Bulletin n°7 : montées en gamme et multilatéralisme, l’appétit vient en mangeant
La Chine renforce son pipeline techno-industriel et son influence normative via la métrologie industrielle. Appel Trump-Xi et bousculade européenne en Chine et relation franco-chinoise.
📋 Structure de ce Bulletin
- Édito
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▶ Politique intérieure
- 1. [La Chine entre dans la phase de déploiement massif de son industrie intelligente]
- 2. [Investissements directs étrangers (IDE) en Chine : décryptage d'une communication en trompe-l'œil]
- 3. [Une innovation sous contrainte stratégique : la Chine renforce son pipeline techno-industriel]
- 4. [La Chine étend son influence normative via la métrologie industrielle]
- 5. [Nouveau livre blanc sur le contrôle des armements et le désarmement]
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▶ Politique extérieure
- 6. [Good COP30 ou Bad COP pour la Chine ou le monde ?]
- 7. [Comment Pékin veut embarquer les Etats-Unis dans sa cause taiwanaise]
- 8. [Appel Trump-Xi au travers du communiqué officiel chinois]
- 9. [Europe-Chine : les affaires Nexperia et British Steel laissent planer le doute sur les intentions de Pékin]
- 10. [Bousculade européenne en Chine et relation franco-chinoise]
- ▶ Influences et ingérences
- ▶ Documentation & Agenda
Edito
Emmanuel. Macron s’envolera pour Pékin demain, mardi 2 décembre, pour une visite d’Etat de trois jours.
Une certaine tradition veut que les dossiers importants trouvent une issue favorable au début de l’hiver, avant la Noël, bouclant ainsi l’année civile - budgétaire - avec panache.
Rappelons-nous toutefois de l’échec de l’accord sino-européen sur les investissements de décembre 2020, pourtant longuement négocié, précipitant les relations dans une période glaciaire de notre relation avec la Chine de laquelle ne sommes pas encore sortis.
Pendant ce temps, Pékin veille avant tout à ses affaires domestiques et de « bon voisinage » : Taiwan, Tokyo, et par association, Washington, ont occupé cette semaine écoulée l’essentiel de l’appareil diplomatique et sécuritaire du PCC.
Une imposante délégation chinoise a tout de même été envoyée à la COP30 au Brésil, un exercice imposé sur une plateforme qui n’est pas de leur conception et qui n’obéit pas encore suffisamment à son agenda domestique. Cet agenda priorise toujours et encore la production manufacturière, tirée par une « nouvelle productivité » hors coût, gonflée à l’IA. Tout un programme...
...Et une ingénierie sur laquelle que nous devrions nous pencher plus attentivement. Qu’on l’appelle par sa dénomination officielle du « 15ème plan », ou par son prête-nom pour l’export de la « Belt & Road » (BRI), elle possède un même logiciel embarqué dans les affaires civiles et militaires.
Un nouveau livre blanc chinois sur le contrôle des armements et du processus de désarmement introduit un corpus complet englobant l’espace, le cyber et l’IA militaire comme objets de gouvernance internationale, et non plus comme domaines purement techniques.
Nous n’avons d’autres choix que d’élargir nous aussi notre champ d’action pour prendre la pleine mesure du changement, pour le conduire et non le subir.
↑ Retour au sommaire➔ Dans ce Bulletin 12 Mémos :
▶ Politique intérieure
1. La Chine entre dans la phase de déploiement massif de son industrie intelligente : quels risques pour les acteurs européens ?
Un nouveau Guide de construction des parcs numériques de haute norme (高标准数字园区建设指南) définit la feuille de route 2024-2027 pour transformer les zones industrielles chinoises en infrastructures de production entièrement numérisées.
Il fixe l’objectif de bâtir 200 parcs à horizon 2027, d’assurer la couverture totale des entreprises par la transformation numérique et de créer des modèles réplicables. (1 848 signes. Mots clés : MIIT ; 5 et 6G ; Li Lecheng)
Le texte structure quatre champs d’action :
- la transformation numérique industrielle avec la construction d’usines intelligentes, la montée en gamme de l’Intelligence artificielle + manufacturing (“人工智能+制造”) et le déploiement à grande échelle des robots et équipements intelligents
- la digitalisation des services productifs et administratifs ;
- la gestion intégrée numérique du parc (actifs, énergie-carbone, sécurité) ;
- le renforcement des infrastructures (5G-A, Ethernet 10 Gigabits et système de noms de domaine), des capacités de calcul et de la gouvernance des données.
Le dispositif prévoit une supervision renforcée du MIIT, au niveau central.
Un second texte du MIIT, publié quelques jours plus tard, le 22 novembre , annonce que la Chine est entrée dans la phase d’application massive de “5G+ Internet industriel (工业互联网). « Les usines 5G affichent des gains substantiels de productivité (+25 %), +21 % de qualité, et –19 % de coûts, confirmant la maturité du système » selon le texte.
Le discours du ministre Li Lecheng précise l’orientation stratégique : intégration renforcée entre l’Internet industriel et l’intelligence artificielle (工业互联网+人工智能), et une évolution de l’architecture des plateformes et le lancement des réseaux 5G « autonomes » (“5G独立专网”) tout en amorçant la convergence future avec le 6G industriel.
Implications pour les entreprises européennes
- Le développement « des parcs numériques de haut standard » marque une nouvelle phase de propriétarisation de l’environnement industriel chinois.
- Les entreprises européennes devront s’adapter à des standards locaux fermés, à des infrastructures souveraines de nouvelle génération et à des exigences de cybersécurité imposant audits, localisation et transparence technique.
- L’essor des architectures fondées sur les agents intelligents (智能体) et l’intégration verticale renforceront le contrôle de l’État sur les flux industriels et l’accès différencié des acteurs étrangers aux données et aux plateformes.
- La généralisation des équipements intelligents chinois (robots, IA industrielle, réseaux 5G séparés) pourrait intensifier la concurrence avec les leaders européens
🏷️ MIIT 5 et 6G Li Lecheng2. Investissements directs étrangers (IDE) en Chine : décryptage d'une communication en trompe-l'œil.
Le communiqué du MOFCOM du 23 novembre 2025 rend compte des derniers résultats en matière d’IDE dans le pays :
- Il annonce une progression de 14,7% dans le nombre de nouvelles entreprises étrangères créées sur les dix premiers mois de 2025, atteignant 53 782 structures. Les investissements effectivement réalisés s'élèvent à 6 219,3 milliards de yuan.
- Le texte met particulièrement en avant la performance des secteurs de haute technologie : le e-commerce bondit de 173,1%, les équipements médicaux progressent de 41,4%, et l'aérospatial gagne 40,6%. Du côté géographique, les Émirats arabes unis (+48,7%), le Royaume-Uni (+17,1%) et la Suisse (+13,2%) affichent des hausses remarquables.
- Le manufacturing capte 1 619,1 milliards (Mds) de yuan tandis que les services totalisent 4 458,2 Mds de yuan. Globalement, le secteur "haute technologie" attire 1 925,2 Mds de yuan.
Le message est clair : la Chine continue d'attirer massivement les capitaux étrangers, particulièrement dans les secteurs innovants. Seulement, le talbleau n'est pas complet. ( + 5 183 signes. Mots clés : MOFCOM; FDI ; FOMO)
Maintenant, ce que le communiqué ne dit pas :
- La variation des montants investis. Enterrée dans le corps du texte, la baisse de 10,3% contraste violemment avec la hausse affichée du nombre d'entreprises. Cette divergence n'est pas anodine : elle signifie que l'investissement moyen par entreprise nouvellement créée s'établit désormais à 116 millions de yuan, contre 148 millions en 2024, soit une chute de 22% en douze mois.
