Bulletin n°12 : Pékin poursuit sa feuille de route pour 2026

Le PPC craint-il pour sa survie ? La Chine veut internationaliser ses écosystèmes industriels ; concurrence dans les secteurs des batteries et de stockage d'énergie ; Pékin agite le spectre de la menace nucléaire et des criminels de guerre japonais ; Manœuvres sino-russo-iraniennes et les BRICS+

Bulletin n°12 : Pékin poursuit sa feuille de route pour 2026

📋 Structure de ce Bulletin

  • Édito
  • ▶ Politique intérieure
  • ▶ Politique extérieure
  • ▶ Influences et ingérences
  • ▶ Documentation & Agenda

    Edito

    Durant la semaine écoulée, la Chine a envoyé des signaux en apparence contradictoires. Sur le plan intérieur, son commandant en chef ravive un vieux débat sur l’apogée et le déclin des pouvoirs politiques, justifiant de resserrer les rangs et de toujours renforcer le contrôle du parti sur lui-même et du parti sur la population.

    Pourtant, recentrer ainsi le débat politique sur la légitimité du pouvoir et la lutte anti-corruption demeure un terrain glissant pour le PCC, à double tranchant.

    Sur le plan extérieur, l’hubris de l’élite du parti ne se ternit pas. Le PCC prône désormais ouvertement la mise en place de régimes politiques à parti unique, à son image, et fait comme si les soubresauts du monde et son actualité tragique la confortaient dans son statut de grande nation indispensable.

    Dans le même temps, l’exécutif à Pékin ajuste son calcul stratégique à la situation internationale. Il semble soigner tout particulièrement ses relations avec l’Europe dont la fermeté d’ensemble, à défaut d’unité, commence à payer. Il apparait désormais plus préoccupé que fasciné par les nouvelles "initiatives" de politique extérieure américaine, sur tous les continents.

    Sur le front de la diplomatie d’Etat, Pékin poursuit de pourfendre le Japon pour ses « crimes » et de courtiser sa clientèle du Sud, notamment en Afrique, où elle s’affiche en chef de file de manœuvres militaires au large du cap de bonne espérance aux côtés des marines russe et iranienne, sous couvert des BRICS.

    Il faudra nous habituer à naviguer nous aussi dans les eaux profondes du projet politique chinois, depuis sa base nationale jusqu’aux nouvelles frontières de sa croissance que Pékin considère comme la prolongation naturelle et légitime de son domaine intérieur.


    ➔ Dans ce Bulletin 11 Mémos

    ▶ Politique intérieure

    1. Le PPC craint-il pour sa survie ?

    Lors de ces vœux télédiffusé du 31 décembre, Xi Jinping évoqua la question de la conversation de la grotte de Yan’an (窑洞之问) qui eut lieu, selon l’historiographie communiste, en 1945, entre Huang Yanpei et Mao Zedong (1945). Selon celle-ci, ils débattirent sur la « cyclicité historique », une « loi » selon laquelle les régimes politiques tendent, au fil du temps, à passer de la prospérité au relâchement puis au déclin, et une question politique centrale : comment empêcher la dégénérescence du pouvoir et assurer la longévité d’un régime. ( 2 048s signes. Mots-clés : Huang Yanpei ; Mao Zedong)

    Le 11 janvier, un article du Quotidien du Peuple qui exprime la voix du PCC, s’interroge :

    «  la longue histoire de notre parti, sa taille considérable et si longtemps au pouvoir, comment s’extraire du cycle historique de l’apogée, du déclin et du chaos ?  Nous devons apporter une répondre satisfaisante à cette question. »

    Prolongeant une réflexion sur le relâchement (松动), d’une partie des hauts cadres du PCC, l’enjeu deviendrait existentiel pour le parti et menacerait sa survie.  L’ultime réponse serait la révolution au sein du PCC (自我革命),  au moyen d’une anticorruption sans fin :

    « Sans relâche ni recul possibles, la lutte contre la corruption nous mobilisera à jamais notre révolution interne ne connaît aucun terme »

    Commentaire

    Huang Yanpei était un homme politique républicain réformateur, non  communiste. Sa théorie, exposée à Mao Zedong, formule le risque central de l’érosion du pouvoir et sa dégénérescence interne après un relâchement idéologique et disciplinaire, conduisant à la corruption, puis à l’implosion.

    Est-ce que le PCC ressort cette référence très chargée politiquement aujourd’hui parce qu’il se sent menacé ou pour justifier un resserrement du contrôle idéologique ?

    Quoiqu’il en soit, cette prétendue auto-révolution au sein du parti s’est imposée comme étalon de pureté idéologique et morale. Les cadres qui s’en écarteraient risqueraient de tomber pour « corruption ».

    Analyse

    Une réflexion s’ouvre à nouveau, après celles des années 2010, 2018, et 2023, sur la foi et la confiance au sein du parti. Elle est à double tranchant pour le pouvoir : bien menée, elle le consolide. Sinon, elle ouvre le champ d’une remise en cause de sa légitimité et donne raison au fatalisme de Huang Yanpei pour qui, historiquement, la chute était  “quasi inexorable” parce qu’il n’a pas vu d’exemple durable de sortie du cycle historique de chute des pouvoirs. Il espèrait néanmoins que :

    « le PCC trouvera une nouvelle voie pour sortir de cette emprise »  (希望找出一条新路,来跳出这周期率的支配)".

    Ce à quoi Mao aurait répondu :

    "Nous avons découvert une voie nouvelle pour briser ce cycle : la démocratie. Lorsque le peuple supervise le pouvoir, celui-ci ne se relâche pas ; lorsque chacun assume sa part de responsabilité, le système ne meurt pas avec les hommes"

    Le PCC se bat contre lui-même, son idéologie et sa vision historiciste. Les conversations de la grotte de Yan’an deviendront-elles une planche de salut ou une prophétie noire pour le PCC ?

    🏷️ Huang Yanpei Mao Zedong
    ↑ Retour au sommaire

    2. Du mérite politique à la bonne gouvernance

    Le 8 janvier, s’est tenue une réunion restreinte du Bureau Politique du PCC, présidée par Xi Jinping, la première de 2026, élargie aux comités de parti des grands corps institutionnels (Conseil des affaires de l’Etat, le comité permanent de l’ANP et de la CCPCC, de la Cour suprême et du Parquet. (2 567 signes. Mots-clés : Mékong, 15ème plan)

    Elle a donné le ton politique pour les mois à venir, avec le lancement du 15ème plan censé marquer une rupture majeure sur le plan de la culture et de la discipline dans les rangs des hauts cadres du PCC en province. Le maître mot de cette réunion a été la mise en place d’un nouveau référentiel du « mérite politique » (树立和践行正确政绩观), en rupture avec les errements précédents.

    Il n’a pas été question de dossiers de politique gouvernementale, mais d’un rappel à l’ordre. La transformation structurelle de l’économie, la situation internationale complexe obligent l’ensemble des cadres du PCC à démontrer leur capacité à endurer politiquement et personnellement le coût de la transition. Le système d’évaluation évolue donc vers une culture du résultat glorifiant le maintien de la ligne et son implémentation. Non plus pour briller dans les classements, mais d’accepter de « perdre un peu aujourd’hui, pour gagner demain » (以舍谋得), de penser grand (多算大账),  et de

    « renoncer à la promotion plutôt que de poursuivre un PIB entaché par la pollution » (宁可不进位,也不要“带污染的GDP) »

    Une pollution aussi politiquement toxique. Selon cette nouvelle doctrine du mérite politique, ce qui compte est la réussite du  projet politique global devant lequel les cadres s’effacent – l’auto-révolution (自我革命) - à rebours de la visibilité politique et des KPI personnels.

