Bulletin n°2 : fin du 4ème Plenum du PCC et début de la semaine asiatique de D. J Trump
📋 Structure de ce Bulletin
Edito
Le 4ème Plenum du PCC a dominé l’actualité de la semaine écoulée. S’ouvre cette semaine une séquence diplomatique avec le déplacement de D. Trump en Asie. Lundi, jour de parution du Bulletin, le président américain entame sa deuxième étape au Japon, après un stop-over à Kuala-Lumpur où il s’est affiché à la signature d’un accord de cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande. Dans le prochain Bulletin, nous reviendrons longuement sur cette séquence qui doit se terminer en Corée du sud, ce vendredi, en apothéose, dans un tête-à-tête avec Xi Jinping.
Concernant le plenum, en raison d’un contenu assez pauvre, l’attention s’est portée sur les évincés étoilés de l’APL et ceux qui ont marqué par leur absence. Ces rotations ne touchent d’ailleurs pas que les cadres militaires de l’APL (ex-secrétaire du ministère de l’agriculture, gouverneur du Shanxi…). Elles sont le signe d’un vaste plan de promotion des nouvelles élites.
Je reviendrai sur les principaux aspects et textes du Plenum dans le prochain bulletin une fois la poussière médiatique retombée, si des éléments substantiels nouveaux faisaient surface.
Dans un article publié jeudi dernier dans la presse nationale, je soulève la question du capitalisme d’Etat chinois, en réalité, un capitalisme du parti-Etat, et son actionnaire majoritaire, le PCC. Tant que nous, Européens – car nous sommes les mieux placés et qualifiés pour le faire, ne remettrons pas sur la table cette question, source de toutes les inégalités et distorsions de marché, la politique économique extérieure chinoise poursuivra sur les mêmes errements pour les années qui couvriront le 15ème plan.
En marge du Plenum, certains événements et prises de position traduisent les priorités de l’exécutif chinois : l’IA est à l’honneur, la recherche des talents, le système multilatéral et l’OMC, les normes et standards.
Tandis le sommet Trump-Xi retient l’attention du monde entier, pendant ce temps, sur le front Ouest, la Chine redouble d’efforts pour attirer l’Europe à elle sans concéder un pouce de terrain sur les grands sujets de discussion.
➔ Structure de ce Bulletin (n°2)
▶ Politique intérieure
Les grands axes d'effort du 15ème plan apparaissent au travers des quelques textes et comptes-rendus du Plenum.
1. Communiqué final du Plenum du PCC
2. Au sujet des purges au sein de l’APL
3. Priorités transversales du 15ème Plan : I ’IA et les "talents" étrangers
4. Nomination de Li Yongjie, ambassadrice de la Chine auprès l’OMC
5. Normes & standards ; nouvel organe de supervision pour les services scientifiques et technologiques
▶ Politique extérieure
Des perspectives d'un apaisement dans les relations sino-américaines se dégagent, tandis que les relations sino-européennes se tendent.
6. Pékin surveille D. J. Trump en route pour la Corée du Sud, via le Japon
7. Rappel de la position chinoise sur des discussions à trois sur le désarmement nucléaire
8. Le modèle « Nexperia » en question.
9. Relations Europe-Chine, à l’Ouest rien de nouveau
10. France-Chine : 24ème édition du dialogue stratégique franco-chinois.
11. Chine-Arctique-Russie : nouvelles routes
▶ Influence et ingérences
L'influence chinoise se déploie sous diverses formes : organisationnelles, institutionnelles, humaines
12. Lancement de l’institut international de la médiation
13. Ding Yifan, discours sur l’efficacité chinoise et un nouvel ordre mondial (sans l’Occident)
▶ Documentation & Agenda prospectif
◇ Modernisation et stratégie de l’APL ; pouvoir politique, succession, et purges sous Xi Jinping ; Chine-Etats-Unis ; Influences étrangères et liberté académique ; Les nouvelles frontières de l’expansion chinoise, l'Arctique ; Dossier de la Revue Diplomatie.
◇ Agenda : PCC décembre 2025 et janvier 2026 : OMC 2026 ; OCS 2026
➔ Dans ce Bulletin 13 Mémos :
▶ Politique intérieure
1. Communiqué final du Plenum du PCC
Dans le domaine économique, le communiqué final ne contient aucune nouveauté. Ce n’est pas son rôle. Il doit rassembler toutes les grandes stratégies et politiques déjà actées lors des Plenum précédents. Je retiens trois points néanmoins à suivre de près (+ 794 Signes. Mots clés : Wang Wentao ; MOFCOM ; 5ème Plenum du 19ème Comité Central).
- En matière d’innovation, le texte reprend le point central d’un discours de Xi Jinping lors du Congrès national de la science et de la technologie en juin 2024 : « Dominer la compétition scientifique et technologique et le développement économique du futur » (抢占科技竞争和未来发展制高点). Sans équivoque.
- Le marché intérieur devra favoriser l’émergence d’un terrain de jeu nouveau favorable à la Chine à l’échelle mondiale (建设强大国内市场,加快构建新发展格局). En conférence de presse, le ministre du commerce (MOFCOM), Wang Wentao a cette jolie expression « Faire du grand marché chinois le champ d'application de l'innovation mondiale » (让中国大市场成为全球创新的应用场)
- En matière de politique économique extérieure, la désormais célèbre « ouverture », devra être structurelle (制度型) – comprendre sur des bases normatives nationales – , propriétaire donc (自主开放) c’est-à-dire « à la carte », la favorisant avec des pays qui ne posent pas de problème de concurrence à la Chine.
