Bulletin n°16 : capitalisme d'Etat et dissuasion, avis de tempête pour le printemps
au sujet des récentes purges au sein de l’APL ; loi contre le cybercrime ; Gestion de la data automobile ; Stellantis-Chine ; Appels Xi-Poutine-Trump ; Position de la Chine sur New Start ; Chine-Taiwan-Etats-Unis ; la Chine conduit des sondages d’opinion en Europe
📋 Structure de ce Bulletin
- Édito
-
▶ Politique intérieure
- 1. [Le parti commande le fusil : au sujet des récentes purges au sein de l’APL]
- 2. [Loi contre le cybercrime : nouveau projet d’extraterritorialité ?]
- 3. [Lutte contre les fraudes dans les télécom et Internet : cinquante nuances de gris]
- 4. [Gestion de la data automobile : de l’ouverture unidirectionnelle aux “caractéristiques chinoises]
- 5. [Stellantis-Chine : le maçon et l’architecte]
-
▶ Politique extérieure
- 6. [Appels Xi-Poutine-Trump du 4 février : Pékin et Moscou veulent imposer leur tempo stratégique]
- 7. [Position de la Chine sur New Start et sur la posture américaine de dissuasion]
- 8. [Chine-Taiwan-Etats-Unis : deux processus pour rompre le « statu quo » dans le Détroit]
- 9. [Jimmy Lai, Hongkong et Taiwan en ligne de mire]
- ▶ Influences et ingérences
- ▶ Documentation & Agenda
Edito
Edito
La Chine se prépare à s’engourdir l’espace de deux semaines dans le tumulte des fêtes du nouvel an. Quand elle se réveillera trois événements majeurs nous attendent.
La nouvelle feuille de route 2026-2030 sera rendue partiellement publique lors de la réunion plénière du Parlement chinois, au début du mois de mars. Tout indique que la politique de puissance et d’internationalisation de l’économie sera poursuivie, voire renforcée, dans un nombre croissant de secteurs d’activités.
En matière de relations extérieures, Xi Jinping semble avoir accepté une relation bilatérale avec Washington moins prévisible et laissé le « navire des relations sino-américaines poursuivre sa course contre vents et marées », selon le compte-rendu officiel du dernier appel téléphonique avec D. Trump. Sur l’intelligence artificielle, les minéraux critiques, le commerce bien sûr, la dissuasion nucléaire ou Taiwan, les dossiers ne manquent pas dans la cargaison de l’embarcation commune qui doit faire une nouvelle escale à Pékin, autour d’un nouveau tête-à-tête Trump-Xi, prévu, sauf en cas de mutinerie, pour la première semaine d’avril.
Du côté européen, on se réunit aujourd’hui au château d’Alden Biesen, en Belgique, pour brainstormer autour da lancinante question de la compétitivité européenne et de la « nouvelle réalité géoéconomique ». La déferlante manufacturière chinoise vient d’être désignée dans un rapport du Haut-Commissariat au Plan comme une spirale de « destruction destructrice » pour l’Europe avec le risque non pas d’un déclassement progressif, mais bien d’une « éviction industrielle rapide ».
Deux options seraient sur la table « une protection commerciale inédite, équivalente à un droit de douane général de 30 % vis-à-vis de la Chine ; ou une dépréciation de l’euro de 20 % à 30 % par rapport au renminbi », nécessitant une inflexion doctrinaire vis-à-vis du libre-échange, un pas que Bruxelles a du mal à franchir, certains Etats membres aussi.
Les chefs d’Etat et de gouvernement se réunissent à nouveau, les 19 et 20 mars prochain, à Chypre, pour un sommet très formel celui-là du Conseil Européen. Puisse-t-il accoucher d’un plan quinquennal pour l’Europe, pour en finir avec les ravages du capitalisme d’Etat chinois.
Je fais une pause et reviens le 26 février, ou avant sous la forme de post(s), en cas d’actualité majeure.
➔ Dans ce Bulletin 11 Mémos
▶ Politique intérieure
1. Le parti commande le fusil : au sujet des récentes purges au sein de l’APL
On peut désormais reconstituer avec un degré de certitude croissant la séquence qui a conduit à l’éviction des généraux Zhang Youxia et Liu Zhenli. Cette séquence débute à l’automne 2025 et peut se décomposer en trois actes. ( 5 775 signes. Mots-clés : He Weidong, Zhang Youxia, Liu Zhenli, CMC ; CCID)
Acte 1 : La tenue du 4e Plénum du Comité Central du PCC du 20 au 23 octobre 2025 et l’éviction officielle de He Weidong, vice-président de la Commission Militaire Centrale (CMC). Le plénum réaffirme le principe de direction absolue du Parti sur l’armée (党的绝对领导) et la centralité du système de responsabilité (comprendre de leadership) du président de la Commission Miliaire Centrale (军委主席负责制), en la personne de Xi Jinping.
Acte 2 : Entre le Plenum et la fin d’année, le parti communique intensément dans une longue série « d’éditoriaux » publiés dans le Quotidien de l’APL, sur l’anticorruption et le phénomène d’impunité au sein du haut commandement (restant) à la CMC. Les « purges » sont justifiées : elles sécurisent la chaîne de commandement, autour d’un calendrier de réformes devant s’accomplir en 2027, même s’il remplit davantage une fonction d’allégeance politique qu’il ne trace une feuille de route opérationnelle pour les armées. Dans le même temps, Xi Jinping a mandaté le corps des inspecteurs (CCID) pour réaliser ou faire remonter des derniers audits dans les principaux corps d’armée, et la CMC.
Acte 3 : Le sort de Zhang Youxia, et Liu Zhenli avec lui, se joue entre le 15 janvier et le 22 janvier, date de la Cinquième session plénière de la 20e Commission centrale d'inspection disciplinaire (CCID), à laquelle il ne se montre pas.
Une semaine plus tard, le 22 janvier, la CMC publie un document de doctrine politique et militaire (Règlements relatifs aux travaux théoriques militaires “军事理论工作条例”, non contre-signé par Zhang et Liu, actant définitivement leur désolidarisation avec la chaine de commandement politique du parti.
Le 24, le journal de l’APL annonce l’éviction de Zhang You Xia et de Liu Zhenli
Depuis lors, j’ai publié un post, puis un mémo. Ma lecture des événements était-elle correcte ? Partiellement.
Les derniers événements et ceux que je vous livre ici plus bas confirment :
1. Le rôle central de la CCID, véritable bas armée du PCC et de Xi dans la chute des généraux. Je rappelle que la CCID a été sensiblement renforcée dès 2018 puis en 2023 lors de deux réformes successives, avec des ramifications dans l’APL
2. Il s’agit bien d’une mise au pas politique, le PCC estimant son niveau de contrôle sur l’APL insuffisant
Mais :
3. Le lien avec le niveau de préparation au combat de l’APL apparait plus clairement depuis, et plus particulièrement la qualité du commandement au niveau des corps d’armée et au-dessus. Point que j’avais sous-estimé.
Nouvelle séquence depuis début février : la reprise en main effective
Depuis début février deux communications importantes viennent confirmer ces trois points :
1_Le 3 février, un rapport de l’Inspection de l’APL sur les enquêtes conduites en 2025 et le plan de charge pour 2026 http://www.mod.gov.cn/gfbw/qwfb/16440754.html qui appelle à neutraliser « une minorité active » du haut commandement pour favoriser un climat général (propice) de surveillance et de gouvernance rigoureuses ». (严抓“关键少数”带动形成严管严治的氛围导向).
