Bulletin n°5 :le 15ème plan 2026-2030 a déjà commencé

L'économie selon Xi Jinping ; He Lifeng et les gouvernements locaux ; A/S de l’investissement « privé » ; les nouveaux scénarios d’usage ; Affaire Shein ; Coopération sino-américaine ; offensive polaire ; partenariat sino-russe ; Allemagne et Huawei ; Chine–Afrique et Simandou ; médias d’influence

Bulletin n°5 :le 15ème plan 2026-2030 a déjà commencé
L'Assemblée Nationale Populaire (ANP), grand hall

Avec : He Lifeng : les grandes manœuvres de l’économie chinoise expliquées aux gouvernements locaux, Affaire Shein-France, et Shein vue de Chine, Un partenariat sino-russe qui prend une dimension stratégique nouvelle, Pékin structure la prochaine génération de médias d’influence

Edito

Avec un peu de recul, l’affaire Shein, sur laquelle nous revenons dans ce bulletin, aura été un signe avant-coureur de l’esprit et du contenu du 15ème plan quinquennal chinois.

Bien qu’il ne débute officiellement qu’au début du mois de mars prochain, le nouveau plan entre d’ores-et-déjà dans sa phase d’exécution, preuve s'il en est la pluie drue de directives, circulaires et décrets de Pékin dans tous les domaines couverts : commerciaux, industriels, technologiques...

A la COP30, au Brésil, l’Europe et la Chine défendent dos-à-dos « leur » multilatéralisme. D’aucuns les voient pourtant défendre un intérêt commun : la planète, suffisant pour faire partie d’un même camp. J’y vois surtout la continuation d’une relation asymétrique dans les intentions où l’Europe cherchant à sauver la planète d’un réchauffement dévastateur, s’équipe en Chine de solutions vertes, sur étagère.

Si l’on pense que la diplomatie climatique rapproche, il est à craindre que cette appétence de surface ne réduise pas pour autant nos dépendances. Au contraire. Elle les creusera davantage dans le cadre d’une relation de type client-fournisseur. Nous observons aussi la Chine dénigrer l’Europe et son action dans les enceintes multilatérales, dont le G77, qui regroupe les pays dits du Sud.

Pendant ce temps, l’activisme diplomatique chinois n’a pas de frontières : de l’Afrique aux pôles, en passant par la Russie, Pékin fait progresser sa vision, ses idées et sa feuille de route. Comme le répètent régulièrement les dirigeants chinois : « notre priorité, c’est de mener à bien nos propres affaires ». Le problème avec cette conception, c’est que les affaires chinoises deviennent, du fait de leur expansion, un peu nos propres affaires aussi.

Les Etats-Unis, après avoir miné la relation avec Pékin de mines anti-personnelles tarifaires, se trouvent empêtrés dans la toile d’araignée règlementaire chinoise. L’UE, disposant du meilleur jeu de cartes, hésite à suivre les règles du jeu qu’elle a elle-même conçues.

En février prochain, la guerre d’agression russe en Ukraine entrera dans sa 5ème année. Pékin rappelle encore qu’il faut cesser les livraisons d’armes à l’Ukraine et les sanctions touchant la Russie.

➔ Dans ce Bulletin 12 Mémos :

▶ Politique intérieure

1.     La « pensée économique » de Xi Jinping entre dans les universités

La télévision centrale chinoise (CCTV) a annoncé l’introduction d’un nouveau fascicule consacré à la « pensée économique de Xi Jinping » (习近平经济思想概论), désormais élevée au rang de référence doctrinale dans l’enseignement supérieur. L’objectif est explicitement formulé : faire entrer cette « pensée » dans « les manuels, dans les salles de classe et dans les esprits » (进教材、进课堂、进头脑). Fait notable : l’ouvrage est co-signé par la puissante Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC), véritable cœur de la planification chinoise. (+ 1 567 signes. Mots-clés : NDRC)

Le sommaire en dit long sur la nature du projet. Le chapitre 1 — « Renforcer la direction du Parti sur le travail économique » — ne laisse aucune ambiguïté sur la hiérarchie entre doctrine et analyse économique. Le chapitre 8 — « Grandes tâches stratégiques et vision mondiale » — ressemble davantage à une méta-vision politico-stratégique qu’à un manuel d’économie.

Du point de vue occidental, ce corpus marxiste-léniniste peut sembler anachronique ou impropre à l’enseignement universitaire. Mais en Chine, l’« économie » n’existe comme discipline autonome : elle est un instrument de gouvernance, subordonné à la stratégie nationale. L’absence d’un véritable « ministère de l’Économie » et la centralité de la NDRC illustrent cette conception planificatrice totale où les choix économiques procèdent du Parti.

Ce mouvement d’idéologisation croissante ne se limite pas au supérieur. Au primaire et au secondaire, les élèves seront eux aussi mis en ordre de marche, mais cette fois dans un autre domaine : le renforcement massif de l’enseignement scientifique et technologique (STEM). Un nouveau plan national, annoncé à la fin du mois d’octobre, vise à structurer un continuum complet — du CP à la terminale — afin de « soutenir la stratégie d’innovation et d’autonomie technologique de la Chine » (助力高水平科技自立自强).

On peut s’inquiéter de la pression cognitive, idéologique et morale imposée à la jeunesse chinoise. Mais nous aurions tort de n’y voir qu’un exercice de mobilisation patriotique. Il s’agit en réalité d’un projet éducatif global, directement arrimé à une stratégie nationale de puissance. La question n’est donc pas seulement : que deviennent les élèves chinois ? Elle est aussi : comment-nous préparons-nous pour faire face aux conséquences industrielles, scientifiques et technologiques d’une génération entière éduquée dans ce moule ?