    Elle prépare ses cadres à une exécution longue et coûteuse du XVe Plan et remplace la « réforme » comme moteur politique (les réformes, ça se décide au Centre). Cette conformité politique nouvelle n’est plus l’art de produire des résultats visibles, mais l’art de s’inscrire durablement dans une trajectoire voulue par le centre, acceptable par la société, et légitime dans le récit de la modernisation à la  chinoise (中国式现代化).

    Cette modernité est exportable, preuve à l’appui

    Selon cette grille politique, la gouvernance locale n’est pas seulement jugée à l’aune du PIB, mais à l’aune du bénéfice public qu’elle génère et, étape suivante, transposable en bien public mondial.

    Un article du Quotidien du Peuple retrace une expérience de cette « bonne » gouvernance dans l’aménagement de la Vallée du Mékong, transposée ensuite avec succès au Cambodge voisin. Il y présente son approche (écologie + mobilisation sociale + planification + discipline administrative) de une bonne pratique universalisable, sans passer par des labels occidentaux (ONG, standards internationaux..). L’article fait du Mékong une success story de la doctrine du mérite politique qui produit des résultats. Elle n’est plus seulement un barème domestique, elle devient un standard de bonne gouvernance.

    🏷️ Mékong 15ème Plan
    ↑ Retour au sommaire

    3. Wu Shenghua ou la longue latence des purges provinciales

    Le 7 janvier, la Commission centrale de contrôle de la discipline(CCID) et la Commission nationale de supervision ont ouvert une enquête disciplinaire au sujet de Wu Shenghua, membre suppléant du 20e Comité central, ancien membre du Comité permanent du Comité provincial du Parti du Guizhou et ancien secrétaire du Comité municipal du Parti de Bijie. ( 3 449 signes. Mots-clés : 20ème Congrès du PCC : Sun Zhigang)

    Extraits de la longue liste des chefs d’accusation

    L'enquête a établi que Wu Shenghua :

    • a perdu ses convictions et ses idéaux, trahi sa mission (背弃初心使命) et
    • mis en œuvre de manière défaillante les décisions et dispositions majeures du Comité central du Parti concernant la prévention et la résolution des risques liés à la dette locale (落实党中央关于防范化解地方债务风险的重大决策部署不力),
    • assumé de manière défaillante sa responsabilité principale dans l'application rigoureuse et intégrale de la discipline du Parti (履行全面从严治党主体责任不力),
    • fréquenté des escrocs politiques (政治骗子),
    • s’est adonné à des activités superstitieuses,
    • a résisté aux bons déroulé de l’enquête
    • a violé l'esprit des huit règles du Comité central (中央八项规定精神),
    • accepté des banquets susceptibles d'influencer l'exécution de décisions dans ses fonctions officielles,
    • attribué et utilisé de manière irrégulière des véhicules de fonction ;
    • violé les principes de déclarations des avoirs et actifs personnels et
    • recherché des avantages pour autrui dans le travail de sélection et de nomination des cadres en recevant des cadeaux ;
    • il a perdu toute ligne de fond en matière d'intégrité (廉洁底线失守), recevant des cadeaux et de l'argent ;
    • a manqué de sens des responsabilités, faisant preuve de négligence et de paresse ; il
    • a utilisé sa position pour rechercher des avantages pour autrui dans l'approbation du développement des ressources minières, l'obtention de projets d'ingénierie, et est entré en possession illégale de biens d'une valeur considérable.

    Wu Shenghua a gravement enfreint la discipline dans tous les domaines : politique, organisationnelle, comportementale, la discipline de travail et la discipline de vie du Parti. De plus, après le 18e Congrès du Parti, il ne s'est ni repenti ni arrêté (不收敛、不收手), la nature de ses actes est grave, l'impact pernicieux, et il convient de le sanctionner sévèrement. Il il a donc été décidé de l'exclure du Parti ; la Commission nationale de supervision lui inflige une révocation de ses fonctions publiques ; son statut de délégué au 20e Congrès du Parti et au 13e Congrès provincial du Parti du Guizhou est révoqué ; ses gains illicites sont confisqués. L’instruction est transférée au parquet pour examen et poursuites conformément à la loi, ses biens concernés étant transférés. La sanction d'exclusion du Parti sera ratifiée lors de la prochaine réunion plénière du Comité central.

    Commentaire

    J’ai dû batailler pour trouver une hiérarchie des crimes et délits de M. Wu ! Ses manquements dans la résorption de la dette (化债不力), se place en haut du tableau, ce qui est assez rare et relativement nouveau.

    Des instructions en ce sens ont été données dès les années 2021-2022, pour y voir clair avant la tenue du 20ème Congrès et Pékin s’est aperçu de l’ampleur du phénomène, surtout au Guizhou qui enregistrait en taux d’endettement public de + de 258% en 2023 et était dans le collimateur des autorités depuis 2021.

    Depuis, ce chef d’accusation est remonté sur le haut de la pile. Mais, en l’occurrence, ce serait bien d’enrichissement personnel qui aurait précipité le lâchage et la chute de Wu.

    Les cas de corruption liée aux approbations minières et projets d'ingénierie sont légion au Guizhou, et il semblerait que Wu ait été le parrain d’une organisation économique provinciale parallèle bien installée – et donc tolérée - probablement liée aux réseau de Sun Zhigang, un autre baron provincial déchu en 2023, mais sans que je n’aie pu les relier de façon factuelle.

    Vous aurez noté dans le réquisitoire l’évocation chronologique du 18ème Congrès du PCC (en 2012 !), ce qui donne un aperçu de la profondeur du problème.

    Ensuite cela va plus vite. Le 18 juillet 2025, le 12e groupe d'inspection centrale (中央第十二巡视组) arrive au Guizhou. Six jours plus tard, le 24, Wu tombe "en exercice" (任上落马), alors qu'il présidait encore des réunions les 15-16 juillet. Il a été exclu du Parti le 7 janvier 2026.

    Cette organisation en potentats locaux a fleuri avec l’enrichissement des réformes Denguistes des années 80 et 90. Il faudra encore « un certain temps » pour changer les pratiques et les mœurs.

    🏷️ 20ème Congrès Sun Zhigang
    ↑ Retour au sommaire

    4. La Chine veut internationaliser ses écosystèmes industriels

    Dans un article publié par le Quotidien du Peuple le 8 janvier 2026, le directeur de l’Institut de recherche électronique n°5 du ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT), Yang Jianjun, appelle à accélérer le développement de nouvelles technologies et de nouveaux modèles économiques dans les services liés au secteur manufacturier.

    Cette prise de position ne constitue pas une annonce isolée : elle reprend et explicite les orientations du Plan de mise en œuvre pour le développement innovant du manufacturing axé sur les services (2025–2028), publié en septembre 2025, qui s’inscrit dans la continuité des politiques industrielles engagées depuis le XIVᵉ Plan quinquennal. ( 4 795 signes. Mots-clés : EPC; Yang Yanjun ; ODI ; R&D)

    De quoi parle-t-on ?

    Le plan vise à transformer l’industrie manufacturière en intégrant systématiquement des services à forte valeur ajoutée tout au long du cycle de vie des produits, afin d’augmenter la compétitivité, la résilience et la capacité d’expansion internationale des entreprises chinoises.

    Le document identifie plusieurs technologies transversales jugées structurantes :

    • la perception intégrée de la demande (anticipation des besoins clients à partir des données),
    • la recherche-développement et la conception intégrées,
    • le déploiement et la livraison collaboratifs,
    • l’exploitation, la supervision et la gestion intelligentes des opérations,
    • en articulation étroite avec les technologies d’intelligence industrielle appliquées aux processus de production.

