Bulletin n°14 : de la balance des pouvoirs et la quête de stabilité
Le noyau dirigeant du PCC reprend le contrôle sur l’APL ; Sciences et technologies dans le 15ème plan ; IA et Cybersécurité ; Etats-Unis-Chine et Indopacifique : la NDS ; activisme chinois au Moyen-Orient
📋 Structure de ce Bulletin
- Édito
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▶ Politique intérieure
- 1. [Le noyau dirigeant du PCC en passe de reprendre le contrôle de l’appareil de l’APL]
- 2. [Grand-messe des Sciences et technologies et leurs chantiers]
- 3. [Politique démographique ou programme doctrinal du contrôle de la population ?]
- 4. [Gestion des affaires sociales et des algorithmes]
- 5. [Une politique de cybersécurité non assumée et double discours]
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▶ Politique extérieure
- 6. [Etats-Unis-Chine et Indopacifique : la National Defense Strategy (NDS) et les premières réactions chinoises]
- 7. [Activité diplomatique chinoise sur le Moyen-Orient]
- 8. [Question iranienne : la Chine et ses experts ont-ils pris l’exacte mesure de D. J. Trump ?]
- 9. [Chine-Royaume-Uni : après l’âge de glace...]
- ▶ Influences et ingérences
- ▶ Documentation & Agenda
Edito
En 2021, Joe Biden déclarait vouloir « rétablir la prévisibilité et la stabilité dans les relations entre les États-Unis et la Russie » (we seek to restore predictability and stability to the U.S.-Russia relationship). Cette ambition, n’empêcha nullement, quelques mois plus tard, l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Cette même rhétorique de la « stabilisation » se retrouve dans le discours européen. À l’été dernier, lors de la signature d’un accord commercial avec Washington - dont la ratification vient d’être repoussée par le Parlement européen - la présidente de la Commission européenne évoquait la nécessité de relations transatlantiques plus stables et prévisibles. Cette volonté n’a pourtant pas dissuadé Washington de brandir la menace de droits de douane prohibitifs ni de remettre en circulation, au plus haut niveau politique, le projet d’une prise de contrôle du Groenland.
Le 26 janvier dernier, la nouvelle National Defense Strategy américaine 2026 affiche à son tour l’objectif d’atteindre un « équilibre stratégique favorable » avec la Chine (a favorable balance of power). Une perspective que Pékin rejette explicitement, préférant poursuivre une stratégie d’expansion de son influence, en en Asie-Pacifique et au-delà, plutôt que d’entrer dans une logique de stabilisation négociée.
Une question se pose dès lors : la volonté de contenir des dynamiques impériales peut-elle constituer une stratégie en soi ? Qu’il soit dur ou modéré, le containment est-il réellement efficace face à des acteurs qui ne reconnaissent ni l’équilibre recherché ni les règles censées le garantir ? Elle se pose aussi dans notre propre relation avec Pékin.
Sur le plan intérieur aussi, l’équilibre des pouvoirs est une construction instable. La nouvelle « purge » de généraux au plus haut niveau du commandement militaire avec la mise à l’écart de son n°2, le général Zhang Youxia, illustre-t-elle l’entrée dans une période d’instabilité, préfigurant une lutte pour la transition politique en 2027 ou, au contraire, une reprise en main définitive de tous les leviers du pouvoir par l’équipe dirigeante emmenée par Xi Jinping ?
Quoiqu’il en soit, sur les plans économique, industriel et technologique, le projet de "modernisation à la chinoise" est bel et bien l’horizon ultime et le point de convergence commun de toutes les politiques, plans et sous plans sectoriels élaborés dans le cadre du 15ème plan quinquennal, y compris en matière de défense nationale. A cette aune, la formule présidentielle selon laquelle « le développement de la Chine est inarrêtable » prend tout son sens, tant pour les affaires domestiques que pour les ambitions mondiales de la Chine.
➔ Dans ce Bulletin 11 Mémos
▶ Politique intérieure
1. Le noyau dirigeant du PCC en passe de reprendre le contrôle de l’appareil de l’APL
Ces derniers jours, Pékin a été le théâtre d’un énième rebondissement de la guerre des chefs au plus haut sommet du parti et de l’APL. Mais pas seulement. Il s’agit aussi d’une lutte d’appareils, de cultures et d’organisation du pouvoir, de priorités stratégiques, de vision pour l’avenir.
Nous ne pouvons pas traiter ici l’ensemble des questions et il est sage de rappeler que nous ne disposons que de très peu d’informations fiables et recoupées. J’apporte ici une lecture, ma lecture des événements récents en m'appuyant sur les informations que le pouvoir émet publiquement depuis lors.