Ces nouvelles règles, en 7 points, révèlent l’ensemble des manquements reprochés au généraux déchus, parmi eux, je retiens :
- Sur le niveau d’entrainement et de planification :
L'an dernier, les organes d'inspection et de supervision disciplinaires, à tous les niveaux des forces armées, ont mené des activités de contrôle étroitement liées aux exercices et aux tâches d'entraînement. Leur enquêtes approfondies ont rectifié des problèmes tels que la planification et l'exécution inadéquates des opérations de combat, l'organisation et la mise en œuvre inefficaces de la formation, ainsi que le laxisme des normes en matière de formation et d'examen. Les unités et le personnel concernés ont été tenus strictement responsable
- Sur la corruption au sein du commandement mais aussi des troupes et des jeunes cadres :
Nous avons concentré nos efforts sur l'enquête rigoureuse et l'accélération du traitement des affaires mêlant questions politiques et économiques, en intensifiant les efforts visant à enquêter sur la corruption parmi les hauts fonctionnaires et les jeunes cadres et à y remédier.
Il faudra mettre en œuvre le « Guide des enquêtes par la preuve sur les nouvelles formes de corruption et la corruption cachée » du Conseil des Affaires de l’Etat
Sur le travail réalisé depuis le second semestre 2025 par le corps délite de l’Inspection du parti disséminé au sein de l’APL dans le processus de traque et d’enquêtes, au service du leadership du PCC :
À la mi-septembre de l'année dernière, les neuvième et dixième cours fondamentaux du programme de formation pratique du personnel chargé de l'inspection et de la supervision disciplinaires de l'APL ont été dispensés pour la première fois dans des académies militaires.
Parmi les participants figuraient 120 personnes : les nouveaux directeurs des bureaux (départements) d'inspection et de supervision disciplinaires des unités au niveau du corps d'armée et au-dessus, les nouveaux secrétaires adjoints des commissions d'inspection disciplinaire des unités au niveau du corps d'armée, ainsi que certains officiers de supervision spéciaux et des membres du corps enseignant à temps plein des académies. Ces dernières années, le système d'inspection et de supervision disciplinaires de l'APL n'a cessé d'optimiser son cadre de formation pratique afin d'améliorer durablement les capacités de ses ressources humaines.
2_Le 7 février le parti boucle la boucle avec un « Règlement relatif à l'autorité compétente et aux procédures disciplinaires applicables aux organisations politiques au sein des forces armées », suivi, le lendemain par une visite de Xi Jinping aux vétérans et anciens hauts gradés de l’APL, symbole en Chine communiste, de l’allégeance de l’establishment militaire au grand leader et qui sonne la fin de la reprise en main du parti.
Commentaire :
- Il faut comprendre cette séquence comme une « traque jusqu’au dernier ».Elle a dû mobiliser une partie de l’appareil sécuritaire du parti pour déjouer les contres manœuvres des généraux cramponnés à cet arbre malade.
- Ecrire publiquement qu’il y a eu « falsification » des entrainements et exercices militaires, et Retex truqués, ruinerait la crédibilité de n’importe quelle armée dans le monde, mais aussi de son commandant en chef (Xi jinping).
- La prééminence et la centralité du Bureau général de la Commission centrale d'inspection disciplinaire (CCID) (中央纪委办公厅、国家监委办公厅 ) sur l’APL avec ses corps de l’inspection in house et missionnés in situ. Ils forment la véritable clé de voute de la sécurité du régime emmené par Xi Jinping. (Cf. Bulletin n°13, Mémo n° 3, infra).
- Le fait que le CAE se fasse le relais et le promoteur des nouvelles règles encadrant, en outre, l’APL, est révélateur du niveau de contrôle de la bureaucratie du PCC sur l’establishment militaire.
- Jusqu’à preuve du contraire
🏷️ Zhang Youxia He Weidong Liu Zhenli APL CMC CCID↑ Retour au sommaire2. Loi contre le cybercrime : nouveau projet d’extraterritorialité ?
Le 31 janvier, un projet de loi sur la prévention et la lutte contre la cybercriminalité a été rendu public par le ministère de la sécurité publique et soumis à consultation publique jusqu’au 2 mars. ( 4 293 signes. Mots-clés : CSL ; MSP ; ONU ; Convention de Budapest ; UN Cybercrime Treaty)
Prévention du crime Bien qu'elle s'appuie sur le Code pénal et la Loi sur la cybersécurité (CSL), cette Loi crée un régime autonome dédié spécifiquement à la prévention et à l'écosystème du crime. Il n’est plus puni une fois commis, mais aussi en l'absence de prévention (Art. 35 à 43).
Le texte mentionne explicitement des technologies récentes : l'Intelligence Artificielle (Art. 8, 40-10, 42). L'accélération est due à la montée des Deepfakes pour la fraude et à l'utilisation de l'IA pour générer des codes malveillants à grande échelle. La loi vise à "nettoyer" l'amont (la vente de comptes, de cartes SIM, de VPN) pour couper les ressources des réseaux criminels basés à l'étranger (souvent appelés les industries noires et grises en Chine, Cf. mon mémo suivant).
Implications pour les entreprises et individus étrangers
L'article 2 et le Chapitre 5 sont très clairs sur l'extra-territorialité :
- Sur le ciblage des services : si vous fournissez un service à des utilisateurs en Chine (même sans bureau sur place) et que ce service "nuit à l'intérêt public ou aux droits des citoyens", vous êtes responsable (Art. 2).
- Sur les sanctions commerciales : l'article 54 permet à la Chine de restreindre ou d'interdire les investissements en Chine d'une organisation étrangère liée à la cybercriminalité ou au soutien de celle-ci.
- Sur le gel des avoirs : l'article 55 permet de geler les propriétés en Chine de toute entité étrangère qui "fabrique ou propage de fausses informations" nuisant à la sécurité nationale.
Justice-police extraterritoriale
La loi donne des outils puissants pour projeter l'autorité chinoise hors de ses frontières :
- Blocage technique : l'État peut bloquer l'accès à n'importe quel service étranger jugé complice de cybercriminalité (Art. 53).
- Interdiction de sortie-entrée : un levier de pression physique. Les étrangers impliqués peuvent être interdits d'entrée, et les Chinois ayant commis des crimes cyber à l'étranger peuvent être interdits de sortie après leur peine (Art. 56).
- Coopération de force : l'article 51 est crucial : il oblige les opérateurs à fournir des interfaces techniques et du décryptage (backdoors ou accès aux clés) pour les enquêtes de sécurité nationale. Pour une entreprise étrangère, cela crée un conflit de lois direct avec les législations occidentales sur la protection de la vie privée.
Commentaire
- La notion de connaissance éclairée ou prélaable « 明知 » (14 occurrences dans le texte) laisse une marge discrétionnaire importante aux autorités de contrôle.
« Avoir connaissance que d’autres personnes utilisent Internet pour commettre des actes illégaux « 明知他人利用网络实施违法犯罪 »
- Ce texte a tout d’une « loi parapluie » qui donne à la police chinoise (le MSP, cité à l'Art. 4 comme chef de file) un pouvoir de surveillance et de sanction sur toute la chaîne de valeur numérique, qu'elle soit située en Chine ou qu'elle interagisse avec la Chine depuis l'étranger.
- En coulisses à l’ONU, la Chine œuvre contre la Convention de Budapest de 2001, le traité international de référence en Europe sur la cybercriminalité. La Chine n'en est pas membre. Elle préfère promouvoir son propre modèle via l'ONU (UN Cybercrime Treaty), qui insiste plus sur la souveraineté des États que sur les droits individuels.
- En août 2024, est signée la Convention contre la cybercriminalité. En octobre 2025, à Hanoï, la Chine signe la convention, c’est-à-dire il y a trois mois.
- En proposant ce projet de loi contre le cyber crime - qui est une version domestique du traité de l'ONU dont elle anticipe l’entrée en vigueur - la Chine veut montrer au reste du monde (notamment aux pays du Sud Global) comment appliquer concrètement le traité onusien. Notamment via le principe de « double coopération » : le traité de l'ONU oblige les États à coopérer pour recueillir des preuves électroniques pour tout crime grave (punissable de plus de 4 ans).