    Modèles économiques promus :

    Le plan encourage l’industrialisation et la montée en gamme de plusieurs modèles dits « typiques » :

    • la fabrication partagée (mutualisation de capacités et de ressources),
    • la personnalisation et la gestion du cycle de vie complet,
    • l’intégration globale et la contractualisation clé en main (EPC),
    • la gestion intégrée de la chaîne d’approvisionnement, de la maintenance et de l’exploitation à distance,
    • l’intégration produits–services,
    • ainsi que de nouveaux modèles émergents, comme la R&D pilotée par les modèles.

    Objectifs poursuivis

    L’objectif central est d’élargir et d’optimiser l’écosystème industriel des entreprises chinoises, en leur fournissant des services spécialisés et innovants qui soutiennent :

    • la production,
    • les opérations,
    • la montée en gamme,
    • et la construction de marques industrielles.

    Une trajectoire engagée depuis le début des années 2020

    Comme le souligne Yang Jianjun :

    « Depuis le début du XIVᵉ Plan quinquennal, la fabrication orientée services n’a cessé d’innover et de se développer à travers les pratiques exploratoires des entreprises, contribuant à une amélioration continue de la qualité et de l’efficacité de l’industrie manufacturière chinoise. »

    Du point de vue de l’investissement, cette approche :

    • crée de nouveaux scénarios d’application,
    • accélère l’adoption des technologies numériques de nouvelle génération,
    • stimule les investissements dans le big data, l’intelligence artificielle et l’Internet industriel.

    Il ne s’agit donc pas d’une rupture récente, mais d’une accélération et d’une formalisation d’une trajectoire engagée depuis plusieurs années.

    Une dimension internationale assumée

    Le texte précise également que :

    « Du point de vue des exportations, elle renforce la compétitivité internationale des entreprises chinoises grâce à des services différenciés, personnalisés et couvrant l’ensemble du cycle de vie. »

    Ce modèle accompagne directement les investissements chinois à l’étranger (ODI) et agit comme un effet de levier sur les volumes de ventes, en particulier sur les marchés européens et émergents.

    Normes, standards et pôles pilotes

    Le plan prévoit enfin :

    • le renforcement des travaux sur les technologies clés génériques,
    • le développement des services productifs,
    • la mise en place de systèmes de normalisation,
    • et la création de pôles de développement innovants, souvent assortis de démonstrateurs et de scénarios d’application.

    Cet accompagnement global inclut explicitement un volet normatif, visant à faire émerger des standards appelés à structurer les marchés.

    Commentaire

    Ces concepts et cette sémantique s’adressent en premier lieu aux entreprises. Mais leurs effets dépassent largement le champ industriel stricto sensu.

    Cette stratégie remplit trois fonctions majeures :

    1. Accompagner l’internationalisation des entreprises chinoises, y compris sur les marchés européens, à une échelle encore appelée à croître fortement.
    2. Reconstituer à l’étranger un écosystème industriel intégré, fournissant l’ensemble des services nécessaires et réduisant, voire excluant, le recours à des prestataires étrangers.
    3. Façonner les marchés futurs, en définissant les termes de référence, en structurant la demande et en imposant des standards techniques et opérationnels.

    La démarche n’est pas nouvelle en soi. Mais la densité de valeur, de technologies et de savoir-faire mobilisés, ainsi que leur centralisation finale au profit du marché chinois, renforcent une dynamique centripète, notamment en matière d’innovation.

    Cette dynamique résulte directement de choix de politique industrielle et économique extérieure, tournée vers la puissance et la prise de positions dominantes sur les marchés extérieurs.

    Dans un contexte où la base industrielle et le potentiel scientifique européens sont déjà fragilisés, cette stratégie constitue un défi structurel majeur.

    Le plan d’action 2025-2028 étant à la fois technique et volumineux, il n’est pas reproduit intégralement ici, mais je peux le communiquer à ceux qui souhaiteraient l’examiner en détail.

    🏷️ Yang Yanjun ODI R&D
    ↑ Retour au sommaire

    5. Réunion d’urgence sur la concurrence dans les secteurs des batteries et de stockage d'énergie

    Le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) a organisé début janvier une réunion sectorielle sur les batteries de traction et de stockage d'énergie, afin d’y « rétablir une situation de concurrence acceptable ».(1 218 signes. Mots-clés : MIIT)

    Le MIIT reconnait publiquement que :

    « que le secteur connait un développement rapide et a acquis des avantages concurrentiels significatifs à l'échelle mondiale, des phénomènes de construction aveugle (盲目建设) persistent au sein de la filière. Ils sont accompagnés de comportements concurrentiels irrationnels, perturbant l'ordre normal du marché et affaiblissant la capacité de développement durable du secteur ».

    Un responsable du MIIT a indiqué, qu’outre les nécessaires mesures relevant de la supervision du marché, les autorités devaient se pencher sur les infractions en matière de propriété intellectuelle et de prévention des risques de surcapacité (防范产能过剩风险).

    Le MIIT en appelle à la discipline des entreprises du secteur, ainsi qu’au rôle des associations professionnelles.  La coordination régionale semble être aussi en cause et par là-même, la volonté de contrôle sur « les constructions redondantes » (重复建设).

    Commentaire

    Comme souvent dans la rhétorique économique chinoise, la prévention affichée d’un risque systémique signale moins une anticipation qu’une tentative d’en encadrer les effets sans en reconnaître pleinement l’ampleur (la dette, l’immobilier…). Mais cette mesure, parmi d’autres, est un signe que le gouvernement chinois a conclu que, pour les raisons domestiques mais aussi extérieures (cf. notre mémo infra sur les relations sino-européennes), son modèle productiviste devient intenable.

    🏷️ MIIT
    ↑ Retour au sommaire

    ▶ Politique extérieure

    6. Le PCC fait l'apologie des systèmes politiques à parti unique

    Liu Haixing, est le nouveau chef des affaires extérieures du PCC. Sa mission principale est de tisser des liens avec les formations politiques étrangères, au pouvoir et dans l’opposition, quand il y en a, et de promouvoir le système de gouvernance du parti communiste, son idéologie et ses politiques.

    Le 8 janvier, Liu publie une tribune intitulée « Comprendre la signification pour le monde de la gouvernance, des principes et de la voie chinoise » (深刻把握中国之路中国之治中国之理的世界意义), soulignant la détermination du Parti communiste chinois à promouvoir son modèle de gouvernance à l’échelle internationale. (8 078 signes. Mots-clés : Liu Haixing)

    Le discours de Liu Haixing est à la fois programmatique – donc à prendre au sérieux – et une communication de markéting politique, à l’orée du 15ème plan.

    C’est un peu long, mais le sujet et sa portée valent bien quelques minutes d’attention.

    Le manifeste de Liu se décompose en trois parties, et affirme trois idées principales :

    1/ la voie chinoise faire renaitre « l’internationale socialiste »

    « La voie du socialisme aux caractéristiques chinoises fait entrer le mouvement socialiste mondial dans une nouvelle étape de son développement ».

    Pour Liu, cette voie est, en effet, un combat idéologique contre le capitalisme (occidental) :

    « Le succès du socialisme à la chinoise a mobilisé les partis marxistes de tous les pays (…) renforçant sans cesse l’influence et la force d’attraction du socialisme, et entraînant un basculement historique majeur, à l’échelle mondiale, dans la confrontation entre les idéologies et systèmes socialistes et capitalistes, au profit du socialisme. »

    C’en est fini de la modernité à l’occidentale. La Chine mènera les pays en développement sur le chemin d’une modernisation à la Chinoise :

    « La voie chinoise de la modernisation a mis en échec la logique occidentalo-centrée identifiant modernisation et occidentalisation, et offre aux pays en développement un exemple à suivre ainsi qu’un choix entièrement nouveau pour parvenir à la modernité de façon indépendante »

    Xi Jinping a conçu des « solutions » bonnes pour le monde :

    « (Il) apporte une réponse profonde à la question : “quel type de monde construire, et comment construire ce monde »
    « De nombreux pays et partis ont clairement affirmé leur ferme détermination à se ranger, aux côtés de la Chine, du bon côté de l’Histoire ».