- On assiste donc à une prolifération de petites structures qui gonflent artificiellement les statistiques de "dynamisme" entrepreneurial, tandis que les gros projets industriels se raréfient. La création d'entreprises augmente, mais leur capitalisation s'effondre.
Pour mesurer l'ampleur réelle du phénomène, il faut replacer ces chiffres dans leur trajectoire pluriannuelle.
- En 2022, la Chine avait atteint un record historique avec 12 326,8 milliards de RMB d'investissements étrangers sur l'année complète (Bulletin statistique 2023 MOFCOM). Depuis, la descente s'est accélérée : -8,0% en 2023, puis -29,8% sur janvier-octobre 2024, avant le -10,3% des dix premiers mois 2025.
- Certes, la chute ralentit en rythme annuel, mais en valeur absolue, les 6 219,3 milliards des dix premiers mois 2025 représentent une contraction de près de 50% par rapport au pic de 2022. Le "ralentissement de la baisse" vanté dans certains commentaires officiels masque un effondrement structurel : on ne remonte pas, on atterrit progressivement vers un nouveau palier historiquement bas.
L'écran de fumée des pourcentages
Les hausses à trois chiffres dans le e-commerce (+173,1%) ou à deux chiffres dans l'aérospatial (+40,6%) impressionnent au premier regard. Mais ces pourcentages portent sur des bases étroites.
- L'ensemble du secteur "haute technologie" totalise 1 925,2 milliards de RMB, soit à peine 31% des investissements totaux. Les 69% restants (4 294 milliards) se répartissent dans des secteurs dont les chiffres bruts sont en net recul : le manufacturing perd 15,8% (de 1 923,2 à 1 619,1 Mds de yuan) et les services reculent de 7,9% (de 4 841,6 à 4 458,2 Mds de yuan) par rapport à 2024 .
- Plus révélateur encore : le manufacturing, pourtant priorité affichée du régime dans sa quête de "nouvelles forces productives de qualité", ne capte que 26% du total (1 619,1 milliards de yuan), largement distancé par les services (4 458,2 milliards de yuan, soit 71,7%). Or ces "services" englobent largement le commerce de gros et les activités de conseil, souvent des structures légères ou des sociétés-relais,
L'explosion du e-commerce suggère d'ailleurs autre chose : des entreprises chinoises qui se "ré-internationalisent" via des structures offshore pour bénéficier d'avantages fiscaux réservés aux "étrangers".
La géographie suspecte des capitaux
Le communiqué valorise les hausses d'investissements en provenance de pays prestigieux : Émirats arabes unis (+48,7%), Royaume-Uni (+17,1%), Suisse (+13,2%). Mais une mention discrète change radicalement l'interprétation : "(含通过自由港投资数据)" – littéralement "inclut les données via les ports francs".
- Traduction : une partie substantielle, voire majoritaire, de ces flux transite par Hong Kong, Singapour, les îles Caraïbes ou d'autres juridictions offshore. Il s'agit probablement de capitaux chinois rapatriés via ces places intermédiaires, puis comptabilisés comme "investissements émiratis, britanniques ou suisses".
- Ce phénomène de round-tripping n'est pas nouveau : Hong Kong représentait 72,6% des IDE officiels en 2022 (Bulletin 2023 MOFCOM, ), descendu à 68,1% en 2023 (Bulletin 2024 MOFCOM).
Les statistiques : un outil de communication stratégique
Cet instrument ne doit pas être lu comme un simple bilan comptable, mais comme une série de signaux destinés à différents publics, des investisseurs étrangers, mais aussi aux citoyens, entreprises et gouvernements locaux.
- 1°, le public national :
Pour Pékin, l'échec économique est inacceptable. Le communiqué met en avant l'augmentation du nombre de nouvelles entreprises (+14,7%) comme preuve de l'ouverture et de la vitalité de la Chine. En mettant en lumière le chiffre positif, le gouvernement assure aux citoyens et à sa propre bureaucratie que le pays maintient le cap du succès. Cela évite de générer des tensions internes ou de contredire le récit officiel de la stabilité, en atténuant l'impact psychologique de la baisse réelle des flux de capitaux (environ -10,3%), qui, elle, est reléguée au second plan.
Fléchage des Capitaux : Le communiqué doit être intégrée dans la feuille de route pour les investisseurs locaux : les fortes croissances signalées dans les secteurs High-Tech sont un appel ciblé pour financer la modernisation structurelle chinoise. Il force les gouvernements locaux et les entreprises chinoises à s'aligner sur les objectifs stratégiques nationaux (services à haute valeur ajoutée), sous peine de manquer les incitations et les faveurs du pouvoir central
- 2°, le public international :
C’est aussi un signal aux Investisseurs étrangers, ce qu’on appelle dans le jargon financier l'effet FOMO" (Fear of Missing Out, ou peur de manquer une occasion). En annonçant que « 53 782 nouvelles entités » se sont implantées, Pékin s'adresse aux investisseurs hésitants, notamment les PME. Le message est le suivant : «Si vous ne vous lancez pas maintenant, vous risquez de rater l'accès au plus grand marché du monde. »
Une Chine dominante dans les services. Le ratio entre les montants investis est un signal économique fort : les services (4458,2 Mds de yuan) dominent très largement le secteur manufacturier (1 619,1 Mds de yuan). Ce doit constituer la preuve la plus concrète que la Chine poursuit sa transition d'une économie d'atelier mondial (basée sur l'industrie et l'exportation de masse) vers une économie axée sur la consommation intérieure et les services à haute valeur ajoutée (finance, technologies, santé...). L'IDE est appelé à devenir un moteur de cette modernisation structurelle vers une économie de services, et non plus seulement de la production de biens.
🏷️ MOFCOM FDI FOMO3. Une innovation sous contrainte stratégique : la Chine renforce son pipeline techno-industriel
Le 25 novembre, Yin Hejun, secrétaire du Parti et ministre du ministère des Sciences et Technologies (MOST) a livré à l’agence officielle Xinhua, les éléments clés de la politique nationale d’innovation à l’horizon 2030 (15ème plan). (+ 4 866 signes. Mots-clés : R&D ; chantiers nationaux ; consortium d'innovation ; IA industrielle ; clusters régionaux)
Le 15ᵉ plan veut mettre progressivement fin à la stricte séparation traditionnelle entre laboratoires, entreprises et administrations.
Les grands programmes scientifiques seront désormais co-construits avec les filières industrielles clés : énergie, automobile, santé, défense, numérique. Les entreprises retenues reçoivent un financement public substantiel, mais conditionné à des résultats industrialisables.
Au travers de mécanismes administratifs, l’État énonce les « verrous technologiques » assortis d’objectifs chiffrés et calendrier contraint. Ce cadre impose une R&D de type « mission” et articule recherche amont, ingénierie, prototypage et industrialisation dans une même architecture. Ce qui est nouveau ici, c’est le niveau d’institutionnalisation et de contrôle de ces dispositifs à l’échelle nationale.
Les entreprises deviennent la tête de pont de l’innovation chinoise.
- Le principe officiel dit de « soutien aux entreprises dans la mise en place de consortiums d'innovation (支持企业牵头组建创新联合体) place les groupes publics et les acteurs « privés » (non détenus majoritairement par le secteur d’Etat) stratégiques à la tête de consortiums combinant laboratoires, universités et PME technologiques.
- Cette architecture s’inscrit dans l’architecture des grands chantiers nationaux’(新型举国体制). Ce système impose une obligation de fusion S&T avec l’industrie (科产业融合) : les projets scientifiques doivent intégrer un cas d’usage industriel dès la conception, et les industriels sont appelés à « absorption » les technologies selon des cycles plus courts d’innovation ou de co-innovation.
