Global Security Initiative, la Global Civilization Initiative, et la Global Gouvernance initiative, ainsi que les coopération dans le cadre de la Ceinture et la Route (BRI). Présenté aussi les résultats du 14ᵉ plan quinquennal et les objectifs et missions du 15ᵉ plan.
Six sessions de séminaires destinés aux parlementaires des pays en développement ont été organisées, dont, pour la première fois, un séminaire consacré aux femmes parlementaires africaines.
Des délégations étrangères ont également été invitées à visiter des « maisons de députés » et des points de contact de base afin d’illustrer concrètement le fonctionnement de la « démocratie populaire totale» ( 过程人民民主) et les avantages institutionnels du système des assemblées populaires.
Sur les questions touchant aux intérêts fondamentaux de l’État, les positions de principe de la Chine ont été clairement exposées et nous nous sommes bien battus.
Commentaire
Ce type de compte-rendu a de quoi surprendre une fois traduit. Dans un contexte chinois, il est très édulcoré. Il renvoie à une organisation et à une pratique du pouvoir très différentes des nôtres. En l’occurrence, le Parlement chinois est un vecteur d’exécution, de consolidation et de relai des instructions du parti. Ses « députés » sont davantage des délégués du parti-unique agissant sous couvert d’une institution d’Etat. Ils lui permettent de démultiplier son action et son ciblage. Ce dernier est réalisé par type de populations et de structures, dont la dynamiques des réseaux leur sont propres. Le mot d’ordre apparait clairement dans le texte : mailler, multiplier les points d’entrée et les contacts, institutionnaliser les relations.
Dans ce contexte, la diplomatie parlementaire française est confrontée à une difficulté majeure dans sa relation avec ce type de dispositif orienté et dirigé de bout en bout par le PCC.
En février dernier, l’Assemblée Nationale publie un rapport d’information sur l’élaboration d’une doctrine française en matière de diplomatie parlementaire.
Parle bien d’ingérence : « Clarifier les exigences déontologiques et prévenir les risques d’ingérence étrangère » (II/A/1.) Mais sa grammaire est surtout déontologique, réglementaire et prudentielle, pas géopolitique, quand bien même le rapport propose « un vade-mecum du parlementaire en mission à l’étranger » (qui devrait d’ailleurs s’appliquer à tout décideur public ou privé français).
Le « propriétaire du risque » semble se porter uniquement sur les personnes physiques, les députés, et non sur l’activité proprement dite et son cadre d’action. Or, l’influence et les ingérences possibles d’un parti-Etat comme le PCC sont avant tout structurelles. Elles s’exercent donc sur les corps constitués, et référentiels d’action et de réflexion.
Le rapport cite la grande commission France – Chine, créée en 2009, réactivée semble-t-il dans son plein format à l’occasion de la visite de la présidente Yaël Braun-Pivet en Chine en juin 2025 (Avait-elle bien lu le vade-mecum ?). Cette réunion aurait permis « d’échanger sur les perspectives de coopération franco-chinoise et sur les enjeux commerciaux ».
Je vois le risque localisé précisément sur cette Commission : sa composition, ses travaux, et missions et contacts générés. C’est pour le moins sur ce point d’entrée tout trouvé, par la grande porte, que l’effort de la prétendue diplomatie parlementaire chinoise pourrait concentrer ses efforts, depuis la France donc, à Paris et, par la petite porte, en province.
Cf. Bulletin #8 - Mémo 11 – L’embrigadement parlementaire franchit un nouveau capLe coin des sinophones.
Pour ceux qui s’intéressent à la sémiologie, et à la sémantique de la novlangue du PCC, la formule ( ou « 提法 ») de la « lutte » ou la « bataille », que l’on pourrait traduire par « esprit de combat », a été canonisée par Xi Jinping, en 2023, dans un discours devant le corps diplomatique. Xi avait alors galvanisé ses diplomates en appelant à la formation d’une « armée de fer diplomatique », très proche sur le fond de ce nous avions désigné sous le nom des « loups guerriers ». Cet « esprit de combat » a fait florès depuis. Son utilisation été étendue à tous les domaines d’affirmation nationale et de souveraineté. Il s’agit donc d’une formule (提法) « évidée », car élargie, et non pas « chargée » (loaded) politiquement par inférences successives.
10. Trump-Iran : la CGTN sur Cnews
Lundi 16 mars, la matinale de la chaine d’informations en continu Cnews, interviewe une journaliste du réseau de télévision d’Etat, la China Global Television Network (CGTN), au sujet de la guerre en Iran et plus particulièrement à la suite des propos de D. J. Trump, tenus deux jours plus tôt :
Retranscription intégrale de l'échange dans la Matinale de CNEWS, le lundi 16 mars.
CNEWS : Bonjour Shanhui Zhang, journaliste CGTN à Pékin. Merci d’être avec nous. Donald Trump prévient Pékin que la visite d’État de fin mars pourrait être reportée si les Chinois n’acceptent pas d’aider les États-Unis à rouvrir la circulation des bateaux dans le détroit d’Hormuz. Que répond Pékin ?