    Commentaire : nous comprenons que cette « voie chinoise » est une offre alternative. Dans la deuxième partie du texte, Liu nous rappelle les conditions de la réussite du modèle proposé.

    2/ La voie chinoise passe par une gouvernance d’un parti unique, sans séparation des pouvoirs, sur le modèle chinois

    « Le rôle dirigeant central du Parti assume la conduite globale et la coordination de l’ensemble des acteurs. (Il) constitue le socle du mode de gouvernance chinois et le facteur déterminant permettant d’assurer une meilleure orientation stratégique tout en conciliant développement et stabilité ».

    Par contraste :

    « certains partis politiques étrangers sont actuellement confrontés à des dilemmes en matière de gouvernance, avec une succession incessante de défis souvent accompagnés d'une perte de repères »
    « Ces partis reconnaissent de plus en plus que le renforcement d’une direction partisane centralisée et unifiée, articulée autour d’un leadership central fort, est indispensable pour résoudre les blocages et agréger les forces. À défaut, la dispersion des demandes et des intérêts compromet la continuité et l’efficacité de l’action publique ».

    Et donc, les alternances politiques par le biais d’élections, sont à bannir :

    « Ces dernières années, dans le cadre des échanges d’expériences en matière de gouvernance entre notre Parti et des partis politiques étrangers, les notions de “direction du Parti” et de “rôle central du leadership” sont devenues des termes fréquemment évoqués par les interlocuteurs étrangers, et constituent également les points clés qu’ils souhaitent étudier et dont ils entendent s’inspirer".
    «Nombre d’entre eux estiment que, sous la direction du Comité central du Parti communiste chinois, et de Xi Jinping en son centre, le Parti communiste chinois n’a cessé de renforcer sa capacité à se gouverner et à se discipliner, faisant preuve d’une forte capacité de cohésion, d’organisation et d’action".
    "Cette situation contraste nettement avec celle de certains partis étrangers qui consacrent l’essentiel de leurs efforts aux échéances électorales, se livrent à des attaques réciproques entre partis et à des luttes de factions internes pour remporter les élections, ce qui aboutit à une dispersion générale des forces".

    Le PCC a aussi trouvé de meilleures recettes pour une gestion efficace des rapports sociaux :

    « Dans le monde actuel, la politique partisane de nombreux pays est tombée dans le chaos marqué par une polarisation et une fragmentation ; nombre de partis manquent d’une réflexion responsable face à la fracture sociale et aux difficultés du quotidien".
    "Certains partis dominants ont failli à leur mission première en s’éloignant de la nature et des objectifs qui présidaient à leur fondation, et se contentent de flatter des revendications radicales de circonstances, exploitant un “vote émotionnel” pour obtenir des avantages politiques".
    "Ils peinent à formuler des propositions politiques efficaces face à l’essoufflement économique, aux injustices sociales et aux défaillances de la gouvernance et sont incapables d’intégrer les demandes de groupes d’intérêts divergents. (Ils) se coupent progressivement des citoyens et finissent par perdre leur position au pouvoir ».

    La preuve :

    "D’autres partis politiques étrangers, cherchant à capter des voix, brandissent la “carte du peuple” et avancent des politiques de protection sociale irréalistes, fondées sur une logique de “dépenser demain les ressources d’aujourd’hui”, ainsi que des programmes de développement économique inapplicables : s’ils gagnent un soutien électoral à court terme, ils sacrifient le développement de long terme".
    "Dans leur essence, ces pratiques consistent toujours à préserver les intérêts particuliers de groupes minoritaires plutôt que les intérêts fondamentaux de la majorité".
    "Ceci constitue une différence fondamentale avec notre principe, au PCC, « du primat du peuple ». Ce principe est l’essence même de la gouvernance chinoise. il substitue la logique du peuple à celle du capital, transcende de manière radicale les conceptions erronées du “primat de l’intérêt privé” et du “primat du capital”. (Il) apporte une réponse aux partis politiques du monde entier confrontés aux défis du développement et de la gouvernance. »

    Pour conclure cette partie, Liu nous révèle où est le ver dans le fruit des systèmes capitalistes libéraux et de leurs partis politiques :

    « Certains partis, en s’en remettant aveuglément au mécanisme occidental de séparation des pouvoirs, et sont incapables de s’extraire de la loi de cyclicité historique* et s’enlisent dans le bourbier des changements de gouvernements à répétition et de l’exacerbation des luttes partisanes »

    *Note :  Cf. notre mémo supra

    En dernière partie, Liu promeut une sorte de « raison d’Etat-parti unique » universellement applicable, encapsulée dans les « préceptes » de Xi Jinping.

    3/ Pour une raison d’Etat-parti universelle chinoise

    Car il ne s’agit pas que de théorie :

    « Les théories que nous promouvons sont des innovations fondées sur la pratique, et non une spéculation abstraite élaborée dans une tour d’ivoire ; il faut impérativement révéler la vérité dans la pratique et à la développer dans la pratique ».

    La preuve, de nombreux pays en développement l’adopte déjà :

    « Plusieurs partis du “Sud global” ne se contentent plus d’étudier la Pensée de Xi Jinping, mais l’intègrent à leurs cadres doctrinaux et organisationnels, en la transformant en instruments opérationnels de développement économique et social adaptés à leurs contextes nationaux ».

    Même certains pays occidentaux, bien qu’en retard, y réfléchissent :

    "Certains partis occidentaux accordent une attention croissante à la sagesse de gouvernance et à l’expérience de développement contenues dans la Pensée de Xi Jinping, et leur compréhension du sujet s’approfondit continuellement. Nous devons saisir cette opportunité historique et répondre aux besoins de la communauté internationale pour promouvoir une diffusion internationale toujours plus profonde et plus concrète de la Pensée de Xi Jinping. »

    Mais, les derniers paragraphes du texte nous rappellent que sous couvert de « destin commun de l’humanité », tout cela relève de la propagande qui doit offrir les meilleures conditions à la montée en puissance nationale chinoise :

    « Il nous faut exposer clairement notre noble intention : les possibilités réelles qu’offre le Parti communiste chinois à rassembler une force mondiale toujours plus puissante pour faire avancer cette cause commune de communauté de destin pour l’humanité, et ainsi créer un environnement international favorable à la modernisation chinoise»

    Commentaire

    Nous savions déjà que le PCC s’inscrivait en faux contre les régimes libéraux à séparation des pouvoirs, dénonçant leur inaptitude à solutionner les problème sociaux, lesquels sont rendus invisibles en Chine, et pour cause !

    Mais la nouveauté de ce texte est qu’il représente un manifeste de prosélytisme politique assumé, tourné vers l’action : former, coopter, recruter pour diriger en sous-mains autant de partis et systèmes politiques étrangers que possible, et les transformer en régimes politiques de parti unique, à l’image du PCC.

    Bien que différente dans ses fondements idéologiques et ses modalités, cette doctrine de raison d’Etat élargie ouvre un nouveau front dans la contestation et l’affrontement idéologique entre les nations, après celui ouvert pat les Etats-Unis de D. J. Trump II.

    Toutefois, Pékin avance une doctrine de « changement de régime consenti ». Son impact pourrait s’avérer plus durable et plus profond que la mise à jour logicielle du « regime change » à l’américaine.

    Pékin veut débarrasser les Etats partenaires du jeu de l’alternance politique pour n’avoir qu’à traiter un seul interlocuteur politique. Ce qui lui assurera la protection de ses intérêts sur le long terme.