🏷️ NDRC

2. He Lifeng : les grandes manœuvres de l’économie chinoise expliquée aux gouvernements locaux

Dans un article publié dans le Quotidien du Peuple, le11 novembre,  le vice-premier ministre chinois He Lifeng dresse un inventaire des rôles et responsabilités des provinces et municipalités ainsi que des entreprises d’Etat dans l’application du 15ème plan quinquennal. Le message est clair : accélérer la modernisation industrielle sans créer de tensions sociales. (+ 1 358 signes. Mots-clés : He Lifeng)

Mais le passage le plus structurant pour les entreprises étrangères est le paragraphe final sur l'« ouverture de haut niveau » (comprendre dans les deux sens – en revolving doors) (扩大高水平对外开放) – comme pour signaler que toute la stratégie de modernisation en dépend.

«  Construire un système industriel moderne, autonome, contrôlable et hautement compétitif » (§1.3) (打造自主可控、竞争力强的现代化产业体系),

Et, dans le même temps  :

«  Une plus grande ouverture (et expansion) vers le monde extérieur peut optimiser l'allocation de nos ressources à plus grande échelle, élargir notre domaine commercial et stimuler la modernisation industrielle, ce qui constitue en soi une condition essentielle au développement de notre nouvelle productivité » (§3.5) (扩大对外开放能够在更大范围内优化资源配置、拓展市场空间、推动产业升级,是发展新质生产力的重要条件)

L’orientation la plus parlante pour les entreprises étrangères est, selon moi, celle-ci :

« Flécher les capitaux étrangers pour qu'ils s'intègrent mieux à l'écosystème d'innovation et industriel chinois » (引导外资更好融入中国的创新和产业生态) pour, en parallèle, « flécher le déploiement transfrontalier rationnel et ordonné de nos chaînes industrielles et d'approvisionnement(引导产业链供应链合理有序跨境布局).

He Lifeng promet enfin une "ouverture institutionnelle" (et expansion normative, systémique) (制度型开放), présentée comme un alignement des règles, normes et standards chinois sur les pratiques internationales.

Mais c’est l’inverse qu’il faut comprendre et qui est planifié : un plug-and-play conditionnel au marché chinois qui devient, par sa taille, la référence mondiale des normes et standards internationaux.

🏷️ He Lifeng

3. Treize nouvelles mesures et un changement de paradigme pour le développement de l’investissement « privé ».

Ce nouveau paquet de mesures donne un signal général positif aux entreprises. L’idée général est de raccorder les PME dites « privées » - c’est-à-dire non directement contrôlée par l’Etat - aux actifs publics, ainsi qu’ à la commande publique.

Le document mérite qu’on s’y attarde point par point car Pékin est en train de faire glisser son soutien à l’innovation privée d’un modèle centré sur la subvention de projets à un modèle centré sur l’accès à des services techniques et de conformité nationalisés, qui deviennent le passage obligé.

Ce déplacement sert à la fois à protéger ses propres innovateurs  et à les rendre finançables par les grandes banques ont une grille de lecture assez « monochrome SOE ». Il faut aussi le rattacher aux nouvelles orientations concernant les scénarios et usages d’application (dont les vols à basse altitude, voir mémo suivant n°4).

Cette circulaire prépare les bases pour de nouvelles orientations sectorielles dans le cadre du 15ème plan. Nous reviendrons sur ses différentes propositions, assez vagues en l’état, lorsqu’elles feront l’objet de mesures spécifiques.

4. Directive l'application à grande échelle de nouveaux scénarios d’usage

Dans un Mémo précédent (Bulletin n°4), je décrivais et analysais le déploiement d’une stratégie industrielle d’Etat top-down, décidé en Conseil des affaires d’Etat. Une nouvelle directive du 2 novembre vient  préciser  son périmètre d’actions et ses principaux objectifs. Le document identifie 22 domaines prioritaires. (+864 signes. Mots-clés : Plan IA+ ; Shein; Jd.com)

Je propose une traduction des 2 premiers chapitres du document officiel 国务院办公厅关于加快场景培育和开放推动新场景大规模应用的实施意见 qui traitent des domaines et secteurs d’activité couverts.

Ce qu’il faut retenir :

  • Il n’est plus seulement question de technologies mais de solutions packagées tirées par les usages qui auront prouvé leur « efficacité » sur le marché chinois, aux normes et standards locaux, y compris les modèle s’entrainement d’intelligence artificielle, pour être ensuite exportées à l’international.
  • Nous devrions voir apparaitre dans les semaines et les mois à venir des directives ministérielles et locales ainsi que des listes de projets de « scénarios ».
  • Ce concept devient un instrument de politique économique élevé au rang de priorité nationale. Il agrège les modèle d’IA industrielle ("人工智能+" - IA+), des industries du futur, mais aussi les nouveaux formats, nouveaux modèles, nouveaux scénarios de consommation.

C'est l’une des raisons pour lesquelles nous n’avons pas vu venir les Shein, JD.com et les autres.