- L'Art. 52 de la loi chinoise contre le cyber crime fait directement écho à cette obligation, créant le cadre légal pour que la police chinoise puisse demander (et offrir) cette aide.
Analyse
La Chine a utilisé l'ONU pour créer un standard mondial qui lui convient, puis a immédiatement lancé sa loi nationale pour verrouiller ce standard chez elle et l'exporter. En finalisant sa loi juste après le traité de l'ONU, la Chine contribue à marginaliser progressivement la Convention de Budapest en promouvant un cadre concurrent fondé sur la souveraineté étatique.
La Chine ne coopérera avec l'Europe que si l'Europe accepte les standards de l'ONU, pouvant créer un blocage juridique permanent pour les entreprises européennes.
Le pilotage par le ministère de la Sécurité publique consacre une approche policière globale du cyberespace, distincte des modèles régulateurs occidentaux, et une approche justice-police intégrée, observable sur un nombre croissant de domaines, y compris en matière de politique étrangère.
Ceci est une analyse "politique", aucunement juridique. Je vous recommande de vous rapprocher de professionnels du droit pour, le cas échéant, prendre des mesures de prévention et de correction.
🏷️ CSL MSP ONU Convention de Budapest UN Cybercrime Treaty↑ Retour au sommaire3. Lutte contre les fraudes dans les télécom et Internet : cinquante nuances de gris
Le 5 février, s’est tenue une vidéoconférence nationale sur la lutte contre la fraude dans les télécommunications et sur Internet, présidée par Wang Xiaohong, , Conseiller d'État (CAE), ministre de la Sécurité publique (MSP) et secrétaire adjoint de la Commission centrale des affaires politico-légales du PCC. (3 572 signes. Mots-clés : Wang Xiaohong ; Wechat ; Alipay)
Wang Xiaohong a exigé :
de maintenir une politique de répression sévère : frapper, traquer sans relâche, maintenir une pression constante, afin de susciter des vagues successives d'actions répressives et de ne laisser aucun répit aux fraudeurs des réseaux de télécommunications.
de s'en tenir à une approche systémique, surveiller de près les individus impliqués, les numéros et cartes (SIM, bancaires), les réseaux ainsi que les canaux de diffusion, tout en approfondissant la gouvernance globale pour s'attaquer aussi bien aux symptômes qu'aux racines du problème »
Ce que mentionne presque pudiquement Wang recouvre ce qui est appelé en Chine les industries noires et grises (黑灰行业). Elles désignent un continuum d’activités économiques illicites ou para-licites, structurées en chaînes industrielles, qui exploitent les interstices du droit, des marchés et des plateformes numériques.
Les industries noires regroupent les activités explicitement illégales, constitutives d’infractions pénales (fraude, escroquerie, vol de données, jeux d’argent illégaux, malwares, blanchiment), pour lesquelles il est difficile de trouver « des circonstances atténuantes ».
Leurs petites sœurs des industries grises ne sont pas toujours formellement interdites, mais contraires à l’ordre public économique, aux bonnes mœurs ou à l’intégrité des marchés (faux comptes, manipulation de trafic, astroturfing, fausses plaintes, services de contournement). La distinction est fonctionnelle : ce qui compte, ce n’est pas la légalité formelle, mais le rôle qu’elles jouent dans l’équilibre de la société et de l’économie.
Petit glossaire du criminel online
J’ai visionné un tutoriel officiel en ligne sur ces industries noires et grises.
Pour ceux qui aiment les jeux de mots et les contournements nombreux que l’écriture chinoise permet, voici un petit glossaire « crypto-technique » des fraudeurs en ligne en Chine aujourd’hui :
- Les jeux de société ou de cartes (Qípái 棋牌), désignent en réalité des jeux de hasard déguisés en Mahjong, Dou Dizhu ou autres jeux de cartes.
- Un parrain ou bailleur de fonds de l'industrie noire en ligne se fait appeler le « Maître de l’or » (Jinzhu -金主) . Il peut s'agir d'une personne ou d'un groupe, responsable de définir l'orientation, de recruter et former les membres, et de fournir les ressources pour l'escroquerie.
- Un « marchand de cartes » (Kǎshāng-卡商) désigne les fournisseurs de ressources qui achètent illégalement des cartes bancaires et des informations d'identité de citoyens pour les revendre aux bailleurs de fonds. Ils sont aussi appelés ("Kalao".-卡佬”)。
- Un « élevage de porcs » (Yǎngzhū- 养猪) : désigne le processus consistant à cultiver la confiance de la victime par une gestion émotionnelle à long terme
- Le « boucher » (Túfū-屠夫) désigne l'expert chargé de l'étape finale de l'escroquerie : le siphonnage des fonds.
- « L’argent blanc » (白钱 -Báiqián) : est l'argent issu de l'escroquerie une fois qu'il a été blanchi et peut être dépensé librement.
- Du « riz sec » (Gànfàn-干饭) signifie que le projet est très lucratif. Par opposition, on utilise "Xifan-“稀饭”" (congee ou soupe de riz) pour les projets peu rentables.
- Les « fans érotiques » (Sèfěn- 色粉) sont des abonnés attirés par du contenu pornographique ou suggestif. Il existe aussi des "fans de jeu", "fans de bourse"…
- « Faire le trottoir » (Zhànjiē-站街) n’a rien à voir avec les travailleuses du sexe, mais désigne dans ce contexte l'utilisation de logiciels de modification d'IP pour localiser des comptes dans différentes zones géographiques afin de frauder plus rapidement.
- « Une usine à Oies » (E chang-鹅厂) ou à chats (Mao chang-猫厂) : la première désigne WeChat Pay, la seconde Alipay.
- « Les producteurs de fruits » désignent spécifiquement les utilisateurs d'iPhone (Guǒnón-果农). L'équivalent pour Android est "Champ Android" (安卓田).
- Etc.
Commentaire
Autant dire que les fraudeurs ont depuis lors changé leurs clés de chiffrement…
Les interstices du droit sont constitutives de l'environnement juridique du marché domestique chinois, je dirais même du droit chinois, entre un vague énoncé et une mise en application intermittente. Très souvent, la logique qui prévaut est l’appât du gain et le chiffre d'affaires réalisé puis dispatché entre les différentes parties prenantes.
🏷️ Wang Xiaohong Wechat Alipay↑ Retour au sommaire4. Gestion de la data automobile : de l’ouverture unidirectionnelle aux “caractéristiques chinoises”
Le 3 février 2026, le gouvernement chinois a publié ses « lignes directrices sur la sécurité des transferts transfrontaliers de données automobiles ». Ce guide opérationnalise et rend pleinement opposables les obligations issues du cadre juridique existant (CSL, DSL, PIPL, Cf ; les trois lois de la cybersécurité en Chine, Business France, 2026). Il établit clairement qu’il n’y a pas export uniquement lorsqu’une donnée est physiquement transférée hors de Chine, mais aussi lorsque la donnée reste stockée en Chine tout en étant accessible depuis l’étranger. (3 271 signes. Mots-clés : dialogue UE-Chine ; SOC)
Dès lors qu’une entité, un outil ou un personnel hors de Chine peut requêter, visualiser, télécharger ou exploiter des données automobiles stockées en Chine, cette situation est juridiquement assimilée à un transfert transfrontalier. Cette approche transforme des fonctions IT transverses (support, SOC global, data science, outils internes) en points potentiels de non-conformité.
Une réduction des incertitudes qui s’accompagnent de contreparties
En parallèle, le guide réduit les zones d’incertitude en fournissant un véritable mode d’emploi, là où les lois restaient abstraites, by design. Les entreprises disposent désormais de seuils chiffrés clairs pour déterminer si elles relèvent d’une évaluation de sécurité, d’un contrat standard ou d’une certification, ainsi que d’exemptions explicitement listées. Pour les équipes IT et data, cela permet de dimensionner les architectures, de classer les données par volumétrie et par scénario d’usage, et de définir une trajectoire de conformité plutôt que de naviguer à vue (ce que font beaucoup d’entreprises chinoises du secteur aussi).