    🏷️ Liu Haixing
    ↑ Retour au sommaire

    7. Pékin agite le spectre de la menace nucléaire et des criminels de guerre japonais

    Le ministère chinois des affaires étrangères communique beaucoup depuis quelques mois sur la question du nucléaire par le truchement de ses accusation portées à l’encontre du Japon. La conférence de presse du 8 janvier offre un échange éclairant sur sa position et ses intentions ( 6 233 signes. Mot-clés : CACDA ; CNNC ; TNP)

    Deux séquences, deux chefs d’accusation :

    Journaliste de China News Service : « Ce matin, l'Association chinoise pour le contrôle des armements et le désarmement, avec d'autres institutions académiques, ont publié le rapport "Les ambitions nucléaires de la droite japonaise : une menace grave pour la paix mondiale", soulignant que les ambitions nucléaires croissantes de la droite japonaise constituent une menace grave pour la paix mondiale, et appelant la Première ministre japonaise Sanae Takaichi à clarifier la position du Japon sur la question des armes nucléaires. Quel est le commentaire de la Chine à ce sujet ? »
    Porte-Parole (PP) : « Depuis l'arrivée au pouvoir du nouveau gouvernement japonais, la droite japonaise a révélé ses ambitions nucléaires. La Première ministre Takaichi Sanae et d'autres hauts responsables promeuvent la modification des "trois principes non-nucléaires", suggèrent l'introduction de sous-marins nucléaires, encouragent le renforcement de la soi-disant "dissuasion étendue" envers le Japon, et déclarent publiquement que "le Japon devrait posséder des armes nucléaires
    « Le rapport que vous mentionnez révèle les desseins nucléaires de la droite japonaise, énumère les faits dangereux concernant le développement secret d'armes nucléaires par le Japon, l'accumulation à long terme de grandes quantités de matières nucléaires sensibles, et le potentiel de développement d'armes nucléaires. Il analyse en profondeur l'impact négatif des paroles et actions de la droite japonaise liées au nucléaire sur la paix et la sécurité internationales, et propose une série de mesures et recommandations pour éliminer les effets néfastes de ces actions, lançant un appel contre la possession d'armes nucléaires par le Japon et pour la défense de la paix mondiale ».

    Coordination russo-chinoise sur la criminalisation du Japon

    Journaliste du China Daily : « Selon les informations, la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères a récemment commenté la décision russe d'annuler la réhabilitation des criminels de guerre japonais, déclarant qu'en 2026 la Russie continuera à révéler les crimes de guerre commis par le militarisme japonais, que ces atrocités n'ont pas de prescription, et que les procédures judiciaires visant à punir tous les criminels se poursuivent encore aujourd'hui. Quel est le commentaire de la Chine à ce sujet ? »
    PP : "Nous apprécions cette action juste de la Russie pour défendre la vérité historique. Depuis l'époque moderne, le militarisme japonais a mené une expansion et une agression continues vers l'extérieur, commettant d'innombrables crimes monstrueux, infligeant de terribles catastrophes à l'humanité. Cependant, après la guerre, le militarisme japonais n'a pas été complètement éliminé".
    "Les forces de droite japonaises embellissent énergiquement l'histoire d'agression, nient catégoriquement les crimes historiques comme le massacre de Nankin, l'enrôlement forcé de "femmes de réconfort" et de travailleurs forcés, promeuvent la modification des manuels d'histoire, tentant de réviser l'histoire des (guerres et actes) d'agression".
    "Plusieurs dirigeants japonais en fonction ont visité le sanctuaire Yasukuni, symbole spirituel du militarisme, pour vénérer les criminels de guerre de classe A. Certains politiciens attisent les tensions, manipulent l'opinion publique, en profitant pour promouvoir l'expansion militaire. Le poison du militarisme a changé de visage après la guerre, se développant clandestinement, formant même des actions planifiées, devenant un nouveau risque menaçant la paix et la stabilité en Asie et dans le monde".
    "Ce n'est qu'en se souvenant de l'histoire, en faisant une profonde réflexion, et en montrant par des actions concrètes un véritable repentir et une correction des erreurs, qu'on peut créer l'avenir et éviter que les horreurs de la guerre ne se répètent. Cette année marque le 80e anniversaire de l'ouverture du procès de Tokyo".
    "Le jugement des criminels de guerre japonais par le Tribunal militaire international pour l'Extrême-Orient a sévèrement puni un groupe de principaux responsables dont les mains étaient couvertes du sang des peuples victimes, a fait triompher la justice internationale, maintenu la dignité humaine, et constitue également un avertissement puissant contre toute tentative de restauration du militarisme et de nouvelle agression expansionniste".
    "Si les forces de droite japonaises persistent dans leur voie rétrograde, tous les pays et peuples épris de justice ont le droit de procéder à un nouveau règlement de comptes avec le Japon pour ses responsabilités historiques".

    Commentaire

    Entre le mois de novembre et le déclenchement, par la Chine, de cette crise ouverte diplomatique avec Tokyo (Cf. mon article dans le Figaro), la rhétorique chinoise de condamnation se concentrait sur un prétendu révisionnisme d’Etat qui, malgré son statut de pays vaincu, cherchait à s'affranchir des contraintes d'après-guerre (révision constitutionnelle, réarmement conventionnel, alliance renforcée avec les États-Unis dans le cadre de la défense de Taiwan).

    Depuis quelques semaines, nous observons une escalade sémantique progressive et méthodique. Elle dénonce :

    • une résurgence du militarisme impérial, qui renaitrait de ses cendres(死灰复)
    • un franchissement du seuil nucléaire et une accusation directe de développement clandestin d'armes nucléaires et de stockage de matières fissiles, plaçant le Japon au même niveau discursif que la Corée du Nord ou l'Iran.

    Par là-même, le ministère chinois des affaires étrangères :

    • active le registre pénal avec l'invocation du Tribunal de Tokyo et la menace explicite de "nouveau règlement de comptes" (再清算) pour "responsabilités historiques" (历史罪责), doublée d’une :
    • tentative de criminalisation des torts et fautes du Japon avec, à l’appui, la fourniture d’un rapport « d’experts » en guise de dossier d’instruction à charge.
    • Avec le recours, une nouvelle fois, de la Russie, pour renforcer la « partie civile » du procès en accusation conte Tokyo.

    Ce rapport, co-écrit par la China Arms Control and Disarmament Association (CACDA) et le China Institute of Nuclear Industry Strategy (qui appartient à China National Nuclear Corp- CNNC), avance que la droite japonaise développe une stratégie graduelle de remise en cause de sa posture nucléaire et que le Japon disposerait objectivement d’un statut d’État au seuil (核门槛国家)

    Le Japon possède les capacités techniques et économiques pour réaliser une nucléarisation en très peu de temps.” (“日本具备在短时间内实现核武装的技术能力和经济能力”)

    C’est-à-dire un cycle du combustible complet, s capacités de retraitement uniques parmi les États non dotés, un stock massif de plutonium séparé et des infrastructures et savoir-faire permettant un passage rapide au seuil nucléaire, avec de capacités de vecteurs à double usage déjà en place.

    Pékin cherche à internationaliser le dossier japonais à l’approche des conférences d’examen du TNP* et à tourner le regard de la Corée du Nord vers le Japon. Si l’on peut accuser politiquement Pyongyang pour sa stratégie nucléaire agressive, on ne peut dénoncer le régime nord-coréen de non-compliance puisqu’il n’est pas membre du TNP, contrairement à Tokyo.

    ---------- *La 11e Conférence d’examen du Traité de Non-Prolifération (NPT RevCon 2026) se tiendra du 27 avril au 22 mai 2026, au Siège de l’ONU, à New York. La position chinoise a été rendue publique en juillet 2024,  puis réaffirmée en mai 2025.