🏷️ Plan IA+ Shein JD.com

5.  Affaire Shein-France et Shein vue de Chine

Une majorité de médias chinois (sina.com,wangyi.163.com, tengxun, xintangren…) se veulent relativement équilibrés, malgré un angle défensif favorable à Shein. Néanmoins, les aspects commerciaux et réglementaires les soucient davantage que les aspects éthiques. De manière assez voilée, le propos dénonce une certaine culture protectionniste de la France et un establishment politique et commercial uni contre l’enseigne chinoise.(+ 2 965 signes. Mots-clés : Sébastien Martin ; Nicolas Dufourq ; Nicolas Bouzou ; Nanjing Top Plus Information Technology Co ; Chris Xu ; Donald Tang ; CSRC ; Huawei ; Forever 21 ; Geely ; Volvo)

Le ton de la réponse officielle chinoise, du 7 novembre, par la voie d’un porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères, reste évasif :

"Nous espérons que les parties concernées respectent les principes de l'économie de marché et offrent un environnement commercial équitable"

On comprend que c’est à l’UE et à la France que ce message s’adresse -  ce qui pour nous est un comble, mais -  pour un public chinois, une ligne de défense légitime.

En France, les pouvoirs publics – dont Sébastien Martin, ministre de l’Industrie , BPI France par la voix de Nicolas Dufourq ) et les experts dont l'économiste Nicolas Bouzou (7’50’’) partagent une analyse assez lucide : nous faisons face à d’une stratégie économique assumée par la Chine qui veut affaiblir l’Europe, et non pas à un simple modèle d’affaires.

Pourtant, dénonciations tournent court, faute d’expliquer plus précisément les tenants et aboutissants de ladite stratégie à l’œuvre.

Mon analyse :

  • Entre 2019 et 2022, Shein opère une restructuration juridique et géographique en transférant ses actifs à Singapour et en désenregistrant en Chine sa société de tech – car Shein est une société de la tech, la Nanjing Top Plus Information Technology Co.
  • Son fondateur Chris Xu, devient même résident permanent singapourien. De là, un narratif de dé-sinisation de l’entreprise commence.
  • En 2024, son Président, Donald Tang,  déclare : « It's American values that made Shein successful. If you think about it in that way, we are an American company” Sa declaration faisait suite à acquisition par Shein aux Etats-Unis de la chaîne de prêt-à-porter Forever 21.
  • Mais cette distanciation n’est que de façade car Shein reste soumise aux régulateurs aux régulateurs chinois. En janvier 2024, Shein doit demander l'approbation de la CSRC (China Securities Regulatory Commission) pour son IPO et la traite comme une entreprise chinoise.
  • Shein, pour aller à l’essentiel, est un « champion caché », pas un 'champion national' au sens politique/culturel comme Huawei, mais il bénéficie d'un soutien pragmatique de Pékin car il représente est le fer de lance technologique des industries exportatrices textiles - un secteur stratégique également pour l'emploi et la balance commerciale.
  • Shein est la matérialisation, par le privé, de tendances que le Plan 2022-2035 et la Vision 2035 revendiquent : une intégration profonde textile–économie numérique, montée en gamme technologique, nouveaux “facteurs de production” data/algorithmes.

Mais ni l’État ni la filière officielle n’en font un modèle politiquement assumé, en raison des tensions avec les objectifs de responsabilité sociale, de verdissement et d’image que véhicule cette stratégie de puissance (纺织强国).

Shein joue aujourd’hui, dans le couple textile–plateformes numériques, un rôle un peu analogue à celui de Geely–Volvo dans l’auto des années 2000–2010 : un acteur privé qui, en avançant avec un branding partiellement “dé-sinisé”, ouvre des positions structurelles importantes pour la Chine dans les chaînes de valeur occidentales, alors même que l’État garde une posture publique relativement distante.

Pour aller plus loin, quelques documents officiels de référence : le Plan d'action pour la mise en place d'un système industriel textile moderne (建设纺织现代化产业体系行动纲要》(2022-2035)  et le Plan exécutoire pour l'amélioration de la qualité et la modernisation de l'industrie textile (2023-2025) où il est beaucoup question de digital et de plateformisation de l’économie. (纺织工业提质升级实施方案)

↑ Retour au sommaire

▶ Politique extérieure

6. Poursuite de la coopération transactionnelle sino-américaine.

Depuis le 7 novembre, Pékin traduit dans les faits le mini-deal Trump–Xi de Pusan par une série de gestes calibrés de désamorçage. (+ 3 009 signes. Mots-clés : MOFCOM ; Fentanyl ; He Lifeng; National Committee on U.S.–China Relations ; KKR ; General Motors)

  • Sur le front des contrôles à l’exportation, la Chine a d’abord suspendu pour un an la nouvelle vague de restrictions sur les terres rares annoncée le 9 octobre (extension à cinq éléments et mécanisme extraterritorial), qui devait entrer en vigueur les 8–9 novembre.
  • Pékin a, le 9 novembre, mis entre parenthèses – jusqu’au 27 novembre 2026 – la clause la plus restrictive de l’annonce du MOFCOM (n°46/2024) : celle qui revenait à interdire, en principe, les exportations vers les États-Unis de gallium, germanium, antimoine et matériaux superdurs, et à durcir fortement le contrôle des exportations de graphite.
  • En parallèle, le MOFCOM a suspendu pour un an ses contre-mesures ciblant plusieurs entités liées aux États-Unis dans le dossier maritime, en miroir de la suspension par Washington des mesures Section 301 visant le secteur chinois de la construction navale et de la logistique.