Cependant, cette clarification s’accompagne d’une couche clairement orientée “audit ready”. Le guide exige des preuves techniques : journalisation détaillée des flux sortants, conservation des traces réseau, rétention longue des logs, mécanismes anti-altération et capacités d’analyse de trafic, fondant un système d’audit intrusif reposant sur la vérifiabilité a posteriori des accès et des transferts.
Ce guide va-t-il dans le sens demandé par les entreprises du secteur et les autorités européennes ?
Certains éléments du guide peuvent faire l’objet d’ajustements opérationnels ou interprétatifs dans le cadre du dialogue UE-Chine et du groupe de travail automobile*, tandis que d’autres apparaissent structurellement non négociables selon moi.
Plusieurs points relèvent clairement de la sécurité nationale et ne prêtent pas à discussion. Le principe selon lequel toute fourniture à l’étranger d’“important data” (重要数据) déclenche une évaluation de sécurité est explicitement posé. La définition du data export incluant l’accès depuis l’étranger est centrale et cohérente avec la logique de la PIPL. Le régime renforcé applicable aux données de géolocalisation, de cartographie et aux zones sensibles s’inscrit directement dans la doctrine de sécurité nationale. Enfin, les exigences de traçabilité, de journalisation et d’anti-contournement constituent l’ossature même du dispositif : elles deviennent pleinement mandatory, selon l’anglicisme couramment employé en entreprise.
Vers un découplage IT ?
Au final, ce guide clarifie certaines zones grises que les lois en vigueur avaient laissées intentionnellement floues et facilite le travail des équipes IT (segmentation, SOC local ou hybride, pipelines classifiés, conformité audit…), mais il fragmente l’architecture IT globale et conduit de facto à la création d’un “IT Chine” distinct, un résultat cohérent avec la logique de souveraineté numérique poursuivie par les autorités chinoises.
De plus, il renforce la mise en place d’un système d’audit intrusif à sens unique et d’ouverture de facto unidirectionnelle, dans lequel l’entrée de données en Chine est structurellement moins contrainte que leur sortie, celle-ci ne pouvant s’opérer qu’au prix de conditions de plus en plus strictes. En somme, une nasse règlementaire qui se referme progressivement.
Note : En août 2024, l’UE et la Chine ont lancé un mécanisme de communication sur les flux transfrontières de données industrielles (non personnelles) afin de trouver des solutions pratiques aux difficultés rencontrées par les entreprises en Chine. En juillet 2025 (2e réunion à Bruxelles), les deux parties ont annoncé la création d’un groupe de travail dédié aux flux transfrontières de données dans le secteur automobile.
🏷️ CSL DSL PIPL↑ Retour au sommaire5. Stellantis-Chine : le maçon et l’architecte
Le 6 février 2026, Stellantis a annoncé une charge de dépréciation exceptionnelle d’environ 22,2 milliards d’euros, assortie d’une révision en profondeur de sa trajectoire industrielle et d’un impact de trésorerie estimé à 6,5 milliards d’euros sur quatre ans. Un article du Monde, daté du 6 février : « Stellantis, les raisons d’un désastre stratégique », réussit à ne pas citer la Chine et le partenariat avec LeapMotor dans l’équation.
Le partenariat avec Leapmotor (via une joint-venture contrôlée par Stellantis) apparaît pourtant comme un raccourci pour sécuriser des véhicules électriques plus compétitifs et préserver une activité d’assemblage en Europe, notamment en Espagne. Certains commentateurs avancent qu’un volume élevé de ventes de VE pourrait réduire l’exposition de Stellantis aux mécanismes de conformité CO₂ de plus de 1 milliard d’euros, bien que ces montants relèvent à ce stade d’estimations.
Plus fondamentalement, cette stratégie repose sur des licences technologiques, non sur des transferts à proprement parler : Stellantis peut produire et commercialiser, mais ne contrôle pas nécessairement les choix d’architecture, la feuille de route logicielle ni l’évolution des plateformes. Or une licence donne un droit d’usage ; un transfert donne la capacité d’appropriation et d’évolution autonome.
Dans un environnement réglementaire européen en transition - entre la mise en œuvre d’outils industriels bas-carbone (NZIA) et de nouveaux débats sur la “substance” industrielle - le risque est celui d’une industrie qui assemble sans concevoir : on peut bâtir des usines, produire en volume et maintenir l’emploi, tout en perdant progressivement la maîtrise technologique « propriétaire » et on ne forcera pas les entreprises chinoises à s’en départir. A replacer dans les discussions européennes sur la compétitivité et la « nouvelle réalité géoéconomique » au château Alden Biesen.
🏷️ Stellantis Leap Motors↑ Retour au sommaire
▶ Politique extérieure
6. Appels Xi-Poutine-Trump du 4 février : Pékin et Moscou veulent imposer leur tempo stratégique
Le 4 février, Xi Jinping a appelé consécutivement V. Poutine puis D. trump. Le lendemain, le ministère chinois des affaires étrangères appuyait publiquement la proposition russe faite à Washington de prolonger l’accord New Start, qui a expiré le 5 février. La plupart des médias y ont vu deux événements distincts. Ils font partie d’une même séquence diplomatique coordonnée entre Moscou et Pékin. (4 489 signes. Mots-clés : New START )
Explications :
Le 4 février après-midi, le président Xi Jinping a tenu une visioconférence avec le président russe Vladimir Poutine. Il évoque le 30e anniversaire du “partenariat de coordination stratégique” sino-russe et le 25e anniversaire du Traité de bon voisinage et de coopération amicale (中俄睦邻友好合作条约). Surtout, Xi ajoute, dans le communiqué, qu’en tant que grandes puissances responsables et membres permanents du Conseil de sécurité, Chine et Russie ont le devoir maintenir ensemble la stabilité stratégique mondiale.
Le 4 février au soir, Xi Jinping a eu un entretien téléphonique avec le président américain Donald Trump.
Xi tient un tout autre discours, dans un registre et avec une une focale différents :
Les États-Unis ont leurs préoccupations, la Chine a les siennes.
Il appelle à renforcer le dialogue, gérer correctement les différends, élargir la coopération pragmatique, et à :
accumuler du capital la confiance, dossier par dossier (“affaire par affaire”).
Taïwan est la question la plus importante de la relation sino-américaine et demande aux États-Unis de traiter “avec prudence” la question des ventes d’armes à Taïwan, une petite phrase qui a suscité moultes commentaires.
Dans des précédents communiqués de Xi Jinping avec un président américain, par exemple Joe Biden, en 11 février 2021, Xi emploie bien “慎重行事” (“agir avec prudence”) sur Taiwan, HongKong et le Xinjiang, mais sans mention explicite aux ventes d’armements à Taiwan.
Mais le lendemain, le 5 février, en conférence de presse, les questions portent sur un autre « dossier » : la dissuasion. Une question au cœur des consultations sino-russes qui se sont tenues, le 3 février, la veille des deux appels de Xi Jinping à V. Poutine et D. Trump.
En ce qui concerne le nouveau traité START entre les États-Unis et la Russie, je tiens à déclarer que la Chine regrette l'expiration de ce traité. Ce dernier revêt une importance considérable pour le maintien de la stabilité stratégique mondiale, et la communauté internationale craint largement que son expiration ait un impact négatif sur le régime international de contrôle des armes nucléaires et l'ordre nucléaire mondial.
La Russie a proposé que les deux pays continuent à respecter les principales restrictions du traité. La Chine appelle les États-Unis à répondre positivement, à traiter les dispositions de suivi du traité de manière responsable et à reprendre rapidement le dialogue sur la stabilité stratégique avec la Russie. C'est également l'attente commune de la communauté internationale.
