Bulletin n°11 : pour un hémisphère oriental aux caractéristiques chinoises ? Du rêve d’empire au temps de l’exécution

Justice d'Etat et justice du PCC ; capital-innovation ; les entreprises d’Etat : de nouveaux opérateurs de confiance ; capture du président vénézuélien: un boulevard diplomatique pour Pékin ; Pékin cible la filière laitière européenne ; frontière sino-indienne ; la stratégie maritime de Pékin

Bulletin n°11 : pour un hémisphère oriental aux caractéristiques chinoises ? Du rêve d’empire au temps de l’exécution
Qiu Xiaoqi, représentant spécial de Xi Jinping pour l'Amérique latine, reçu par le président Maduro, à Caracas, le 3 janvier dernier

📋 Structure de ce Bulletin

  • Édito
  • ▶ Politique intérieure
  • ▶ Politique extérieure
  • ▶ Influences et ingérences
  • ▶ Documentation & Agenda

    Edito

    La vie politique chinoise en cette fin d’année 2025 et début 2026 est placée sous le signe de la mise en œuvre des grandes politique et chantiers décidés à l’automne. La dernière réunion du Bureau politique du PCC ne laisse planer aucun doute sur les priorités : la bataille décisive du XVe plan se jouera dans la discipline de sa mise en œuvre. Thème central de la réunion, l’anticorruption. Elle n’est plus une campagne à relancer, mais un outil standard de gouvernance.

    Le 30 décembre, dans un discours fleuve, le top diplomate Wang Yi, réaffirme la volonté de la Chine de jouer aux avant-postes de la sécurité régionale et mondiale, en tant que « pierre de ballast » face à la « crise de l'autorité morale internationale ».

    Le ton devient moins grandiloquent, en ce début d’année 2026, après l’attaque américaine contre le régime vénézuélien et la capture de son président. Pékin affiche sa solidarité envers Caracas et les Etats latino-américains potentiellement menacés, sans signaler sa volonté d’assurer leur protection.

    Une chercheuse postdoctorale à IRSEM et moi avons échangé quelques idées sur la pertinence et les limites de la distinction entre politique intérieure et extérieure pour ce qui concerne la Chine en particulier. Je ne les ai pas immédiatement reliées à l’architecture même de mon Bulletin.

    Ma chronique influences & ingérences, crée bien un espace mixte, une sorte de continuum entre les deux, mais elle rend imparfaitement compte que la politique extérieure de Pékin est la poursuite naturelle, par d’autres moyens, de sa politique intérieure sur un théâtre d’opérations non pas seulement élargi mais intégré.

    Ceci doit nous faire réfléchir, en cette nouvelle année, sur les buts de guerre et les modalités de l’expansion de la Chine, dans « son » hémisphère, et au-delà.

    Je vous adresse mes meilleurs vœux à tous pour 2026.


    ➔ Dans ce Bulletin 15 Mémos + 2 brèves

    ▶ Politique intérieure

    1. Justice d'Etat et justice du parti

    Dans une tribune dans le Quotidien du Peuple, le comité de parti du ministère de la justice appelle à une confiance renforcée dans la voie juridique (dans la justice rendue) par le Parti. Plus concrètement, le comité réaffirme la fusion entre la gouvernance de l’Etat avec les règles de gouvernance internes du PCC (依法治国和依规治党有机统一). (2 033 signes. Mots-clés : Wu Zeng ; Hongkong Bar Association)

    Ces bases étant posées, le travail administratif judiciaire est placé sous cette gouvernance, elle-même sous le leadership du parti, dans tous les domaines de la vie politique et économique, dont :

    • le pilotage du 15ème plan ;
    • la gestion des entreprises d’Etat (SOE)
    • la gouvernance extérieure, à travers le développement d’une politique juridique, destinée à accompagner l’ouverture et la projection des juridictions chinoises.

    Hongkong, un marchepied de l’internationalisation du droit chinois.

    Le 17 décembre, le vice-ministre de la justice, membre du Comité du PCC du ministère, Wu Zeng, a reçu à Pékin une délégation de l'Association du barreau de Hong Kong. Les échanges ont porté sur le soutien de Pékin au développement de Hong Kong en tant que centre international de droit et de règlement des litiges dans la région Asie-Pacifique, tout en renforçant la formation de professionnels du droit spécialisés dans les affaires étrangères et l'application de l'intelligence artificielle dans les services juridiques.

    Commentaire :

    La dualité Etat-Parti est inscrite dans les institutions chinoises. Mais, ce qui relèverait dans nos démocraties d’une non-séparation des pouvoirs exécutif, législatif, et judicaire, devient en Chine une fusion organique des pouvoirs, parfaitement assumée politiquement. Le Comité du PCC est donc l’instance décisionnaire du ministère de la justice.

    • Il est piloté par son « garde des sceaux » qui est surtout le président du comité du PCC.
    • Il obéit directement à une super commission dite « politico-légale » (政法委) au plus haut niveau du PCC, dont l’appellation témoigne d’ailleurs de cette (con)fusion des pouvoirs.

    Pourquoi est-ce important ?

    L’enjeu est majeur. Dans ce système, le « bon droit » chinois doit s’appliquer, par extension, partout où le pouvoir politique décide d’une zone d’application.

    Les engagements et coopérations juridiques avec la Chine nous exposent à une ambiguïté persistante sur la source, la portée et la force exécutoire du droit chinois, lequel demeure, en dernière instance, défini, interprété, appliqué et révisé par le politique, sans contre-pouvoir institutionnel comparable aux standards libéraux, et avec une portée susceptible de s’étendre dès lors que Pékin estime ses intérêts en jeu.

    Le système chinois ne distingue pas l’exercice de la justice de la définition du juste : les deux relèvent d’une même autorité politique.

    🏷️ Wu Zeng Hongkong Bar Association
    ↑ Retour au sommaire

    2. Le PCC se mobilise pour « forger les âmes » des mineurs

    Mi-décembre, s’est tenu à Pékin un symposium, présidé par Cai Qi, membre du comité permanent du Bureau politique du PCC, proche collaborateur de Xi Jinping, concernant « l’éducation idéologique et morale des mineurs » (1 554 signes. Mots-clés : Makarenko)

    Extrait :

    "Notre tâche fondamentale est d'établir la vertu chez l’homme, et les principes moraux et éthiques des mineurs est un travail stratégique fondamental. Il faut utiliser les préceptes de Xi Jinping sur le socialisme chinois contemporain pour cultiver les racines et forger les âmes, perfectionner le mécanisme de coéducation école-famille-société, éduquer et guider les vastes masses de mineurs afin qu'ils établissent de nobles idéaux, pratiquent les valeurs socialistes fondamentales, développent de bonnes qualités morales et un bon comportement, s'efforcent de devenir sur tous les plans - moral, intellectuel, physique, esthétique et au travail - les bâtisseurs et les successeurs du socialisme ».

    La fabrique du collectif.

    Ces prescriptions, émaillant les cursus des écoliers chinois, peuvent paraitre d’un autre âge.

    Le régime attache une grande importance à la transmission de ses valeurs aux jeunes générations, particulièrement à l'ère numérique où les influences alternatives, dont étrangères, prolifèrent.

    Le vocabulaire et les concepts utilisés, ("cultiver nos racines et forger les âmes" - 培根铸魂) sous-tend un programme de formation non pas patriotique mais idéologique et moral où le futur citoyen se construit par et pour le collectif.

    L'extension du contrôle à la sphère familiale confère à la démarche d’ensemble un caractère totalisant. Les mineurs ne sont pas des sujets de droits en devenir, mais des objets de modelage idéologique.

    En outre, le recours à un « mécanisme » d’éducation collaborative impliquant les familles et la  société ressemble à un mix entre une certaine tradition confucéenne (入世), et les théories soviétiques, d’Anton S. Makarenko notamment, qui ont développé dans les années 1920-30 le concept de "collectif éducatif" impliquant école, famille et organisations de jeunesse.

    🏷️ Makarenko
    ↑ Retour au sommaire

    3. Capital-innovation : Pékin entre en phase d’exécution

    Le 26 décembre, un Fonds national d’orientation pour l’investissement en capital-risque a été officiellement lancé. Il se divise en trois fonds régionaux : le fonds de la région Pékin–Tianjin–Hebei, le fonds du delta du Yangzi et le fonds de la Grande Baie Guangdong–Hong Kong–Macao. (3 001 signes. Mots-clés : NDRC ; Guiding funds ; Fonds national d'investissement dans l'industrie des circuits intégrés ; BRI)

    Ce nouveau Fonds cherche à attirer la participation des gouvernements locaux, des entreprises d’État centrales, des institutions financières et des capitaux privés afin de constituer, par effet de levier, une enveloppe globale de l’ordre de plusieurs milliers de milliards de yuan (1 yuan = 0,12-13 €). Par le biais d’investissements dans des fonds, des entreprises et des projets, il renforcera le soutien aux industries stratégiques émergentes et aux industries du futur.

    Il est précisé que :

    "Le Fonds est doté d’une durée de vie de 20 ans, comprenant 10 ans de période d’investissement et 10 ans de période de sortie. Cette structure vise à fournir aux entreprises des financements de long terme, ainsi qu’une plus grande flexibilité en matière de sortie du capital, afin de leur offrir un espace de développement élargi. Le fonds entend s’inscrire dans une logique de capital patient, accompagnant les entreprises sur le long terme et favorisant l’émergence de « petits géants » et de licornes dans l’ensemble des secteurs".

    Ce dispositif sera piloté, au niveau central, par la NDRC via son Département de l'innovation et du développement des hautes technologies, tandis que l’opérationnel est confié à une société de gestion ad hoc au capital (enregistré) de 100 Mds de yuan qui gère le fonds, les trois fonds régionaux, les sous-fonds et leurs projets en direct.