    🏷️ CACDA TNP CNNC
    ↑ Retour au sommaire

    8. Europe-Chine : vers un compromis sous contraintes croisées ?

    Dans le bras de fer qui oppose l’UE et la Chine concernant l’épineux dossier des subventions sur les véhicules électriques chinois, la Commission semble avoir fait céder Pékin. Attention tout de même que cette victoire ne soit pas une victoire à la Pyrrhus.  (3 588 signes. Mots-clés : MOFCOM ; MIIT ; NDRC )

    Ces lignes directrices est un document général publié par la Commission pour cadrer la soumission d’offres d’engagement de prix (price undertakings) par les exportateurs chinois de BEV. Elle liste les sujets attendus (prix minimum, canaux, cross-compensation, investissements UE, etc.)

    Cupra*, marque sportive du groupe Volkswagen, a servi d’intermédiaire et de cas d’espèce pour tester la faisabilité concrète d’un engagement de prix minimum (gestion des versions, options, remises commerciales, canaux de distribution), révélant les limites d’un traitement au cas par cas sans cadre général. Le ministère chinois du commerce (MOFCOM) avait accepté la démarche et la médiation de cet honest broker, bien que juge et parti. Il vient d’annoncer, lundi 12 janvier, que l’UE allait publier des lignes directrices pour les plans de prix minimum, y apportant sa caution officielle.

    Mais cette séquence dépasse le seul dossier des véhicules électriques.

    Par ses mesures l’UE touche le cœur du modèle de projection internationale des trois nouveaux secteurs innovants - les VE et hybrides, les batteries lithium-ion et le photovoltaïque (新三样) que Pékin avait désigné en pole position d’une nouvelle phase d’innovation et d’internationalisation de son économie.

    Bien que l’UE n’ait pas infléchi à elle seule la trajectoire des priorités industrielles chinoises, elle a contribué à une réorientation sensible.

    L’orientation dominante des trois secteurs pilotes était d’en faire un pilier export, autour d’une accélération d’échelle (capacités et supply chain), d’une baisse les coûts pour gagner parts de marché mondiales, et d’une volonté d’ancrer la domination techno-industrielle.

    Les signaux que nous renvoient le MOFCOM en ce début du mois de  janvier nous indiquent que Pékin axe son effort d’ajustement sur une montée en gamme de leurs standards (sécurité, qualité, empreinte carbone/traçabilité, recyclage, évaluation de performance, internationalisation) pour changer les paramètres de concurrence, contraint de trouver une alternative à la logique “prix/volume” précédente.

    • Le 12 janvier, la SAMR, la super-administration de régulation du marché domestique, annonce  un plan d’action 2025 sur la montée des standards, avec 167 projets de normes pour les trois secteurs en question. 新能源汽车、锂电池和光伏产业标准提升行动方案.
    • Début janvier 2026, une réunion inter-agences (MIIT, NDRC, régulation marché, énergie…) en présence d’industriels, se tient pour endiguer l’investissement aveugle, la surcapacité, la concurrence par les prix,  et renforcer la supervision, la qualité, et “restaurer un ordre plus rationnel” (Cf. mon mémo supra)

    Pékin ne renonce pas aux objectifs stratégiques, mais il les rééquilibre, sous pression de l’UE et sous pression de son marché domestique qu’il avait laissé se développer sans beaucoup le réguler. Dans des réformes économiques chinoises, la pression externe a historiquement un double rôle de catalyseur et de justification politique, pourvu que les formes soient respectées.

    Mais il faut prendre garde à la suite des événements :  d’une stabilisation ordonnée de la relation, nous pouvons très rapidement basculer vers de nouveaux contournements, voir une escalade davantage structurelle. Dans ce scénario, la Chine tentera de s’imposer non par les prix, mais par domination technologique et normative, cohérente avec sa politique de nouvelle productivité (“nouvelles forces productives ») hors coût.

    Dans l’attente, Pékin restructure ses secteurs innovants – dont le photovoltaïque - en réduisant les instruments qui alimentent une concurrence par les prix destructrice (rebates), et en renforçant les standards, ce qui aide à réguler la dynamique interne sans provoquer d’effondrements brutaux d’acteurs. En acceptant publiquement un cadre d’engagements de prix minimum pour les exportations vers l’UE, Pékin facilite pour ses industriels la sortie de l’équation purement tarifaire vers une relation commerciale plus stable.

    __________ *Note : Cupra est positionnée sur des volumes limités mais à forte valeur ajoutée sur le marché chinois. Elle importe en Europe un modèle BEV (Tavascan) produit en Chine, ce qui l’expose directement aux droits anti-subventions européens.

    🏷️ MOFCOM MIIT NDRC
    ↑ Retour au sommaire

    9. Manœuvres sino-russo-iranienne « Will for Peace 2026 » et les BRICS+

    L’exercice naval multinational Will for Peace 2026 se déroule du 9 au 16 janvier 2026 au large de Simon’s Town et False Bay, sur la côte sud-ouest de l’Afrique du Sud. Il est organisé par les forces armées sud-africaines et dirigé opérationnellement par la Chine, selon les autorités de Pretoria.

    La Chine a déployé des unités de la 48e flottille d’escorte anti-piraterie, incluant le destroyer lance-missiles Tangshan (Type 052D) et le navire de soutien Taihu (Type 903A), accompagnés d’un hélicoptère embarqué et d’éléments de forces spéciales navales.

    La Russie, l’Iran, l’Afrique du Sud et les Emirats arabes unis (EAU) participent avec des bâtiments de surface, tandis que plusieurs pays, dont le Brésil et l’Éthiopie, sont présents comme observateurs. L’inde, n’y participe pas. (4542 signes. Mots-clés : BRICS ; AGOA )

    Selon le ministère chinois de la défense, l’exercice a pour objectif de

    « renforcer la coopération militaire, améliorer les capacités conjointes à répondre aux menaces sécuritaires maritimes et contribuer à la sécurité des voies de navigation et des activités économiques maritimes » (« 提升共同应对海上安全威胁的能力 , 维护重要航运通道和经济活动安全 »)

    Les exercices navals Will for Peace 2026 s’inscrivent officiellement dans la continuité des manœuvres sino-russo–sud-africaines de type Mosi (2019, 2023). L’Iran ayant été admise dans le club des BRICS en 2024, sa participation aux manœuvres semble donc avoir été planifiées et décidées en amont.

    La participation iranienne en question

    Leur déroulement intervient toutefois dans un contexte sensiblement modifié par la crise iranienne de l’été précédent, marquée par les opérations militaires des États-Unis en Iran visant notamment les installations nucléaires iraniennes et la dégradation durable de l’environnement sécuritaire régional.

    Sur le plan opérationnel, l’exercice demeure thématisé autour de missions de sécurité maritime et non de scénarios de combat de haute intensité. Néanmoins, elles n’ont pas du tout plu à Washington qui l’a fait savoir à Prétoria, via notamment le Congrès.

    Pretoria aurait poussé l’Iran à se retirer pour éviter d’antagoniser les États-Unis, dans une séquence où l’Iran réprime violemment des protestations et la Chambre américaine débat de la reconduction de l’AGOA (African Growth and Opportunity Act), un enjeu économique majeur pour Pretoria. De plus, en 2024, D. Trump a déjà menacé les BRICS que s’ils cherchaient à créer une nouvelle monnaie BRICS ou à remplacer le dollar dans le commerce international, ils s’exposent à des représailles économiques. Le président américain pourrait ne pas apprécier observer cet aréopage concurrents aller trop loin cette fois-ci dans le domaine sécuritaire et militaire.

    Entre le 9 janvier, et hier, mercredi 14, une série d’informations partiellement recoupées font état d’une non-participation effective des trois navires de la marine iranienne présents sur place. Le gouvernement sud-africain, qui ne s’est pas exprimé publiquement sur cet aspect, aurait-il réellement subi de fortes pressions directes et indirectes de Washington ? Les pressions américaines sur le gouvernement sud-africain auraient-elles conduit, si confirmées, à effectivement rétrograder la participation de l’Iran aux manœuvres en simple observateur ? Ou sont-ce des effets d’annonce ?