Je prépare pour l’Institut Thomas More une note plus étoffée et plus large sur la question de la fonction des « purges » aujourd’hui en Chine. Je vous avertirai de sa publication. ( 6 087 signes. Mots-clés : Zhang Youxia ; Liu Zhenli ; CMC ; APL)
A ce jour, le comité central du PCC a diffusé deux textes qui font autorité. Ces deux textes doivent constituer le « point zéro » de notre analyse.
- Un éditorial de Xinhua, adressé pour une publication au Journal de l’APL le 25 janvier, dimanche
- Le lendemain lundi, la Commission Militaire Centale (CMC) annonce l’entrée en vigueur, le 1er février prochain d’un "Règlement sur les élections des organisations du Parti dans l'armée".
Ces deux textes nous permettent de mieux apprécier ce qui se joue au niveau du Comité central du PCC et dans les instances dirigeantes de l’APL.
Communiqué n°1 :
Voici ci-dessous, les éléments intéressants de l’éditorial du Quotidien de l’APL, publié dimanche 25 janvier mais daté par Xinhua au 24 janvier, 23 :50 qui constitue la première pièce de com’ du régime qui fait autorité sur l’ouverture de l’enquête touchant les deux généraux déchus de la CMC.
Parmi les éléments qui ont attiré mon attention, je retiens les extraits suivants :
Zhang Youxia et Liu Zhenli (…) ont piétiné et sapé le système de responsabilité du président de la Commission militaire centrale (军委主席负责制).
Le traitement disciplinaire et juridique de Zhang Youxia et de Liu Zhenli permettra inévitablement de rétablir l’ordre et la clarté sur le plan politique, d’éliminer les poisons et les dérives sur le plan idéologique, d’éradiquer la corruption et de régénérer les forces vives sur le plan organisationnel (从思想上肃毒除弊,从组织上去腐生肌), de consolider et d’approfondir les résultats de la rectification politique, de favoriser la renaissance et la transformation profonde de l’Armée populaire, et d’insuffler une puissante dynamique au développement de l’œuvre de renforcement de l’armée.
La pratique démontre pleinement que plus l’Armée populaire lutte contre la corruption, plus elle devient forte, pure et dotée d’une réelle capacité de combat 越纯洁、越有战斗力) ; plus s’approfondit a lutte anticorruption, plus elle se donne l’assurance d’ atteindre l’objectif de la lutte (finale) fixé pour le centenaire de la fondation de l’armée.
Nous sommes convaincus que, sous la direction ferme du Comité central du Parti avec le camarade Xi Jinping en son centre, l’Armée populaire éliminera tous les phénomènes négatifs et corrupteurs et demeurera à jamais une armée héroïque en laquelle le Parti et le peuple peuvent avoir une confiance totale (党和人民完全可以信赖的英雄部队).
Il convient de purifier sans cesse les esprits, d’assainir les rangs et de préserver un écosystème sain (不断纯净思想、纯洁队伍、纯正生态), et mettre en oeuvre de manière effective les grandes décisions et orientations stratégiques de la Commission militaire centrale et du président Xi (中央军委和习主席).
Unissons-nous encore plus étroitement autour du Comité central du Parti avec le camarade Xi Jinping en son centre, appliquons strictement le système de responsabilité du président de la Commission militaire centrale (让我们更加紧密地团结在以习近平同志为核心的党中央周围 贯彻军委主席负责制), accélérons la construction d’une armée populaire de tout premier rang mondial (…)
Communiqué n°2 : la Commission militaire centrale annonce l’entrée en vigueur, le 1er février prochain d’un "Règlement sur les élections des organisations du Parti dans l'armée".
Cette seconde annonce, diffusée dans un entrefilet du Quotidien du Peuple, l’autre voix du PCC, fait davantage autorité car elle introduit un nouveau règlement officiel interne au PCC auquel devront obéir l’ensemble de la haute hiérarchie militaire :
Extraits:
La directive répond aux nécessités d’organisation du parti dans l’Armée et synthétise les travaux sur les élections depuis le 18ème Congrès (2012), leur conception, centrée sur les renouvellements* pour définir une nomenclature complète des élections aux niveaux des Congrès du parti (au sein) de l’APL, des représentants du parti, des Commission de parti au niveau de la brigade et au-dessus, leurs commissions d’inspection disciplinaire ainsi que des commissions et cellules de base du parti.
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*La formulation 继承创新 est à double sens : littéralement innover dans « l’héritage » ou la « succession »
Puis, il conclut :
La présente directive constitue une réglementation interne importante régissant le travail électoral des organisations du parti au sein des forces armées
Analyse
Tout au long de l’année 2025, l’autorité de Xi Jinping aura été contestée au sein de l’APL et ce malgré un (vieux) « système de responsabilité du président de la CMC », révisé maintes fois, et qui confère statutairement à Xi un rôle d’arbitre et de décisionnaire ultime.