CGTN: Eh bien, la formulation utilisée par les États-Unis est perçue comme une pression, alors qu’en Chine, la vision est différente. Il faut distinguer si les États-Unis sont en train d'exercer une pression, de formuler une demande ou de « supplier » la Chine. Ici, la pression exercée par Donald Trump ressemble moins à une demande de participation qu’à un appel à l'aide.
Je reprends d'ailleurs le tweet de monsieur Araqchi, le ministre des Affaires étrangères iranien. Il a écrit, je cite : « Les États-Unis sont désormais réduits à supplier d'autres pays, y compris la Chine, de les aider à sécuriser le détroit d'Hormuz. » Fin de citation.
Il y a ici un paradoxe : d'un côté, les États-Unis affirment être la principale puissance garante de la sécurité maritime mondiale, mais de l'autre, ils demandent — voire supplient, selon monsieur Araqchi — d'autres grandes économies, dont la Chine, de partager les coûts et les risques de cette sécurité. Où est donc passée la puissance américaine dans la région ?
Cela montre en réalité deux choses :
1. La sécurité du détroit d'Hormuz n'est pas qu'une question régionale ou bilatérale, c'est un enjeu mondial majeur, car une grande partie de l'énergie mondiale y transite.
2. Cela traduit les limites d'une architecture de sécurité dominée par un seul acteur (les États-Unis). Lorsque les tensions montent, on voit que la première puissance mondiale ne peut plus agir seule.
Dans ce contexte, la position de la Chine reste constante : elle privilégie le calme et la médiation. Elle favorise la désescalade et la diplomatie, tout en évitant d'être entraînée dans une coalition militaire. La Chine préfère jouer un rôle de stabilisateur régional et diplomatique plutôt que d'être un acteur militaire dans cette affaire.
CNews : Vous ne pensez pas qu’en demandant de l’aide à l’OTAN, mais aussi à la Chine, c’est plus un « appel du pied » diplomatique que technique ? Les États-Unis ont les moyens de sécuriser Hormuz, mais en ralliant Pékin à leur cause, cela donnerait plus de poids à l’opération.
CGTN : Justement, est-ce que les États-Unis ont vraiment la capacité de sécuriser la région aujourd'hui ? Apparemment non. S’ils en avaient la possibilité, on ne verrait pas ce chaos actuel dans la région.
Par ailleurs, il est important de noter que la Chine a toujours refusé d’intervenir militairement. Elle est d'ailleurs le seul grand pays, parmi les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, à pouvoir dialoguer actuellement avec toutes les parties : Israël, les États-Unis, les pays du Moyen-Orient, l’Iran et la Russie. C’est donc davantage un appui politique que la Chine pourrait apporter, mais tout dépendra de sa réaction et de la manière dont elle choisira de contribuer à la résolution de cette affaire.
CNews : Merci beaucoup Shanhui Zhang d'avoir été en direct avec nous ce matin.
Commentaire
Intéressant sur le contexte et le fond. La journaliste de CGTN - dont on ne sait si elle est experte invitée ou correspondante - est intervenue à plusieurs reprises sur la chaine CNews depuis 2025.
Ce qu’elle exprime un peu maladroitement – j’ai gommé certaines aspérités – reprend les éléments de langage officiels, dont deux points majeurs, qui ne sont pas dédiés à ce seul conflit. On les retrouve aussi dans les déclarations de la diplomatie chinoise concernant l'Ukraine :
- L’attention portée à l’architecture de sécurité régionale et
- La Chine parle à toutes les parties
Pour ce qui concerne l'Iran, il n’est pas question que la Chine participe à un cadre d’action de construction américaine, ni qu’elle prenne partie dans un conflit.
Dans le même temps, la jeune journaliste exprime pêle-mêle embarras et sarcasme. Elle traduit l’impasse diplomatique dans laquelle les déclarations intempestives de D. Trump plongent les deux pays alors qu’ils s’apprêtent depuis des mois à créer les conditions favorables pour une nouvelle rencontre entre « hommes forts ».
Les propos de la journaliste de CGTN ne relève pas du journalisme indépendant et libre mais nous aident à comprendre la position de retrait de la Chine et, probablement, sa décision de reporter la visite de D. J. Trump. (Cf. mon mémo supra).
CGTN est un organe de propagande et une plateforme digitalisée relayant les positions du parti communiste. Sa mission n’est pas d’informer mais d’influencer l’opinion internationale. Il faut savoir le manier avec précaution, et les téléspectateurs doivent être avertis.
Petit rappel :
En février 2021, le régulateur britannique Ofcom a retiré à CGTN son autorisation de diffusion au Royaume-Uni, après avoir conclu que le détenteur de la licence n’exerçait pas le contrôle éditorial requis et que la chaîne était, en dernière analyse, contrôlée par le Parti communiste chinois, ce que le droit britannique de l’audiovisuel ne permet pas.
Depuis lors, CGTN n’a plus le droit de diffuser comme chaîne télévisée licenciée au Royaume-Uni depuis 2021, même si ses contenus restent accessibles par internet ou via des plateformes étrangères. Quelques semaines après son interdiction de diffusion au Royaume-Unis, en mars 2021, la chaîne obtient une autorisation du régulateur français (CSA devenu l’ARCOM).