REM : Si l’on veut pousser l’analyse, il y a deux façons, selon moi : comparer les orientations de ce Plénum avec celles émises lors de sa précédente édition, le 3ème Plenum de juillet 2024. Ou alors, les mettre en perspective avec un même type de Plenum, en l’occurrence avec le 5ème Plenum du 19ème Comité Central, qui avait validé les bases du plan précédent, le 14ème plan quinquennal.
↑ Retour au sommaire2. Au sujet des purges au sein de l’APL
L’annonce de l’éviction des généraux s’est faite en deux temps. (+ 2 51 signes. Mots clés : He Yongjun, Guo Boxiong, Xu Caihou, Zhang Shenmin)
- Le 17, un porte-parole du ministère chinois de la Défense a d’abord rappelé que depuis le 18ème Congrès du PCC, en 2012, le PCC avait adopté une tolérance « zéro » et refusé toute « zone de non-droit (interdite) » dans la lutte anti-corruption. Citant les généraux déchus un à un, il précise que les « sommes en jeu sont colossales » (数额特别巨大), et qu’ils seront déférés au Parquet militaire. Il existe trois seuils légaux en Chine pour les crimes de corruption, celui-ci (+ de 3M de yuan) est le plus élevé. Les peines vont de 10 ans à perpétuité.
- Deuxième temps, le lendemain, un long éditorial du Quotidien de l’APL, fait une mise au point plus précise :
« L’Armée est faite pour tenir le fusil ; elle est le groupe armé (武装集团) chargé d’exécuter les tâches politiques du Parti ; elle doit être ce pilier qui défend le territoire rouge (红色江山) et la dignité nationale. Plus l’Armée populaire combat la corruption, plus elle devient forte, pure et combative. La corruption de He Hongjun et de ses pairs tire sa source du venin mutant laissé par Guo Boxiong et Xu Caihou. L’actuelle lutte anticorruption est la continuité du redressement des mœurs et de la lutte contre la corruption 正风反腐engagés depuis le 18e Congrès, et l’approfondissement de la “refonte” de l’Armée populaire (重塑人民军队的深化) »
Plusieurs points de commentaire.
- Si les chefs d’accusation pointent tous vers des faits de corruption économique, ils ne traduisent pas toutes les fautes qu’on leur reproche. Le « venin » laissé par Guo et Xu est là pour justifier la traque ininterrompue depuis ces années 2014-2016.
- La majorité des nouveaux évincés ne sont pas des commandants opérationnels, mais des responsables politico-idéologiques. Xi veut porter un coup fatal à la structure même de la discipline politique militaire et mettre définitivement son pouvoir « en cage ».
- En 2023 et 2024, de nouvelles directives internes ont consolidé dans les règlements nouvellement révisés sur « l’édification du Parti dans l'Armée », dont le « système de responsabilité du président de la Commission militaire centrale » qui a renforcé les pouvoirs de surveillance et de nomination de Xi.
- Certaines évictions découlent directement de ce cadre normatif, sous couvert de manquements à la discipline du parti, jugés, in fine, comme une « corruption des âmes » (déloyauté). C’est pourquoi, selon l’article du Quotidien de l’APL « L'armée populaire est devenue plus pure et consolidée, avec une cohésion et une puissance de combat plus fortes. (人民军队更加纯洁巩固、更具强大凝聚力战斗力), mais, rappelle le PP du Mindef : « Plus l'armée populaire lutte contre la corruption, plus elle est forte, pure et apte au combat » (人民军队越反腐越坚强、越纯洁、越有战斗力).
- Cette traque ne connaittra pas de fin ultime et les hauts gradés ne seront jamais assez « purs ».
- Xi Jinping développe l’instabilité politique comme un instrument de son pouvoir sur les appareils civils et militaires. La nomination du général Zhang Shengmin issu du corps des Inspecteurs de l’APL, en remplacement de He Weidong, marque une prise d’influence décisive de la police politique du PCC dans les équilibres de pouvoir.
3. Priorités transversales du 15ème Plan : I’IA et les "talents" étrangers
Le ministère chinois des affaires étrangères exploite la fenêtre médiatique du Plenum pour faire la promotion de son « Plan de renforcement des capacités inclusives/universelles en intelligence artificielle » (人工智能能力建设普惠计划) lors d’un symposium, organisé à Shanghai, le 20 octobre. (+ 1 201 Signes. Mots clés : Shen Yiqin ; Visa K )
- Ce plan est présenté comme la déclinaison opérationnelle d’une résolution de l’ONU (Renforcer la coopération internationale en matière de renforcement des capacités dans le domaine de l'intelligence artificielle (A/RES/78/311 du 1/07/2024) visant à réduire la fracture numérique mondiale et à promouvoir le « développement équitable » de la technologie de l'intelligence artificielle.
- Il opérationnalise la résolution et la « sinise » : l’IA y est décrite comme une nouvelle source de productivité (新质生产力), à la montée en gamme industrielle et à des chaînes d’approvisionnement internationales (产供链合作), des thématiques centrales du Plenum.