Nous observons donc un nouvel épisode de « rectification politique » du noyau dur du Parti sur le haut appareil de l’APL. Celui-ci semble avoir débloqué une situation verrouillée par un nombre restreint de généraux, dont Zhang Youxia, et permet désormais une réorganisation dans le management du haut commandement de l’APL.
Ce que permet ce « déverrouillage », ne se limite pas à un ou deux « dossiers » (Taiwan…), mais, en cascade, à l’ensemble de la stratégie de défense et de montée capacitaire de l’APL, ainsi que les options militaires qui en résulteraient, fussent-elles demandées par le top de l’exécutif.
Ce à quoi s’emploie le noyau dur du parti, emmené par Xi Jinping, est de casser le silotage vertical de la chaine de commandement, en réimposant dans l’APL des mécanismes de décisions et de nominations reflétant les buts politiques du Bureau Politique du PCC et non des vues, analyses et recommandations corporatistes ou strictement opérationnelles d’une partie de ses généraux.
La partie n’est pas pour autant terminée. Cependant, à compter du 1er février, samedi, de nouvelles règles s’appliqueront concernant les élections des comité du PCC dans les forces armées. Cette règlementation a été imposée et promulguée le lendemain de la mise à l’écart de Zhang Youxia et de Liu Zhenli.
Le parti lance en parallèle une campagne ouverte de ralliement des hauts cadres militaires donnés pour fidèles à leur chaine hiérarchique, mais pouvant basculer en faveur d’une reprise du contrôle du commandement civil du PCC.
L’essentiel est résumé dans ces trois paragraphes :
Unissons-nous encore plus étroitement autour du Comité central du Parti, avec le camarade Xi Jinping à sa tête.
Mettons en œuvre le système de responsabilité du président de la Commission militaire centrale.
(il faut) accélérer le développement de l'Armée populaire pour en faire une force de classe mondiale, au service de la grande cause du renouveau national, et en appui stratégique de notre politique de modernisation.
Les conséquences d’une reprise en main de l’appareil de l’APL par le noyau dirigeant du PCC sur les nominations individuelles, l’organisation, les orientations (missions, objectifs…) et les capacités des forces armées chinoises sont, à ce stade, difficiles à évaluer.
L’horizon de la modernisation de l’APL est fixé à 2027, 2035 puis 2049, en ce que l’exécutif désigne sous le nom de « nouvelle stratégie en trois phases » (新三步走), mais l’échéance intermédiaire à 2027 revêt une dimension davantage politique que réellement capacitaire. Et l’année 2027 est une année politique pour le régime avec, au mois d’octobre, la tenue du 21ème Congrès du PCC qui décidera du maintien de Xi Jinping au pouvoir ou de sa succession.
🏷️ Zhang Youxia Liu Zhenli APL CMC↑ Retour au sommaire2. Grand-messe des Sciences et technologies et leurs chantiers
Le 26 janvier à Pékin s’est ouvert la Conférence nationale aux sciences et technologies (全国科技工作会议), présidée par Ding Xuexiang, membre permanent du Bureau Politique et président de la Commission centrale aux sciences et technologies.
Cette grande conférence annuelle réunit les responsables S&T des provinces, les ministères et organismes centraux, et des représentants de la communauté scientifique. (2 152 signes. Mots-clés : 15ème plan ; Commission centrale aux sciences et technologies ; MOST)
Elle donne un aperçu des axes, déjà définis l’an dernier, du plan quinquennal (2026-2030) qui veut accélérer le rythme de mise sur le marché et de l’industrialisation des résultats tirées de la recherche, à travers :
- le développement de plateformes de validation de concept et de dispositifs d’essais pilotes et de pré-industrialisation ;
- la création, l’ouverture et l’élargissement de scénarios d’application concrets (Cf. nos mémos précédents (Bulletin n°8, mémo n°2), destinés à accélérer l’expérimentation et l’adoption des technologies ;
- le renforcement de la protection, de la valorisation et de l’exploitation stratégique de la propriété intellectuelle (PII).
Elle rappelle la centralité de l’organisation mise sur pied, garante de la réussite des objectifs. Dans le jargon cryptique du PCC, il s’agit du « système des grands chantiers nationaux ».
Ledit « système de chantiers nationaux »(举国体制) désigne un dispositif institutionnel spécial conçu pour mettre en œuvre la volonté de l'État dans des domaines spécifiques.