    Les fonds d'orientation

    Un Fonds d’orientation, « guiding funds » (引导基金), n’est pas un simple fonds. C’est un instrument direct de politique industrielle. Par exemple, dans l’industrie des semi-conducteurs on trouve le Fonds national d'investissement dans l'industrie des circuits intégrés (国家集成电路产业投资基金).

    L’objectif n’est pas la rentabilité financière prioritaire, mais la structuration de l’écosystème visé, avec une temporalité assez longue, 20 ans, comparée au standard du capital-risque, pour protéger les entreprises d’une sortie prématurée.

    Les fonds et sous-fonds sont au cœur les écosystèmes manufacturiers les plus structurés dans les régions les plus riches. Ce lancement marque un changement d’échelle non dans l’ingénierie des instruments, éprouvée depuis une quinzaine d’années, mais dans la maturité de leur articulation et leur passage en phase d’exécution systémique. Un nouveau signe que le 15e plan quinquennal, bien que formellement à venir, est déjà entré dans sa phase opérationnelle.

    Implications : un tableau ni blanc ni noir, mais à plusieurs niveaux de gris

    Pour les entreprises étrangères opérant ou investissant dans ces trois régions, ce dispositif renforce la centralité des priorités industrielles définies par Pékin dans l’allocation et le fléchage du capital local. Il pourrait, en théorie, créer des opportunités indirectes de financement ou de partenariats, notamment via des co-investissements, des joint-ventures ou l’intégration dans des chaînes de valeur soutenues par les sous-fonds.

    En revanche, il accentue la concurrence avec des acteurs domestiques bénéficiant d’un accès privilégié à ce « capital patient », nécessairement aligné sur les priorités industrielles nationales, ce qui sous-tend également un alignement technologique strict avec les feuilles de route publiques. Celles-ci intègrent en outre des objectifs d’internationalisation, notamment dans le cadre des initiatives liées aux « routes de la Soie » (ou BRI), susceptibles de structurer l’accès aux marchés extérieurs autour d’écosystèmes chinois intégrés et de limiter de facto la place des entreprises étrangères dans certains segments internationaux.

    🏷️ NDRC Guiding funds Belt & Road
    ↑ Retour au sommaire

    4. Les entreprises d’Etat, de nouveaux opérateurs de confiance ?

    Le Securities Times (证券时报) du 26 décembre 2025 titre : « Des entreprises publiques exploitent la valeur des actifs liés aux données ». Une directive de la SASAC, l'administration centrale qui gère les actifs de l'Etat, dont une centaine de SOE, veut déplacer le cœur de la compétitivité économique et industrielle vers la donnée, ses infrastructures de circulation et ses règles de gouvernance, en confiant aux grandes entreprises publiques un rôle moteur. (3 801 signes. Mots-clés : SASAC ; GAIA-X)

    Le texte montre une volonté explicite de Pékin d’industrialiser la circulation des données, confiée aux grands groupes publics (SOE). Ces SOE servent de banc d’essai et de vecteur de diffusion. L’objectif n’est pas l’ouverture tous azimuts, mais une mise en circulation contrôlée, progressive et reproductible.

    De la donnée brute à une valeur économique mesurable

    La monétisation – ou valorisation - des données  désigne un processus complet de l’inventaire, la qualification, standardisation, sécurisation, puis la transformation de la donnée en produit exploitable. La valeur est prouvée soit par l’usage (IA, maintenance, optimisation), soit par le revenu (transactions, licences), parfois jusqu’à une reconnaissance comptable, et donc indirectement financière. La donnée est traitée comme un actif industriel, pas comme un simple « sous-produit IT ».

    La valeur visée n’est pas uniquement financière. Le texte insiste sur l’efficacité opérationnelle, le pilotage industriel, et la capacité à nourrir l’IA. S’y ajoute une dimension stratégique : en ouvrant des “scènes”, ou scénarios d’usage, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises (BHC n°8, mémo n°2 : Scénarios d’usage : la Chine  fabrique les marchés de demain), les SOE structurent la demande et orientent l’écosystème technologique autour d’eux, elles se placent en position de définir ce qui est partageable, valorisable et réutilisable.

    Les espaces de données fiables , ou trusted data spaces, sont définis comme une infrastructure de circulation et d’usage de données reliant plusieurs acteurs, fondée sur des règles communes. Son principe clé : partager sans perdre le contrôle. Il ne s’agit pas d’un simple data exchange, mais d’un cadre technique et institutionnel où les droits, usages et responsabilités sont prédéfinis.

    Le plan national fixe un objectif de plus de 100 trusted data spaces d’ici 2028, couvrant entreprises, secteurs, territoires, données personnelles et échanges transfrontaliers. Cette planification indique que le modèle est appelé à devenir structurel.

    Ressemblances et dissemblances avec les approches européennes

    Pour une entreprise occidentale, mais aussi leurs pouvoirs publics,  cela renvoie à la combinaison de la data governance, du data product management, et de places de données encadrées. La proximité conceptuelle avec les EU Data Spaces et GAIA-X est immédiate : fédération, interopérabilité, règles communes, confiance intégrée dès la conception...

    Pour le cas chinois, le texte du Securities Times évoque la logique de séparation des droits de propriété, de gestion et d'utilisation, qui peut paraitre étonnant dans un pays qui fusionne les différentes sources de pouvoir. En première analyse, cette séparation permet de contourner l’obstacle que constitue la question qui est   “propriétaire” de la donnée, en organisant les chaînes de valeur entre plusieurs acteurs. Reste à bien identifier qui supervise l’ensemble en droits « admin » :

    Établir une base de confiance pour la circulation des données entre entités grâce à des espaces de données reconnus par le secteur

    Les SOE comme locomotives normatives

    Les SOE sont explicitement positionnées comme les forces motrices de ce mouvement : elles donnent l’exemple, fixent standards et référentiels, créent des consortiums sectoriels, et structurent les marchés émergents de la donnée. En filigrane, il s’agit aussi de réaffirmer la centralité du modèle State-led sur un terrain nouveau :

    "En tant que fer de lance des réformes du marché pour les données en tant que facteur de production, les entreprises publiques centrales font progresser la monétisation des données par des initiatives pilotes, de nouvelles scènes (scénarios) (场景赋能) et la mise en place de bases technologiques »

    Et alors ?

    Les implications pour les entreprises européennes sont nombreuses et profondes si le modèle est amené à être validé, puis généralisé en Chine et sur les marchés où les SOE chinoises investissent ou opèrent. Je vois, pêle-mêle :

    • Un déplacement de la notion même de compétitivité vers les  standards, eux-mêmes liés aux infrastructures et à la gouvernance des données.
    • Une  barrière à l’entrée de ces écosystèmes plus élevée via une conformité qui fait autorité, incluant des coûts de certification croissants.
    • Le risque de captation de valeur devient proportionnel à l’asymétrie d’information et de droits, en faveur de l’opérateur réel du data space.
    • La réexportation de standards chinois par le biais de partenariats est presque inscrite by design.

    Une note positive tout de même : l’accès aux scènes industrielles (scénarios d’usage) est possible – en tout cas, je n’ai pas vu de contre-indication de principe – mais il faut bien prendre conscience que c’est un nouveau monde qui s’ouvre, avec ses propres règles.

    🏷️ SASAC Gaia-X
    ↑ Retour au sommaire

    5. Mise à niveau du cadre chinois de la médiation commerciale et projection internationale

    Le 19 décembre, Li Qiang a présidé une réunion exécutive du Conseil des affaires d'État qui a approuvé une future Règlementation sur la médiation commerciale. (3 114 Signes. Mots-clés : l’Institut international de Médiation, DDR ; ADR)

    Selon le compte-rendu de la réunion, ce règlement constitue une :

    « opportunité pour encadrer légalement les activités de médiation commerciale, en contrôlant strictement les conditions d’accès et de supervision, en constituant un corps de médiateurs professionnels et hautement qualifiés ». Il s’agit également de promouvoir l’articulation et la compatibilité des règles chinoises de médiation commerciale avec les règles internationalement reconnues, d’améliorer les capacités des services juridiques à dimension internationale pour servir le développement de la coopération économique et commerciale internationale"

    Cette décision procède d’abord d’une réforme domestique

    Le projet de règlement vise l’encadrement légal de la médiation commerciale, la professionnalisation des médiateurs (conditions d’accès, certification, supervision) et le relèvement de la crédibilité du dispositif. Il s’agit de transformer une pratique hétérogène en un mode de règlement structuré, standardisé et contrôlé par l’administration judiciaire, sans judiciarisation du fond.

    Néanmoins, le Conseil d’État inscrit cette réforme dans une logique extérieure assumée :

    Il nous faut :

    « promouvoir l’articulation et la compatibilité des règles chinoises de médiation commerciale avec les règles internationalement reconnues et renforcer les capacités de nos services juridiques à dimension internationale » (推动我国商事调解规则与国际通行规则融通衔接,提升涉外法律服务能力).

    Pékin avance ainsi des alternatives procédurales compatibles mais non occidentales, destinées à sécuriser les échanges économiques extérieurs dans un contexte de sanctions, de risques politiques et de fragmentation normative.

    Hong Kong : interface et “clearing house”

    La réforme s’articule avec la montée en puissance de Hong Kong comme plateforme internationale de services juridiques. La création de l’Institut international de Médiation s’inscrit dans cette architecture (Cf. bulletin n° 2, mémo 12 : Lancement de l’institut international de la médiation)

    Comme analysé dans notre Bulletin #2

    Le projet fait de la médiation commerciale un mode de règlement à part entière, doté d’une chaîne procédurale complète, de la saisine à la reconnaissance judiciaire de l’accord.