- Le même jour, la conseillère d’État, Shen Yiqin, anime une Conférence internationale « sur les échanges de talents ». Elle souligne que :
« la période du quinzième plan quinquennal serait une étape clé pour consolider les bases de la modernisation socialiste et déployer tous les efforts nécessaires à sa pleine réalisation (…) Nous offrirons de meilleures plateformes et des services plus complets pour les talents venus du monde entier, et attirerons davantage de talents étrangers de haut niveau en Chine pour y développer leurs activités, innover et entreprendre ».
Cf. mon post d’il y a 2 semaines sur le nouveau visa K ciblant spécifiquement ces « talents » du monde entier.
Doc de référence : Le plan chinois IA+ du 26 août 2025 ; Le Plan plan américain sur l’IA de juillet 2025
↑ Retour au sommaire4. Nomination de Li Yongjie, ambassadrice de la Chine auprès l’OMC
Le 20 octobre, Li Yongjie a été nommée représentante permanente et ambassadrice de la Chine auprès de l'Organisation mondiale du commerce, ainsi que représentante permanente adjointe de la Chine auprès de l'Office des Nations unies à Genève, en remplacement de Li Chenggang. C’est davantage son départ que l’arrivée de sa successeur qui crée une légère polémique médiatique en Chine, après avoir défrayée la chronique à Washington DC (+ 1 807 Signes. Mots-clé : MOFCOM ; Li Qiang)
- En effet, le 15 octobre, le secrétaire au Trésor Scott Bessent critique publiquement Li Chenggang, toujours ambassadeur chinois à l’OMC : il le qualifie d’“unhinged” (déséquilibré) et de “wolf-warrior”. Il serait présenté “non invité” fin août à Washington et s’y serait montré très irrespectueux. Il suggère même qu’il a pu agir seul (“rogue”, hors contrôle). Certains médias chinois ont donc été probablement invités à proposer une autre interprétation que celle, tourbillonnante, pariant sur l’éviction de Li pour faute grave.
- Li Chenggang était en poste depuis 2021. Son remplacement avait déjà été planifié, son mandat arrivant à son terme. Une dernière sortie musclée permet de faire passer certains messages à l’administration Trump sans risque et faisant apparaitre son successeur comme un interlocuteur « modéré » et plus acceptable en vue des discussions à venir.
- Li Yongjie, est un pur produit du MOFCOM, sortie du rang, juriste de formation et en charge encore récemment de la division Département des traités et du droit du MOFCOM. Cette division traite des contentieux au niveau de l’OMC, des accords bilatéraux de protection des investissements (AGI), ainsi que les accords internationaux sur les droits de propriété intellectuelle.
Son arrivée à Genève intervient trois semaines après une déclaration du PM Li Qiang à l’AG de l’ONU. En déclarant, le 23 septembre, que la Chine ne demanderait plus de nouvelles flexibilités de “traitement spécial et différencié” (S&DT) dans les négociations actuelles et futures de l’OMC, Li Qiang veut positionner la Chine comme motrice de la réforme de l’OMC. C’est une concession gratuite pour gagner du capital politique et relégitimer le multilatéralisme aux conditions chinoises. Li Chenggang, alors toujours vice-ministre du commerce, l’a souligné en conférence de presse, le lendemain 24 septembre :
« Il convient de souligner que la Chine reste le plus grand pays en développement du monde et que son statut et son identité en tant que pays en développement n'ont pas changé. La Chine a toujours été un membre du Sud et qu'elle restera toujours aux côtés des pays en développement »↑ Retour au sommaire
5. Normes & standards ; nouvel organe de supervision pour les services scientifiques et technologiques
Le 20 octobre 2025, s’est tenue la réunion inaugurale du Comité technique de normalisation de l'industrie des services scientifiques et technologiques du MIIT (工业和信息化部科技服务业标准化技术委员会) (+442 Signes).
Cet organe pilotera et mettra en œuvre une directive de mai dernier sur le développement des services scientifiques et technologiques” (关于加快推进科技服务业高质量发展的实施意见) Cette directive prévoit une modernisation complète des services (transferts de technologies, financiers, propriété intellectuelle, ingénierie, certification) pour la création d’un marché unifié des technologies à l’échelle nationale ; la standardisation ; la formation de talents, ainsi qu’une gouvernance coordonnée entre État central et régions.
↑ Retour au sommaire▶ Politique extérieure
6. Pékin surveille D. J. Trump en route pour la Corée du Sud, via le Japon
Les projecteurs sont braqués sur les tribulations du président, mais son secrétaire Scott Bessent a une nouvelle fois rencontré le vice-premier ministre Chinois He Lifeng en Malaisie afin de préparer la rencontre avec Xi Jinping. (+ 3 001 Signes. Mots clés : AUKUS ; Shen Jian ; Boeing ; MOFCOM ).
Parmi les sujets traités, rapportés par le MOFCOM :
- les mesures américaines 301 concernant la logistique maritime et la construction navale chinoises,
- la prolongation de la suspension réciproque des surtaxes douanières,
- les tarifs liés au fentanyl et la coopération en matière judiciaire,
- le commerce des produits agricoles et
- les contrôles à l’exportation.