Commentaire :
Cette séquence a trois vertus pour la diplomatie chinoise, comme exposé dans mon post de mardi (cf. mon post) :
- Un recadrage direct à Washington sur Taïwan sous la forme d’un avertissement
- Une redéfinition de la hiérarchie stratégique qui équivaut à une « rétrogradation » relative de la relation bilatérale et
- Un retournement de situation stratégique
Ce dernier message est le plus important : selon Pékin la stabilité mondiale aurait changé de camp et de garants.
En effet, depuis septembre dernier, la Russie propose aux USA de prolonger d’un an New Start, le dernier traité de contrôle des armements non conventionnels hérité de la guerre froide.
Pékin veut éviter que son expiration ne devienne un argument américain du type : “puisqu’il n’y a plus de règles avec la Russie, il faut reconstruire la dissuasion partout, y compris face à la Chine et avec la Chine puisqu’elle s’est engagée dans une course à l’arme nucléaire » . Pékin freine des quatre fers :
La Chine a toujours soutenu que la promotion du désarmement nucléaire devait respecter les principes de « préservation de la stabilité stratégique mondiale » et de « garantie que la sécurité de toutes les nations ne soit pas compromise ». Les capacités nucléaires de la Chine ne sont pas comparables à celles des États-Unis et de la Russie, et à ce stade, la Chine ne participera pas aux négociations sur le désarmement nucléaire (conférence de presse du MAE, le 5 février)
Depuis le premier mandat de D. Trump, avec John Bolton au Conseil de Sécurité national (NSC), les Etats-Unis exigent publiquement que la Chine rejoigne un cadre trilatéral (US–Russie–Chine) de contrôle des armements. Pékin refuse net, en avançant déjà l’argument de l’asymétrie des arsenaux.
Sous l’administration de Joe Biden, en 2021, Washington veut parler de “strategic stability dialogue” bilatéral avec la Chine. Pékin accepte de dialoguer mais pas d’entrer en négociation. Elle traine les pieds.
Au retour de D. Trump à la Maison Blanche en janvier 2025, la pression devient plus forte, mais aussi plus transactionnelle : “si la Chine monte en puissance, elle doit s’asseoir à la table”. Mais pour pékin, l’expiration de New START ne doit pas devenir un prétexte pour lui forcer la main.
La posture chinoise ne surgit pas ex nihilo : elle s’inscrit dans un moment où New START est déjà vidé de sa substance. En se plaçant aux côtés de Moscou comme défenseur autoproclamé de la “stabilité stratégique mondiale”, elle ambitionne désormais d’influencer la recomposition à venir des régimes de sécurité, de contrôle des armements et de non-prolifération, sans en subir les contraintes.
🏷️ New Start↑ Retour au sommaire7. Position de la Chine sur New Start et sur la posture américaine de dissuasion
Vendredi 6 février, devant la Conférence du désarmement, les États-Unis ont accusé Pékin d'avoir mené un essai nucléaire secret en 2020, tout en appelant à la conclusion d'un nouveau traité de contrôle des armements plus large qui inclurait la Chine et la Russie. (2 397 signes. Mots-clés : New Start ; Golden Dome)
When New START was signed in 2010, the Russian Federation and the United States maintained the largest nuclear weapons stockpiles in the world. We still do – despite China undergoing a massive and deliberate buildup, as it pursues a nuclear arsenal close to that of the United States and Russia. This buildup is opaque and unconstrained by any arms control limitations. This is the crux of the problem and is emblematic of the change in the global strategic environment over the last 15 years. Today, the United States faces threats from multiple nuclear powers. In short, a bilateral treaty with only one nuclear power is simply inappropriate in 2026 and going forward.
Ces accusations sont formulées au lendemain de l'expiration du traité limitant le déploiement de missiles et d'ogives nucléaires par les États-Unis et la Russie (New Start).
Le même jour, Pékin rappelle sa position devant cette même Conférence du désarmement, rassemblant des griefs déjà formulés au niveau bilatéral sino-russe (Cf. déclaration jointe sino-russe, mai 2025), mais les adosse désormais au débat New START.
Je fournis une traduction complète du texte de l’ambassadeur chinois Shen Jian.
Si le contenu de sa position reste inchangé (NFU – no first use, minimum deterrent, pas de trilatéral avec les Etats-Unis et la Russie), le positionnement de la Chine apparait en soutien de « l’offre russe » (Cf. mon mémo précédent) et non plus en simple défenseur abstrait de « la stabilité stratégique ».
L’allocution de Shen Jian dénonce à plusieurs reprises les nouveaux projets américains dont le «Golden Dome” et ses intercepteurs (outer space interceptors) qui accélèreraint la militarisation de l’espace.
Ces nouveaux armements sont au centre des préoccupations chinoises :
La poursuite du déploiement de systèmes de défense antimissile à l’échelle mondiale, y compris le programme de défense antimissile Golden Dome, et la recherche du déploiement d’armes d’interception dans l’espace extra-atmosphérique. Alors que les États-Unis accusent la Russie d’un éventuel déploiement d’armes dans l’espace, nous constatons que les documents publics relatifs au programme « Golden Dome » évoquent explicitement l’intention de déployer des intercepteurs dans l’espace.
Si le Golden Dome se concrétise en dispositifs opérationnels crédibles, son effet sur le calcul stratégique de Pékin sera probablement plus fort que sur Moscou, au plus large arsenal. Pour Pékin, il fragilise sa capacité de seconde frappe (puisqu’il maintient une posture de non-emploi en premier – No first use) et déplace la compétition et ses risques dans l’espace, un domaine encore largement inconnu et instable.
🏷️ New Start Golden Dome↑ Retour au sommaire8. Chine-Taiwan-Etats-Unis : deux processus pour rompre le « statu quo » dans le Détroit
Je n’avais pas immédiatement relié les deux événements, mais ils se font échos l’un l’autre dans un contexte plus large de redéfinition de la stratégie américaine en Asie, notamment à l'égard de Taiwan, et de la politique d’unification de Pékin. ( 2 418 signes. Mots-clés : Bureau des affaires de Taïwan ; EPPD ; AIT ; TECRO)
- Le 28 janvier, le Bureau des affaires de Taïwan (BAT) du Conseil des affaires d’État (CEA) a annoncé la tenue, à Pékin, d’un forum entre le PCC et le Kuomintang (KMT). Organisé par le Centre d’études sur les relations inter-détroit du BAT et la Fondation nationale pour la recherche politique du KMT, ce forum a porté sur la reprise des échanges, la coopération industrielle et notamment dans l’IA et les semi-conducteurs, la santé, l’environnement et la prévention des catastrophes. Pour Pékin, cette rencontre s’inscrivait explicitement dans le cadre d’un retour au Consensus de 1992 (Cf. Ma note pour l’Institut Thomas More d’avril 2025 : Pékin et la question taiwanaise à l’heure de l’administration Trump 2) et de l’opposition à l’indépendance de Taïwan.
- La veille, le 27 janvier, à Washington, s’est tenu le sixième Economic Prosperity Partnership Dialogue (EPPD) entre les États-Unis et Taïwan, sous l’égide de l’American Institute in Taiwan (AIT) et du bureau de représentation taïwanais (TECRO). Officiellement centré sur les questions économiques, ce dialogue a débouché sur une déclaration conjointe introduisant la Pax Silica Declaration, mettant l’accent sur la sécurité économique, la résilience des chaînes d’approvisionnement, les technologies critiques, la cybersécurité et les drones.
Ces deux événements, proches dans le temps mais différentes dans leur nature, ont toutefois un point commun : ils constituent deux manières concurrentes de rompre progressivement avec le statu quo, sans en assumer politiquement ouvertement la remise en cause.
Le forum PCC–KMT ne marque pas un retour au dialogue inter-détroit au sens institutionnel du terme. Il s’agit d’un processus politique asymétrique, construit en dehors des autorités élues de Taïwan et sans mandat démocratique explicite.