    Les acteurs sont certifiés et contrôlés. Le texte s’inscrit explicitement dans la logique chinoise des « mécanismes pluriels de résolution des litiges » (Diversified Dispute Resolution Mechanisms (多元化纠纷解决机制), visant à combiner médiation, arbitrage et contentieux pour réduire les coûts, désengorger les tribunaux et offrir des voies adaptées aux litiges économiques.

    Le prochain règlement couvrira les litiges commerciaux et économiques, notamment le commerce, l’investissement, la finance, l’ingénierie et la construction, la propriété intellectuelle, les litiges de gouvernance (capitalistiques) et le commerce transfrontalier ; les domaines non commerciaux (familial, consommation) sont, a priori, exclus.

    Effets recherchés

    L’objectif est de retenir une part des litiges transfrontaliers qui se dirigent aujourd’hui vers l’arbitrage international et les juridictions occidentales, en proposant un parcours ADR (Alternative Dispute Resolution) crédible, exécutoire et internationalement lisible, avec Hong Kong comme vitrine.

    Le règlement constitue un instrument de souveraineté juridique économique. Il participe à une recomposition graduelle du droit des affaires, en réduisant la dépendance aux forums occidentaux et en posant les bases d’un ordre procédural alternatif, adossé au corpus juridique chinois et staffé par des professionnels du droit dument sélectionnés.

    🏷️ Institut International de la Médiation DDR ADR
    ↑ Retour au sommaire

    ▶ Brèves

    Wang Huning rencontre les délégués à la 11e réunion nationale des représentants de l'Association bouddhiste chinoise. Le 28-29 décembre 2025 s’est tenue à Pékin la 11ᵉ conférence nationale des représentants de l’Association bouddhiste de Chine. Lors de cette réunion, Wang Huning, membre du Bureau politique du Parti communiste chinois et président de la Conférence consultative politique du peuple chinois, a réaffirmé vouloir poursuivre la « sinisation » du bouddhisme (推进我国佛教中国化) :

    « Il faut constituer un corps de bouddhistes politiquement fiables, solidement formés sur le plan religieux, aux qualités morales exemplaires et capables de jouer un rôle décisif dans les moments clés ».

    Commentaire : on ne sait quels seront « ces moments clés », mais l’on comprend que les "fidèles" n’auront pas d’autres choix que l’obéir aux ordres.

    ◇ Le MOST publie un Plan d’action pour la coopération internationale en science ouverte. Ce texte, présenté comme non contraignant de type soft law, est porté par l’Union Africaine, le Brésil, la Chine et l’Afrique du Sud, adossé à la Recommandation de l’UNESCO sur la science ouverte.

    Objectif affiché : promouvoir un environnement scientifique mondial « ouvert, équitable, non discriminatoire », avec un fort accent sur le Global South. Il vise à structurer une "gouvernance par l’architecture" (standards, flux, monitoring…).

    Commentaire. La chaîne critique de la recherche et de l’IA scientifique ( les données – le compute ou calcul et les publications) est explicitement ciblée. Aucun détail n’est fourni sur les standards techniques, les licences, la sécurité, le contrôle des accès ou les conditions d’entraînement de l’IA.

    ↑ Retour au sommaire

    ▶ Politique extérieure

    6. Capture du président vénézuélien Maduro : un boulevard diplomatique pour Pékin

    Dans mon dernier Post, je faisais part des premières réactions officielles chinoises juste après l’attaque américaine sur le sol vénézuélien et l’enlèvement de N. Maduro.

    Par ailleurs, le lundi 6 janvier, à la tribune de l’ONU, lors d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité, le représentant chinois, Shu Lei, livrait un réquisitoire en bonne et due forme contre l’opération américaine, puis transmettait quelques messages.

    Une condamnation diplomatique :

    « Les États-Unis, membre permanent du Conseil de sécurité, ont fait fi des préoccupations de la communauté internationale et ont délibérément porté atteinte à la souveraineté, à la sécurité et aux intérêts légitimes du Venezuela, violant gravement le principe d'égalité souveraine, le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures, le principe de règlement pacifique des différends internationaux, et le principe de non-recours à la force dans les relations internationales. Ces principes constituent l'essence même de la Charte des Nations Unies et le fondement du maintien de la paix et de la sécurité internationales ».

    Un procès en inefficacité :

    "Les États-Unis ont précédemment contourné le Conseil de sécurité pour mener des opérations militaires en Irak, procédé à des frappes contre les installations nucléaires iraniennes, et imposé des sanctions économiques, des actions militaires, voire des occupations armées à plusieurs pays d'Amérique latine et des Caraïbes, provoquant des conflits prolongés, de l'instabilité et d'immenses souffrances humanitaires".Ces actions ont-elles apporté la paix et la stabilité ?Ont-elles contribué au développement et à la prospérité ?

    Des promesses diplomatiques :

    "La Chine est prête à collaborer avec les pays de la région et la communauté internationale afin de renforcer la solidarité et la coopération, de défendre l'équité et la justice, et de préserver conjointement la paix et la stabilité en Amérique latine et dans les Caraïbes".

    Enfin, les intentions couvertes (le sous-texte)

    "Aucun État ne peut s'arroger un rôle de police internationale, aucun État ne peut se prévaloir de la fonction de juge international".

    Mes commentaires

    • La condamnation diplomatique peut apparaitre cinglante. Mais à répéter que l’usage de la force est inacceptable, que « les moyens militaires ne constituent pas une solution aux différends, et l’usage abusif de la force ne peut qu’engendrer des crises plus graves encore » (Cf. ma traduction in extenso de la déclaration de Shu Lei), Pékin met au pilori le recours à la force, y compris en théorie par elle-même. Bien sûr, le texte est soigné et cette injonction ne s’applique qu’aux Etats, et non à la « province » de Taiwan.
    • Les pièces à conviction du procès en inefficacité des Etats-Unis dans leurs opérations extérieures – les forever wars - sont aussi très convaincantes. Le diplomate chinois profite pour y introduire d’autres chefs d’accusation concernant l’Amérique latine dont la coercition économique.
    • Pour ce qui concerne la solidarité promise, on voit mal comment Pékin pourrait passer de l’incantation à la protection effective. Mais ce n’est pas la question. Le conseil de sécurité est la tribune de l’opinion public et le temple de la justice internationale. Peut-être Pékin souhaite prévenir le monde et dissuader Washington d’une  éventuelle attaque contre un autre pays de la zone dont il devra supporter un coût politique plus élevé que pour le Venezuela de Nicolas Maduro.
    🏷️ Maduro

    Est-ce que la Chine a été réellement surprise par l’opération américaine ?

    Les éléments dont je dispose m’indiquent que oui. Est-ce pour autant un coup dur pour Pékin ? Je ne le pense pas, et ce malgré les investissements et les énergies dépensés dans ce pays.

    Quelques jours avant l’arrivée de la délégation chinoise à Caracas, conduite par l’émissaire spécial de Xi Jinping pour l’Amérique latine et les Caraïbes, Qiu Xiaoqi, l’ambassadeur chinois pour le Venezuela, Lan Hu, publiait, le 26 décembre une tribune dans un journal national a fort tirage vantant les mérites du futur 15ème plan et des perspectives de coopérations avec Caracas.

    Contenu de l’article

    J’en fournis ici une traduction in extenso.

    Mon analyse

    Ces considérations sont de nature économique et commerciale. Elles sont subordonnées à la vision et aux ambitions de "l’étage du dessus" au sein du pouvoir politique central.

    Rien ne résume mieux celles-ci que la petite phrase prononcée initialement par Wang Yi, alors qu’il recevait le vice premier ministre et ministre des affaires étrangères du Pakistan, Mohammad Ishaq Dar, le lendemain de l’attaque américaine, dimanche 4 janvier, reprise ensuite en punch line par Shu Lei et d’autres :

    "Aucun État ne peut s'arroger un rôle de police internationale, aucun État ne peut se prévaloir de la fonction de juge international".

    Qu’est-ce qui fait dire cela à Wang Yi et pourquoi ?

    Vous avez remarqué la mise en scène soignée de l’arrestation de N. Maduro par les autorités américaines dans laquelle son escorte arborait les initiales de la DEA (Drug Enforcement Agency), chargée de la lutte contre les narcotrafiquants, mais aussi du FBI, la police fédérale.

    Car « l’opération spéciale » américaine doit être comprise comme une opération de police, non comme une intervention armée, conduite par des militaires, aux objectifs militaires, suivie d’un procès et de son jugement.

    Wang Yi réagit en réalité presque instinctivement. Il feint de rappeler que le rôle de police internationale est intrinsèquement lié à la stratégie de sécurité nationale américaine (NSS) trumpienne, tirée tout droit de la doctrine Monroe. En 1904, Theodore Roosevelt fait évoluer cette dernière et revendique pour les Etats-Unis un « pouvoir de police internationale »

    “Chronic wrongdoing, or an impotence which results in a general loosening of the ties of civilized society, may in America, as elsewhere, ultimately require intervention by some civilized nation, and in the Western Hemisphere the adherence of the United States to the Monroe Doctrine may force the United States, however reluctantly, in flagrant cases of such wrongdoing or impotence, to the exercise of an international police power” (Theodore Roosevelt, message annuel au Congrès, 6 décembre 1904)

    Wang Yi semble dénoncer cette nouvelle forme de domination américaine dans tout le continent Latino-américain, ainsi que dans les Caraïbes (Cuba...), qui constituerait à cette échelle sous-continentale une perte majeure, même pour la Chine.

    Mais il regarde aussi et surtout ailleurs, en Asie. Wang Yi reconnait sans l’avouer la loi du plus fort dans le pré-carré américain, mais il ne souhaite pas son extension au-delà, dans sa propre arrière-cour, dans son propre « hémisphère ».