D. Trump veut, un deal sur tout, un "touto-deal", y compris sur le nucléaire. La difficulté, avec D. Trump, est l’articulation finale entre ses désiderata avec les politiques structurelles de son administration en zone indopacifique. Alerté à plusieurs reprises sur la perte d’influence des Etats-Unis en Asie du Sud-Est, au bénéfice des pays de l’Asie du Nord-est – Corée et Japon -, il persiste vouloir être sur la photo finish de l’accord de cessez-le-feu entre le Cambodge et la Thaïlande pensant peut-être sincèrement redresser la barre.
Il en sera de même au Japon et en Corée du sud : les objectifs personnels se télescoperont avec les effets à rechercher à plus long terme. La question du nucléaire est dans tous les esprits et l’idée d’un nouveau tête à tête avec le Leader suprême nord-coréen pourrait-il échapper au sort stérile voire contre-productif des one-to-one avec V. Poutine ?
A ce jour, bien que le compte-rendu du MOFCOM laisse à penser que ses préparatifs se poursuivent, la rencontre Trump-Xi, est encore hypothétique. D’autant que le président américain n’a cessé cette semaine de la rendre encore moins probable aux des Chinois :
- sur AUKUS, le président américain aurait déclaré que l'accord de "partenariat de sécurité trilatéral" entre les États-Unis, la Grande-Bretagne et l'Australie allait de l'avant.
- Sur les composants essentiels entrant dans la fabrication des Boeing, dont la Chine possède plus de 1 850 appareils, il déclare :
"We have many things, including a big thing is airplane. They (China) have a lot of Boeing planes, and they need parts, and lots of things like that,” (Reuters)
- sur les logiciels de fabrication américaine, l’administration américaine envisageait des restrictions accrues à l’exportation de logiciels “critiques” vers la Chine, en guise de contre-mesure réciproque à celles du MOFCOM du 9 octobre (cf. Bulletin précédent).
Pas la meilleure façon de vouloir un tête à tête avec Xi Jinping. Les deux leaders ne partagent pas la même conception d’une diplomatie des chefs d’Etat (元首外交). Pourtant, pour l’exécutif chinois un rétablissement même provisoire d’une relation apaisée avec Washington offrirait à la Chine une nouvelle fenêtre d’opportunité pour faire progresser ses intérêts vitaux.
En Asie-Pacifique d'abord, en cherchant un modus vivendi sur Taiwan. En matière de gouvernance ensuite en poussant davantage les Etats-Unis à sortir du système multilatéral pour mieux l’occuper et le refonder. Le domaine des technologies et de l’intelligence artificielle pourrait devenir une « béquille» ou, moins négativement, un guardrail à la relation, comme l’était la lutte contre le changement climatique avec les administrations Démocrates, limitant le risque d’escalade et de concurrence frontale avec Washington. Dont acte.
Les dernières allusion de D. Trump quant à une aide possible de la Chine pour ramener la paix en Ukraine laissent perplexe ("I'd like China to help us out with Russia,") d’autant qu’il a admis que cette guerre lui « résistait » plus que ce qu’il avait imaginé. Ce n’est pas la première fois qu’il avance une telle hypothèse, mais le contexte est particulier : toute demande de ce genre fournira à Pékin un levier supplémentaire bienvenu pour amener les Etats-Unis à faire évoluer sa position - et son soutien - vis-à-vis de Taiwan.
↑ Retour au sommaire7. Rappel de la position chinoise sur des discussions à trois sur le désarmement nucléaire
Le 10 octobre, face aux pressions montantes occidentales, Shen Jian, ambassadeur pour les affaires de désarmement près l’ONU, a tenu à rappeler la position chinoise en réponse au débat général de la première commission de la 80e session de l'Assemblée générale, déclarant que ( + 759 signes. Mot clés : MAE)
« Il est injuste, déraisonnable et irréalisable d'exiger que la Chine participe à des négociations trilatérales sur le désarmement nucléaire. La Chine continuera à participer activement aux efforts internationaux de désarmement nucléaire, mais n'acceptera pas et n'acceptera jamais la moindre coercition (胁迫).
En août, le MAE chinois s’était déjà exprimé sur la question :
« Les forces nucléaires de la Chine et des États-Unis ne sont tout simplement pas au même niveau, et les politiques nucléaires et les environnements de sécurité stratégique des deux pays sont complètement différents. Il n'est donc ni raisonnable ni réaliste de demander à la Chine de se joindre aux négociations trilatérales sur le désarmement nucléaire entre la Chine, les États-Unis et la Russie » .
Par ailleurs, la question de la dénucléarisation de la Péninsule coréenne pourrait s’inviter à la table des négociations.
↑ Retour au sommaire8. Le "modèle" Nexperia en question
Le 21 octobre, le ministre du commerce Wang Wentao a été invité à s'entretenir avec le ministre néerlandais de l'économie Vincent Karremans, et les deux parties ont échangé leurs points de vue sur des questions liées à Nexperia Semiconductors (安世半导体). (+ 2 058 signes. Mots clés : Frans Scheper ; STMicroelectronics ; Infineon).
- L’UE, par la voix de son commissaire Šefčovič, hausse le ton et réclame une résolution rapide des restrictions chinoises qui perturbent les industriels européens. L'Association des constructeurs européens d'automobiles (ACEA) est profondément préoccupée par les perturbations importantes que pourrait subir la construction automobile européenne si l'interruption de l'approvisionnement en puces Nexperia ne pouvait être résolue immédiatement.