Le nouveau système des chantiers nationaux ne se contente pas de reproduire les modèles passés, mais tire parti des atouts respectifs du gouvernement et des forces du marché, dans les conditions d'une économie de marché, afin de forger une communauté de l'innovation (创新共同体) intégrant de manière organique les forces gouvernementales, commerciales et sociétales.
Le 4ème plenum du 20ème Comité central (23-26 octobre 2024) en a fixé les objectifs :
- Parfaire un nouvelle organisation des grands chantiers nationaux (en S&T),
- Prendre des mesures exceptionnelles (采取超常规措施)
- Réaliser des percées décisives dans les technologies clés essentielles sur toute la chaîne industrielle dans des secteurs prioritaires suivants :
o les circuits intégrés,
o les machines-outils industrielles,
o les instruments haut de gamme,
o les logiciels fondamentaux,
o les matériaux avancés et la bio fabrication.
Commentaire :
La création, en mars 2023, de la Commission centrale aux sciences et technologies (中央科技委员会) marque une nouvelle étape de la centralisation de la politique de l’innovation. Elle s’est imposée depuis comme l’instance suprême décisionnaire de la « guerre technologique ».
Toute entreprise étrangère disposant d’actifs ou projets technologiques en Chine avec des partenaires locaux doit tenir compte des dispositifs mis en place et doit réaliser des audits et reviews réguliers, afin notamment d'identifier lesdites « mesures exceptionnelles » mises en œuvre par les pouvoirs publics locaux et trouver les contre-mesures nécessaires.
🏷️ MOST↑ Retour au sommaire3. Politique démographique ou programme doctrinal du contrôle de la population ?
Dans une tribune publiée le 20 janvier dans plusieurs journaux et revues du PCC et intitulée « Ouvrir de nouvelles perspectives dans la théorie et la pratique démographique » (开辟中国特色人口理论和实践新境界), le directeur du Centre de recherche sur la population et le développement et un chercheur au Centre de recherche pékinois sur la « pensée » de Xi Jinping, font une synthèse des nouvelles orientation de politique démographique.
Ce texte, qui cite abondamment Xi Jinping, justifie l’évolution des politiques démographiques depuis la mise en place du planning familial, jusqu’à son abandon progressif. Ses deux auteurs les présentent non comme une rupture ou un aveu d’échec, mais comme une adaptation nécessaire au nouveau stade du développement économique et social que connait le pays.
Le texte introduit le concept de « développement démographique de haute qualité » (人口高质量发展), reprenant une formulation appliquée à l’ensemble du train des réformes depuis 2017 signifiant une transition d’un modèle économique à un autre.
Je mesure ô combien cette sémantique peut apparaitre absconse, voire incommodante. Procédons néanmoins à un petit examen.
Selon le texte, la politique démographique de la Chine ne se concentre plus sur les « volumes démographiques », mais sur une « vision intégrée » combinant niveau de fécondité, taille de la population, structure par âge, répartition territoriale, ainsi que conditions de santé, d’éducation et de qualification, ce que les textes désignent sous le terme de « caractère de la population » (人口素质). Ce terme est parfois traduit par « qualité » de la population », mais trop connoté à mon sens. Il pourrait être compris comme un euphémisme volontaire pour dissimuler une tentation à un eugénisme de masse.
L’approche actuelle s’appuie sur une lecture originale de la transition démographique, selon laquelle, à un certain stade de développement, la contribution de la croissance quantitative de la population à l’économie tend à s’atténuer, tandis que « l’amélioration des capacités humaines » devient un des facteurs déterminants du développement. Il s’agit donc bien d’une vision instrumentale de la population qui est jugée sous le prisme unique et grossissant de son utilité publique.
Nous avons l’avantage d’avoir un méga-marché peuplé de 1,4 milliards d’habitants.
Il faut tirer pleinement parti de cet avantage, il peut nous apporter un soutien pour bâtir un environnement favorable à notre développement et insuffler un nouvel élan à la croissance économique mondiale.
Aussi, le chercheur développe l’idée que cette transition démographique n’est pas subie (vieillissement…) mais conçue comme un levier d’accompagnement de la modernisation (人口综合红利, littéralement un « dividende démographique ») contribuant à une croissance plus soutenable, au renforcement du marché intérieur, à la cohésion sociale et à la prise en compte des enjeux de long terme, notamment environnementaux et sociétaux.
Promouvoir un développement démographique de qualité est une entreprise systémique complexe qui nécessite de maintenir le leadership total du Parti, en particulier le leadership centralisé et unifié du Comité central du Parti, afin de garantir que le Parti conserve le commandement et coordonne toutes les parties.