- L’“autonomie” accordée aux entreprises est sous conditions. En contrepartie des financements, scénarios de test et soutiens administratifs, elles doivent s’aligner, davantage que par le passé, sur les objectifs définis par la Commission centrale pour la science et la technologie (中央科技委员会).
Une gouvernance intégrée sous le triptyque “Éducation–Science–Talents”
- Le système éducatif et académique est réorganisé pour devenir la colonne vertébrale du pipeline d’innovation. Les disciplines universitaires sont révisées et réalignées sur les priorités du plan (semi-conducteurs, IA industrielle, sciences de la vie, matériaux avancés, énergies…).
- Les grandes installations scientifiques (重大科技基础设施) et les programmes nationaux deviennent des lieux de formation : doctorants, post-docs, ingénieurs y sont intégrés comme partie prenante des missions stratégiques.
- Les carrières académiques sont réformées : évaluation par contribution aux objectifs nationaux, transferts de technologies participation aux programmes de « percée » (comprendre, par tous les moyens), conformité aux impératifs de sécurité scientifique.
C’est la mise en œuvre d’une doctrine nouvelle de gouvernance des talents formulée au 20ème Congrès du PCC en octobre 2022 (一体推进教育科技人才发展).
Des clusters nationaux aux ambitions mondiales
Les clusters régionaux chinois — Pékin, Shanghai, Shenzhen-Guangzhou, Chengdu-Chongqing, Wuhan — deviennent les plateformes territoriales du pipeline national. Ils sont chargés d’intégrer recherche, production, financement, plateformes de test et services technologiques dans des écosystèmes complets (创新生态链).
Ces clusters restent domestiques dans leur gouvernance, mais doivent être branchés à l’international (国际科技创新中心) : co-publications, projets conjoints, investissements croisés. Nous sommes loin de l’autosuffisance ou de la volonté de découplage
Un pipeline national d’innovation, conçu comme instrument de puissance
Selon le ministre Yin, Le système chinois n’est plus fragmenté. Il devient un pipeline national d’innovation en continu, un “full-stack” sous supervision du Parti couvrant l’ensemble du cycle : recherche fondamentale (基础研究), ingénierie (工程化), validation/prototypage (中试), montée en cadence (量产化) et diffusion industrielle (产业化).
Implications pour les entreprises européennes
Les entreprises européennes affronteront des concurrents chinois adossés à une infrastructure d’innovation où l’État-parti aligne les incitations, sélectionne les priorités, finance les percées, mobilise les clusters et ouvre des marchés tests. Je parle ici de groupes ne relevant pas officiellement du secteur d’Etat. Pour les entreprises d’Etat (SOE), c’est le cas par construction.
- Ces acteurs bénéficieront d’un avantage structurel : capacité d’absorption rapide, convergence R&D-industrie, cycles courts de prototypage et un marché domestique capable de générer les effets d’échelle nécessaires à la conquête de marchés tiers.
- Dans ce contexte, les groupes européens devront anticiper une concurrence plus systémique : une combinaison de vitesse, de volume, et de soutiens administratifs difficile à répliquer dans le contexte européen actuel. Nous allons vers plus d’aides d’Etat, pas moins, plus de volumes à l’export, pas moins, malgré les alertes répétées adressées à Pékin.
- Parallèlement, la Chine réorganise son système de formation pour produire, sur son sol, des cohortes de talents directement alignées sur ses priorités techno-industrielles, un facteur qui accroîtra la pression concurrentielle sur les secteurs de haute intensité de compétences.
- Des opportunités de coopération durables et équilibrées subsistent, mais uniquement dans des domaines où Pékin ne perçoit pas de risque stratégique, et dans un cadre où toute collaboration s’insère, de facto, dans son propre pipeline d’innovation.
Attendons la tenue, courant décembre ou janvier, de la conférence centrale sur les sciences et technologies. Elle dévoilera probablement plus finement les principales orientations nationale en matière d’innovation.
🏷️ R&D IA industrielle clusters4. La Chine étend son influence normative via la métrologie industrielle
La métrologie, science de la mesure et de l'étalonnage des instruments, constitue le socle de la conformité industrielle : elle garantit qu'un composant automobile fabriqué à Shanghai s'assemble parfaitement avec une pièce produite à Stuttgart, qu'une puce électronique respecte les tolérances nanométriques requises, ou qu'un dispositif médical atteint les spécifications certifiées. (+ 1 998 Signes. Mots-clés : OIML; MIIT ; IEC ; ISO/TC )
La Direction générale de la supervision du marché a publié, le 24 novembre, les « Mesures pour promouvoir le développement et le renforcement de l'économie privée par la métrologie » (计量促进民营经济发展壮大若干措施)
Ce document technique révèle une stratégie d'envergure : faciliter l'expansion internationale des entreprises privées chinoises en obtenant la reconnaissance mutuelle de leurs certifications métrologiques via l'Organisation internationale de métrologie légale (OIML), avec pour objectif "un test, un certificat, une reconnaissance mondiale".
Cette initiative s'inscrit dans un dispositif plus large lancé par le Ministère de l'Industrie (MIIT) avec son « Avis sur le développement innovant de la métrologie manufacturière » (工业和信息化部关于制造业计量创新发展的意见, de juin 2025, qui prévoit d'ici 2027 de "franchir 100 technologies clés, élaborer 300 normes sectorielles et faire émerger 50 entreprises leaders en instrumentation".
Parallèlement, la Chine intensifie sa présence dans les organismes de normalisation internationaux : elle détient désormais 15 secrétariats à l'IEC (contre 6 en 2012) et participe à 90% des comités techniques, notamment l'ISO/TC 30 (mesure des débits) et l'ISO/TC 176 (management qualité). Cette montée en puissance crée une asymétrie réglementaire : tandis que Pékin cherche la reconnaissance internationale de ses certifications pour faciliter ses exportations, elle maintient des exigences spécifiques (normes GB) pour l'accès à son marché intérieur.
- Les entreprises étrangères font face à une complexification croissante : multiplicité des référentiels, coûts de recertification, et risque de dépendance aux équipements de test chinois pour vendre en Chine.
- Les coûts métrologiques imposés par la Chine – tests locaux, achat d’étalons, délais supplémentaires peut représenter quelques pourcents du chiffre d’affaires export pour une PME, et créent une dépendance structurelle aux acteurs chinois.
- Cette stratégie, couplée à l’absence de réciprocité, renforce le contrôle de Pékin sur les chaînes de valeur industrielles, au détriment de la souveraineté technologique européenne.
Au-delà des aspects techniques, la métrologie devient un nouveau levier géopolitique de contrôle des chaînes de valeur : celui qui définit les standards de mesure définit les critères mêmes de conformité et de qualité.
🏷️ OIML MIIT IEC ISO/TC5. Nouveau livre blanc sur le contrôle des armements et le désarmement
Ce livre blanc sur « le contrôle des armements, le désarmement et la non-prolifération en Chine à l'ère nouvelle 2025" actualise la précédente édition qui datait de 2005. Il fallait davantage qu’un toilettage. Il introduit un ensemble complet qui traite l’espace, le cyber et l’IA militaire comme objets de gouvernance internationale, et non plus comme domaines techniques. (+ 2 222 Signes. Mots-clés : domaines émergents ; doctrine ; GSI ; Australia Group, Wassenaar Arrangement, MTCR)
Points saillants :
- Pékin revendique désormais un rôle de direction — « diriger la gouvernance internationale des domaines émergents » (引领新兴领域国际安全治理,)
- Si la posture et le narratif de rule-shaper ne sont pas entièrement nouveaux - le livre blanc de 2005 évoquait la nécessité « d’améliorer les régimes internationaux existants », (完善现有国际军控、裁军与防扩散法律体系) - c’est la première fois que la Chine regroupe ces sujets dans un bloc unique “domaines émergents” (新兴领域) et en revendique explicitement le leadership.