- Rappelons Nexperia fabrique les wafers en Europe (Hambourg, Manchester), puis assemble/teste majoritairement en Chine (Dongguan), avec des capacités additionnelles en Malaisie (Seremban) et aux Philippines (Cabuyao). Les mesures de restriction à l’export du 4 octobre dernier, ralentissent les sorties de Chine pour certains composants, ce qui touche mécaniquement les livraisons vers l’Europe lorsque l’assemblage a été fait à Dongguan.
- En Chine, plusieurs médias chinois rapportent que la direction Chine de Nexperia s’est réservée le droit de ne pas suivre des consignes du siège aux Pays-Bas si elles ne sont pas validées par le représentant légal de l’entité chinoise la direction Chine de Nexperia……
- De nouvelles informations viennent confirmer l’hypothèse d’une tentative de syphonage (précédent bulletin). Frans Scheper, PDG de Nexperia jusqu'en 2020, a déclaré jeudi aux médias néerlandais que Wingtech, la société mère, a construit une nouvelle usine en Chine, "qui peut reprendre la production des usines européennes de Nexperia".
Cela pose question sur le modèle front-end (Europe), back-end (Chine) de Nexperia et de bien d’autres entreprises européennes ou JVs.
- Par exemple, STMicroelectronics, a son back-end en Chine et Asie-du-sud-est et front-end majeur en France et Italie. Son réseau back-end incluant Shenzhen (Chine), Muar (Malaisie) et Calamba (Philippines) pour l’assemblage-test.
- La société Germano-autrichienne Infineon est présente en Chine et Asie du sud-est également avec un front-end à Dresde, Villach. Son site à Wuxi est un site historique d’assemblage & test, avec un maillage en Malaisie. Pour compliquer les choses, souvent, les chaines de valeurs dans des pays comme la Malaisie sont très étroitement liées, voire sous contrôle des écosystèmes chinois, rendant aléatoites voire inopérantes les stratégies Chine+1 dans cette partie de l’Asie.
9. Relations Europe-Chine, à l’Ouest rien de nouveau
Le 21 octobre, le ministre du commerce (MOFCOM), Wang Wentao, et Maroš Šefčovič, commissaire au commerce et à la sécurité économique de la Commission européenne, ont convenu de tenir à Bruxelles une version « rehaussée » du dialogue sur les contrôles à l’export (agenda : terres rares & Nexperia, mais aussi subventions aux VE) (+ 1 558 signes. Mots-clés : OTAN ; Résolution 2758 ; Lu Shaye ; Chine-Europe Centrale 17+1).
- Quelques jours auparavant, le 16 octobre, des législateurs de Bruxelles et de Pékin se sont réunis à Bruxelles leurs premières discussions officielles depuis…2018, et cela ne s’est pas bien passé, selon certaines sources médias.
- Enfin, le samedi 25 octobre, Mme von der Leyen a annoncé un plan pour réduire la dépendance de l’UE aux terres rares. Le MOFCOM Wang Wentao est attendu à Bruxelles mardi 28.
- Lors de la réunion du 16 octobre, les deux délégations se sont aussi un peu frottées sur la Russie et sur Taïwan. La partie chinoise aurait remis en question le droit d'existence de l'OTAN, affirmant que du point de vue chinois, il n'y a aucune raison pour que l'OTAN existe après la fin de l'URSS. En ce qui concerne Taïwan, les deux parties se sont écharpées sur la résolution 2758 des Nations unies.
Commentaire. Cela me rappelle la sortie de l’ancien ambassadeur Lu Shaye en direct, sur une chaine de télévision française, niant l’existence de l’indépendance des Etats baltes. Ces prises de position iconoclastes ne sont pas improvisées et illustrent la vision partagée de l’histoire et d’un futur ordre international au plus haut niveau du pouvoir en Chine.
A Propos de Lu Shaye, qui se fait discret mais résilient depuis qu’il est revenu en Europe avec le grade de « représentant spécial » du gouvernement chinois pour les affaires européennes. On le retrouve sur le front est européen à Dubrovnic, à l’été dernier, en Croatie, pour animer un Forum et rappeler à ses hôtes que la Croatie adhère au principe d’une seule Chine. La Chine essaie assez poussivement de recoller les morceaux du dialogue Chine-Europe Centrale 17+1, qui est devenu depuis un 14+1 (dont la Croatie) moins les trois Etats Baltes qui se sont retirés du format en 2021 et 2022. En 2023, La Tchéquie a déclaré en mai 2023 ne plus être “membre actif”, ce qui affaiblit encore l’élan du mécanisme.