Sur le dossier fentanyl, la coopération est ouvertement transactionnelle. Pékin a annoncé, entre le 9 et le 12 novembre, l’inscription de treize précurseurs de fentanyl à une liste de produits soumis à des contrôles d’exportation renforcés, avec des restrictions explicites à destination de l’Amérique du Nord et un durcissement des obligations déclaratives pour les exportateurs chinois.

En échange, les États-Unis ont réduit de moitié – de 20 % à 10 % – le tarif additionnel appliqué aux importations chinoises liées à la chaîne de valeur du fentanyl, mesure entrée en vigueur le 10 novembre, tout en prolongeant d’un an la suspension de certaines hausses tarifaires et de la mise en œuvre de la nouvelle “Affiliates Rule” en matière de contrôle des exportations.

Les concessions agricoles, elles, reprennent les codes des “achats gérés” de la phase 1 de 2019, mais sur une base plus large. Pékin suspend ses surtaxes de rétorsion décidées depuis mars 2025 sur un large panier agricole (soja, céréales, viande, produits laitiers, fruits et noix) et s’engage à reprendre des achats massifs de soja et d’autres produits américains à horizon 2025–2028. La soutenabilité de ces engagements, à la lumière du précédent des promesses non tenues de 2019–2020, reste une source évidente de friction.

He Lifeng, sur tous les fronts, orchestre la mise en scène politique de cette trêve. Les 11 et 12 novembre, il reçoit successivement les dirigeants du National Committee on U.S.–China Relations (Stephen Orlins, Evan Greenberg) et le co-CEO de KKR, Joseph Bae, pour marteler le narratif d’une “vaste marge de coopération” et d’un environnement d’affaires “stable et prévisible” pour les investisseurs américains, tout en appelant à mettre en œuvre le « consensus » atteint entre Trump et Xi à Pusan.

Pour autant, ces mesures de confiance ont un horizon explicite : un an, renouvelable à volonté mais révocable tout aussi vite. Elles  apparaissent comme autant de cataplasmes provisoires posés sur les plaies béantes de la relation. Pékin conserve intégralement l’architecture juridique de ses contrôles sur les terres rares, les minerais critiques et les biens dual-use ; il en suspend seulement l’application la plus agressive vis-à-vis des États-Unis. Washington ne touche pas au cœur de ses dispositifs section 301 et de ses restrictions high-tech.

Dans ce contexte, la décision de General Motors – prise dès 2024 et réaffirmée récemment en 2025 – de demander à plusieurs milliers de fournisseurs de sortir progressivement la Chine de leurs chaînes d’approvisionnement avec un horizon à 2027, illustre un mouvement de découplage structurel que la trêve actuelle ne fait qu’amortir à la marge.

🏷️ MOFCOM Fentanyl He Lifeng National Committee on US China Relations KKR General Motors

7. L’offensive polaire de la Chine : stratégie, capacités, implications

Le Quotidien du Peuple rapporte que le 1ᵉʳ novembre, la 42ᵉ expédition chinoise en Antarctique, (中国第四十二次南极考察队起航) organisée par le ministère des Ressources naturelles, a appareillé vers le continent austral. La mission est assurée par deux brise-glaces de recherche polaire, le Xuelong et le Xuelong 2, ce dernier étant la première brise-glace scientifique construite en Chine, symbole de la montée en gamme des capacités polaires chinoises. (+ 1 948 Signes. Mots-clés : Train Chine–Europe ; Stratégie polaire ;

Nouvelles routes de l'Arctique.

En parallèle, Pékin mène depuis l’été ce qu’elle présente comme sa campagne arctique la plus ambitieuse, une 15ᵉ expédition dans l’océan Arctique mobilisant quatre navires de recherche récents. Sur le plan commercial, la Chine vient surtout d’ouvrir une ligne régulière de conteneurs Ningbo–Europe par la route maritime du Nord (“中欧北极快航”).

Cette ligne, détaillée par les autorités portuaires de Ningbo-Zhoushan et le ministère des Transports, relie Ningbo au port britannique de Felixstowe en dix-huit jours, soit une économie d’environ vingt-deux jours par rapport aux routes traditionnelles via Suez (environ quarante jours) ou le cap de Bonne-Espérance (environ cinquante jours), et plus rapide que les 25–26 jours des solutions “rapides” existantes et le train Chine–Europe, “中欧快航”, vers Wilhelmshaven.

Vers une puissance maritime globale.

Pékin inscrit ces “routes” et “expéditions” dans un récit stratégique cohérent : celui de la construction d’une puissance maritime (建设海洋强国), consacrée au rang d’objectif national dans le rapport du 18ᵉ Congrès du PCC en 2012, et de la montée en puissance d’une Chine polaire “passant d’un grand pays polaire à une puissance polaire” (由极地大国向极地强国迈进). Dans ce cadre, le Livre blanc de 2018 « 中国的北极政策 / China’s Arctic Policy » définit les objectifs, principes et instruments de la participation chinoise aux affaires arctiques, y compris la co-construction d’une “route de la soie polaire” (冰上丝绸之路).

Des documents récents parlent d’un secteur en “développement accéléré”, mais sans lui assigner de date-butoir formelle mais avec un horizon implicite situé dans les années 2030, notamment à mesure que la fonte de la banquise ouvre durablement les routes arctiques.

L’Antarctique rejoint, aux côtés de l’Arctique, du “grand large” et des espaces profonds, le pool des nouvelles frontières de la puissance chinoise : un espace où se combinent des enjeux économiques (routes et ressources), industriels (équipements polaires, navires, chaînes logistiques), technologiques (forage profond, observation, télécoms), juridiques (gouvernance des pôles, régimes de navigation) et sécuritaires (données, dual-use, présence navale).