▶ Documentation & agenda
◇ Documentation et études
- Chine-Etats-Unis-G2
Indo-Pacific perspectives on the prospect of a US-China G2, le 13 mars 2026, par notamment, Ryan Hass, Patricia M. Kim, Mireya Solís, John Lee. Recueil de contributions coordonné par Brookings réunissant des auteurs de plusieurs pays de l’Indopacifique (Australie, Indonésie, Japon, Malaisie, Philippines, Corée du Sud, Singapour, Taïwan, Vietnam, etc.) pour répondre à une même question : que signifierait un éventuel « G2 » États-Unis–Chine vu depuis la région ? C’est une cartographie des perceptions. Les auteurs n’y croient pas vraiment et soulignent que chaque pays concerné prend déjà la mesure et les mesures nécessaires face à cette configuration de G2 qui , en soi, touche les limites de son modèle transactionnel.
- Europe-Chine
A New Economic Security Consensus? Semiconductor Nationalism in China and the United States, and Europe’s Choices, le 1è mars 2026, par Mathieu Duchâtel et Pierre Sel, Institut Montaigne. La note de l’Institut Montaigne défend l’idée que l’Union européenne devrait instaurer une forme de “préférence européenne” dans les semi-conducteurs. La Chine applique déjà ce sur quoi l’Europe discute encore dont l’obligation d’utiliser des puces locales dans certains projets publics, ou que les data centers financés par l’État doivent utiliser des puces IA chinoises. Rien de tel dans le Eu Chips Act de 2023. Les Important Projects of Common European Interest (IPCEI Microelectronics) permettent une coordination industrielle européenne et des aides mais là aussi, pas d’obligation d’achat européen…sur les marchés publics non plus.
Commentaire : le risque immédiat se porte sur les puces analogiques, de puissance, de 28 nm et plus, un marché moins à la pointe mais qui peut être rapidement saturé par les capacités de production chinoises.
- IAA et 15ème plan
China’s Five-Year Plan and the Case for Europe’s Industry Accelerator Act, le 12 mars, par Joseph Dellatte, responsable des études énergies et climat. La note analyse l’asymétrie entre la Chine et l’Europe. Le 15ème Plan chinois renforce sa domination industrielle dans les technologies vertes (solaire, batteries, hydrogène) grâce à des investissements massifs, une planification centralisée et une stratégie d’exportation agressive. L’Industry Accelerator Act (IAA) européen tente de limiter la dépendance en conditionnant l’accès au marché européen à une création de valeur locale, mais avec des moyens bien inférieurs, une coordination encore non aboutie et un problème d’échelle et de vitesse. L’IAA marque cependant un changement de paradigme.
- IA et Indopacifique
Subversion informationnelle en Indopacifique : l’intelligence artificielle dans la rivalité sino-américaine, mars 2026, par Léonie Giffon, Institut d’études de géopolitique appliquée. L’IA est devenue un outil clé de la désinformation en Indopacifique, exacerbant les tensions géopolitiques et les fractures socioculturelles. La région, déjà vulnérable (diversité politique, faible alphabétisation numérique, législations lacunaires), est le théâtre d’une guerre cognitive où Pékin et Washington s’affrontent via des campagnes de manipulation assistées par l’IA. La note cite des exemples actualisés (élections au Bangladesh en février 2026, utilisation de vidéos deepfake pour manipuler l’opinion. Elle approfondit le rôle spécifique des grands modèles de langage (LLM) et du narrative engineering chinois, avec des références à des études de 2025.
◇ Agenda
19–20 mars, Conseil Européen à Bruxelles. L’ordre du jour provisoire : Ukraine, Moyen-Orient, compétitivité et marché unique, prochain cadre financier pluriannuel, des discussions aussi sur sécurité et défense ainsi que migration. La page officielle précise que les dirigeants veulent lancer un agenda “One Europe, One Market” pour renforcer la compétitivité, la résilience et l’autonomie stratégique, avec cinq axes : approfondissement du marché unique, simplification, énergie abordable et transition, renouveau industriel et réduction des dépendances, et mobilisation de l’investissement.
Pour la Chine, cela touche directement :
- les dépendances industrielles de l’UE dans les secteurs stratégiques ;
- la politique européenne sur les chaînes d’approvisionnement ;
- les débats sur les surcapacités, la concurrence industrielle et les instruments de défense commerciale ;
- la capacité de l’UE à bâtir une réponse plus cohérente sur les technologies, l’énergie, les batteries, les composants critiques et les investissements
Le Conseil discutera de l’escalade militaire au Moyen-Orient, de la situation en Iran, ainsi que de ses conséquences pour l’UE en matière de prix de l’énergie et de sécurité énergétique.
↑ Retour au sommaireNote personnelle :
Je prépare une "V2" de sources chinoises. Le bulletin ne sera pas refondu, je garde sa structuration et ses rubriques, mais les mémos seront plus légers et illustrés, avec moins de citations dans le corps du mémo, qui seront proposées en PJ pour ceux qui veulent (et qui ont le temps !) de lire les verbatims.