Saut doctrinal grâce aux préceptes doctrinaux de Xi Jinping en matière de sécurité
- Par rapport au multilatéralisme bon teint de 2005 et son « nouveau concept de sécurité » (新安全观) dans la continuité du livre blanc Défense 2019, ce nouveau livre blanc aligne directement la politique de maîtrise des armements sur le cadre doctrinaire stratégique actuel et leurs slogans : la communauté de destin pour l’humanité », la « Global Security Initiative » (GSI-全球安全倡议).
- Le chapitre 2 « politique chinoise de contrôle des armements dans la nouvelle ère" introduit ses principes cardinaux hiérarchisés : la justice, la coopération, l’équité, l’efficacité (公正、合作、平衡、有效), consacrant l’arrivée d’un véritable corpus doctrinal du droit coutumier chinois.
- Pour la première fois dans un livre blanc de ce type, la Chine cite nommément l’Australia Group, le Wassenaar Arrangement, et le Missile Technology Control Regime (MTCR). La Chine n’est membre ni de l’AG ni de Wassenaar, et sa demande MTCR n’a jamais abouti politiquement.
La relation reste prudente, mais ces mécanismes sont désormais intégrés dans le récit officiel du contrôle des armements. Pékin précise que ces régimes doivent maintenir leur “nature technique” (技术属性) et ne pas pénaliser les pays du Sud — faisant ainsi d’une pierre, plusieurs coups : accepter le dialogue tout en en fixant des limitations « politiques » (aux autres), et en visant en creux les Etats-Unis.
Des “solutions chinoises” opportunes
Cette mise à jour 2025 présente les initiatives chinoises multilatérale de « No First Use », sur les armes chimiques, l’espace extra-atmosphérique (PAROS) et les propositions sur l’IA militaire comme un package de solutions (中国方案) cohérentes, systémiques, adossées aux cadres de pensée de Maître Xi et au cycle de révision législatif et doctrinaire sur la politique et la gouvernance extérieure (涉外法治). Le retrait américain du contrôle des armements fournit un contexte favorable : Pékin occupe le vide normatif, active la rhétorique de grande puissance responsable, et cherche à passer de rule-taker à co-rule-maker, notamment dans les nouveaux domaines.
🏷️ GSI Australia Group Wassenaar Arrangement MTCR↑ Retour au sommaire▶ Politique extérieure
6. Good COP30 ou Bad COP pour la Chine ou le monde ?
Difficile de résumer la « performance » de la Chine à la COP30. J’en propose une lecture personnelle. La campagne officielle chinoise a été lancée publiquement le 8 novembre avec la parution d’un livre blanc, un texte-cadre : « L’action de la Chine pour le pic carbone et la neutralité carbone » (碳达峰碳中和的中国行动). (+ 3 828 signes. Mots-clés : Ding Xuexiang, Huang Runqiu ; Li Gao ; Liu Zhenmin ; CCNUCC ; CBAM)
Ce livre blanc indique que :
- La neutralité carbone devient une voie obligée pour la modernisation, la sécurité énergétique, la souveraineté industrielle et la construction d’une « civilisation écologique » (生态文明).
- Son plan d’action suivra une trajectoire dite “1+N” : une ligne cadre “1” et une série de plans sectoriels et territoriaux “N”
- La Chine affirme vouloir « injecter une forte impulsion à la gouvernance climatique mondiale » (为全球气候治理注入强大动力) en fournissant des technologies, des financements et des « solutions chinoises » (中国方案) all inclusive
Ce texte sert clairement de matrice aux éléments de langage de la délégation chinoise à Belém, une délégation imposante (+ de 100 officiels et près de 800 membres, médias, think tanks…) et très structurée. J’en fournis ici un arbre décisionnel simplifié
Elle est notamment composée de Ding Xuexiang, vice-premier ministre, membre du Comité permanent du Bureau Politique, Huang Runqiu, ministre de l’Écologie et de l’Environnement qui porte la narration de la Maison Chine verte, et l’infatigable Li Gao, vice-ministre de l’Environnement, chef de délégation qui pilote des négociations. Egalement, Liu Zhenmin, envoyé spécial pour le climat, est l’homme à tout faire et veille sur tout : les médias, la ligne géopolitique et diplomatique...
Livre blanc, NDC 2035 et discours de Belém : un beau script
La Chine avait, dès le 3 novembre, remis ses Contribution déterminée au niveau national de la Chine pour 2035 (NDC 2035 - 2035年中国国家自主贡献报告à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) Les Objectifs clés de la NDC chinoise à l’horizon 2035 sont, facialement
- Une réduction de 7–10 % des émissions nettes de GES en 2035 par rapport au pic,
- Une couverture de toute l’économie et de tous les GES,
- L’introduction d’un objectif en valeur absolue (温室气体绝对量减排目标)
- Un engagement de « faire mieux, si possible ». (力争做得更好)
Le cœur du réacteur : la logique “1+N”
Par déformation comme par jeu, l’élite dirigeante chinoise aime à encapsuler ses politiques dans des formulations d’ingénieur.
- “1” c’est la « superstructure » : la stratégie nationale, les objectifs 2030/2060, le plan d’action pour le pic carbone, « dix actions » transversales (énergie, industrie, transport, villes, Innovation scientifique et technologique, puits de carbone…).
- “N” = la constellation de plans sectoriels et régionaux (énergie, acier, ciment, agriculture, villes) + les politiques de soutien (marché carbone, finance verte, normes, statistiques carbone, renforcement des capacités).
La COP30 représente pour la Chine une campagne de lancement internationale de sa politique dite « 1+N » et de ses NDC 2035.
Les priorités réelles derrière le discours : mettre en avant ses “solutions chinoises” (中国方案)
- Pékin cherche à transformer son excédent techno-industriel (solaire, batteries, voitures électriques, réseaux) en capital marketing. Le pavillon Chine a mis en scène la Belt & Road verte, les projets Sud-Sud, les partenariats technologiques.
- Cependant, la Chine se présente toujours comme défenseur des intérêts du Sud global : justice, équité, finance, transferts de technologie et du « vrai multilatéralisme » (真正的多边主义), elle aurait montré une certaine réticence, selon certains observateurs, à ne pas se laisser étiquetée “leader climatique”, ce qui est une position assez prudente, mais compréhensible étant donnée l’absence remarquée des Etats-Unis.
- La Chine veut packager l’atténuation, l’adaptation, la finance et les technologies et éviter que la négociation se concentre uniquement sur la réduction des énergies fossiles. Cette effort dilue la pression sur le charbon et renvoie une partie de la charge aux pays développés.
Encadrer les mesures commerciales unilatérales
La COP30 inscrit pour la première fois les mesures climato-commerciales dans une décision formelle de COP, établissant trois dialogues annuels (2026-2028) sur les "mesures unilatérales", au premier rang desquelles le CBAM européen et les potentiels tarifs verts américains.
Pékin présente ce résultat comme une victoire des pays en développement : il crée un espace institutionnel multilatéral, certes limité dans le temps et sans pouvoir réglementaire, mais qui légitime son narratif sur les "mesures commerciales unilatérales restrictives". C'est davantage un point d'entrée procédural qu'un encadrement juridique, mais c'est précisément l'objectif tactique de Pékin, qui cherchait à inscrire cette question dans le processus onusien climatique.