Ce projet se présente comme une « innovation doctrinale » (理论创新) liée à la “théorie” du Parti, et insiste sur la nécessité d’une direction politique centralisée pour piloter cette ingénierie démographique seule apte à diriger une société qui privilégie, en l’imposant, le collectif sur l’individu.
Ce « matériau » ou caractère national doit permettre à chacun de participer à la vie économique et sociale et à la sécurité nationale.
L'intégration de la sécurité démographique dans le cadre plus large de la sécurité nationale est une nécessité fondamentale du développement démographique (de haute qualité).
Aussi, cette variable démographique est appelée à s’inviter sur tout décision de politique macroéconomique par la mise en œuvre d’un « mécanisme d’évaluation de l’impact des grandes décisions sur la population et la fécondité ».
Cette politique servira aussi un argumentaire affirmant la puissance de marché de la Chine, fort de ces 1,4 Mds d’habitants. Pékin requalifie ainsi la démographie en variable positive de modernisation où la population a une finalité. Les buts sont définis d’en haut (puissance et sécurité nationale), sont non négociés et non négociables ; en aucun cas ils ne peuvent résulter d’un arbitrage et de choix individuels.
🏷️ démographie↑ Retour au sommaire4. Gestion des affaires sociales et des algorithmes : le parti craint une perte de contrôle sur les nouvelles classes sociales
Le 26 janvier s’est tenue la conférence nationale des directeurs (locaux) aux affaires sociales, présidée par Cai Qi, membre permanent du Bureau politique. Elle a entériné le programme d’action du « Département du travail social » (Cf. notre Bulletin n°6, mémo n° 4) révélé quelques jours plus tôt par son directeur, Wu Hansheng. ( 4 384 signes. Mots-clés : Département aux affaires sociales ; MOHRSS ).
Bulletin #6 - Mémo 4 - La fabrication d’une nouvelle population : les « travailleurs sociaux » du PCCPlus intéressante que la conférence est l’interview du directeur du Département aux affaires sociales du PCC, Wu Hansheng, qui y décrit le travail et les missions de son département en matière d’affaires sociales et de gouvernance (社会治理体系). Pour Wu, le système déployé relie le parti, l’État, la société et les individus par le biais de mécanismes de prévention des risques sociaux, économiques, idéologiques et politiques.
En résumé, cette « gouvernance sociale » sert explicitement à la longévité du pouvoir, à la prévention de la désaffection politique et à l’adaptation aux transformations sociales rapides (urbanisation, plateformisation, nouvelles classes…).
A société nouvelle, nouvelle gouvernance
Le Département souligne, en outre, l’émergence de nouveaux corps économiques (plateformes) et sociaux (新社会组织), ainsi que les nouvelles classes d’actifs (新就业群体), livreurs, chauffeurs, streamers etc., qui se développent rapidement ces dernières années.
Pour suivre cette évolution, le cœur du « travail social » pour les années à venir consiste faire entrer les règles algorithmiques des plateformes dans le champ de la gouvernance sociale (深化平台算法治理), en utilisant les données de plateforme comme autant d’indicateurs précoces,
L’espace numérique dans la gouvernance sociale est omniprésent. »网络空间对社会治理的影响无处不在
Il faut aussi :
fluidifier et encadrer les canaux d’expression des revendications populaires, d’arbitrage des intérêts et de protection des droits. 畅通和规范群众诉求表达、利益协调、权益维护通道
Commentaire sur la nature et la transformation du corps social en Chine
Je rappelle deux points liminaires :
- Il n’y a pas en Chine de ministère des affaires sociales, ni de ministère du travail. Leur équivalent, le ministère des ressources humaines et de la protection sociale (MOHRSS), est un ministère « technique ». Il traite de l’emploi, de la formation professionnelle, des retraites et des assurances sociales (maladie, retraite…).
- La société en Chine n’est pas pensée, chez l’élite du PCC, ni organisée comme un espace distinct de l’État ou du Parti.
Cela étant rappelé, le système de gouvernance sociale présenté par Wu doit être compris comme un outil de projection du leadership du Parti dans des espaces, en théorie, partiellement autonomes (entreprises privées, « ONG », plateformes, nouveaux travailleurs indépendants…).
Le département des affaires sociales du PCC a à charge non pas la gestion des conséquences sociales mais de l’organisation proactive de la société, y compris des comportements (loyauté). Gouverner l’algorithme, puisque c’est de cela qu’il est question, c’est agir avant que la plainte ne devienne revendication, et avant que la revendication ne devienne conflit visible et embarrassant pour le régime.