    Plus fondamentalement, par fascination mimétique, l’élite gouvernante du PCC se voit elle-même en futur OPJ mondiale, flanquée de magistrats qui disent le juste et conduisent leurs propres « descentes de police-justice » à Taiwan, pour « restaurer l’ordre » ou, en Mer de Chine pour arraisonner les pirates ou encore, de par le monde, en arrêtant et traduisant les (ses) criminels.

    C’est toute la signification et la portée des « initiatives » chinoises pour une meilleure « gouvernance globale ». Rejet et fascination, jalousie même. En extrapolant davantage, on pourrait dire que D. J. Trump coupe l’herbe sous le pied de Pékin, lui ôtant le monopole de la refonte de l'ordre, et de la justice internationale.

    ↑ Retour au sommaire

    7. Pékin cible la filière laitière européenne

    Le 22 décembre, le ministère du Commerce (MOFCOM) rend publique sa décision préliminaire dans le cadre de l'enquête antisubventions concernant les importations de certains produits laitiers originaires de l'Union européenne 商务部公告2025年第83号 公布对原产于欧盟的进口相关乳制品反补贴调查的初步裁定. Le MOFCOM se réserve deux mois d’examen avant de trancher définitivement, en février prochain. (2 160 signes. Mots-clés : Commission européenne ; MOFCOM ; PAC)

    Son enquête a été déclenchée le 21 août 2024. La veille, le 20 août, la Commission européenne communiquait aux Etats-membres sa décision de rendre définitifs un taux révisé de droit de douanes sur les véhicules électriques chinois.

    Il s’agissait par conséquent d’un cas, parmi d’autres, d’une décision politique pour des représailles économiques.

    Dans sa décision du 22 décembre dernier, le MOFCOM affirme avoir établi un lien causal entre les subventions européennes et le préjudice subi par l'industrie chinoise du lait.

    Après examen de l’enquête du ministère chinois, bien qu'assez fouillée, les points suivants fragilisent selon moi son argumentaire :

    • La plainte à l’origine de l’enquête reconnaissait ne pas pouvoir quantifier les subventions faute d’accès à des informations chiffrées . Or, le MOFCOM a tout de même ouvert l’enquête, puis calculé des taux précis. Ce n’est pas en soi illégal au regard de l’OMC, mais cela affaiblit la crédibilité de l’initiation et renforce l’idée d’un dossier construit ex post, plus que fondé ex ante.
    • Le MOFCOM retient une période de dommage couvrant 2020–2024, incluant la politique chinoise “zéro COVID”, l’effondrement de la restauration hors foyer (en Chine, environ 70% de la consommation de fromage se fait via les hôtels et restaurants) et de graves perturbations logistiques. Ces facteurs sont mentionnés, mais leur impact n’est pas isolé ni quantifié dans la causalité finale. Attribuer aux importations européennes des difficultés largement liées à des chocs internes exceptionnels est contestable.
    • L’enquête assimile largement les mécanismes de la PAC à des subventions “spécifiques” au secteur laitier. Or, une grande partie des aides est découplée, horizontale, et ouverte à l’ensemble des agriculteurs européens.
    • Les importations européennes représentent une part limitée du marché laitier chinois, essentiellement des produits premium, dans un marché en croissance (qui peut effectivement, en revanche, gêner la concurrence locale). Ces importations européennes  de niche sont pourtant présentées comme une menace systémique. Un ordre de grandeur : les produits ciblés pèsent environ 589 M USD d’importations, soit moins de 1% du marché laitier chinois au sens large.

    Au final, l’enquête chinoise respecte les formes, mais repose sur des choix méthodologiques et analytiques contestables, qui fragilisent la démonstration du préjudice et de la subvention au sens de l’OMC. Ceci est ma lecture instantanée et « politique » de cette affaire, en aucun cas une analyse juridique, qui doit être réalisée par des professionnels du droit.

    🏷️ MOFCOM PAC
    ↑ Retour au sommaire

    8. Un moment nucléaire japonais ? La Chine durcit le cadre d’un rééquilibrage régional

    Les dix derniers jours de décembre 2025 ont marqué un durcissement sensible de la relation sino-japonaise. Cette séquence s’inscrit dans un contexte déjà dégradé par les manœuvres militaires chinoises autour de Taïwan et par la réaffirmation, le 31 décembre, par Xi Jinping, de l’inéluctabilité de l’« unification ». Elle se distingue toutefois par la centralité prise par la question nucléaire japonaise et par la virulence de la réponse chinoise. Pékin semble ainsi resserrer volontairement le jeu stratégique, par effet miroir, face à une stratégie américaine de rééquilibrage (rebalancing) en Asie réaffirmée dans la nouvelle stratégie de sécurité nationale (NSS). ( 4 696 Signes. Mots-clés : TNP ; Marco Rubio ; APL )

    De récentes déclarations japonaises, relayées par la presse, évoquent explicitement la possibilité pour le Japon de posséder des armes nucléaires, de reconsidérer les “trois principes non nucléaires” ou d’explorer des formes de “partage nucléaire” dans le cadre de la dissuasion élargie américaine.

    • Le 19 décembre 2025, le ministère chinois des Affaires étrangères réagit dans un premier temps sur un registre encore classique, mettant en garde contre toute remise en cause du régime de non-prolifération et soulignant que de telles discussions « aggraveraient les tensions en Asie du Nord-Est » et « porteraient atteinte au Traité de non-prolifération nucléaire »
    • La conférence de presse du 22 décembre marque un changement de ton et de niveau. Pékin ne traite plus ces propos comme un débat théorique, mais comme un signal politique majeur engageant la responsabilité de l’État japonais. Le porte-parole Lin Jian déclare notamment :

    « La Chine est stupéfaire par le fait que des responsables proches du cabinet du Premier ministre japonais aient publiquement affirmé que le Japon devrait posséder des armes nucléaires. »« 中方对日本首相官邸高官公然宣称日本应该拥有核武器感到震惊。 »

    Notons au passage que Pékin, en l'espace d'une dizaine de jours, se déclare "stupéfaite" au sujet des déclarations japonaises et tout autant "stupéfaite" par l'attaque américaine et la capture de Nicolàs Maduro.

    Le porte-parole du MAE chinoise qualifie ces déclarations de :

    « provocation ouverte contre l’ordre international d’après-guerre et le régime de non-prolifération nucléaire, et menace grave pour la paix et la stabilité régionales et internationales » (对战后国际秩序和核不扩散体系的公然挑衅,对地区和国际和平稳定的严重威胁)

    La Chine insiste ensuite sur le caractère non négociable des obligations juridiques japonaises, en les rattachant explicitement à l’héritage de 1945 et au TNP :

    « Il s’agit d’obligations de droit international que le Japon doit impérativement respecter, et non de monnaies d’échange politiques. » (« 这些都是日方必须履行的国际法义务,绝非可以讨价还价的政治筹码)

    Surtout, la déclaration établit un lien direct entre nucléaire, remilitarisation et Taïwan, en affirmant que :

    « Ces propos montrent une nouvelle fois que les déclarations dangereuses de la Première ministre sur la question de Taïwan ne sont nullement accidentelles. » (上述言论再次表明,日本首相高市11月7日涉台错误危险言论绝非偶然)

    Cette fermeté contraste avec la posture chinoise sur la péninsule coréenne.

    Interrogé le même jour sur les suites du onzième dialogue stratégique sino-sud-coréen, le porte parole se limite à rappeler la continuité et la stabilité de la position chinoise, indiquant que Pékin continuera d’agir « à sa façon » (以自己的方式)  pour maintenir la paix et la stabilité de la péninsule, sans proposer de cadre ni d’initiative concrète.

    Cette formulation, utilisée notamment sur l’Ukraine lors de la visite d’Emmanuel Macron en Chine au mois de décembre dernier, vaut fin de non-recevoir diplomatique et suggère une acceptation tacite d’un environnement régional plus nucléarisé, géré avant tout par la dissuasion et le rapport de forces. (Cf. notre mémo n°5, bulletin n°8 : Chine Russie, ou la fabrique d’un ennemi commun : le Japon)

    Côté américain, les déclarations du secrétaire d’État Marco Rubio reconnaissent explicitement que ces tensions constituent une dynamique régionale à « équilibrer », tout en réaffirmant l’alliance avec le Japon et la poursuite d’un dialogue fonctionnel avec Pékin :

    "The Japanese are a very close ally of the United States.  I think these tensions are pre-existing.  We understand that’s one of the dynamics that has to be balanced in that region.  And I believe that we feel very strongly that we can continue with our strong, firm partnership and alliance with Japan and do so in a way that continues to allow us to find productive ways to work together with Chinese – the Chinese Communist Party and the Chinese Government"

    L’approche américaine conforte Pékin dans l’idée d’imposer progressivement une stabilité régionale fondée sur des équilibres sous tension, mais gérables.

    Néanmoins, un texte publié le 23 décembre 2025 dans un média de l’APL, reflétant les positions internes, envoie deux types de signaux correspondant à deux scénarios distincts mais pouvant s’articuler, en forme d’options possibles pour Pékin. ).

    • En internationalisant la question nucléaire japonaise et en la présentant comme une menace directe pour la paix régionale et l’ordre de non-prolifération, le premier argument du texte vise à faire monter le coût politique pour Tokyo aux yeux du monde :

    « La tentative japonaise d’acquérir des armes nucléaires constitue une grave provocation contre l’autorité et l’efficacité du Traité de non-prolifération nucléaire et portera atteinte à la paix et à la prospérité durement acquises après la Seconde Guerre mondiale. »

    Dans ce contexte, Pékin serait en droit d’intervenir pour garantir ou pour rétablir la paix et la sécurité régionale.