🏷️ Ding Xuexiang Huang Runqiu Liu Zhenmin CCNUCC CBAM7. Comment Pékin veut embarquer les Etats-Unis dans sa cause taiwanaise
Dans un post prédécent, j'analysais le constexte qui précédait et avait pré-formaté l’appel téléphonique Trump-Xi du 24 novembre. Cette conversation entre grands leaders doit être lue au-delà du seul communiqué de Xinhua. (+ 3 541 Signes. Mots-clés : Wang Yi ; Chine-Asie-centrale)
Si celui-ci posait déjà les briques d’un nouveau cadrage :
« Le retour de Taïwan à la Chine fait partie intégrante de l'ordre international d'après-guerre. «台湾回归中国是战后国际秩序的重要组成部分»
avec la référence au "combat commun" contre le "fascisme et le militarisme" «法西斯和军国主义», il ne préjugeait pas de la réaction finale américaine. Il exploitait le silence de Washington DC qui a suivi les déclaration de la PM japonaise, considérant ce flottement dans la communication de la Maison Blanche, autant comme un signe d’inquiétude qu’une occasion pour « mettre les pieds dans le plat »
C’est précisément l’intention de l'éditorial du Quotidien du Peuple, deux jours après, le mercredi 26, qui fait une sorte d'exégèse du contenu de cet appel pour être sûr de donner à son lectorat, en Chine, une compréhension correcte et unique de l’échange, telle que définie par la ligne officielle (unique par définition) du PCC.
L’histoire revisitée
Le communiqué de l’appel entre D. Trump et Xi Jinping, plus court, est destiné à être traduis et lu à Washington, ainsi qu’à l’élite du PCC. C’est un texte à double clés de lecture, une sorte de « lettre ouverte au président Trump ». Je vous propose une traduction analytique commentée, phrase par phrase dans le mémo suivant.
- L’édito recentre quant à lui explicitement le narratif sur l’ordre mondial en 1945. Là où le communiqué de l’appel restait allusif, l'Edito du PCC nomme le Japon comme une menace de renaissance du militarisme (复活军国主义) et prête à la Chine et aux États-Unis une responsabilité partagée pour la "sauvegarde de l'ordre international d'après-guerre" (共同维护战后国际秩序,是双方的共同责任).
- Pékin replace les États-Unis dans une lecture sino-centrée de l’ordre post-1945. L’Ukraine, présente dans le communiqué, disparaît dans l’édito. La fonction de dernier est de clarifier les priorités, et de recadre les discussions futures. Il veut mettre un coin entre Washington et Tokyo, pour isoler ce dernier.
- Contrairement à certaines analyses, je ne pense pas que cet appel ai fait plier Trump sur Taiwan, mais Pékin a fait resurgir « la question taiwanaise » dans un moment de flottement du côté de la Maison Blanche et veut y instiller une nouvelle grammaire ou narratif dans l’esprit de son locataire.
- Depuis une semaine, Pékin utilise la crise ouverte par Tokyo pour opérer un renversement complet du cadre de responsabilité dans le détroit, une décrédibilisation du gouvernement japonais et une légitimation de la position chinoise sur la sécurité en Asie, et de toute action qu’elle pourrait prendre.
Cet effort diplomatique et narratif ne se limite pas aux seuls Etats-Unis - il lui sera difficile de les faire évoluer durablement dans le sens voulu – mais cible aussi et surtout un maximum de pays voisins et amis.
La moisson du Dialogue Chine-Asie centrale
En effet, du 19 au 22 novembre, Wang Yi a effectué une tournée au Kirghizistan, en Ouzbékistan et au Tadjikistan, dans le cadre du mécanisme Chine–Asie centrale (中国—中亚机制), qui structure depuis 2020 la relation stratégique de Pékin avec les cinq États de la région.
Wang Yi a clairement utilisé cette séquence pour rallier ces partenaires au narratif chinois de re-légitimisation historique. il y présente question Taïwanaise comme relevant de « la préservation des acquis de la Seconde Guerre mondiale », et accuse certains dirigeants japonais de porter atteinte à l’ordre international d’après-guerre.
« J'ai exposé la position de principe de la Chine sur la question taïwanaise aux ministres des affaires étrangères des trois pays, dénonçant les propos et les actes erronés des dirigeants japonais actuels qui portent ouvertement atteinte aux intérêts fondamentaux de la Chine et remettent en cause l'ordre international établi après la Seconde Guerre mondiale »
Dans le même registre que le recadrage de Washington, Wang Yi veut faire passer le soutien aux positions chinoises comme la défense d’un ordre historique commun.
En saluant l’engagement des pays d’Asie centrale à « défendre l’équité et la justice internationales » (维护国际公平正义 ) , Wang Yi se rallie des voix supplémentaires qui devront, le cas échéant, s’exprimer ou se taire, en fonction des scénarios d’évolution dans le Détroit de Taiwan et au-delà.
🏷️ Wang Yi Chine-Asie Centrale8. Appel Trump-Xi au travers du communiqué officiel chinois
Cet appel, dont on ne saura probablement pas de quel côté il a été déclenché, probablement toute de même à l'initiative de D. Trump, intervient en pleine crise diplomatique entre pékin et Tokyo, et alors que la Maison Blanche transmet un copier-coller d'un cable de Moscou en guise de plan de paix pour l'Ukraine.
Dans la majeure partie de « fond » du communiqué, consacrée à Taïwan, Xi y réaffirme la position de principe de Pékin et ancre désormais « l’unification » dans le règlement de l’ordre d’après-guerre, en affirmant que le « retour de Taïwan à la Chine » constitue un élément des acquis de 1945. (+ 1893 signes. Mots-clés : Taiwan ; Ukraine)
Je vous invite à lire ma traduction annotée et commentée, phrase par phrase, . Peut-être vais-je trop loin. Vos retours sont les bienvenus.
Il rappelle que Chine et États-Unis ont « combattu ensemble le fascisme et le militarisme », invitant Washington à « protéger » avec Pékin les fruits de cette victoire, sous-entendu, sans se ranger derrière un Japon présenté comme héritier d’un passé militariste. Xinhua fait dire à Trump qu’il comprend l’importance de la question pour la Chine, afin de le placer dans le cadre du « consensus » défini à Pusan.
Sur l’Ukraine, évoqué du bout du pinceau, la Chine stabilise ainsi un langage en deux étages.
- D’un côté, elle soutient l’objectif d’un « accord de paix équitable, durable et contraignant » (公平、持久、有约束力的和平协议), formule qui mime en partie le vocabulaire onusien et européen.
- De l’autre, lorsqu’elle parle de « garanties de sécurité », ce n’est pas pour détailler un mécanisme additionnel en faveur de Kiev, mais pour ramener le débat au cadre russe de la « sécurité indivisible » (安全不可分割原则) et des « préoccupations légitimes de toutes les parties » (照顾彼此合理关切).
- Chez Geng Shuang, représentant permanent adjoint de la Chine auprès des Nations unies, les “garanties” sont explicitement replacées dans la recherche d’un « schéma acceptable par tous » (各方均可接受的安全保障方案) et d’une nouvelle architecture de sécurité européenne, où Moscou et Kiev sont à parité.
- Dans cette configuration, l’“accord contraignant” fixe un horizon normatif élevé, tandis que la discussion sur les garanties recentre la négociation sur la refonte de l’ordre de sécurité en Europe plutôt que sur les réparations à apporter à l’Ukraine.
- Pékin peut ainsi apparaître en promoteur d’une paix “équitable et durable”, tout en confortant une lecture des causes du conflit qui se rapproche largement de celle de Moscou – la “crise ukrainienne” comme « explosion cumulée des contradictions de sécurité européennes » (欧洲安全矛盾的总爆发), et non comme agression unilatérale.
L’essentiel du communiqué est centré sur Taiwan, mais on observe que Pékin ne perd pas une occasion pour tenter de revenir dans le jeu de la redéfinition de l’architecture de sécurité européenne, et il veut pouvoir le faire en s’appuyant sur l’administration américaine.