Contenu de l’article

Point d’attention supplémentaire, et pas des moindres, une co-gouvernance sino-russe de la Route du Nord a déjà été observée. Le développement commercial de la NSR via des lignes régulières comme “中欧北极快航” renforce de fait la position de la Russie comme État côtier-gestionnaire et celle de la Chine comme principal “near-Arctic user”, avec ses propres guides de navigation, normes, contrats d’assurance, et une dimension duale des capacités polaires chinoises.

🏷️ Train Chine Europe Stratégie polaire

8. Chine-Russie, un partenariat qui prend une dimension stratégique nouvelle

À l’invitation du Premier ministre russe Mikhaïl Michoustine, le Premier ministre Li Qiang assiste, les 17 et 18 novembre, à la 24ᵉ réunion du Conseil des chefs de gouvernement de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Moscou. Les deux PM se sont rencontrés, le 3 novembre dernier, à Hangzhou dans le cadre de réunions régulières.

Ci-joint, une traduction in extenso du communiqué conjoint. J'ai conservé certains noms propres et dénominations de textes officiels, pour éviter certaines erreurs. ( + 767 signes. Mots-clés : OCS ; Beidou ; Glonass)

Le communiqué apporte quelques éléments nouveaux et vient préciser la mise en place de décisions prises en mai à Moscou, puis en septembre dernier lors du sommet de l’OCS à Tianjin. Je relève :

  • Une attention particulière à l’Extrême-Orient russe et à la zone Arctique (Parties II et VIII)
  • Un « paquet » énergies avec plus d’intrants technologiques (VI)
  • La prolongation de la coopération Beidou/GLONASS à l’horizon 2030   (III)
  • Le Renforcement de la coopération financière et de l’alignement des deux parties contre les régimes de sanctions internationales (V)

Plus globalement, le document relève de la feuille de route exécutoire. Il met en valeur l’alignement diplomatique et économique entre les deux partis de gouvernement, notamment dans ses dimensions territoriale et technologique et, par-delà aussi, stratégique et militaire. Ce partenariat offre à l'économie russe un renfort supplémentaire qui est appelé à durer.

Nous verrons ce qu’il est ressorti de la réunion de l’OCS cette semaine à Moscou dans notre prochain Bulletin.

🏷️ OCS Beidou Glonass

9. Allemagne-Chine-France : que faire de Huawei ?

Le gouvernement allemand a annoncé que Huawei serait exclu des composants de la future infrastructure 6G. Le chancelier Friedrich Merz a déclaré :

« We won’t allow any components from China in the 6G network”

La Commission européenne souhaite pour sa part passer d’un cadre volontaire à un cadre contraignant, ce qui signifierait de facto une exclusion coordonnée de Huawei/ZTE à l’échelle des 27. Serait-ce la première recommandation d’une toute nouvelle "commission Chine" à Berlin ? (information qui a été aimablement portée à ma connaissance sur ce réseau par Stéphanie Verrupen). (+ 2 991 signes. Mots-clés : BMI ; IFRI ; Pierre Vimont ; SWP ;

Cette commission - la China-Sicherheitsüberprüfung du BMI (Bundesministerium des Innern und für Heimat) sous un autre nom ? - aurait été mise en place pour examiner de plus près les relations économiques entre l'Allemagne et la Chine ayant un impact sur la sécurité. On aimerait y voir la marque d’une récente prise de consciences outre-rhin. Ce que souligne le diplomate Pierre Vimont dans son intervention lors d’une conférence récente à l’IFRI (Cf. doc, infra) :

«Les industriels allemands reconnaissent avoir été "un peu ignorants de la réalité de notre politique commerciale vis-à-vis de la Chine" et qu'ils doivent être "beaucoup plus adultes aujourd'hui".

Cette prise de conscience aurait fait bon chemin depuis 2024. Cette année-là, l’Institut allemand des affaires internationales et de sécurité (SWP) appelait à une révision complète de la relation (Note : La logique de la politique allemande envers la Chine à un tournant de l'histoire).

Extraits :

"La logique de la politique allemande envers la Chine se caractérise par deux principes directeurs : la préservation du pouvoir et l’indifférence politique. La préservation du pouvoir est davantage tournée vers l’intérieur (« sauvegarde du système politique »), tandis que l’indifférence politique est davantage tournée vers l’extérieur (« gestion des relations avec la Chine »). Ces deux principes comportent une dimension réactive".
"La caractérisation de la Chine comme « partenaire, concurrent et rival systémique » est dépassée et doit être révisée. La politique allemande à l'égard de la Chine exige un débat sur la vision qui devrait façonner les relations germano-chinoises à l'avenir".

Pourtant, d’autres sensibilités s’expriment en Allemagne, mais aussi en France dans le cadre d’un Conseil franco-allemand des experts en économie qui, en août dernier, publiait une déclaration jointe appelant à une approche nuancée de la relation Euro-chinoise (« Eu-China Economic Relations and Global Imbalances »

Selon ces experts, la montée de la Chine ne s’explique pas uniquement par des « pratiques non-marchandes », mais par un modèle de développement global dont il faut savoir tirer le meilleur parti.

Ce que d’autres observateurs désigne sous les formulations différentes « Can’t beat them, join’them », ou de « reverse Deng Strategy ».