    • En parallèle, certains éléments du texte peuvent être interprétés comme une préparation idéologique à un affrontement prolongé, possiblement armé, en fermant explicitement l’espace du compromis et en présentant la confrontation comme structurelle, historique et, donc inéluctable :

    « Il s’agit en réalité de nier l’ordre international d’après-guerre et de convoquer le spectre du militarisme japonais. » (« 其本质是要否定战后国际秩序,为日本军国主义翻案招魂)

    Loin d’annoncer une escalade armée immédiate, ce cadrage prépare néanmoins les conditions intellectuelles, morales, politiques et militaires d’un durcissement durable, en légitimant à l’avance un état de préparation avancé face à un environnement régional présenté comme de plus en plus hostile.

    Au final, la séquence de la dernière décade de décembre montre que Pékin utilise le débat nucléaire japonais comme levier de rééquilibrage stratégique. En liant nucléaire, Taïwan, péninsule coréenne et ordre d’après-guerre, la Chine resserre délibérément le jeu politique et restructure l’espace de la négociation. Le nucléaire n’apparaît pas comme un seuil imminent, mais comme un outil de structuration du rapport de forces, préparant un environnement de confrontation durable plutôt qu’une désescalade négociée.

    🏷️ TNP Marci Rubio APL
    ↑ Retour au sommaire

    9. Frontière sino-indienne : Pékin refuse l’internationalisation américaine

    Le 24 décembre, un journaliste de l’agence russe Russia Today (RT) interroge le porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères :

    RT : "Les récents développements des relations sino-indiennes ont suscité des réactions de tension au sein du Congrès américain. Le dernier rapport du département américain de la Défense (Annual Report to Congress on Military and Security Developments Involving the People’s Republic of China 2025, publié par le Pentagone le 23 décembre 2025) affirme également que la Chine pourrait chercher à tirer parti de l’apaisement de la situation le long de la frontière sino-indienne afin d’empêcher l’approfondissement des relations entre les États-Unis et l’Inde. Quel est, selon la Chine, l’objectif de ce type d’accusations de la part des États-Unis ?"

    (3 495 signes. Mots-clés : Pentagone, LAC ; BRICS ;  QUAD)

    Porte-parole: "Ce rapport des États-Unis déforme la politique de défense de la Chine, cherche à semer la discorde  entre la Chine et d’autres pays, et à se fabriquer des prétextes pour maintenir son hégémonie militaire. La Chine s’y oppose fermement. La Chine considère et traite les relations sino-indiennes à partir d’une perspective stratégique et de long terme".
    "La question frontalière sino-indienne relève exclusivement des deux pays. À l’heure actuelle, la situation le long de la frontière sino-indienne est globalement stable, les canaux de communication entre les deux parties sont ouverts et fonctionnels. Nous nous opposons à ce que certains pays portent des jugements ou fassent des commentaires à ce sujet".

    Le passage du rapport du Pentagone auquel RT fait allusion est le suivant :

    "In October 2024*, Indian leadership announced an agreement with China to disengage from remaining standoff sites along the LAC two days before a meeting between President Xi and Indian Prime Minister Modi on the sidelines of the BRICS Summit. The Xi-Modi meeting marked the onset of monthly high-level engagements between the two countries, where parties discussed border management and next steps for the bilateral relationship, including direct flights, visa facilitation, and the exchange of academics and journalists. China probably seeks to capitalize on decreased tension along the LAC to stabilize bilateral relations and prevent the deepening of U.S.-India ties; however, India probably remains skeptical of China's actions and motives. Continued mutual distrust and other irritants almost certainly limit the bilateral relationship."

    *Le sommet des BRICS s'est tenu du 22 au 24 octobre 2024 à Kazan, en Russie. La rencontre bilatérale Xi-Modi a eu lieu le 23 octobre 2024

    Commentaires

    • Le Pentagone utilise le verbe "capitalize" (tirer profit, exploiter) suggérant que Pékin ne cherche pas l'apaisement pour des raisons de bon voisinage, mais comme un levier géopolitique pour affaiblir le QUAD et l'axe Washington-New Delhi.
    • Le rapport du Pentagone considère que l'accord de désengagement constitue une manœuvre de positionnement diplomatique, lecture que l’on peut mettre en regard avec le sommet de l’OCS, à Tianjin, au mois de septembre dernier, qui a mis en scène la proximité entre les trois leaders chinois, indien et russe (Cf. mon Post précédent)
    • Plus loin, il classe l'Arunachal Pradesh parmi les "core interests" de la Chine (au même titre que Taiwan, la mer de Chine méridionale et les îles Senkaku). Cette catégorisation reflète moins la hiérarchie chinoise elle-même que la perception américaine du risque de non-compromis à long terme.

    Analyse

    La question de RT (média d'État russe) cible spécifiquement ce passage alors que le rapport du Pentagone couvre l'ensemble du spectre militaire chinois (Taiwan, nucléaire, cyber). RT pointe Washington comme perturbateur extérieur, et acteur de l’ingérence occidentale.

    Pékin, qui a probablement facilité ce questionnement public, pratique classique des mises en scène de Q/R en conférence de presse, ne pouvait laisser passer la courte phrase du rapport sans réagir.

    Washington chercherait à s’immiscer dans un possible rapprochement instable sino-indien et, plus fondamentalement, internationaliserait la question sino-indienne en l’inscrivant dans le cadre doctrinal américain de compétition stratégique, ouvrant la voie à une implication indirecte de Washington selon une logique déjà observée dans d’autres dossiers de souveraineté sensibles, au premier rang desquels Taïwan.

    🏷️ LAC BRICS QUAD
    ↑ Retour au sommaire

    10. La Chine intercède dans le conflit entre la Thaïlande et le Cambodge

    En décembre 2025, la Chine s’est imposée comme acteur central de la phase de stabilisation du conflit frontalier entre la Thaïlande et le Cambodge par une série de conciliations et de navettes diplomatiques (穿梭斡旋). (3 374 signes. Mots-clés : Wang Yi ; Prak Sokhonn ; ASEAN )

    • Le 28 décembre, Wang Yi, membre du Bureau politique et ministre des Affaires étrangères, a rencontré à Yuxi, dans la province du Yunnan, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères cambodgien Prak Sokhonn.
    • Le 29 décembre, une réunion trilatérale Chine–Cambodge–Thaïlande s’est tenue au même endroit, associant les ministres des Affaires étrangères et des responsables militaires des trois pays, et débouchant sur un communiqué conjoint en cinq points

    Cette séquence s’inscrit dans le prolongement de l’accord de cessez-le-feu signé en octobre 2025 à Kuala Lumpur sous l’égide de l’administration Trump.

    Cet accord reposait sur une logique transactionnelle : arrêt des combats contre promesses américaines d’ouverture commerciale, de normalisation diplomatique et de soutien politique, avec un dispositif de supervision confié à l’ASEAN via une mission d’observation (ASEAN Observer Team, AOT).

    Conçu donc comme un deal, l’accord s’est rapidement révélé fragile, comme l’ont montré des incidents armés localisés et une dégradation progressive de la situation sur le terrain dès le mois de novembre.

    Caractéristiques de la solution négociée chinoise

    L’offre de conciliation chinoise ne vise pas à renégocier l’accord de Kuala Lumpur ni à s’y substituer juridiquement ; elle en propose une opérationnalisation. Pékin transforme un cessez-le-feu essentiellement déclaratif en processus suivi, en ajoutant des outils absents du dispositif initial, dont :

    • un format trilatéral hébergé sur son territoire, couplé à une interface directe entre diplomaties et états-majors, permettant de traiter en continu les frictions militaires et de « rebâtir la confiance ».
    • un appui explicite à la mission d’observation de l’ASEAN, en soutien logistique et organisationnel, tout en se gardant de s’y substituer formellement

    La valeur ajoutée chinoise tient à l’élargissement du cessez-le-feu à une phase de stabilisation post-conflit. Pékin associe supervision, aide humanitaire et coopération en matière de déminage, réduisant les risques de reprise accidentelle des combats et inscrivant le processus dans la durée.

    Analyse

    Cette approche veut éviter d’être perçue localement comme l’exécution ou la simple prolongation d’un accord trumpien, mais cherche plutôt à apparaitre comme une reprise en main pragmatique du processus.

    La Chine intercède et propose des mécanismes là où l’accord initial a montré ses limites, sans revendiquer ouvertement le rôle de garant, et donc sans offrir de garanties formelles ou explicites.

    Cette dynamique chinoise n’entre pas en contradiction juridique avec le cadre de Kuala Lumpur, qui consacre le rôle central de l’ASEAN. Elle comporte néanmoins un enjeu politique et symbolique : à mesure que les canaux de dialogue, le calendrier et la communication passent par Pékin, l’ASEAN demeure l’outil de jure de supervision, tandis que la Chine en devient le pivot de facto. Le centre de gravité du processus se déplace ainsi progressivement de Washington vers Pékin.

    À ce stade, ni le président Trump ni son administration n’ont publiquement dénoncé une captation chinoise du dossier. Les déclarations américaines postérieures au 28 décembre se limitent à rappeler la nécessité d’appliquer les accords de Kuala Lumpur, sans mention directe de la médiation ou "conciliation" chinoise, contrastant avec la forte mise en visibilité de la démarche chinoise dans les médias officiels de Pékin.

    L’épisode confirme que l’ASEAN devient un espace de compétition d’influence politique, économique et sécuritaire entre les États-Unis et la Chine.

    Néanmoins, si Pékin met en avant l’efficacité d’une « diplomatie de stabilisation » face aux accords transactionnels américains, le timing et les modalités de son entremise révèlent aussi ses limites : la Chine n’a ni anticipé ni empêché l’émergence du conflit, pourtant dans son voisinage proche de l’ASEAN, et ne s’est imposée qu’au stade de l’exécution et de la consolidation, non à celui de la conception de l’accord de cessez-le-feu.