🏷️ Taiwan Ukraine9. Europe-Chine : les affaires Nexperia et British Steel laissent planer le doute sur les intentions de Pékin
Petits rappels : depuis le printemps dernier, la classe politique britannique est vent debout contre le groupe chinois Jingye, propriétaire de British Steel, et l’accuse de vouloir fermer la production d'acier primaire au Royaume-Uni pour importer ce précieux minerai depuis la Chine. (+ 2 269 signes. Mots-clés : Nexperia ; Wingtech)
“Le ministre peut-il également garantir à la Chambre que le gouvernement a évalué s'il existe un risque que Jingye, au nom du gouvernement chinois, ait délibérément cherché à mettre à mal l'usine et à compromettre la capacité du Royaume-Uni à produire de l'acier " ?
« En poussant à la fermeture des hauts fourneaux au Royaume-Uni, ils savent que nous devrons acheter des brames d'acier à la Chine. Ce n'est pas une coïncidence. Tout cela fait partie du plan. »
« leur intention était de conserver les usines en aval [...] et de les approvisionner depuis la Chine »
Ce sont les propos prononcés de Iain Duncan Smith, député conservateur, ancien conseiller commercial de Boris Johnson, jouissant d’une influence significative, particulièrement sur les questions de sécurité nationale et de relations avec la Chine, devant le Parlement (House) britannique, en avril dernier.
L’affaire Nexperia de l’autre côté du tunnel
Cet imbrolio juridico-politico-diplomatique se déploie également outre-Manche. Wingtech, maison-mère de Nexperia, est accusée par Londres d’avoir transféré clandestinement des technologies de fabrication sensibles depuis l’usine de Stockport vers une installation en Chine, avec l’intention de fermer le site britannique après copie du savoir-faire, soulevant la question plus large des actifs chinois au Royaume-Uni.
- Les grand médias britanniques dressent un parallèle entre Nexperia et British Steel pour alerter sur dépendance industrielle et les vulnérabilités que subit le pays et l’Europe
- Dans ces deux cas, si l’on prend en compte les décisions du gouvernement Néerlandais, les États européens ont réagi : British Steel saisi de facto par Londres pour empêcher la fermeture du dernier site de production d’acier primaire du pays, et Nexperia, placé « sous contrôle » néerlandais pour éviter transferts de production, d’emplois et de savoir-faire vers la Chine.
- Et l’affaire se poursuit : le 26 novembre, Wingtech a déposé le un recours devant la Cour suprême des Pays-Bas contre les décisions de l’Enterprise Chamber, (Ondernemingskamer, juridiction spécialisée de la Cour d’appel d’Amsterdam) arguant qu’elles ont été prises ex parte et sous influence de l’État néerlandais.
Sans surprise, Pékin dénonce l’attitude de l’Europe et une « politisation » des affaires strictement économiques, une « discrimination » à l’endroit de ses entreprises.
Ces cas nourrissent l’idée que la Chine est prête à exploiter, voire à faciliter l’érosion de capacités industrielles européennes si cela sert sa propre montée en puissance technologique et industrielle. Comment dans ces conditions penser la mise en place d’un « new normal » dans la relation avec Pékin ?
🏷️ Nexperia Wingtech10. Bousculade européenne en Chine et relation franco-chinoise
Ces dernières semaines, plusieurs dirigeants européens effectueront un déplacement officiel en Chine, les réunions préparatoires s’enchainent.
- Vendredi 28 novembre, Euronews annonce que le président français Emmanuel Macron se rendra en Chine du 3 au 5 décembre pour une visite d'État axée sur les relations bilatérales et le rééquilibrage des relations sino-européennes, ainsi que « pour convaincre Pékin de cesser son soutien à la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine ».
- Selon Reuters, le Chancelier allemand Merz devrait effectuer sa première visite en Chine “au début de 2026”. Les détails (dates exactes, format) ne sont pas encore publiés officiellement côté chinois.
- Plusieurs médias britannique évoquent un déplacement possible en Chine fin janvier ou début 2026 du PM Keir Starmer qui dépendrait du feu vert donné au projet de nouvelle super-ambassade chinoise à Londres.
A sept jours d’intervalle, entre le 17 et le 24 novembre, se sont respectivement tenus le 4ᵉ dialogue financier de haut niveau entre l’Allemagne et la Chine et un nouveau dialogue économique & financier de haut niveau entre Paris et Pékin, animés du côté chinois par l’incontournable VPM He Lifeng.
Un dialogue franco-chinois franc et...franc
Concernant la relation franco-chinoise, le 27 novembre, un communiqué du ministère chinois des affaires étrangères indique que :
« M. Emmanuel Bonne a déclaré que le président Macron espère pouvoir se rendre en Chine rapidement …»,
Tout en soulignant que :
« Nous espérons que la partie française exhortera l'UE à mener une politique proactive et rationnelle à l'égard de la Chine (希望法方推动欧盟奉行积极理性对华政策), à maintenir l'orientation fondamentale du partenariat, à résoudre les différends économiques et commerciaux par le dialogue et la consultation, et à maintenir sur les bons rails des relations sino-européennes saines (推动中欧关系沿着正确轨道健康发展) ».
Je traduis, en oblique : « Nous exhortons le gouvernement français à faire pression sur la Commission européenne pour ne pas céder à l’émotion et au China bashing, à rester dans le cadre strict d’un partenariat commercial , sans prendre de décisions avant consensus, et à ne pas faire se rendre responsable d’une sortie de route de la relation ».
Sur la guerre russe d’agression sur l’Ukraine, Wang Yi, l'auteur présumé de ces bons mots, précise que :
« Les deux parties ont également échangé leurs points de vue sur la crise ukrainienne. M. Bonne a présenté la position française. M. Wang Yi a déclaré que la Chine soutenait tous les efforts en faveur de la paix, la conclusion d'un accord de paix global, durable acceptable pour toutes les parties concernées (支持达成全面、持久、当事各方都接受的和平协议), ainsi que la mise en place d'une architecture de sécurité européenne équilibrée, efficace et durable. La Chine se tient prête à maintenir le dialogue avec la France sur ces questions ».
Je traduis, toujours en toute subjectivité : « M. Bonne a exposé la position de la France, Wang Yi en a fait de même. Dont acte. Puis, M. Wang a indiqué que la Chine fait tout pour la paix, et la conclusion d’un accord de paix complet, durable et qui satisfait les parties impliquées et concernées . La Chine soutient le projet de bâtir une architecture européenne de sécurité équilibrée, qui soit effective et durable pour toutes les parties impliquées et concernées. Nous sommes d’accord pour discuter sur cette base en tant que partie concernée, et donc en tant que partie prenante ».
Sur Taiwan, les attentes de la Chine sont claires :
« Nous espérons que la partie française continuera à s’en tenir (恪守) strictement au respect du principe d'une seule Chine (一个中国原则) ».
Puis,
« La France maintient sa tradition de diplomatie indépendante et autonome (独立自主), elle met en œuvre (奉行) la politique d'une seule Chine (一个中国政策) et comprend la position légitime (正当立场) de la Chine sur la question de Taïwan ».
Le piège de la recherche de l’équilibre
« Un faux sentiment de sécurité renouvelé pourrait inciter l'Europe à l'autosatisfaction », alerte une note de l’EUISS (European Union Institute for Security Studies).
Nous chercherions plus ou moins consciemment une « trêve commerciale », comme celle entamée entre les États-Unis et la Chine, bien qu’elle soit en trompe-l’œil. Pékin met en place des dispositifs règlementaires, de portée extraterritoriale, puis en contrepartie de nos inquiétudes, les assortit de promesses de non-exécution.
Les nouvelles dispositions et décisions que la Commission Européenne s’apprête à annoncer cette semaine devront disposer d’autant de souplesse dans l’action et de fermeté pour amender le cahier des charges que veut nous imposer la Chine…en étroite coordination avec les chefs d’Etat et de gouvernement.