La mission principale du département consiste ainsi à cartographier en continu les zones de probabilité de friction sociale à l’aide de signaux faibles fournis par les algorithmes et le travail de « médiateurs ». Une gestion qui ne veut laisser aucun champs ni interstices nouveaux se développer. Or, les plateformes numériques (e-commerce…) sont devenues des institutions sociales de fait en Chine. Elles sont omniprésentes.
Dans la logique du parti, puisqu’il gouverne la société, il doit gouverner partout où la société se structure. Or, ce qui structure réellement la vie sociale de ces nouveaux travailleurs, ce sont les plateformes, et leurs règles algorithmiques.
Cette approche traduit la paranoïa et la peur du régime face à cette nouvelle réalité.
Comme l’indique un professeur en sciences sociales dans un article diffusé par ce même Département du travail social de Wu :
Les secteurs émergents présentent des modèles d'emploi de plus en plus flexibles et diversifiés, avec une main-d'œuvre relativement plus jeune composée d'une proportion importante de personnes nées après les années 90 et 2000. Ces groupes accordent de l'importance à l'autonomie dans leur travail et manifestent moins d'affinité pour les structures organisationnelles traditionnelles. Cela pose de nouveaux défis pour les efforts de renforcement du Parti et introduit une complexité considérable.
Puis, ce professeur semble s’alarmer :
Les nouvelles organisations économiques se caractérisent par des formes souples, tandis que les nouveaux groupes de travailleurs se distinguent par une forte mobilité : livreurs, chauffeurs de VTC, animateurs en ligne sont souvent « physiquement dans la rue, administrativement dans le cloud » (人在路上、户在云端)
Le lieu d’enregistrement, le lieu de travail et le lieu de résidence se trouvent ainsi dissociés 注册地、工作地、居住地三地分). Dans ces conditions, le modèle traditionnel « une entreprise, une cellule du Parti » (一企一支部) ne peut plus être appliqué à des situations où « une personne travaille pour plusieurs plateformes ». Où implanter la cellule du Parti ? Comment gérer les rattachements organisationnels ? Quand organiser les activités ? Autant de questions très concrètes qui constituent désormais des difficultés majeures.
Le professeur reconnaît implicitement que Parti a perdu ses repères. Ses outils organisationnels traditionnels ne fonctionnent plus. La "gouvernance sociale" n’est plus seulement une administration du contrôle de la société, mais aussi un enjeu de reconquête totale du champ social en constante évolution.
🏷️ Wu Hansheng Département aux affaires sociales du PCC MOHRSS↑ Retour au sommaire5. Une politique de cybersécurité non assumée et double discours
Depuis la mi-janvier, des informations de presse indiquent que des autorités chinoises auraient demandé à des entreprises domestiques de cesser d’utiliser certains logiciels de cybersécurité étrangers (VMware, Palo Alto Networks, Fortinet, Check Point…), avec un objectif de remplacement d’ici le 1er semestre 2026, pour des motifs de sécurité nationale. Cette information n’est pas confirmée officiellement par Pékin. ( 4 069 signes. Mots-clés : SASAC ; CAC ; 5G)
Depuis 2024, des sources principalement américaines, mentionnent l’existence d’un “Document 79” attribué tantôt à la SASAC, l’administration centrale qui gère les actifs et les grandes entreprises d’Etat (SOE), tantôt à la Cyberadministration chinoise (CAC), fixant un horizon à 2027 pour l’élimination de dépendances IT dans les administrations, les SOE et au-delà.
Ce document 79 semble devoir être davantage un agrégat de directives sectorielles, circulaires internes et signaux administratifs convergents, dont l’existence politique compte plus que sa transposition juridique. Depuis, des sources chinoises non officielles reprennent cette information sans citer la source officielle primaire.
Des directives administratives non publiques
Ces consignes officieuses circulent, sous des formes différentes, dans l’épaisseur de la politique dite « d’innovation propriétaire dans les applications informatiques » (信息技术应用创新). Elle vise la maîtrise autonome des technologies IT clés au nom de la sécurité et de la résilience, initiée dans le cadre du 14ème plan en 2021.
Dans ce cadre, la substitution technologique n’est pas présentée en interne comme un simple choix industriel, mais comme un enjeu de sécurité nationale et de contrôle des chaînes critiques, incluant matériel, logiciels de base, applications et sécurité.
Dans le même temps, on observe depuis 2022 une « mise en récit interne de la substitution », présentée comme une nécessaire transformation managériale et organisationnelle via l’intégration de la numérisation (数智化) et de la localisation technologique (信创化).