    🏷️ Wang Yi ASEAN Prak Sokhonn
    ↑ Retour au sommaire

    11. De la haute mer au droit interne : la stratégie juridique maritime de Pékin

    En conférence de presse du ministère chinois des affaires étrangères, un journaliste du China Daily interroge le porte-parole concernant l’accord récent sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale (BBNJ) (Agreement on the Conservation and Sustainable Use of Marine Biological Diversity of Areas Beyond National Jurisdiction). (5 070 signes. Mots-clés : BBNJ ; ANP ; China Coast Guard)

    Q (China Daily) : "La Chine a récemment déposé auprès du Secrétaire général des Nations unies son instrument de ratification de l’« Accord sur la biodiversité marine ». Pouvez-vous présenter le contexte et les considérations qui ont guidé cette décision" ?
    R du Porte-parole "L’Accord sur la biodiversité marine » est un traité international important dans le cadre des Nations unies. Il a été adopté par consensus après 19 années de négociations menées par plus de 190 pays et constitue une étape majeure du droit international de la mer".
    "L’ Accord vise à promouvoir le développement durable des océans en protégeant les écosystèmes marins, à orienter les activités en haute mer et au large vers une transition verte, et à contribuer à la mise en œuvre de l’Agenda 2030 des Nations unies pour le développement durable. Il revêt une grande importance pour faire progresser la gouvernance mondiale des océans et préserver l’ordre maritime international".
    La Chine met constamment en pratique la pensée de Xi Jinping sur la civilisation écologique et met en œuvre les quatre grandes initiatives mondiales. En tant que grand pays d’activités en haute mer et au large, la Chine attache une grande importance à la protection de l’environnement marin.
    Elle a participé activement aux négociations de l’Accord et a apporté une contribution importante à sa conclusion. La Chine a signé l’Accord le jour même de son ouverture à la signature, devenant ainsi l’un des premiers signataires ; et, avant l’entrée en vigueur de l’Accord, elle a déposé auprès du Secrétaire général des Nations unies son instrument de ratification, devenant ainsi l’un des premiers États parties.
    Cela illustre pleinement la responsabilité d’une grande puissance en soutien au multilatéralisme ; cela contribue à promouvoir une participation universelle à l’Accord et à préserver le bien-être commun de l’humanité. La Chine est prête à travailler avec toutes les parties pour soutenir la mise en œuvre complète, exacte et effective de l’Accord, protéger et bâtir notre “maison bleue” commune, et œuvrer sans relâche à la construction d’une communauté de destin pour l’humanité"

    Commentaire sur la réponse du porte-parole :

    On observe comment le diplomate chinois présente, au nom du multilatéralisme, la nécessité d’une gouvernance mondiale garante de l’ordre maritime international puis comment il met en avant les propositions et programmes chinois nationaux (les « initiatives »), « en tant que grand pays d’activités en haute mer et au large »

    Or, simultanément, à Pékin, les autorités chinoises examinent, en 3ème lecture à l’Assemblée nationale populaire (ANP), une version révisée de la loi sur la pêche, texte fondamental de gouvernance des activités halieutiques et aquacoles.

    La réforme porte notamment sur le renforcement de la gestion durable des ressources halieutiques, l’amélioration des mécanismes de contrôle administratif et l’encadrement plus précis des responsabilités des acteurs économiques.

    Il s’agit d’une loi nationale, centrée sur l’organisation interne du secteur, sans vocation directe à mettre en œuvre un traité international spécifique.

    Mais, ces deux initiatives, bien que distinctes juridiquement, s’inscrivent dans une même séquence normative.

    Le BBNJ fixe des principes internationaux : précaution, durabilité, évaluation environnementale, gouvernance fondée sur des principes et normes nouvelles.

    La réforme de la loi sur la pêche renforce, au niveau interne, un corpus administratif et juridique permettant d’engager les acteurs économiques, nationaux sur un ensemble de normes et pratiques se voulant mieux-disantes.

    Un cas d’espèce déjà-vu : la loi sur les garde-côtes

    Cette façon d’avancer simultanément sur le plan interne et externe n’est pas nouvelle. En 2021, la Chine a adopté une loi sur les garde-côtes, qui unifie le cadre juridique d’action de la China Coast Guard, précise les pouvoirs administratifs et coercitifs en mer et transforme une pratique opérationnelle en nouvel espace juridictionnel.

    Indirectement, la loi sur les gardes cotes peut entrer en tension avec certaines interprétations du droit international de la mer, notamment celles issues de l’UNCLOS - dont le BBNJ est issu- et peut produire des effets de fait sur des acteurs exposés à cette capacité d’exécution dans les espaces où l’autorité chinoise a une force exécutoire dominante.

    Ainsi, la Chine consolide son domaine juridictionnel et sa puissance maritime, élevée en stratégie nationale, par un effet de double levier :

    • un empilement de normes et d’instruments domestiques qui rendent l’action en mer exécutable et régulière (garde-côtes, pêche, environnement) ;
    • une participation active aux cadres multilatéraux quand ils renforcent sa propre légitimité et lui offrent un rôle moteur.

    Pékin promeut de nouvelles normes internationales qu’elle co-écrit désormais (BBNJ) pour les rendre compatibles à minima avec son droit national tout en cherchant, à l’aide de ce dernier, à neutraliser celles qui contraindraient sa marge d’action dans les zones disputées.

    ----------

    Note L’Accord BBNJ (Agreement on the Conservation and Sustainable Use of Marine Biological Diversity of Areas Beyond National Jurisdiction) est un traité international adopté sous l’égide de l’ONU, en juin 2023. Il vise à encadrer la protection de la biodiversité marine en haute mer, c’est-à-dire dans les zones situées au-delà des juridictions nationales. L’accord est juridiquement distinct de la CNUDM (UNCLOS) mais s’y articule.  Parmi les premiers États à avoir ratifié figurent notamment : Chine, Chili, Espagne, France, Seychelles, ainsi que plusieurs États insulaires du Pacifique et des Caraïbes.

    🏷️ BBNJ ANP China Coast Guard-CCG
    ↑ Retour au sommaire

    ▶ Influence & ingérences

    12. L’anticorruption comme champ de bataille normatif : la stratégie chinoise à l’UNCAC

    La 11e Conférence des États parties à la Convention des Nations Unies contre la corruption (Eleventh session of the Conference of the States Parties to the United Nations Convention against Corruption) (UNCAC, CoSP11) s’est réunie, du 15 au19 décembre, Doha, Qatar.

    L’UNCAC est la plus haute instance internationale dédiée à la lutte contre la corruption. Hua Chunying, vice-ministre des affaires étrangères, qui représentait la Chine lors de la CoSP11, a affiché les nouvelles ambitions chinoises. ( 4 854 Signes. Mots-clés : Xie Feng ; Hua Chunying ; UNCAC ; GlobE : APEC 2026 ; UNODC : GGI)

    Si l’on compare l’intervention du représentant chinois, Xie Feng, en 2023, lors de la  10ème conférence de l’UNCAC, à Atlanta, Etats-Unis, qui avait alors presque timidement formulé trois recommandations, Hua Chunying, à Doha, plaque sur l’anticorruption un champ de gouvernance dont la Chine propose désormais le cadre normatif.

    La rhétorique de la  dénonciation des doubles-standards devient, lors de cette édition, plus sophistiquée et se double d’un rejet sur la différenciation des systèmes politiques au nom de « l’égalité souveraine » :

    "La souveraineté et le système politique de tous les pays doivent être respectés. La coopération internationale en matière de lutte contre la corruption doit être fondée sur l'égalité. La lutte contre la corruption ne doit pas servir de prétexte à une juridiction abusive à longue portée. Elle ne doit pas non plus être exploitée pour diffuser le faux discours de la démocratie contre l'autoritarisme ou la confrontation entre blocs".

    Autre glissement, conceptuel et politique, le deuxième point de Hua Chunying est rédigé de la sorte dans la version anglaise officielle :

    “Second, international rule of law. We must firmly uphold the purposes and principles of the U.N. Charter, and honor our Convention obligations in good faith, not cherry-picking what suits us. We should fully leverage the Conventions international cooperation provisions, reject selective enforcement or cooperation of convenience, and deny safe haven to corrupt elements whatever their pretext”.

    La version source en chinois évoque le respect de la “gouvernance internationale par les lois” (国际法治) et non le droit international ou “the rule of law”.

    • Cette « gouvernance internationale » fait directement écho à ce qui a été dit précédemment et se comprend chez tous les lecteurs en Chine comme s’inscrivant dans un système de « gouvernance globale », c’est-à-dire d’un pouvoir d’inspiration et de conception chinoise.
    • Hua Chunying rappelle dans son texte que la Chine a accueilli, en septembre 2024, la 5ème réunion plénière du réseau GlobE (Note infra) et qu’elle plaide pour

    « un renforcement de ce réseau et sa transformation en un canal rapide, pratique et efficace pour la coopération internationale »,

    qui constitue manifestement un point d’entrée et un axe d’effort prioritaire pour Pékin.

    • Elle dénonce aussi, en passant, les classements internationaux en matière de lutte anti-corruption :

    « Le processus d'évaluation ne doit pas être utilisé à des fins de classement ou de manœuvres politiques ».

    Le PCC affirme sa propre charte éthique

    Le compte-rendu que diffuse Xinhua de la Cosp11, destiné à un lectorat domestique, ne cite pas le discours de Hua, mais procède d’une même légitimation interne des actions du PCC en matière de LAC, avec une dimension supplémentaire : le PCC y met en avant sa propre charte disciplinaire - et non des textes de loi - , précisant que :

    « ses valeurs et son intégrité (du PCC) transcendent de plus en plus les frontières nationales ».

    Le PCC est donc fondé, selon cet argument pour, en outre, organiser une série de réunions consacrées à la lutte anti-corruption dans les travaux préparatoires de l’APEC 2026, que la Chine organisera sur son sol cette année.