↑ Retour au sommaire10. France-Chine : 24ème édition du dialogue stratégique franco-chinois
Le conseiller diplomatique du Président de la République française, Emmanuel Bonne, a co-présidé le mercredi 15 octobre, le 24ème dialogue stratégique franco-chinois à Hangzhou avec le directeur du bureau de la Commission centrale des affaires étrangères et de sécurité du PCC, ministre des affaires étrangères Wang Yi. (+ 1 420 Signes. Mots clés : COP30 )
- Si l’on se fie à l’ordre d’apparition des sujets dans les communiqués, cela donne comme TOP 5 côté français, Paris se positionne :
- Pour un rééquilibrage des relations économiques et commerciales
- Pour le soutien indéfectible de la France à l’Ukraine et appel aux autorités chinoises à faire cesser les contributions, directes ou indirectes, apportées par des entités chinoises à l’industrie de guerre russe
- Pour le cessez-le-feu entre Israël et le Hamas
- Pour obtenir un règlement politique sur le dossier nucléaire iranien
- Pour des résultats à la COP30 de Belém
- TOP 3 côté chinois : Pékin rappelle à la France les points de « consensus » atteint entre les deux présidents en mai dernier, et ses attentes (Eng ; Chn) :
- Le Consensus n°1 : « plus la situation est complexe, plus il est important que la Chine et la France renforcent leur coopération » (形势越是复杂,中法越要加强合作
- Le Consensus n°2 : « Maintenir le partenariat stratégique global entre la Chine et la France sur une trajectoire positive » (让中法全面战略伙伴关系始终保持积极向上势头)
- Attendus : « Nous espérons que la partie française jouera un rôle constructif dans la promotion d'un développement sain des relations entre la Chine et l'Union européenne ». (希望法方为推动中欧关系健康发展发挥建设性作用)
Les écarts entre comptes-rendus se creusent. Le dernier point côté chinois – les attendus - est lourd de sous-entendus. En creux, la France saperait les positions chinoises en Europe.
Retournons un même message d’espérance : la Chine peut-elle jouer un rôle constructif pour l’unité et la paix en Europe ? Dans cet intervalle, je plaide pour faire un petit roque: faire passer côté français le TOP2 en TOP 1.
↑ Retour au sommaire11. Chine-Arctique-Russie : nouvelles routes
Les médias officiels chinois rapportent l’ouverture d’une nouvelle « route express arctique Chine-Europe ». Le navire porte-conteneurs, l'Istanbul Bridge est arrivé au port de Gdansk, dans le nord de la Pologne depuis le port de Ningbo, en 26 jours. (+ 1003 Signes. Mots clés : Alexeï Likhachev ; Liu Wei)
- L'opérateur prévoit d'établir des voyages d'été réguliers le long de la route d'ici 2026, a appris le tabloïd Global Times. L’article rapporte les propos du ministère chinois des transports se félicitant pour cette « réalisation majeure dans le développement de la "Route de la soie polaire" dans le cadre de la Belt & Road.
- Depuis 2023–2025, Moscou et Pékin ont formalisé un sous-organisme conjoint sur la Route maritime du Nord (NSR), coprésidé par Alexeï Likhachev (Rosatom) et Liu Wei, ministre chinois des Transports lors de réunions fin 2024 puis tout récemment, le 14 octobre dernier, à Harbin, avec un plan d’action pour développer/commercialiser la NSR.
- Il renforce la capacité de coordonner flux, services d’icebreaking et logistique sous pilotage russe (Rosatom), donc potentiellement de conditionner les accès. Pour la Chine et son ministère des transports, cette coopération est décrite comme mutuellement bénéfique : la Russie apporte la souveraineté et l’expérience polaire ; la Chine, la capacité financière, technologique et industrielle — créant un nouveau modèle pour la connectivité mondiale future” (未来全球互联互通的新样板).
D’autres sources dans Documents & Agenda infra.
▶ Influence & ingérences
12. Lancement de "l’Institut international de la médiation"
La création de cet Institut international de médiation (International Organization for Mediation,IOMed - 国际调解院), le 20 octobre, s’inscrit en droite ligne de « l’initiative pour une gouvernance globale » (全球治理倡议) et crée un fait nouveau dans la gouvernance juridique mondiale. (+ 1 978 Signes. Mots-clés : OMC ; SIMC ; ICC ; HKIA ; SIAC ; ISDS).
- La convention est entrée en vigueur en août. À ce jour, trente-sept États l’ont signée, dont dix ont procédé à sa ratification (Chine, Indonésie, Pakistan, Laos, Cambodge, Serbie, Belarus, Soudan, Algérie, Djibouti)
- Traitant aussi bien des différends inter-étatiques, sauf matières qu’un État a exclues par déclaration (ex. la Chine écarte les litiges OMC) et sauf questions jugées par l’État “inadaptées à la médiation” (territoire...) que commerciaux (entreprises),
- L’action de cet « Institut » (ce n’est pas un tribunal) façonnera des normes compatibles avec les priorités nationales chinoises de souveraineté, par consensus. Il offre une alternative au “Sud global”, face aux forums perçus comme occidentalo-centrés. Il sécuriser l’écosystème BRI (routes de la soie) : un guichet unique pour apaiser des différends État-investisseur/PPP sans le coût ni l’aléa d’un arbitrage classique. Enfin, il permet de (re)positionner Hongkong comme place de services juridiques, face à Singapour (Singapore International Mediation Centre- SIMC) et aux grands centres (ICC : International Chamber of Commerce- ICC, Hong Kong International Arbitration Centre- HKIAC, et Singapore International Arbitration Centre-SIAC). Enfin et pas des moindres avantages, Pékin peut mieux contrôler le risque contentieux avec cet instrument “dé-judiciarisant” pour éviter des précédents défavorables ou la découverte publique (transparence limitée, confidentialité forte).