Le rappel du "Consensus de 1992" et le durcissement du discours contre les forces « indépendantistes » et les acteurs extérieurs réaffirment la finalité politique du processus. L’objectif n’est pas un compromis avec Taipei, mais une recomposition progressive du champ politique taïwanais (cf. mon mémo suivant, infra) à des fins de prise de contrôle totale..
Du côté américano-taïwanais, la Pax Silica formalise une intégration accrue de Taïwan dans l’architecture américaine de sécurité économique, institutionnalisant la relation sans franchir le seuil d’une reconnaissance formelle.
Les deux dynamiques s’inscrivent ainsi dans des directions opposées : Washington privilégie un contournement par les conventions économiques et technologiques, tandis que Pékin mise sur une stratégie d’influence politique indirecte. Le risque est une polarisation croissante, dont l’épicentre se situe à Taipei. Les échéances électorales de 2026 et 2028 constitueront un stress test majeur pour le "statu quo" dans le Détroit, la cohésion nationale taïwanaise et les équilibres stratégiques régionaux.
🏷️ Bureau des affaires de Taïwan EPPD AIT TECRO↑ Retour au sommaire9. Jimmy Lai, Hongkong et Taiwan en ligne de mire
Le 10 février, le lendemain de la condamnation de Jimmy Lai à 20 ans de prison, le gouvernement chinois publie opportunément un « livre blanc », intitulé « « (le cas) pratique de Hong Kong en matière de sauvegarde de la sécurité nationale dans le cadre du principe "un pays, deux systèmes" ». Au-delà du pied ne nez et de l’effet d’annonce, ce texte vise deux objectifs majeurs : (1 145 signes. Mots-clés : KMT)
- Justifier une extension des pouvoirs judiciaires et d’investigation en Chine et à l’étranger :
Nous devons rester vigilants face à la soi-disant « résistance douce » qui se cache derrière les slogans de « démocratie », « liberté » et « droits de l'homme », et empêcher strictement les activités antichinoises et pro-Hong Kong menées à l'étranger de s'infiltrer à Hong Kong.
- Et poursuivre le récit de la compatibilité du principe « Un pays deux systèmes » pour ce qui concerne Taiwan :
La pratique de la sécurité nationale à Hong Kong a injecté une forte stabilité, une certitude et une prévisibilité sur le marché.
Hong Kong a toujours maintenu son statut de port franc, pratiquant une politique de droits de douane nuls, avec une liberté et une ouverture au sommet du classement mondial.
La pratique prouve que la sécurité n'est pas un « joug », mais une « amulette protectrice » et un accélérateur.
Le message "nous pouvons absorber une société démocratique et rebelle, la transformer par la loi, tout en maintenant sa vitalité économique » sous tend une logique politique identique à celle du slogan "Hongkong aux Hongkongais (港人治港)" : que Taiwan devienne une « démocratie de patriotes chinois ». Les récentes rencontres entre le KMT et le PCC à Pékin donnent des gages et de l’espoir au pouvoir à Pékin pour poursuivre le processus engagé.
🏷️ Jimmy Lai KMT↑ Retour au sommaire▶ Influence et ingérences
10. La Chine conduit des sondages d’opinion en Europe
Le 27 janvier dernier à Bruxelles, le média officiel chinois Global Times a coorganisé avec l’ambassade de Chine à Bruxelles un colloque sur le dialogue Europe-Chine.
Qui sont ces entités participantes ?
- Le global times est un organe d’informations appartenant au Quotidien du Peuple, lui-même organe de presse officiel du Comité Central du PCC.
- L’ Institute for China-Europe Studies (中欧关系研究中心). Cet institut est basé à Bruxelles, mais financé par la province de Hainan et notamment son National Institute for South China Sea Studies de l’insubmersible Wu Shicun.
- L’ University of International Business and Economics (UIBE) (对外经济贸易大学,区域国别研究院, présenté comme le centre de Recherche sur les chaînes de valeur mondiales) est un établissement public d’enseignement du supérieur, créée et financé conjointement par le ministère de l’éducation et le ministère du commerce (MOFCOM)
- « Le Global times Institute » n’est pas un institut (enregistré en Europe), probablement un département interne au Global Times.
Le sous-titre donné à l’événement donne une indication de l’objectif suivi ; il doit : « forger un consensus fondé sur l'opinion publique ».
J’en ai extrait quelques morceaux de choix et, ai pris la liberté de le commenter au fil-de-l’eau.
This event aims to provide a realistic reference for mutual understanding between China and the EU from the dimensions of public opinion, perceptions and narratives
Trois axes donc : offrir une « référence réaliste » sur a) l’opinion publique b) les perceptions c) les narratifs.
In a keynote speech, Chen Su, minister counsellor of the Mission of China to the EU,(…) There are no fundamental conflicts of interest or geopolitical contradictions between China and the EU.
Fei Shengchao, Chinese Ambassador to Belgium, congratulated the release of the survey's results, Although China has long been the subject of intense attention in Belgium and in Europe, many perceptions of China in Belgium and Europe still primarily stem from indirect sources of information
Ce colloque est donc une événement officiel, animé par l’Ambassade de Chine à Bruxelles. Selon les diplomates chinois, seule une information pourvue directement par la Chine sur elle-même permet d’éviter tout malentendu. Quand on a une seule source information, c’est en effet plus simple et rapide.
Niu Ruifei, a reporter from the People's Daily EU Bureau, said that the long-term stability and development of China-EU relations largely depends on how the younger generation understands and cooperates with each other. She suggested that China-EU youth exchanges should place greater emphasis on long-term commitment and participation, with technological innovation and green development serving as key drivers of youth cooperation.
Est-ce le travail d’un journaliste de concevoir des formats de coopération ? A moins que Niu ne soit pas une simple journaliste. Par ailleurs, les cibles, derrière cette volonté de « stabilité » de la relation Europe-Chine, seraient nos jeunes, surtout dans l’innovation, nos ingénieurs notamment.
Narratives such as "decoupling" and "de-risking," which seem to garner support, need to be verified through research like this.
Bien sûr, les sondages proposés devront empiriquement corriger le narratif du découplage.
The poll, conducted from October 16 to November 4, 2025, covered 20 EU member states, including Denmark, Sweden, Spain, Belgium and Germany, as well as China, interviewing over 16,000 respondents.
Je m’interroge sur la méthode de ces enquêtes et le nombre réel des sondés. Je m’inquiète aussi des informations qu’ils ont pu transmettre aux enquêteurs durant ce procès. Est-ce que tout cela a été réalisé conformément aux lois européennes et nationales régissant les enquêtes d’opinion ?
Par exemple, selon le RGPD (art.9) les opinions politiques, géopolitiques ou idéologiques peuvent, selon le questionnaire, être assimilées à des données sensibles, soumises à une protection renforcée et un consentement explicite. Mais aussi de la finalité exacte du sondage, des destinataires des données etc. (art. 12, 14 sur la transparence).
Commentaire final
- Aucune information publique n’indique que le Global Times Institute ait désigné un représentant légal dans l’Union européenne pour ce sondage, comme l’exige pourtant le RGPD pour les responsables de traitement non établis dans l’UE ciblant des résidents européens.
- Les autorités chinoises nous signalent avoir franchi un palier : elles s’engagent ouvertement sur le terrain du débat d’opinion en Europe. Mais n’y a-t-il pas mélange des genres ? Est-ce le travail d’un diplomate d’être le sondeur et l’arbitre de l’opinion publique du pays dans lequel il officie ? Sauf égarement de ma part, dans le droit et la pratique diplomatique (Convention de Vienne), un diplomate peut observer l’opinion publique du pays hôte et en faire autant de câbles et reporting internes qu’il souhaite, mais la sonder et publier, non.
- Si cet événement ne ressort pas de la désinformation au sens strict, pourrait-il être requalifié en une opération d’influence informationnelle structurée, visant à orienter les perceptions de l’opinion publique européenne ?