    Pékin teste ses formats de coalition, sous couvert des BRICS+…

    Quoiqu’il en soit, pour Pékin, l’intervention de Washington ne change en rien l’exploitation qu’il fait des manœuvres sous couvert des « BRICS+ » (élargis). Il veut :

    • Structurer des formats de coopération souples. La Chine offre ainsi à ses partenaires, et en particulier à l’Iran, une visibilité internationale et une normalité diplomatique, sans s’exposer aux contraintes d’un alignement formel.
    • Le recours à l’étiquette « BRICS + » par Pékin participe de cette même logique. Le format permet d’associer des participants actifs et des observateurs, produisant une configuration volontairement différenciée, mais politiquement alignée.
    • La multiplication de formats compatibles avec cette appellation contribue à structurer un espace de coopération informel, où les positions respectives se dessinent par l’usage et la répétition.

    Cette approche n’est toutefois pas partagée de manière homogène par l’ensemble des pays concernés.

    L’Inde se distingue par son absence totale : ni participation, ni critique publique. Ce silence souligne les limites d’une lecture unifiée des BRICS sur les questions de sécurité que la Chine pousse en avant avec insistance. Le retrait de l’Inde n’est pas seulement l’affirmation de sa diplomatie multi-vectorielle, mais un refus net de laisser la Chine endosser seule les habits et les mérites du Leadership en Asie, et pour l’Asie, un statut qu’elle lui conteste ouvertement.

    …Sur de nouveaux théâtres d’opération

    En se déroulant hors d’Asie, dans l’Atlantique Sud et à proximité du cap de Bonne-Espérance, Will for Peace 2026 participe à la normalisation de la présence navale chinoise sur des théâtres extra-asiatiques.

    Pékin s’y présente explicitement comme contributeur à la sécurité des routes maritimes mondiales et comme fournisseur de biens publics maritimes, un rôle qu’il revendique de plus en plus ouvertement dans son discours stratégique global, en droite ligne de sa « stratégie de puissance maritime » (海洋强国战略).

    Les limites d’une solidarité de façade

    Bien que ces manœuvres navales aient été programmées avant les manifestations iraniennes récentes et le durcissement du discours américain, leur maintien et leur mise en visibilité tombent même à pic pour Pékin voulant afficher haut et fort sa solidarité aux côtés de Téhéran dans une phase de tensions.

    Toutefois, à l’instar de celle mise en avant pour le cas du Venezuela (cf. Bulletin n°11, mémo n°6, lien infra), la multiplication d’une diplomatie du mégaphone pourrait apparaitre comme stérile et ne pas suffire à convaincre les « amis » de la Chine de l’intérêt de poursuivre des partenariats qualifiés de « stratégiques à toute épreuve » (all weather partnership».).

    Bulletin #11 - Mémo 6 - Capture du président vénézuélien Maduro : un boulevard diplomatique pour Pékin
    🏷️ BRICS AGOA
    ↑ Retour au sommaire

    ▶ Influence & ingérences

    10. Quand la guerre se dit police : la lecture chinoise de la lawfare américaine

    Fred Gao part du choc provoqué, côté chinois, par l’idée que les États-Unis aient pu capturé Nicolás Maduro et présenter l’opération comme une affaire de “law enforcement” plus que comme une opération de type militaire. Son billet sert surtout à introduire l’analyse d’un juriste, Zheng Ge, selon laquelle, depuis le 11-Septembre, Washington a développé une logique juridique qui brouille la frontière entre guerre et police.

    Selon Zheng (tel que présenté et reproduit par Gao), cette logique peut être décrite comme une “counterinsurgency law” : • requalification d’un État/adversaire (ou de ses dirigeants) : d’autorité souveraine à une acteur criminel ou “insurgent” contre l’“ordre” ; • déplacement du cadre : d’un problème de droit international et de souveraineté vers une affaire de droit pénal américain et de juridiction extraterritoriale ; • réduction des coûts politiques/juridiques : parce que l’usage de la force est narrée comme une poursuite, de l’antiterrorisme, une assistance, etc.

    Zheng avertit enfin, toujours via Gao, d’un risque systémique : si le plus puissant normalise cette dégradation juridique, d’autres puissances seront incitées à l’imiter, alimentant une escalade où le droit devient une arme (“legal warfare”) plutôt qu’une contrainte partagée.

    Commentaire :

    "Fred" Gao, est un journaliste de CGTN, la télévision publique chinoise. Il est basé à Pékin et publie, comme beaucoup de journalistes et experts en Chine, sa newsletter en anglais, Inside China.

    Il met en avant un chercheur, Zheng Ge, et sa lecture “théorie du droit et de la puissance” : la manière dont les États-Unis peuvent reformuler des actes de force en “law enforcement” et s’appuyer sur une logique de type counterinsurgency où le droit sert à structurer la légitimité et la compétition politique.

    Mais alors que l’actualité remet en scène la doctrine Monroe et plus exactement son « Roosevelt Corollary » (1904) – et maintenant le Trump Corollary, Cf. la NSS de décembre dernier – qui justifie noir sur blanc l’idée que les États-Unis peuvent exercer un pouvoir de police (“international police power”) dans l’hémisphère occidental, Zheng s’intéresse davantage à la grammaire juridique moderne, post-11 septembre  (“war on terror”),  sous administration républicaine néo-conservatrice à la Maison blanche.

    Zheng travaille en fait sur la frontière entre police, droit et usage de la force depuis longtemps : il a en effet exercé au début des années 1990 comme agent du Bureau de la sécurité publique (MSP) dans le Sichuan, avant de devenir universitaire. Il enseigne aujourd’hui le droit public à la KoGuan Law School de Shanghai Jiao Tong University (SJTU), connaît très bien les États-Unis et compte parmi les juristes chinois de premier plan mobilisant une lecture “droit et puissance” des fondements de la lawfare.

    ↑ Retour au sommaire

    11. Forces et faiblesses de ses réseaux humains. Pékin resserre-t-il la vis ?

    La dernière livraison de la Newsletter de la Jamestown Foundation sur la Chine, publie, le 9 janvier un article intitulé « Pékin accélère l’éviction des « responsables nus » des échelons supérieurs »

    Extrait traduit de l’abstract

    "À la fin de l’année 2025, Pékin a lancé une opération systématique d’épuration visant les « responsables nus », c’est-à-dire les cadres dont le conjoint ou les enfants résident à l’étranger, au sein des rangs dirigeants".
    "Cette campagne vise à éliminer les vulnérabilités liées au chantage et à la coercition en contraignant les hauts responsables à rapatrier leurs proches immédiats sous peine d’éviction, neutralisant ainsi tout levier potentiel".
    "En faisant de la sécurité politique une priorité, Pékin est en train de construire activement un pare-feu humain au sein de son capital dirigeant, d’accélérer son découplage vis-à-vis de l’Occident et de signaler la fin du modèle de gouvernance technocratique hérité de l’ère des réformes".

    Avec cette conclusion

    "La future bureaucratie chinoise sera probablement dominée par deux types d'individus : ceux qui ont grandi dans le pays, sans expérience internationale, mais qui sont politiquement fiables, et les opportunistes qui, malgré leur expérience à l'étranger, ont complètement rompu leurs liens pour prouver leur loyauté. Cela conduira à une couche décisionnelle de plus en plus repliée sur elle-même, dépourvue du cadre intellectuel commun nécessaire au dialogue avec l'Occident. Les décideurs politiques occidentaux ne devraient pas interpréter ces changements de personnel comme une simple mesure de lutte contre la corruption, mais comme un signal clair indiquant que Pékin renforce sa structure organisationnelle en vue d'une lutte prolongée. En conséquence, les canaux d'influence traditionnels passant par les réseaux personnels se referment rapidement."