Ce discours met en évidence le levier central de transformation par la conformité et l’incitation (等保、分保、国密, audit, exigences de qualification), un patchwork de soft laws permettant d’orienter les choix technologiques sans recourir à des interdictions publiques formelles et où la contrainte s’exerce principalement par des mécanismes administratifs, normatifs et de commande publique, avec une accélération perceptible à l’approche des échéances sectorielles et de planification.
C’est la raison pour laquelle il ne peut y avoir de coming out du « Document 79 ».
Vers une fermeture à sens unique
Ce bannissement progressif de la cybersécurité d’origine étrangère n'est pas une mesure isolée. En Chine, une recommandation de la SASAC ou de la CAC vaut une loi et signal de marché pour les entreprises du secteur et leurs utilisateurs finaux.
La Chine est en train de créer en écosystème asymétrique, fermé par défaut vers l’intérieur, mais conçu pour l’expansion vers l’extérieur. En isolant ses infrastructures (cybersécurité locale + OS local + Cloud souverain), elle réduit la capacité des sanctions américaines à paralyser à l'avenir son économie.
C'est la prolongation d’une stratégie de « bunkérisation numérique », pas seulement défensive (ban, substitution, contrôle) (国产替代, 自主可控) mais aussi un levier de montée en gamme et de positionnement mondial.
La seule faille à combler, sans possibilité de substitution complète à court terme, se loge dans la brique technologique des semi-conducteurs…
Asymétrie et hypocrisie
Cette stratégie de fermeture contrôlée contraste avec la virulence du discours chinois à l’égard des politiques européennes de cybersécurité, accusées de politisation et de protectionnisme dès lors qu’elles ciblent des fournisseurs chinois.
Le 20 janvier, Commission européenne a présenté un ensemble de nouvelles mesures en matière de cybersécurité. Sur la base de la « boîte à outils » existante pour la sécurité des réseaux 5G, il est envisagé de promouvoir une réduction forcée des risques au sein des réseaux de communications mobiles européens, en ciblant les chaînes d’approvisionnement provenant de pays tiers considérés comme « à haut risque ».
Interrogé le même jour, le ministère chinois des affaires étrangères répond :
La Chine a pris note des informations concernées et exprime à cet égard sa vive préoccupation. Les entreprises chinoises opèrent depuis longtemps en Europe dans le respect des lois et des réglementations, sans jamais porter atteinte à la sécurité nationale des pays européens (…).
En l’absence de toute preuve factuelle, le recours à des critères non techniques pour restreindre, voire interdire, la participation des entreprises au marché constitue une violation grave des principes du marché et des règles de concurrence loyale. Il s’agit d’une politisation et d’une instrumentalisation excessive de la sécurité, relevant d’un protectionnisme manifeste.
Pékin dénonce comme protectionniste toute restriction européenne fondée sur des critères de sécurité, tout en organisant lui-même, par des instruments administratifs non publics, l’éviction progressive de toutes les technologies étrangères de ses infrastructures critiques.
🏷️ SASAC CAS 5G↑ Retour au sommaire▶ Politique extérieure
6. Etats-Unis-Chine et Indopacifique : la National Defense Strategy (NDS) et les premières réactions chinoises
Dans son allocution donnée le 26 janvier au Sejong Institute à Séoul, le sous-secrétaire du « Department of War » (Pentagone), Elbridge Colby, fournit le premier éclairage et mise en cohérence doctrinale publique de la stratégie Indopacifique américaine depuis le retour de D. Trump à la Maison Blanche. Il intervient trois jours après la publication de la National Defense Strategy 2026, élaboré par son bureau : l’ Office of the Under Secretary of Defense for Policy (OUSD(P). (2 548 signes. Mots-clés : Elbridge Colby)
Elbridge Colby développe les concepts majeurs de la stratégie américaine pour l’Asie :
1." A favorable balance of power". Ce concept central du discours ( hérité du géopoliticien Nicholas Spykman -1942) désigne une supériorité américaine régionale euphémisée, frôlant l’oxymore.
Pour Elbridge Colby :
"a favorable balance of power (that) prevents domination of this crucial region by any single state".
L'effet à rechercher n'est pas la parité, mais une prépondérance asymétrique le long de la première chaîne d'îles.
2. "Deterrence by denial" : et la confirmation d’une stratégie militaire visant à rendre toute agression chinoise « infeasible » et toute tentation à l’escalade « unattractive » via une posture "resilient, distributed, and modernized" au Japon, Philippines, et en Corée.
3. Le « Burden-sharing » obligatoire. Le nouveau standard d’engagement est confirmé à 3,5% du PIB en dépenses de défense. Colby salue la Corée du Sud comme allié modèle, permettant de mettre l'alliance sur de solides bases durables (« sound footing for the long haul »).