    Le compte-rendu de Xinhua cite également l’initiative pour la gouvernance globale (GGI), qui inclut un chapitre pour la coopération internationale, notamment pour la :

    « traque des fugitifs et le recouvrement des avoirs spoliés, en mettant en place des canaux de coopération pratiques, rapides et efficaces. Nous n'accorderons aucune forme d'asile aux auteurs d'infractions de corruption sous aucun prétexte et nous favoriserons la mise en place d'un système de gouvernance mondiale plus juste et plus équitable pour lutter contre la corruption ».

    Petite synthèse bienvenue

    • Au final, bien que sous représentée à l’ UNODC, comparée à sa présence dans d’autres instances onusiennes, la Chine investit le domaine de la lutte anti-corruption selon ses propres besoins (traque de ses « fugitifs »…) et sa doctrine politique (GGI…), comme elle l’entreprend pour ce qui concerne les droits de l’homme, le développement économique…
    • Sous couvert de dénonciation de “politisation” de l’anticorruption, Pékin cherche à neutraliser tout instrument permettant de hiérarchiser les pratiques étatiques en la matière, mais aussi de rendre caduque la distinction de nature entre les différents systèmes politiques (démocratie, régimes autoritaires…) qui les porte.
    • En effaçant les différences mesurables entre pays (dont les classements, portés par les ONG), cette approche pervertit l’éthique internationale.  Plus encore, elle la renverse au profit du PCC, dont le discours anticorruption veut imposer de nouvelles normes et un guide pour l’action.

    Il faut impérativement combattre ce récit.

    La confusion entretenue par Pékin entre le rule of law et la « gouvernance internationale par les lois » (国际法治) relève d’un tour de passe-passe conceptuel grossier. Sous couvert de multilatéralisme, la Chine substitue au droit international un dispositif normatif extensible - le prolongement direct de son propre corpus juridique et politique -et en détourne ainsi le sens et la finalité.

    Cette logique de gouvernance normative chinoise, façonnée par ses propres priorités et ambitions politiques, sape les fondements mêmes du droit international comme cadre commun. Elle menace les libertés fondamentales des populations qui se placeraient sous son autorité. Subversive dans ses intentions, elle et doit être appréhendée comme une attaque contre notre sécurité collective et individuelle.

    -----

    Note : le réseaux GLobE (Global Operational Network of Anti-Corruption Law Enforcement Authorities) est un réseau placé sous l’égide de l’UNODC pour mettre en relation les autorités d’enquête anticorruption (points de contact) et faciliter la coopération transfrontière. Il fonctionne comme une plateforme pratique (réunions plénières, comité de pilotage, outils) visant à accélérer les dossiers concrets, notamment sur la coopération et le refus de “safe haven”.

    🏷️ Xie Feng Hua Chunying UNCAC GlobE APEC 2026 UNODC
    ↑ Retour au sommaire

    13. La RSE : un outil de politique d’influence au service des entreprises chinoises à l’étranger

    En fin d’année, le MOFCOM a publié un « Guide pour la mise en œuvre de la responsabilité sociale des entreprises à l'étranger ». Derrière un vocabulaire consensuel emprunté aux standards internationaux de la responsabilité sociale des entreprises (RSE, ESG…), le texte consacre la mainmise de la RSE par le pouvoir chinois. Celle-ci repose sur trois mécanismes structurants.

    1. Contrairement aux cadres occidentaux de la RSE, généralement fondés sur des normes volontaires, des mécanismes de soft law ou des engagements contractuels, ces lignes directrices s’adossent explicitement à l’ordre juridique chinois. Elles invoquent la Loi de la RPC sur les relations extérieures, des règlements administratifs relatifs à l’investissement, aux travaux et à la main-d’œuvre à l’étranger, ainsi que des normes nationales chinoises (notamment la norme GB/T 36000).

    2. Une subordination idéologique. La RSE devient un vecteur de narration politique autour de la référence à la « communauté de destin pour l’humanité » et aux quatre « initiatives globales » portées par Xi Jinping (développement, sécurité, civilisation, gouvernance) qui replacent la RSE au service d’un récit politique et diplomatique.

    3. Un rôle d’influence sociale et sociétale assigné aux entreprises à l’étranger. Le texte confère aux entreprises chinoises opérant à l’étranger un rôle qui dépasse largement la sphère économique. Elles sont appelées à intervenir dans : la médiation sociale locale, la prévention des conflits communautaires, la gestion des "perceptions et des débats", la communication proactive avec les ONG, les médias et les communautés locales, ainsi que la « gestion de manière appropriée les opinions négatives » (妥善应对负面舆情).

    Ces missions relèvent traditionnellement du champ diplomatique ou consulaire et dans certaines limites seulement. Leur transfert partiel aux entreprises révèle une conception instrumentale de l’acteur économique, pensé comme vecteur d’influence.

    On savait que l’entreprise chinoise, qu’elle soit publique ou « privée » doit aligner sa stratégie sur la feuille de route économique centrale. Ce texte doit nous alerter sur la transformation et sur l’extension de son action au champ social afin d’éviter que, obéissant à ces guidelines, certains acteurs économiques chinois ne conçoivent et ne mettent en œuvre de véritables opérations d’ingérences sur notre sol.

    ↑ Retour au sommaire

    14. Dan Wang, et les nouveaux "Tiananmen papers"

    « Breakneck: China's Quest to Engineer the Future” est un ouvrage (non traduit) publié outre atlantique.

    Voici comment il est présenté en librairie (Amazon) :

    "Une voix incontournable sur la Chine nous livre un récit captivant et de première main sur les progrès spectaculaires réalisés par ce pays. La Chine a connu une croissance si rapide en partie parce qu'elle a battu les États-Unis à leur propre jeu : le capitalisme et l'exploitation de l'énergie débordante d'une population nombreuse. Wang combine ici analyse politique et économique et reportage pour créer un nouveau cadre provocateur permettant de comprendre la Chine, qui nous aide également à voir plus clairement les États-Unis. Alors que la Chine est un État ingénieur, qui construit sans relâche à grande échelle, les États-Unis se sont transformés en une société d'avocats, bloquant toute tentative de changement, qu'il soit positif ou négatif."

    La thèse de Wang est que la Chine construit et l’Occident règlemente. La Chine aurait formé des générations d’ingénieurs, les Etats-Unis - et l’Europe - des juristes. La Chine prouve sa supériorité par le béton, la vitesse, l’infrastructure, la coordination, la mise à l’échelle. L’État chinois n’est pas seulement autoritaire, il serait surtout compétent : capable de construire des filières, d’industrialiser, de rattraper puis de dépasser l’Occident, sur le déclin civilisationnel.

    Mes commentaires, en toute subjectivité

    Sur le fond, les thématiques développées dans l’ouvrage ne sont pas sélectionnées par hasard, elles veulent légitimer (la tech chinoise) ou relégitimer (gestion du Covid) le pouvoir chinois, et faire passer l’arbitraire ou l’absence de contre-pouvoirs, comme une capacité à construire et un droit d’imposer, tous deux porteurs d’une efficacité constitutive du miracle chinois, reproductible si évidemment on respecte la recette initiale.

    En France, certains (rien de personnel, je suis tombé dessus, l'intéressé a un droit de réponse) en profitent pour dénoncer à leur tour - le feraient-ils en leur nom ?- l’Europe des juristes, Bruxelles et, inconsciemment, se font l’écho des Etats-Unis et de la Chine dans une même lamentation d’un prétendu déclin européen. Il devient de bon ton, en ville, d’accuser l’Europe – et donc la France - sur l’autel de « l’efficacité » chinoise.

    D’après les sources consultées, Dan Wang (ou Wang Dan, plus probablement) est né en Chine, dans le Yunnan, au début des années 2000, puis accompagne ses parents qui émigrent au Canada, puis aux Etats-Unis. Analyste technologies chez Gavekal Dragonomics, Wang a travaillé en Chine entre 2017 et 2023, avec des bases successives à Hong Kong, Pékin puis Shanghai. Il se spécialise progressivement sur des aspects plus géopolitiques et fréquente, aux Etats-Unis, la Hoover Institution, Harvard etc.

    Un ressortissant de Chine populaire devenu biculturel, qui se spécialise…sur la Chine et ses politiques, travaille de Pékin à Hongkong en passant par Shanghai, Pékin et publie finalement un livre à succès vantant les mérites de l’efficacité du régime chinois, Covid comprise, ne soulève pour l’heure aucune interrogation. Au contraire, on loue sa vision critique (de la Chine) et lucide (de nous). Le succès de Wang devrait s’expliquer ainsi : puisqu’il est biculturel, il serait donc « neutre » et redevenu distant par rapport à sa mère patrie.

    Ce biais mâtiné de politiquement correct- la diversité culturelle ne produit que des anges apatrides -, conduit à une erreur de lecture majeure. Non seulement des ouvrages, mais des hommes qui les écrivent et des systèmes qui les nourrissent.

    ↑ Retour au sommaire

    15. Le navire-hôpital chinois Silk Road Ark : un instrument de diplomatie militaire

    Le 20 décembre 2025, le navire-hôpital chinois Silk Road Ark est arrivé au port de Bridgetown pour une mission de sept jours. Cette escale, s'inscrit dans la « mission "Harmonie-2025", l’une des plus longues menées par l’APL, avec 220 jours de déploiement et plus de dix pays visités à travers le Pacifique Sud, l'Amérique latine et les Caraïbes (Nauru, Fidji, Tonga, Mexique, Jamaïque, Barbade, Brésil, Pérou, Chili, et PNG).

    Le "Silk Road Ark", mis en service en 2024, effectue sa première mission à l'étranger et constitue le deuxième navire-hôpital de 10 000 tonnes construit par la Chine.