↑ Retour au sommaire▶ Influence et ingérences
11. Les organisations de façade de l’enseignement du chinois
J’ai reçu quelques retours intrigués à la suite de mon dernier mémo sur l’ESCP - Instituts Confucius 2.0.
J’apporte ici quelques précisions complémentaires :
L’offre d’enseignement du chinois en France est protéiforme. Des « instituts » et cours privés se créent proches des centres économiques et bassins industriels (Planète Asie, Nice, Le Hua, à Toulouse, l’École de chinois, à Paris…), des partenariats institutionnels se développent dans nos universités (Institut franco-chinois de l’Université du Peuple avec la Sorbonne Nouvelle...)...
En 2020, Pékin opère un véritable tour de passe-passe institutionnel.
L’ancien Bureau du groupe dirigeant pour la promotion internationale du chinois (国家汉语国际推广领导小组办公室), abrégé en Hanban, devenu encombrant après les critiques occidentales visant les Instituts Confucius, est discrètement remplacé par un dispositif bicéphale.
D’un côté apparaît le Centre pour l’éducation et la coopération linguistique sino-étrangère (教育部中外语言交流合作中心, CLEC), intégré au ministère chinois de l’Éducation, chargé des normes linguistiques, examens (HSK), bourses et standards pédagogiques.
De l’autre, la Fondation pour l’enseignement international du chinois (中国国际中文教育基金会, CIEF), présentée comme une « organisation sociale », ou ONG, mais qui récupère la marque et la gestion internationale des Instituts Confucius.
En réalité, c’est une simple reconfiguration de façade : en Chine, ce que l’on appelle « fondation » ou « organisation sociale » (社会组织) n’a rien du parapublic au sens occidental. Ce sont des structures créées, financées ou étroitement orientées par l’État-parti.
Or, nous sommes face à ce que, en ingénierie des systèmes, on appellerait un dispositif « contrôlé de bout en bout » – end-to-end, en anglais.
Les standards sont conçus à Pékin, les marques et réseaux sont portés par une fondation dépendante de l’État-parti chinois, proposant des contenus très marqués idéologiquement, les relais pédagogiques opèrent via un acteur français unique et perméable, et l’ensemble irrigue l’apprentissage du chinois jusqu’aux publics les plus jeunes.
Un rapport du Sénat estimait, en 2021 que, dans l’enseignement public 850 collèges et lycées et 24 écoles primaires proposaient déjà du chinois, devenu la cinquième langue étrangère enseignée en France. Ce rapport est inscrit « au nom de la mission d’information sur les influences étatiques extra-européennes dans le monde universitaire et académique français et leurs incidences »
12. 7e Forum Chine–ASEAN sur la "gouvernance par le droit".
Du 20 au 22 novembre à Chongqing (Sichuan), s’est tenu le septième Forum Chine-ASEAN sur la gouvernance (par le droit) (法治), organisé par la Société chinoise de droit (China Law Society, 中国法学会). Lors de ce forum, des juristes et des praticiens du droit venus de Chine et des États membres de l'ASEAN ont participé à des échanges sur le thème de « la coopération Chine-ASEAN en matière d'état de gouvernance par le droit et la construction d’une communauté de destin commun de bon voisinage» (周边命运共同体).
Je retiens de cet événement :
- La mise à jour de l’accord dit CAFTA 3.0 5Chine–ASEAN 3.0 (中国—东盟自贸区3.0版) (Cf. Bulletin n°4) prolonge l’intégration économique en exigeant une intégration normative : harmonisation des règles douanières, techniques et concurrentielles, facilitation de la mise en œuvre du RCEP (Regional Cooperation Economic Partnership)
- Le texte souligne le rôle croissant des institutions d’arbitrage chinois : la Chongqing Arbitration Commission (重庆仲裁委), le Hainan International Arbitration Court (海南国际仲裁院), favorisé par la numérisation des procédures et l’internationalisation des standards.
- Le Forum a également mis en avant la dimension sécuritaire : la gouvernance collective contre les criminalités transfrontalières requiert un ancrage procédural commun, notamment en matière de cyber-preuve et d’entraide judiciaire.
- On observe un lourd investissement dans la formation d’un vivier intégré de juristes « sino-ASEAN » compatible, via l’Alliance pour l’éducation juridique Chine–ASEAN (中国—东盟法学教育与研究联盟).
En filigrane, l’ASEAN Free Trade Area n’est plus seulement un espace commercial, mais un espace où se diffuse une juridiction chinoise de facto, structurée autour des mécanismes chinois de résolution des litiges commerciaux, conférant à Pékin un avantage normatif dans la gouvernance régionale.
Celle-ci est censée être animée par des juristes professionnels formés au droit chinois, indissociable des prescriptions doctrinaires et politiques du PCC.
La coopération sur la gouvernance « par le droit » est désormais un label transversal appliqué dans les MoU et accords bilatéraux et multilatéraux en Afrique (中非合作论坛—法治论坛), dans l’espace de l’organisation de Coopération de Shanghai (OCS) ainsi qu’aux partenaires de la Belt & Road (BRI).
Pour aller plus loin .
- Le livre blanc : « Construire une communauté avec un avenir commun pour l'humanité : les initiatives et les actions de la Chine » 携手构建人类命运共同体:中国的倡议与行动 (2023), avec un passage sur Chine-ASEAN, qui montre que le projet d’influence est autant politique qu’économique :
« La coopération Chine-ASEAN est l'initiative la plus fructueuse, la plus dynamique et la plus substantielle dans le cadre de la coopération régionale en Asie de l'Est. La confiance politique mutuelle entre les deux parties continue de se renforcer, avec des échanges fréquents à haut niveau et la mise en place de mécanismes de dialogue et de coopération dans près de 50 domaines et institutions ».
- La série de briefs du National Bureau of Asian Reseach (NBR), Mapping China’s Strategic Space et notamment : “Pressure on the Periphery: China’s Economic Coercion in the Borderlands”
▶ Documentation & Agenda prospectif
◇ Conférence passée : IFRI, le 28 novembre. Replay : Navigating the Taiwan Strait Tensions: Perspectives from Japan, the Philippines, and France.
- Pour Shin Kawashima de l’Université de Tokyo, Pékin opère un changement de stratégie après 2016 pour une pénétration systématique de la société taiwanaise et la cultivation de "patriotes" pro-Pékin. Seulement 6 ou 7% des Taiwanais soutiendraient l'unification avec la Chine, ce qui ne réduit pas les attaques en zone dite de zone grise : dommages aux câbles sous-marins, cyberattaques, désinformation coercition économique...
- Renato Cruz de Castro, Université De La Salle, Manille, cite une déclaration du président Marcos, en août 2024 : "Si les choses s'aggravent dans le détroit de Taiwan, les Philippines seront impliquées". 250 000 Philippins travaillent à Taiwan. En outre, un contrôle naval chinois effectif des eaux orientales les couperait de l'assistance des alliés américaines stationnées à Hawaii et Guam. Une nouvelle grande stratégie se déploie fondée sur le "Comprehensive Archipelagic Defense Concept" (CADC), dans laquelle la sécurité du Japon, des Philippines et de la Mer de Chine du Sud est interconnectée. Il souligne que notre fixation sur Trump est excessive, plus importante est la stratégie de l'Indopacom et du Pentagone.
(Note : le Secrétaire à la Défense philippin Gilberto Teodoro Jr. a confirmé en juin 2025 que les Philippines opérationnalisent le concept japonais de "théâtre unique" qui envisage la Mer de Chine du Sud, la Mer de Chine de l'Est et la péninsule coréenne comme un seul théâtre d'opérations intégré en temps de guerre)
- Marc Julienne (IFRI), Directeur Asie, souligne la montée en puissance de la lawfare depuis 2021 : pouvoirs élargis incluant usage de la force létale, terminologie floue "eaux sous juridiction chinoise", sans distinction entre zones maritimes du droit international, autorisation de détention de navires et personnes étrangers. Quant à la probabilité d'une crise majeure, elle est peu probable à court terme mais il ne faut pas perdre notre humilité face à l’état de nos connaissances du processus décisionnel du PCC.