Louis Gallois, figure majeure de l’industrie française qui a consacré toute sa carrière au service de la souveraineté et de la compétitivité industrielle du pays, ne dit pas le contraire dans une interview BFM, le 21 octobre, en qualité de co-président de la Fabrique de l’Industrie. En substance : la France doit demander des transferts de technologie aux Chinois. Ils sont le pays développé, nous sommes le pays émergent :

«...Nous sommes une puissance commerciale qui est incapable de faire jouer son poids dans le rapport de force avec les Américains et avec les Chinois  (…) Et bien moi je pense que nous maintenant nous sommes un pays émergent sur un certain nombre de produits vis-à-vis des Chinois, ben il faut faire la même chose. Leur dire vous voulez vendre des batteries en France, faites des joint-ventures, faites des faites des sociétés communes avec les entreprises françaises avec du transfert de technologie... »

Ma question : Répondre à la stratégie chinoise par des raisonnements strictement économiques revient à appliquer un langage sectoriel à une puissance qui raisonne en termes de prise d’influence globale. Est-ce suffisant à apporter des réponses concrètes face à la menace que fait peser le projet chinois sur l’Europe ?

🏷️ BMI IFRI Pierre Vimont SWP

10. Chine–Afrique : anatomie du projet Simandou

Liu Guozhong, vice-premier ministre depuis mars 2023, a effectué du 10 au 16 novembre sa première tournée en Guinée et en Sierra Leone en tant que « représentant spécial » de Xi Jinping. Cette visite, très exposée dans les médias officiels chinois, s’inscrit dans la mise en œuvre des engagements du FOCAC 2024 et consolide la présence politique et économique chinoise en Afrique de l’Ouest.

Mais son point d’orgue était surtout l’inauguration tant attendue du projet minier de Simandou, qui entre enfin en production après vingt ans de blocages et de renégociations. Liu Guozhong ne pilote pas la stratégie minière chinoise : il vient valider un dossier conçu et verrouillé par He Lifeng, ancien patron de la NDRC et aujourd’hui vice-Premier ministre chargé de l’économie et des finances.

La trajectoire Simandou a longtemps relevé des VPM qui se sont succédé (Wang Yang, Hu Chunhua), mais c’est bien He qui, depuis 2023, en a assuré l’arbitrage final : supervision financière, alignement SASAC–NDRC, sécurisation des flux, garanties d’offtake.

Le rôle de Liu est donc politique : donner un cachet présidentiel au projet, montrer que Pékin endosse la réussite, et consolider l’ancrage stratégique en Guinée et Sierra Leone.

Simandou : la mise en production d’un gisement stratégique pour Pékin

Simandou est l’un des gisements les plus riches au monde, avec un minerai titrant plus de 65 % Fe. À pleine capacité, il pourrait fournir 60 Mt/an en 2028, puis 120 Mt/an autour de 2030, sous la supervision de la Guinée, très attentive dans l'exploitation de ses ressources.

Pour Pékin, l’enjeu est crucial : réduire sa dépendance à l’Australie (64 % des importations janvier–mai 2025 et 21% pour le Brésil). Simandou constitue le premier pilier africain d’une "desaustralianisation" partielle, en même temps qu’une solution à la recherche accrue de minerais haut grade.

Derrière le récit du “projet multipartenaire”, une architecture réellement sino-centrée

Les autorités guinéennes parlent d’un « projet historique multipartenaire ». Les occidentaux (Rio Tinto, UMSI) y voient un montage équilibré. En réalité, la Chine occupe toutes les positions déterminantes du projet — capital minier, infrastructures, construction, ingénierie, financement, offtake.

  • Le Capital minier : Blocs Nord (1 & 2) : WCS (Winning Consortium Simandou), Weiqiao (Shandong), Winning (Singapour, mais adossé à l’écosystème chinois), UMSI (français). Blocs Sud (3 & 4) : Simfer, Rio Tinto (45 %) + CIOH (55 %).

Note : CIOH : coalition chinoise pilotée par Chinalco (principal actionnaire, env. 47 %), Baowu (env. 20 %), et participation symbolique de CRCC et CHEC (env. 2,5 % chacun). Au total, les entreprises chinoises détiennent 45–50 % des gisements mais surtout les leviers stratégiques d’influence.

  • Les Infrastructures. C’est le cœur du dispositif chinois : 100 % du design, de la construction et de l’exploitation ferroviaire/portuaire relèvent d’entreprises chinoises : CRCC, CHEC, CCCC, PowerChina, etc. Le Trans-Guinéen (600–650 km), les tunnels de Madina-Oula, et le port de Morébaya/Matakong sont conçus selon des standards techniques chinois, ce qui verrouille l’exploitation future et conditionne l’accès d’autres acteurs.
  • Les Offtake & intégration verticale. Baowu, premier sidérurgiste mondial, est le client final garanti et l’un des actionnaires centraux du dispositif. Il verrouille ainsi un modèle classique d’intégration verticale : gisement - infrastructure - transport maritime - aciéries chinoises.

La présence française (UMSI) et de Rio Tinto donne l’apparence d’un équilibre. En réalité :

  • Rio Tinto, malgré 45 % de Simfer Sud, doit composer avec la majorité chinoise au niveau de CIOH.
  • UMSI représente une présence européenne marginale dans WCS Nord.
  • Les financements, les normes, la main-d’œuvre, l’exploitation, et le débouché final sont intégralement orientés vers la Chine.