A toutes fins utiles, selon le Conseil de l’UE sur les campagnes hybrides (2024)
« Les opérations d’influence étrangères exploitent des outils tels que les médias, les think tanks, les instituts de recherche, les sondages et les événements publics afin d’orienter les perceptions. »
Et selon le SEAE-EEAS (Second Rapport sur les FIMI - manipulation informationnelle - 2023) :
« Les activités FIMI s'appuient souvent sur des informations vraies ou partiellement vraies, présentées de manière sélective, amplifiée ou trompeuse, afin d'influencer les perceptions et les attitudes »
Tandis que nous entrons en France dans une période qui sera marquée par des élections, il serait temps d’adresser à notre tour un signalement aux autorités chinoises : leur entrisme n’a pas lieu d’être sur le sol européen. Et que leurs représentants officiels et officieux, sous les chemins de traverses observés ici, restent à l’écart de nos jeunes élites.
🏷️ UIBE MOFCOM↑ Retour au sommaire11. « Comment la Chine est-elle devenue imbattable »
Une connaissance m’a informé récemment de la diffusion d’un film documentaire long format (environ 1h30), diffusé sur des plateformes numériques à large audience. Produit par GDIY (Génération Do It Yourself) et des créateurs de contenu, s’affichant proches de la culture startup et de la French Tech, il revendique explicitement une volonté de « dépasser les préjugés occidentaux » à l’égard de la Chine et de montrer « la réalité du terrain ».
Le fil conducteur du récit repose sur une immersion dans plusieurs villes chinoises (Shenzhen, Chongqing, Hong Kong et zones industrielles périphériques), alternant séquences industrielles, interviews d’entrepreneurs, de dirigeants d’entreprises technologiques et de commentateurs économiques, ainsi que des prises de parole régulières des réalisateurs eux-mêmes.
Verbatim
· Sur le modèle politique et institutionnel chinois
Tu préfères avoir des caméras partout et pouvoir sortir 24 heures sur 24, laisser tes enfants prendre le métro sereinement, ou ne pas avoir de caméras et être inquiet ?
Ici, on te filme partout, tout le temps. Nous, ça nous oppresse un peu, mais eux, ils te disent que c’est normal
Pour le bénéfice collectif, on accepte d’abandonner un peu de sa liberté individuelle.
La Chine est une dictature faite par un parti qui défend le droit de la majorité. L’Europe est une démocratie qui défend le droit des minorités
La démocratie n’est-elle pas un frein à tout ça ?
Trop de liberté, les libertés, ça fonctionne dans les petits pays
La Chine n’a pas gagné parce qu’elle serait plus intelligente, mais parce qu’elle a choisi la discipline, la planification et la vitesse.
- Sur la représentation du travail, de la production et des conditions sociales
C’est tout à fait faux de penser qu’ils travaillent trop. C’est la culture qui est comme ça.
- La propriété intellectuelle, copie et transfert de technologie
Ici, ce n’est pas de l’espionnage industriel. C’est normal, on fait du reverse engineering
Pour nous, on dit que c’est de l’espionnage, qu’ils n’ont pas le droit de le faire. Mais ici, c’est normal.
Si je te vole ta montre, tu ne l’as plus. Si je te vole une idée, tu l’as toujours. Donc je ne te l’ai pas volée, je te l’ai empruntée
Ils n’ont pas la sensation de voler quoi que ce soit
Petit à petit, tu copies, tu copies, et à un moment tu fais aussi bien.
Aujourd’hui, on ne peut plus dire que les Chinois sont des copieurs. Ils innovent, ils déposent des brevets. »
- Ligne prescriptive sur les relations Europe–Chine
La vraie question, ce n’est pas peut-on faire du business en Chine. C’est : sommes-nous encore capables, en Europe, de faire du business tout court
On n’a pas le choix. Il va falloir coopérer.
Il faut accepter de partager la charge et le poids du monde avec la Chine
Ils demandent du transfert de technologie. Mais nous, on l’a fait pendant des années avec eux
Sponsors
Dans le reportage, Stéphane Bohbot (SB) est présenté comme entrepreneur français, fin connaisseur de la Chine, accompagnant les équipes sur le terrain et commentant la quasi-totalité des séquences industrielles et technologiques.
SB est dirigeant et actionnaire de contrôle du groupe Innov8 Group, importateur de la distribution de technologies conçues et produites en Chine. Via sa filiale Innov8 Power, ce groupe est distributeur officiel (master distributor) en France de Unitree Robotics, entreprise présentée dans le reportage comme un fleuron de la robotique chinoise. Le reportage consacre une séquence importante à la visite de Unitree, insiste sur la performance de ses robots humanoïdes, sur leur prix, leur disponibilité mondiale et leur commercialisation en France.
Stéphane Bohbot n’apparaît pas comme un intervenant ponctuel, mais comme un fil conducteur du récit, commentant la majorité des séquences industrielles et technologiques. Son positionnement d’entrepreneur français expérimenté en Chine lui confère une autorité interprétative forte, susceptible d’orienter la perception du spectateur. Or, ses intérêts économiques directs dans l’importation et la distribution de technologies chinoises ne sont pas explicitement portés à la connaissance du public.
Le reportage accorde également une place à IbanFirst, entreprise spécialisée dans les paiements internationaux et la gestion de flux financiers transfrontaliers.
Sans préjuger de la stratégie commerciale spécifique d’IbanFirst vis-à-vis de la Chine, son modèle économique repose structurellement sur l’intensification et la fluidification des flux financiers transfrontaliers, contexte que le reportage présente comme souhaitable et inéluctable. La diffusion du reportage a été valorisée par des acteurs institutionnels chinois, dont le compte X de l’Ambassade de Chine en France.
Commentaire
Sans préjuger d’une quelconque intention, commande ou financement étranger, l’ensemble des éléments exposés permet de constater que le reportage contribue objectivement à un environnement informationnel favorable aux intérêts stratégiques de la Chine, par un déséquilibre narratif structurel et par l’absence de transparence sur certains intérêts économiques des intervenants.
Sur le fond :
- le reportage adopte une narration systématiquement favorable au modèle politique, industriel et technologique chinois ;
- les éléments critiques ou contradictoires sont absents ou marginalisés ;
- des acteurs économiquement liés à la Chine occupent une place centrale dans le dispositif narratif
- leurs intérêts économiques directs ne sont pas explicitement portés à la connaissance du public ;
- le contenu dépasse la description pour formuler des prescriptions implicites sur les choix politiques et industriels européens.
Or, il existe un cadre législatif en France et en Europe.
- La Loi française relative à la prévention des ingérences étrangères et leurs décrets d’application.
Cette loi instaure une obligation de déclaration pour les activités d’influence exercées pour le compte ou au bénéfice d’une puissance étrangère. En droit français, la désinformation n’exige pas un mensonge factuel isolé, ni une intention malveillante démontrée. Elle peut être caractérisée par une présentation biaisée de faits, une omission systématique d’éléments structurants et mise en récit trompeuse sur des enjeux stratégiques.
Notamment pour ce qui concerne les contenus à forte audience portant sur des enjeux industriels, technologiques, politiques et présentant un État rival stratégique sous un jour systématiquement favorable sans transparence sur les intérêts économiques des intervenants.
En l’état des faits disponibles, aucun financement ni mandat étranger n’est établi. En revanche, la loi introduit également la notion d’activité d’influence susceptible de bénéficier objectivement aux intérêts stratégiques d’un État tiers, notion qui relève d’une appréciation contextuelle, contexte que j’ai décrit plus haut ici.
- Au niveau européen: le Digital Services Act (DSA) (UE)
Le DSA reconnaît explicitement les formes de désinformation par cadrage, omission et amplification asymétrique. Il impose une vigilance particulière sur les contenus à forte audience traitant de sujets d’intérêt général et stratégique.
Conclusion
Ces constats, pris isolément et surtout conjointement, suffisent à justifier une analyse approfondie au regard des exigences françaises et européennes en matière de loyauté de l’information, de déontologie, de prévention des conflits d’intérêts et de vigilance face aux ingérences informationnelles.