    Le choix de la Barbade comme point d'escale n'est pas fortuit : cet État anglophone entretient des relations diplomatiques avec Pékin depuis 1977, après avoir rompu avec Taipei, et bénéficie d'un accord d'exemption de visa depuis 2017. Plus significativement, la Barbade assure en 2025 la présidence tournante de la CARICOM, ce qui en fait une plateforme d'influence régionale privilégiée.

    Le timing de cette visite est particulièrement révélateur.

    Il s'agit de la deuxième escale d'un navire-hôpital chinois à la Barbade depuis 2015, signifiant une continuité de l’intérêt stratégique de la zone et de la Barbade. Ces déploiement dans les Caraïbes témoignent d'une volonté de présence dans une région sous influence américaine.

    La coordination de ces missions par le ministère de la Défense et le département politique de la Commission militaire centrale (CMC) confirme qu'il s'agit bien d'un instrument de diplomatie militaire, où la dimension sanitaire sert de vecteur politique et à des objectifs géopolitiques plus larges.

    La publication en page 3 du Quotidien du Peuple constitue en soi un signal politique.

    Elle vise à démontrer aux cadres du Parti et à l'opinion publique chinoise que l'APL remplit activement son rôle de "grande puissance responsable" tout en incarnant concrètement les initiatives globales chères à Xi Jinping. Le navire devient ainsi un vecteur du narratif de la "communauté de destin pour l'humanité", et sa mise en pratique.

    Dans les Caraïbes, cette stratégie se combine avec les investissements d'infrastructures de l'Initiative Belt and Road (BRI), les forums Chine-CELAC et une attention particulière portée aux États encore diplomatiquement liés à Taïwan (Haïti, Saint-Christophe-et-Niévès, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les-Grenadines).

    En mai 2025, lors du 4e Forum ministériel Chine-CELAC à Pékin, Haïti et Sainte-Lucie ont envoyé des représentants, ce qui a créé un certain émoi à Taipei, les médias taiwanais craignant un basculement imminent.

    L'itinéraire complet de la mission "Harmonie-2025" révèle une géographie de l'influence chinoise en construction : Nauru, Fidji, Tonga, Mexique, Jamaïque, Barbade, Brésil, Pérou, Chili et Papouasie-Nouvelle-Guinée. Cette tournée dessine les contours d'une présence chinoise consolidée dans le Pacifique Sud et émergente dans l'hémisphère occidental.

    L’Amérique latine, théâtre secondaire de rivalité sino-américaine

    La mission « Harmonie-2025 » illustre ainsi une diplomatie navale à bas coût politique, où l’assistance médicale rend acceptable une démonstration de capacité de projection militaire. Cette approche graduée, indirecte et socialement légitimée permet à Pékin d’étendre son empreinte dans des zones historiquement sensibles, sans confrontation ouverte.

    Toutefois, ces ambitions risquent d’entrer rapidement en collision avec des zones géographiques que Washington considère désormais officiellement comme parties intégrantes de son pré-carré stratégique (Cf. mon mémo sur le Venezuela et Panama, dans le Bulletin n°10, mémo n°9 et ici-même, supra).

    ↑ Retour au sommaire

    ▶ Documentation & agenda

    ◇ Documentation et études

    China’s Economy: Rightsizing 2025, Looking Ahead to 2026, 22 décembre, par Daniel H. Rosen, Logan Wright, Olivier Melton et Jeremy Smith, Rhodium Group.

    La croissance chinoise officielle (~5%) surestime nettement la dynamique réelle : Rhodium l'estime à 2,5–3,0% en 2025 en raison d’incohérences internes (consommation, investissement, crédit) et d’une sous-déclaration des fragilités structurelles. Pourquoi est-ce important de statuer si la Chine connait une croissance de 5% comme elle l’affiche ou si, elle tourne en réalité autour de 2-3% ?

    « Il est important de disposer d'une prévision raisonnable de la croissance du PIB chinois pour plusieurs raisons. Tout d'abord, les entreprises chinoises et étrangères doivent établir leurs prévisions de ventes, leurs plans d'approvisionnement et leurs stratégies concurrentielles en fonction du rythme de croissance de la deuxième économie mondiale. La différence entre une croissance chinoise de 2 % et une croissance de 5 % représente un demi-billion de dollars en termes de demande, et la rentabilité de nombreuses entreprises du classement Fortune 500 dépend de laquelle de ces deux prévisions s'avérera exacte ».

    • Evaluation de la menace chinoise

    Report to Congress on Military and Security Developments  Involving the People’s Republic of China 2025, US Department of Defense, décembre 2025.

    Après lecture rapide du rapport, j’avais le sentiment que le Pentagone avait sensiblement adouci son discours. En seconde lecture, l’introduction confirme déjà cette impression et laisse apparaître une signature clairement politique, d’inspiration trumpienne, qui suggère une volonté venue d’en haut de stabiliser, au moins provisoirement, la relation bilatérale avec Pékin.

    Le rapport rappelle certes que l’attention militaire chinoise demeure concentrée sur la première chaîne d’îles, considérée par Pékin comme son centre de gravité stratégique, tout en soulignant qu’à mesure que la Chine s’enrichit et gagne en puissance, sa capacité de projection militaire s’étend logiquement au-delà de cet espace.

    Mais l’introduction marque une inflexion inhabituelle : « Sous la direction du président Trump, les relations entre les États-Unis et la Chine sont plus solides qu'elles ne l'ont été depuis de nombreuses années », affirme le texte, en annonçant un élargissement des communications militaires, centré sur la stabilité stratégique, la désescalade et la clarification d’intentions pacifiques.

    Dans un contexte de guerre froide, on aurait sans doute expliqué un tel lissage en parlant d’un rapport « polished » par le politburo, en l’occurrence, celui du Bureau ovale.

    • Guerre cognitive et désinformation

    Cognitive Warfare Masterclass: China’s Doctrine for Strategic Narrative Superiority, le 29 decembre, par Athena Tong, du Cyfluence Research Center (Allemagne) . L'auteur, de la nouvelle génération d’analystes informationnels - à l’intersection de la sécurité, des médias, du numérique et des récits stratégiques – nous propose d’entrer dans la zone grise des FIMI (Foreign Information Manipulation and Interference) et de la contre-ingérence informationnelle. Au vu des nombreux cas d’espèces fournis, il faudra se faire violence pour ne pas surqualifier la cohérence et l’efficacité de la doctrine chinoise de guerre cognitive et de lutte informationnelle.

    • Propriété intellectuelle

    The EU-China IP Dialogue Mechanism: A Casualty of Growing Geopolitical Rivalry, or a Possible Path Forward?, 19 décembre, Martina Maxia , European Guanxi.

    Je ne suis pas en mesure que challenger les constats tirés sur le programme IP Key China - qui a tout de même été financé unilatéralement par l’UE à hauteur de 6M€ entre 2017 et 2021. J’ose espérer qu’un bilan clinique interne, à défaut d'être rendu public, a été dressé pour, le cas échéant et si besoin, le reparamétrer.

    • Chine-Japon-Taiwan

    Japon-Taiwan : la mobilisation chinoise du registre "antifasciste" publiée le 6 janvier 2026 par Mathieu Duchatel, directeur des Études internationales à l’Institut Montaigne.

    « En inscrivant Taiwan dans un récit historique qui agite depuis la fin de l’année 2025 le spectre de la résurgence du militarisme japonais, la Chine ne prépare pas seulement le terrain pour un blocus ou pour une guerre : elle vise aussi à rendre acceptables, aux yeux de la communauté internationale, des actions ciblées contre des acteurs précis »
    « Pékin cherche à accoutumer la communauté internationale à l’idée d’une légitimité, voire d’une légalité, du recours à la force contre Taiwan ».

    • Relation sino-américaine

    Tech war 2.0: The dangers of Trump's 'G2' bargaining with an emboldened China, le 16 décembre, par Joris Teer de l'EUISS. Le retour d’une logique de bargaining bilatéral sino-américain (“G2”), centrée sur des deals transactionnels, affaiblit la capacité occidentale, dont européenne, à structurer collectivement la compétition technologique avec la Chine. Pékin tirerait profit de cette approche en fragmentant le front occidental, en exploitant les divergences entre Washington, l’UE et les alliés asiatiques..

    ◇ Agenda 2026

    • La 33e réunion des dirigeants économiques de la Coopération économique Asie-Pacifique (APEC) se tiendra à Shenzhen, en Chine, les 18 et 19 novembre prochains, accompagnée du Sommet des PDG de l'APEC et de la réunion ministérielle conjointe des ministres des Affaires étrangères et du Commerce. C'est pour Pékin, un rendez-vous majeur. Toutes les entreprises qui opèrent en Chine, ou depuis la Chine et en Asie, doivent suivre de près les travaux et discussions. Ils impacteront l'architecture future du commerce, des chaines de valeur, de l'innovation et des positions de tous les acteurs.
    • La loi révisée sur le commerce extérieur, adoptée fin décembre 2025, entre en vigueur le 1ᵉʳ mars 2026. Cette révision donne à Pékin des outils supplémentaires et élargis pour gérer les tensions commerciales internationales.
    • D'ici au mois de mars et la double session parlementaire, le gouvernement central et les provinces vont annoncer une série de feuille de routes globales et sectorielles dans le cadre du 15ème plan 2026-2030.
    • Conférence ministérielle OMC 14 (WTO MC14) du 26 au 29 mars 2026, Yaoundé Cameroun, formats Track 1 et 1.5.
    ↑ Retour au sommaire


    Message personnel pour 2026

    Je souhaite vous demander vos vœux géopolitiques, sous la forme d'une question, plus difficile qu’elle n’y parait, à deux réponses possibles seulement (pas de "aucun avis").

    Souhaitez-vous davantage :

    1) Un vrai G2 sino-américain (Cf. caricature originale, non extraite de l’étude de l’EUISS citée supra), ou :

    2) Une montée des tensions pouvant déboucher sur une confrontation entre Pékin et Washington ?

    Contenu de l’article