A la question entre-t’il en concurrence avec Mémorandum d’accord sur le règlement des différends (ORD) de l’OMC ? Pas immédiatement, si une majorité d’États majeurs maintiennent des réserves d’exclusion. En pratique, cela reste à voir, surtout si les premiers cas d’espèce sont saisis et traités sous couvert d’accords « Belt & Road », dont la transparence n’est pas la marque de fabrique.
Pékin veut-il détourner le régime actuel de l’ISDS (pour « Investor-State Dispute Settlement » ou Règlement des différends investisseur–État, mécanisme permettant à un investisseur étranger d’attaquer l’État hôte, souvent via arbitrage) ? Pas vraiment, mais il créera en pratique une incitation à tenter la médiation en amont, par une sorte de bretelle juridique. C’est une stratégie d’influence typique (rule-shaping).
↑ Retour au sommaire13. Ding Yifan, discours sur l’efficacité chinoise et un nouvel ordre mondial (sans l’Occident)
Le 16 octobre, lors un colloque organisé à l’université de Fudan de Shanghai, sur le thème du « discours chinois et la reconstruction de l'ordre mondial » un haut fonctionnaire et chercheur, Ding Yifan, ancien vice-directeur de l’Institut du développement mondial (World Development du Development Research Center -DRC du Conseil des affaires d’État), basé à Pékin, appelle les universitaires chinois à éviter les « pièges de discours » occidentaux sur les subventions, la démocratie et un "prétendu ordre fondé sur des règles"(+ 903 Signes. Mots clés : Guangming Daily ; CEFC ; CCI IDF ; Xiaoqing Su-Pellemêle).
- Il leur recommande d’assumer le rôle du Parti dans les performances économiques de la Chine. Sur la démocratie par exemple : ne pas courir après la définition occidentale ; exposer ses impasses actuelles et recentrer le débat sur « l’efficacité » de la gouvernance chinoise.
- Ding, très bon francophone, est bien connu des milieux entrepreneuriaux, et officiels Français bien que pour des raisons différentes. Diplômé (PhD) en science politique à Bordeaux, ex-chef de poste, pardon, de bureau du très officiel Guangming Daily, il intervient régulièrement comme orateur et débatteur influent de la pensée franco-chinoise.
Anecdote : le Comité d’échange Franco-chinois (CEFC) de la CCI IDF m’avait invité à présenter avec lui la situation économique chinoise à l’occasion d’un de ses nombreux déplacements en France. Après un échange avec sa secrétaire générale (un poste très connoté et convoité), Mme Xiaoqing SU-PELLEMÊLE, l’événement a été supprimé pour des raisons qui ne m’ont pas été communiquées.
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◇ Modernisation et stratégie de l’APL
Série de Podcasts proposée par le Centre d’études stratégiques maritimes (CESM), l'Institut d’expertise du ministère des Armées dédié à la Marine nationale et au maritime.
→ Focus sur la dissuasion nucléaire chinoise, quelles évolutions ? (Episode 84, 16/10, 35’ ) avec Emmanuel Véron, docteur en géographie, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.
→ Focus sur l’Aéronavale chinoise : puissance opérationnelle mondiale en devenir ? (Episode n°85, 23/10, 34’) avec Nicolas Mazzucchin chef du pôle Stratégie navale et wargaming au centre d’études stratégiques de la Marine et conseiller en stratégie et prospective du Majorgénéral de la Marine.
- La Chine s’éloigne de sa doctrine de « dissuasion minimale » en renforçant rapidement sa triade nucléaire, terre, air, et mer, avec pour cette dernière, la mise à l’eau récente de son 3ème porte-avion, le Fujian, le premier catobar (doté de catapulte) chinois, un club très fermé (Etats-Unis, France), et l’arrivée d’une nouvelle classe de SSBN (09-VI).
- Selon certaines analyses américaines, la Chine réviserait sa posture actuelle en une posture de « préparation en temps de paix » par la mise en place d’un système d’alerte précoce (dissuasion, spatial) anticipant les menaces futures perçues. Ces nouvelles capacités opérationnelles pourraient-elles remettre en cause les équilibres stratégiques en Asie sous 5 à 10 ans ? La Chine démontre-t ’elle une volonté d’opérationnaliser une « bulle d’hyper-supériorité » en zone Indopacifique ? au-delà ? Podcast très intéressant.
◇ Pouvoir politique, succession, et purges sous Xi Jinping (Youtube, 1h51’)
Jonathan A. Czin est Michael H. Armacost Chair (Brookings), ex-Senior Analytic Service à la CIA, ex-directeur Chine au NSC. sous Joe Biden. La discussion s’engage sur ce que qu’un (hypothétique) quatrième mandat de Xi signifierait pour les dirigeants et les militaires chinois, Taïwan et les États-Unis.
◇ Chine-Etats-Unis
▫Sommet Trump-Xi, APEC, discussion au coin du feu avec l’ancien ambassadeur des Etats-Unis en Chine, Nicholas Burns. Le 21 octobre, le Global China Hub de l'Atlantic Council a accueilli l'ancien ambassadeur des États-Unis en Chine (2022-2025), Nicholas Burns, pour une discussion sur l’état des relations sino-américaines à quelques jours de la rencontre planifiée entre D. Trump et Xi Jinping en Corée. N. Burns est un diplomate chevronné, spécialiste de l’URSS ; il a travaillé sous les administrations démocrates et républicaines.