Ce film n’est en effet pas seulement descriptif, il a un caractère prescriptif. Il contribue à décrédibiliser le modèle démocratique européen, à légitimer un modèle autoritaire comme rationnel et supérieur, à préparer l’opinion à l’acceptation d’une dépendance technologique de transferts de savoir-faire, et à une coopération asymétrique durable.
🏷️ Unitree Robotics↑ Retour au sommaire
▶ Documentation & agenda
- Indopacifique
La section Indopacifique du Rapport de la Security Munich Conference 2026 , Munich, du 13 au 15 février. Il décrit l’érosion de la crédibilité américaine sur fond de montée en puissance de la Chine qui laisse la zone fragmentée, sans architecture stabilisatrice, et une résurgence de la question du nucléaire. Le pivot asiatique américain est inachevé, voire ambivalent avec Taiwan comme point de cristallisation et d’incertitude.
- Europe-Chine et les corridors
The China-Europe Railway Express: A Closer Look Into the World’s Longest Railway Line, 5 février, par European Guanxi. Je suis un peu embarrassé par ce brief qui ressemble à un publirédactionnel. Non qu’il soit choquant sur le fond – il répète malheureusement les éléments de langage de Pékin - mais qu’il soit édité par ce programme européen qui revendique sur son site « représenter un engagement à développer un réseau dynamique de jeunes professionnels, universitaires et étudiants européens qui auront une influence sur la dynamique des relations entre l'UE et la Chine sur tous les fronts ». Comme pour Horizons, je vais me pencher sur cette initiative, qui a célébré ses 5 ans d’existence.
- Activités duales
China’s Blue-Water Research Fleet: Science in Service of Strategy, le 4 février Ryan D. Martinson, CSMI, Note 19, US naval War College. La Chine dispose désormais de la plus grande flotte mondiale de recherche océanographique hauturière (40+ navires de fort tonnage), mais elle a forte dimension « dual-use », articulée à ses besoins militaires et stratégiques. L’étude propose un catalogue des missions à potentiel militaire, par exemple, les cartographie des fonds marins et de la colonne d’eau peuvent constituer une préparation du battlespace sous-marin; etc. A noter la mention systématique des sources chinoises utilisées en note de bas de page, ce qui n’est pas souhaitable selon moi. Cf. le doc suivant.
- Sécurité et OSINT
Conceptualizing the reverse great firewall: cybersecurity and the logics of government geo-blocking in China, le 5 février, Journal of Cybersecurity, Volume 12, Issue 1, 2026, Vincent Brussee. La simple agrégation de données publiques peut revêtir, pour Pékin, un “risque de sécurité nationale". A ce titre, en exploitant massivement les sources chinoises et les révélant publiquement, la note du CSMI sur la flotte chinoise de recherche océanographique valide la logique sécuritaire chinoise d'un Reverse Firewall. Il faut anticiper les changements de l’OSINT sur la Chine (et d’autres pays similaires), car ce n’est pas que d’une fermeture qu’il s’agit mais d’une transformation de l’environnement informationnel. Nous devons adapter notre méthodologie et nos outils.
- Guerre Cognitive
Analysis of China’s Cognitive Warfare Tactics Against Taiwan in 2025, National Security Bureau (NSB) taiwanais, brief aux medias, 2026. Le NSB décrit un « modèle de partenariat entre le gouvernement chinois et des entités « civiles », autour d’une organisation collaborative hybride, entre entreprises informatiques, agences et groupes d'internautes spécialisés dans le marketing et les médias, formant un écosystème de prestataires démultipliant les points d’entrée, et rendant difficile les attributions d’opérations de « guerre cognitive ». Les objectifs sont multiples : désinformer, désorienter….L’étude de l’IRSEM et TadaWeb ci-dessous vient compléter ce panorama en rappelant que ces opérations d’influence et d’ingérences ne se limitent pas à Taiwan ou l’Asie mais ciblent aussi l’Europe, dont la France. Pour rappel : Baybridge, anatomy of a chinese information influence ecosystem
En complément (2024) : Les proxies de Pékin à Taïwan : tour d’horizon d’un vecteur de l’influence chinoise, Adrien Simorre, Programme Taïwan sur la sécurité et la diplomatie, FRS
- Géopaulitique
A Global Contest: How U.S.-China competition is disrupting global business and investment, publié en Janvier 2026, Center for Geopolitics, JP MorganChase. “Reshaping », « navigating », « spillover », tous les poncifs de la géopolitique sont alignés en rang d’oignon dans cette note. Heureusement, nous avons leurs « keys takeaways » pour « continuer à investir dans de nouvelles capacités afin d'anticiper et de réagir aux évolutions géopolitiques ». Cette production fait penser à certains comités aux risques d’entreprises et leurs cartographies multicolores et inopérantes, mais intégrées à un procès pour cocher la case de la compliance. L’honneur est sauf, le business aussi.
- Matériaux critiques
Leapfrogging China’s Critical Minerals Dominance, Council of Foreign Relations (CFR). La Chine détient une position dominante dans les minéraux critiques essentiels à des technologies avancées. Étant donné la profondeur de cette domination, le simple fait d’essayer de “rattraper” la Chine par les méthodes traditionnelles (produire plus, raffiner plus, investir plus) sera lent et inefficace face à l’échelle actuelle du leadership chinois. Choisir plutôt de le surpasser par l’innovation de rupture (technologies de substitution, recyclage, transformation des déchets miniers en ressources) et au travers de coopérations entre alliés, soutient l'auteur. Le 4 février, lors du Critical Minerals Ministerial, l’UE et les États-Unis ont annoncé une coopération structurée, avec le Japon également, pour renforcer la résilience des chaînes de valeur des matières premières critiques. Voyons quelle trajectoire prendront les premiers pas de ce nouveau club .
- Dissuasion
Vers une nouvelle maîtrise des armements ? Défis et opportunités de l’expiration de New START, le 4 février 2026, Etude IFRI sur New Start, par Héloïse Fayet
« Dès 2023, la Commission bipartisane sur la posture stratégique américaine préconisait (…) une plus grande flexibilité et diversité de l’arsenal nucléaire américain, notamment pour faire face à ce que les États-Unis appellent le “problème des deux pairs” : leur incapacité perçue à dissuader à la fois la Russie et la Chine une fois que cette dernière dépassera les 1 000 têtes nucléaires (…) »
Webinar à venir
Mercredi 25 février, 9h30-10h30, Découvrez les perspectives de croissance et d’innovation industrielle en Chine pour la France, Webinar proposé par Business France. Curieux d’entendre ce qu’on peut dire sur le sujet en 1 heure de temps.
18 février, 10h, Maintaining Maritime Security and Order in the Indo-Pacific, Zoom organisé par l’INALCO.
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Bulletin n°15 : les boîtes noires du PCC et l'arbre malade de l'APL
Reprise en main de l’APL : pour quoi faire ? De l’Etat-parti, au parti-Etat ; A/S du "Front-Uni patriotique" ; Keir Starmer en Chine ; Nvidia sur tous les fronts ; Chine-Panama
Bulletin n°14 : de la balance des pouvoirs et la quête de stabilité
Le noyau dirigeant du PCC reprend le contrôle sur l’APL ; Sciences et technologies dans le 15ème plan ; IA et Cybersécurité ; Etats-Unis-Chine et Indopacifique : la NDS ; activisme chinois au Moyen-Orient
Bulletin n°13 : la sécurité du régime à l'épreuve du désordre mondial
Discours He Lifeng à Davos ; la CCID et la sécurité politique du régime ; le double monopole du BNS ; Board of Peace" de D. J. Trump ; Europe-Chine : Affaire Nexperia et MACF ; nomination d’un représentant spécial pour l'OCS ; Chine-Canada
Bulletin n°12 : Pékin poursuit sa feuille de route pour 2026
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