- Séverin Arsène du Ministère des Affaires Étrangères (MAE), détaille le domaine d’attention du Quai sur la question : des paramètres domestique, politique, idéologique et économique, jusqu’aux différents scénarios et leurs seuils de déclenchement, y comprise pour le secteur privé, en première ligne en cas de crise. Les scénarios blocus ou de quarantaine cibleraient les exportateurs, les compagnies maritimes, les assurances. La Lawfare chinoise pourrait contraindre acteurs économiques étrangers à se conformer aux lois chinoises de portée extraterritoriale.
◇ Etudes et documents :
- Semi-conducteurs
Semiconductors: China’s Industrial Policy Steamroller in Motion , China Trends, n°24, novembre 2025, avec Mathieu Duchatel, Filip Šebok, Jeremy Chih-Chen Chang.
Résumé. Selon les briefs, la dynamique chinoise des semi-conducteurs doit être lue non pas comme une simple réaction aux contrôles américains, mais comme un projet structurel, massif, structuré, visant la souveraineté technologique et la domination des chaînes de valeur stratégiques. Le 15ème plan dans ce domaine, comme dans tant d’autres, se présente comme une ingénierie systémique et structurellement expansionniste.
Le deal Xi–Trump de Busan ne constitue qu’une trêve tactique, sans modifier la logique d’affrontement technologique durable. Pékin assortit progressivement ses aides directes d’Etat à un rôle de maître d’ouvrage, via des fonds publics pilotant la consolidation et l’intégration verticale de l'écosystème.
Et la projection du modèle en Asie du Sud-Est n’est qu’une première étape (facilitée par les accords de libre-échange régionaux).
Certains chercheurs gouvernementaux parlent re-globalisation » (再全球化) aux couleurs chinoises et non de démondialisation, ce qui qualifie assez bien la nature offensive et globale du projet chinois.
Nous attendons avec impatience un China trends concernant la rivalité sino-américaine sur la gouvernance mondiale de l’IA.
- Chine-Russie-Corée du Nord
Imbalanced Partnerships China, Russia, and North Korea , China Security Report 2026, novembre 2025, par MASUDA Masayuki, YAMAZOE Hiroshi, and ASAMI Asaki, du National Institute for Defense Studies (NIDS) japonais.
L’étude, très documentée et fouillée, soutient que l’axe Chine–Russie–Corée du Nord forme aujourd’hui un ensemble de partenariats asymétriques, non alliés juridiquement mais de plus en plus coordonnés politiquement et militairement, qui accroissent l’incertitude stratégique en Indopacifique : « une dynamique dangereuse », concluent les auteurs.
- Ukraine et sécurité européenne
The Tipping Point: An Emerging Model of European Security with Ukraine and without Russia Etude du German Institute for International and Security Affairs-SWP, novembre 2025, Berlin.
L’Ukraine se place déjà dans l’ordre européen : au-delà des débats formels sur l’adhésion, les auteurs soutiennent que, de facto, l’Ukraine est déjà insérée dans le dispositif OTAN/UE (coopérations capacitaires, intégration industrielle de défense, instruments comme SAFE, accords de sécurité bilatéraux).
Un nouveau modèle de sécurité européenne est en train d’émerger, structuré autour de l’intégration de l’Ukraine dans l’ordre de sécurité occidental et de l’exclusion durable de la Russie comme partenaire, au moins à moyen terme, et en renforçant le pilier européen de l’OTAN et la capacité d’agir de l’UE.
- Minerais critiques
Le rôle clé de la Chine dans les chaînes de valeur des minerais critiques, John SEAMAN Chercheur à l’Ifri , dans Annales des Mines, novembre 2025.
L’auteur démontre que le régime chinois de licences d'exportation ne sert pas seulement à restreindre l'accès (chokepoint classique) mais permet à la Chine d'obtenir une cartographie détaillée des chaînes de valeur en aval grâce au processus de licences, qui pourra être utilisée pour concevoir plus précisément de futures restrictions à l'exportation
- Lawfare
Limites maritimes et discours juridique dans le conflit en mer de Chine du Sud, un outil politique ? Frédéric Lasserre et Olga V. Alexeeva, 19 novembre 2025
Les auteurs montrent comment la doctrine chinoise invite à une relecture chinoise de la CNUDM sans rupture formelle. En contestant le statut de “constitution des océans” attribué à la CNUDM, en la présentant comme un texte important mais non exclusif dans l’édifice juridique maritime, Pékin ne propose pas d’abroger ou réécrire la Convention, mais cherche à l’encadrer dans un système juridique plus large où ses propres concepts (droits historiques, archipels en tant qu’unités génératrices de ZEE) seraient légitimés. Ce qui ne laisse pas les pays de l’ASEAN concernés inactifs.
◇ Conférences à venir :
Europe’s strategic choices 2025, conference Chatam House, 1 et 2 décembre, Londres. S’il est encore temps. Sinon, un autre événement :
Central Asia. How is Beijing aiming to reshape the region?, le 9 décembre, 16h-17h, Chatam House.
Quatorzième édition de l'atelier européen sur la politique chinoise Track 1.5 se tiendra à Copenhague les 10 et 11 décembre, organisé par MERICS, sous le patronage du ministère danois des Affaires étrangères.
The promise and perils of China's regulation of artificial intelligence, Angela Huyue Zhang, University of Southern California, Fairbank Center for Chinese Studies, 11 décembre, 18:15 UTC+1
Le Pacte mondial de l’ONU – Global Compact – organise un débrief COP30 en webinaire live, le 4 décembre, de 9 h 30 à 10 h 30 (EST)
◇ Réunion en Chine
Le Bureau Politique doit se réunir prochainement autour de l’agenda économique 2025
◇ Agenda international
9ᵉ Congrès panafricain à Lomé, Togo, du 8 au 12 décembre. Lors de ce Congrès, les organisateurs vont, en outre, mettre à l’honneur le nouveau cadre Chine–UA de coopération en matière de science et de technologie, signé en septembre dernier.
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Bulletin n°16 : capitalisme d'Etat et dissuasion, avis de tempête pour le printemps
au sujet des récentes purges au sein de l’APL ; loi contre le cybercrime ; Gestion de la data automobile ; Stellantis-Chine ; Appels Xi-Poutine-Trump ; Position de la Chine sur New Start ; Chine-Taiwan-Etats-Unis ; la Chine conduit des sondages d’opinion en Europe
Bulletin n°15 : les boîtes noires du PCC et l'arbre malade de l'APL
Reprise en main de l’APL : pour quoi faire ? De l’Etat-parti, au parti-Etat ; A/S du "Front-Uni patriotique" ; Keir Starmer en Chine ; Nvidia sur tous les fronts ; Chine-Panama
Bulletin n°14 : de la balance des pouvoirs et la quête de stabilité
Le noyau dirigeant du PCC reprend le contrôle sur l’APL ; Sciences et technologies dans le 15ème plan ; IA et Cybersécurité ; Etats-Unis-Chine et Indopacifique : la NDS ; activisme chinois au Moyen-Orient
Bulletin n°13 : la sécurité du régime à l'épreuve du désordre mondial
Discours He Lifeng à Davos ; la CCID et la sécurité politique du régime ; le double monopole du BNS ; Board of Peace" de D. J. Trump ; Europe-Chine : Affaire Nexperia et MACF ; nomination d’un représentant spécial pour l'OCS ; Chine-Canada