D’où une situation où la Chine contrôle 75–80 % de l’opérationnel réel, même si elle n’affiche pas 75–80 % du capital. Les constructeurs (CRCC, CHEC) sont aussi actionnaires de CIOH, ce qui dans un contexte occidental serait considéré comme un conflit d’intérêts majeur. Dans le modèle chinois, c’est un alignement par design :

  • la construction est l’amont,
  • l’exploitation est le milieu,
  • l’offtake est l’aval,  le tout intégré verticalement dans une gouvernance pilotée par SASAC & NDRC.

Un méga-deal asymétrique mais fonctionnel : ce que gagnent Pékin et Conakry

Au final, c’est un méga-deal asymétrique, mais fonctionnel :

La Guinée gagne :

  • une infrastructure lourde (malléable à d’autres projets),
  • des emplois et un affichage souverainiste,
  • une diversification de partenaires au-delà des acteurs occidentaux traditionnels.

La Chine gagne :

  • un corridor minier stratégique hors Australie/Brazil,
  • des débouchés garantis pour ses champions nationaux,
  • un ancrage durable en Afrique de l’Ouest,
  • une infrastructure conçue selon ses normes (donc durablement dépendante de ses entreprises).
🏷️ FOCAC He Lifeng NDRC SASAC Simandou Rio Tinto UMSI Chinalco
↑ Retour au sommaire

▶ Influence & ingérences

11. Au sujet du « Le Groupe des amis de la paix sur la crise ukrainienne" Pékin multilatéralise son soutien à Moscou.

Le 29 octobre 2025, le groupe "Amis pour la paix de l’Ukraine" a tenu une réunion au niveau ambassadeurs à l'ONU pour son premier anniversaire. La déclaration conjointe lue par l’ambassadeur Fu Cong et Sergio Danese (Brésil) indique qu’il faut (Ch) (Eng) : "

« appeler à un cessez-le-feu rapide, éviter la diffusion d'armes aux parties au conflit, renforcer l'aide humanitaire et la protection des civils, exprimer des préoccupations concernant les impacts négatifs des sanctions unilatérales »

Lors de la conférence de presse du 3 novembre du ministère chinois des affaires étrangères, une journaliste d’une agence ukrainienne demande :

« La Chine, le Brésil et le groupe ont-ils directement appelé la Russie à cesser le conflit » ?

Réponse du porte-parole du MAE chinois :

« Le but du groupe est le cessez-le-feu et l'arrêt de la guerre, la médiation et la promotion du dialogue »

Trois éléments d'analyse ressortent.

  • Sous couvert de neutralité, le groupe défend une substance pro-russe : il appelle à l'arrêt des livraisons d'armes aux "parties au conflit" (ciblant le soutien occidental à l'Ukraine) et critique les "sanctions unilatérales" (visant les mesures contre la Russie), sans jamais exiger le retrait russe ni condamner l'agression, un positionnement qui sert objectivement les intérêts de Moscou.
  • Ce cercle d’influence composé de 17 pays permet à Pékin de multilatéraliser sa position en présentant ses vues pro-russes comme l'expression collective du Sud global, diluant ainsi sa responsabilité diplomatique et rendant la critique chinoise plus difficile à contrer.
  • Il opérationnalise une stratégie plus large visant à substituer aux mécanismes juridiques multilatéraux fondés sur le droit international (ONU, traités) un système basé sur les réseaux personnels inter-étatiques (关系 guanxi), les consensus politiques négociés et la construction de coalitions ad hoc du Sud global, contournant ainsi les cadres normatifs existants qui pourraient contraindre l'action chinoise ou russe.

La Chine participe activement à un autre « groupe d’amitié » du même genre et qui parle de lui-même : le Groupe des amis de la Charte des Nations Unies (捍卫《联合国宪章》之友小组) (Group of Friends in Defense of the UN Charter), une initiative du Venezuela. Il rassemble, outre la Chine, des pays critiques de l'interventionnisme et des sanctions occidentales (Russie, Biélorussie, Cuba, Corée du Nord, Laos, Nicaragua…).

12. Pékin structure la prochaine génération de médias d’influence

Le 12 novembre, la « Conférence 2025 des nouveaux médias » s’est ouverte à Changsha (Hunan), sous la direction du Département central de la propagande du PCC. Les intervenants ont débattu de l’innovation technologique appliquée aux médias, de la réforme du secteur et de la « transformation systémique des médias dominants ».

Cette expression renvoie à un objectif prioritaire : renforcer la capacité d’orientation de l’opinion publique, tant nationale qu’internationale, conformément aux résolutions du 4ᵉ Plénum du PCC qui s’est tenu le mois dernier à Pékin.

Cette transformation doit s’opérer via trois leviers :

  • la fusion des médias (深度融合),
  • l’intégration culture/technologie,
  • et le recours à l’IA dans le cadre du programme IA+ (人工智能+).

Concrètement, ces débats dessinent clairement l’architecture discursive et institutionnelle des futurs “nouveaux médias chinois” dopés à l’IA, conçus pour l’influence globale.

Le projet implique :

  • une automatisation étendue de la production et de la modération des contenus
  • une intégration verticale des contenus, plateformes et algorithmes ;
  • la montée en puissance des modèles de langage souverains (LLM) et des centres de données associés ;
  • l’alignement idéologique des algorithmes (算法价值观对齐) et
  • la construction d’un système de diffusion multilingue, personnalisable et massivement scalable.