    Commentaire :

    Je ne suis pas convaincu par la conclusion que tire l’auteur de sa propre démonstration. Il semble nous faire comprendre que Pékin met en place une sorte de coupe-circuit à toute influence étrangère et en démonétisant les relations interpersonnelles ou « guanxi ». Or, les guanxi constituent le pilier central de l’influence et de l’ingérence chinoise.

    Je note par ailleurs, depuis quelque temps déjà, une banalisation du recours à des experts Chine d’origine chinoise ou de nationalité chinoise, aux parcours pourtant parfois très marqués par leur proximité avec le PCC, y compris en France, dans nos propres think tanks, ou dans le cadre de partenariats avec des think tanks et officines (américains notamment).

    Il nous semble encore « naturel » qu’un intellectuel ou chercheur devienne un expert de son pays d’origine et qu’en l’occurrence, quelqu’une comme Nie Youlun, que la Jamestown présente comme « commentateur des affaires chinoises, ancien professeur à East China Normal University, spécialiste de droit constitutionnel chinois et des institutions politiques chinoises », nous « dise » la Chine et comment comprendre l’évolution de ses politiques, quand bien même, par ailleurs nous comprendrions combien, dans le système chinois, les contrôles sont stricts et la tolérance quasi-nulle pour les opinions divergentes, en Chine comme à l’étranger.

    ↑ Retour au sommaire

    ▶ Documentation & Agenda

    • Economie et finance

    QFII 2025 : la Chine poursuit-elle vraiment son ouverture financière ? , publiée le 12 janvier 2026, par Alexandre Guibey, Pour le Club Droit AEGE de l’EGE.

    Idée force : les réformes chinoises de 2024 et 2025 ne constituent pas une « libéralisation » financière, mais une ouverture tactique, sous conditions, fondée sur une dissociation assumée entre facilitation et fléchage (guichets) des entrées de capitaux et contrôle renforcé des sorties. Le régime QFII est modernisé pour attirer des investisseurs longs et stratégiques, alignés sur le processus de transition du modèle économique chinois, tout en préservant la capacité de l’État, et du PCC, à ajuster le dispositif à tout moment.

    China’s “New” Strategic Industries Will Not Produce 5% GDP Growth publiée le 12 janvier, écrite par Endeavour Tian, Logan Wright and Allen Feng, Rhodium Group.

    Selon la nouvelle étude de Rhodium, Les “nouvelles” industries stratégiques (EV/NEV, batteries, solaire, AI, robotique, etc.) ne sont pas assez grosses  et n’attirent pas assez d’investissement net  pour compenser le déclin des anciens moteurs (immobilier, infrastructures) et soutenir un PIB à 5% dans les prochaines années. Il faudra donc s’attendre à une dépendance accrue aux exportations, et un risque montant  d’exporter aussi de la déflation via des prix toujours bas. L’étude affirme aussi que la performance économique des cinq dernières dernières années a été surévaluée, surtout depuis le choc immobilier de 2022, faute d’un relais d’investissement crédible, ce qui doit nous rappeler l’extrême précaution avec laquelle manipuler les statistiques officielles chinoises.

    • Europe-Chine

    « La formulation stratégique européenne sur la sécurité technologique : les défis de la Chine », Earl Wang, Question d’Europe n°817  pour la Fondation Robert Schuman, dans le cadre de l’Observatoire du multilatéralisme en Indo-Pacifique, soutenu par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie (DGRIS) du MinArm.

    La sécurité technologique devient un axe central de la politique UE-Chine : l’UE et plusieurs États membres passent progressivement d’une logique de coopération technologique à une logique de vigilance, puis à la construction d’outils (5G, cybersécurité, filtrage IDE) pour limiter les risques liés à l’engagement chinois dans les technologies critiques et les infrastructures numériques.

    Commentaire. Toutefois, intérioriser la sécurité, comme un axe à part entière et par égale de responsabilité de la relation bilatérale ne participe-t-il pas d’une banalisation de cette asymétrie des intentions ? Que ce soit « La prise de conscience progressive des implications sécuritaires des investissements chinois », « la sécurité des infrastructures numériques » ou l’inscription de « la cybersécurité dans les relations sino-européennes » est la résultante directe de politiques inamicales offensives de l’Etat-parti chinois. Il faudrait rectifier la dénomination même de ces champs. Ce ne sont pas « les investissements » qui posent question, mais la politique qui les oriente et qui les dirige. Il n’y a pas non plus de « sécurité » ou de « cybersécurité » en tant que telle mais une politique chinoise et ses cyber-attaquants. Accepter de s’en protéger tout en les invitant dans les petits papiers de la relation bilatérale  nourrit l’appétit de leurs concepteurs, à Pékin, et leur offre le choix des armes et de tous les contournements.

    • Influence et médias

    China global television network français, la télévision (numérique) comme instrument de la « guerre politique » chinoise, Sébastien Palla, Réseaux, 2024/3 n°245, p. 39–72

    Pour l’auteur, CGTN Français n’est pas un média international comparable à France 24 ou TV5 Monde, mais un instrument de “guerre politique” du Parti communiste chinois (PCC), inscrit dans la doctrine des “Trois Guerres” (opinion publique, psychologie, droit). L’article démontre que l’existence d’un dispositif d’influence n’implique pas son efficacité : CGTN Français souffrerait d’un faible rendement d’audience, d’une faible capacité d’apprentissage et d’une mauvaise adaptation à l’écosystème numérique occidental. L’intérêt est de savoir jusqu’où et pourquoi.

    Understanding Chinese influence in Europe: an institutional asymmetry approach , Andreea Budeanu & Shaun Breslin (2025), Journal of European Integration,  Vol. 47, N° 6, (905–923).

    Dans le prolongement de la note précédente, cet article analyse  « l’influence chinoise » en Europe en termes d’asymétrie institutionnelle dont les acteurs économiques et subnationaux (les entreprises et la para-diplomatie territoriale) disposent d’une autonomie limitée mais coordonnée, contrairement aux acteurs européens, fragmentés.

    • Inde-Chine

    Between Rivalry and Rapprochement: The Trials and Trajectory of India–China Relations”, par Manoj Kewalramani,

    L’auteur insiste sur un basculement : depuis face-à-face sanglant mano-a-mano de 2020 à Galwan (LAC)entre soldats indiens et chinoise, “l’état de la frontière détermine l’état de la relation”. Cela contamine commerce, investissement, technologie et échanges humains, placés sous une surveillance renforcée  Dehli entreprend une remontée de pente ou ré-engagement prudent et graduel. Nous aurions intérêt à nous rapprocher de l’Inde dans leur gestion de la relation bilatérale avec Pékin, sur fond de rivalité sino-américaine.

    • Taiwan-Chine

    If China Attacks Taiwan The Consequences for China of “Minor Conflict” and “Major War” Scenarios, janvier 2026, équipe sécurité indo-pacifique du German Marshall Fund (GMF), sous la direction de Bonnie S. Glaser.

    Une attaque contre Taïwan serait le produit d’un calcul stratégique multi-niveaux, dont l’un des objectifs consisterait à défaire les coalitions adverses, sans combattre : imposer le récit de la légitimité, du coût et de l’inévitabilité. Quatre type de scénarios autour d’autant de point d’entrées de l’équation stratégique chinoise sont développés. Un exercice indispensable où l’on secoue et malmène tous les paramètres et leviers de décision et d’action.

    • Asie-du-sud-est

    Réactions attendues à l'intervention américaine au Venezuela, élections sur fond de conflit , publié le 12 janvier par Juliette Loesh, dans Fresh Mango Juice, une revue de presse mensuelle d’actualités politiques et internationales sur l’Asie du Sud-Est. Ce thread décrit et analyse les réactions des pays d’Asie du Sud-Est à l’intervention américaine au Venezuela.

    ↑ Retour au sommaire