▫Dans les arcanes de la diplomatie américaine sur la Chine (Podcast Pekingology, 38’)
Diffusé le 16 octobre, Henrietta Levin, Senior Fellow du Center for Strategic and International Studies (CSIS), interview Sarah Beran, qui était chargée des relations entre les États-Unis et la Chine au département d'État, à l'ambassade américaine à Pékin et au Conseil de sécurité nationale de la Maison-Blanche. S. Beran y décrit comment se préparent et se passent réellement les discussions diplomatiques américano-chinoises.
▫Foreign Affairs. China Against China Xi Jinping Confronts the Downsides of Success Jonathan A. Czin November/December 2025 Published on October 21, 2025
On retrouve Jonathan A. Czin de la Brookings Czin appréhende l’ère Xi comme une stratégie de résilience visant à corriger les “pathologies du succès” nées des réformes de l’ère précédente (surtout de Hu Jintao). Xi acceptera les coûts de court terme (éclatement volontaire de la bulle immobilière, faible relance) pour bâtir son indépendance stratégique : sa politique de “double circulation”, de montée en gamme techno-industrielle, et sa capacité à encaisser puis retourner la guerre tarifaire contre ses auteurs. Il appelle à cesser les postures “grande gueule, petit bâton” (speaking loudly about American power while wielding an ever-smaller stick) et à remettre à niveau capacités industrielles et chaînes critiques.
◇ Influences étrangères et liberté académique
▫Rapport « Défendre et promouvoir la liberté académique. Un enjeu mondial, une urgence pour la France et l’Europe. Constats et 65 propositions d’action » par Stéphanie Balme, octobre 2025.
Le rapport souligne que “les dynamiques de rivalité stratégique ont multiplié sur notre territoire les ingérences étrangères dans la collecte et le traitement de données”, visant parfois à “influer sur les contenus, les partenariats de recherche ou les prises de position d’universitaires français”. Ces ingérences peuvent aussi consister en la détention de chercheurs à l’étranger, d’entraves de terrain, censures académiques….
Parmi ses propositions/recommandations : mettre en place de nouveaux instruments juridiques, conduire des réformes au sein des universités, mais aussi auprès de la société civile, mobiliser les outils de la diplomatie scientifique européenne…
Pour ce qui concerne la Chine, l’auteur la cite comme un exemple emblématique d’un système où l’excellence scientifique coexiste avec un contrôle idéologique strict :
« Le techno-nationalisme scientifique à la chinoise (…) s’impose progressivement, dans lequel les disciplines STEM sont instrumentalisées au service de régimes hostiles au savoir critique, reléguant la science au seul rôle de vecteur de puissance. ».
Néanmoins, le cas de la Chine n’est pas développé, probablement car la liberté académique y étant absente, le rapport ne pouvait décrire son érosion déjà parachevée. Quant à la question de sa « restauration », je suis confiant que l’auteur, qui a une vraie longue expertise de la Chine, l’a traitée ou la traitera séparément.
▫Les nouvelles frontières de l’expansion chinoise, l'Arctique. En regard du Mémo n°11 supra, un rapport de MERICS, du 22 octobre : « L'Arctique, l'espace extra-atmosphérique et la construction de l'influence : La Chine et la Russie unissent leurs forces pour s'étendre sur de nouvelles frontières stratégiques ». Pékin étend sa compétition avec l’Occident aux « nouveaux fronts » (Arctique, espace, cyber, grands fonds) et y avance en dual-use sous vernis scientifique et commercial. L’accès aux « routes » est un facteur de compétitivité maritime et un nouveau champ de coopération russo-chinois.
Doc complémentaire : la Stratégie Arctique française, juillet 2025 ; politique de l’Arctique de l’UE (2021)
▫Les grands dossiers de la Revue Diplomatie (n°88), octobre-novembre 2025 : « Géopolitique de la Chine » (sommaire détaillé ici). Dossier très complet.
Agenda
✔ Réunion annuelle centrale pour l’économie (中央经济工作会议) : courant décembre 2025
✔ Réunion centrale financière 中央金融工作会议 : courant janvier, si elle est confirmée. Sa dernière édition date de janvier 2023.
Ces deux réunions informeront les orientations générales de politique économique et financières pour 2026 et permettent de dégager les grands axes du plan quinquennal à venir qui sera annoncé début mars 2026 lors de la réunion du Parlement chinois (ANP + CCPPC).
✔OMC (CM14) : La 14e conférence ministérielle se déroulera à Yaoundé du 26 au 29 mars 2026
Calendrier des réunions et événements de l'OMC oct-dec 2025 & Rapport OMC 2025
Ce rapport sur le commerce mondial 2025 explore la relation, en évolution rapide, entre l'intelligence artificielle (IA) et le commerce international et la manière dont cette relation peut façonner la croissance. D’où un suivi à opérer sur la politique IA de la Chine dans ce cadre précis des négociations de l’OMC et de sa réforme.
✔ Organisation de Coopération de Shanghai (OCS)
N’oublions pas la séquence diplomatique du mois de septembre dernier et le sommet de l’OCS. Cf; Mon post du mois de septembre pour info.
Je vous fournis aussi dans un doc séparé un agenda, nécessairement incomplet et à mettre à jour, des prochaines réunions thématiques et sectorielles de l’OCS pour un suivi des stratégies et des actions de la Chine.
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