La référence à l’“international communication capacity building” (加强主流媒体国际传播能力建设) n’implique pas simplement d’accroître l’exportation de contenus — déjà très avancée — mais d’accroître les capacités structurelles :modèles linguistiques, pipelines multilingues, outils de génération automatique, infrastructures cloud souveraines.

↑ Retour au sommaire

▶ Documentation & Agenda prospectif

Etudes & Interview

◇ L’Euro numérique et le yuan digital

« L’Euro numérique à l’aube d’un nouveau monde monétaire Enjeux géopolitiques, blocages institutionnels et feuille de route », Schuman Paper n°810 10 novembre 2025, Patrice Cardot. Concernant la Chine, la note met en évidence un risque majeur : l’Europe est en train de perdre la bataille de la monnaie numérique, tandis que la Chine avance rapidement avec son yuan digital, déjà instrument géopolitique et outil d’expansion dans les pays émergents.

◇ Minerais critiques et concurrence

Rapport U.S. House Select Committee on the CCP – “China’s Interim Report on Price Manipulation”, octobre 2025. Le rapport examine comment la Chine a bâti un contrôle systémique sur les marchés mondiaux des minéraux critiques (terres rares, lithium, graphite, etc.) et manipule leurs prix mondiaux à des fins géostratégiques, non économiques. Le rapport accuse la Chine d’un plan coordonné sur plusieurs décennies visant à fausser la concurrence, écarter les producteurs occidentaux.

◇ IA et semi-conducteurs

« Les innovations radicales de la Chine dans l’IA et les semi-conducteurs : une enquête comparative », Le Grand Continent, Alicia García-Herrero et Michal Krystyanczuk, 12 novembre. Points clés : la Chine progresse désormais au niveau mondial dans les innovations radicales (IA, semi-conducteurs, quantique), grâce à une stratégie industrielle intégrée et massivement financée. Elle devient un concurrent systémique dans les technologies stratégiques de prochaine génération

◇ Interview du patron de la DRSD, dans Esprit Defense, le 12 novembre. https://www.linkedin.com/pulse/g%C3%A9n%C3%A9ral-aymeric-bonnemaison-anticiper-les-menaces-ox5fe/

Extrait : " L’industrie de défense, innovante par nature, attire, d’autant plus qu’elle a vocation à défendre le territoire. Les puissances étrangères y voient un double enjeu : d’une part, la maîtrise de technologies de pointe et, d’autre part, la possibilité d’anticiper et de contrer nos futurs systèmes d’armes. Pour l'instant, la Chine privilégie l’espionnage discret plutôt que l’entrave directe. Elle déploie également des stratégies d’influence pour promouvoir ses propres solutions. Ces manoeuvres peuvent prendre la forme de partenariats universitaires, de coopérations avec des entreprises ou d’acquisitions stratégiques ».

◇ Biotechnologies, le temps presse

« La montée rapide de la biotechnologie en Chine détermine le pouvoir et la sécurité. L’Allemagne et l’UE risquent de perdre le contact », publié le 16 octobre dernier dans le journal IPG, par Michael Laha, chercheur au Centre de géopolitique, géoéconomie et technologie du Conseil allemand des relations étrangères (DGAP). Résumé : l'essor rapide de la Chine dans le domaine des biotechnologies déterminera sa puissance et sa sécurité. « L'importance stratégique des biotechnologies – un vaste domaine englobant aussi bien l'industrie pharmaceutique et les dispositifs médicaux que les applications agricoles telles que le développement de plantes résistantes aux pesticides – a jusqu'à présent été peu prise en compte dans le discours politique européen. Cette situation doit évoluer, d'autant plus que la Commission européenne prévoit de présenter l'année prochaine le règlement européen sur les biotechnologies , qui vise à renforcer la compétitivité de l'Europe dans ce secteur d'avenir.

Agenda

Conférence passée :

IFRI, Conférence annuelle sur l’Asie. L’IFRI sur sa chaine youtube

Conférence à venir :

Le 28 novembre, Sciences Po, CERI, la Chine, le Front uni et les triades

Evénements internationaux :

Réunion des chefs de gouvernement de l’organisation de Coopération de Shanghai (OCS), à Moscou, 17-18 novembre, avec la participation du PM chinois Li Qiang

Le G20 South Africa 2025, 21-23 novembre, Johannesbourg . À l’invitation du gouvernement de la Zambie, Li Qiang effectuera une visite officielle en Zambie les 19–20 novembre. À l’invitation du gouvernement sud-africain, il assistera au 20ᵉ Sommet des dirigeants du G20 à Johannesburg (Afrique du Sud) du 21 au 23 novembre.

Au G20 Jonahesbourg, Pékin–Moscou entendent pousser de concert une réforme « juste »  des institutions onusiennes ; faire entendre la voix du Sud, et réformer les quotes-parts du FMI en faveur des émergents. On s’attend à ce que Moscou enfonce son clou contre les sanctions unilatérales, qui la frappent durement. Pékin lui emboitera le pas en s’efforçant de développer les thématiques « techniques »  et de valoriser le G20 comme un forum d’intérêt économique”, excluant tout sujet fâcheux (la guerre en Ukraine…).

↑ Retour au sommaire

Notes :

Les sujets sont numérotés. Vous pouvez m’interroger dessus en les désignant par leur n° en commentaire ou en MP.  Je teste un format de Bulletin hebdomadaire. Vos retours me seront donc précieux.

Les mentions du nombre de signes et des mots clés sont laissés apparents. Ils marquent la séparation entre la version abrégée du bulletin et sa version intégrale