4. Une "decent peace" avec la Chine. Colby affirme :
"We are not seeking to dominate China, nor do we seek to strangle or humiliate it".
Son objectif affiché : "a genuinely stable equilibrium" où la Chine reste "rich and powerful" mais contenue dans ses frontières.
On note par ailleurs l’absence de Taiwan, jamais mentionné explicitement, alors que le concept de « first island chain » l'englobe. Certains médias taiwanais y relèvent zéro mention contre 4 sous Biden en 2022.
Réactions chinoises : lucidité et scepticisme
Pour l’heure, les experts et médias chinois que j’ai consultés traduisent tous "favorable balance of Power" par "力量平衡" (équilibre de forces) mais comprennent que l'objectif américain consiste à : "établir une position de supériorité militaire" (建立军事优势地位) qui se traduira, dans les premières chaînes d'îles, par un gel territorial incluant Taiwan. Or Pékin rejette le concept même de statu quo dans le Détroit, un concept et une configuration qu’elle continuera de contester.
Comme le remarque un chercheur de l’Université de Nankin, Ling Yunzhi, le discours de Colby et la NDS introduisent deux effets potentiels majeurs :
- un premier, de nature rhétorique et facial, qui plaide pour un adoucissement, ou apaisement (软化),
- un second, plus stratégique, de "compétition à haute intensité avec garde-fous" (高强度竞争、注重护栏) qui faisait défaut tout le long du mandat de Joe Biden.
Bien que non officielles, les premières réactions observées montrent que les autorités chinoises interprètent elles aussi la posture Indocpac américaine comme une nouvelle stratégie de containment durable, articulée, qui ne dit pas (plus) son nom et une perspective de guerre d’attrition.
Attendons de voir comment le troisième et dernier document stratégique 2026 de l’administration Trump, la Global Posture Review, pourrait révéler, au-delà de la déclaration d’intention d’Elbridge Colby, de plus opérationnel et programmatique dans l’approche globale à Washington DC.
🏷️ Elbridge Colby↑ Retour au sommaire7. Activité diplomatique chinoise sur le Moyen-Orient
Les 6 et 7 janvier, 2026, l’envoyé spécial chinois pour le Moyen-Orient, Zhai Jun, que l’on connait bien en France - il a été ambassadeur à Paris (2014-2019) - se rend en Israël, puis, est reçu à Ramallah par Mahmoud Abbas : la partie palestinienne évoque la “gouvernance d’après-guerre” à Gaza, tandis que Pékin met en avant le cessez-le-feu, et réaffirme l’option d’un règlement politique par la « solution à deux Etats" (两国方案). ( 2 964 signes. Mots-clés : Wang Yi ; Zhai Jun; OCI )
- Le 15 janvier, le top diplomate chinois Wang Yi s’entretient par téléphone avec le chef de la diplomatie iranienne : Pékin appelle à la retenue, au dialogue, et s’oppose à la l’usage de la force, un signal de fond que l’enjeu iranien structure désormais l’activisme chinois dans la zone, sous la menace d’une intervention armée américaine (Cf. mon post précédent du 15 janvier)
- Le 20, Zhai Jun reçoit à Pékin des responsables norvégiens et échange sur les “points chauds” du Moyen-Orient, suggérant une recherche de relais européens “fonctionnels” – mais pas à Bruxelles - sur la question israélo-palestinienne *.
*Note : la Norvège est un acteur institutionnel majeur du dossier israélo-palestinien. Il préside le comité de liaison ad hoc pour l’aide aux Palestiniens (AHLC). Créé en 1994 dans le prolongement des Accords d’Oslo, c’est le principal cadre international de coordination de l’aide économique et institutionnelle aux Palestiniens.
- Le 22 janvier, Zhai Jun reçoit l’ambassadeur de Turquie : nouvel échange sur les “hotspots” régionaux
- Et vendredi 23, lors de la conférence de presse du ministère chinois des affaires étrangères, un porte-parole du ministère chinois des AE répond à minima à une question de l’AFP sur la montée de tension autour de l’Iran et du redéploiement aéronaval américain :
Correspondant de l'AFP : Le président américain Donald Trump a déclaré aujourd'hui que les États-Unis envoyaient une importante flotte navale en Iran. Les deux parties ayant publié des déclarations fermes ces derniers jours, quel est le commentaire de la Chine sur la situation actuelle ?
Porte-parole MAE chinois : La Chine espère que l'Iran préservera sa stabilité nationale et que toutes les parties chériront la paix, feront preuve de retenue et résoudront leurs différends par le dialogue.
Pékin vise manifestement à occuper l’espace diplomatique et médiatique au moment où le risque d’escalade entre l’Iran, les Etats-Unis et Israël augmente à nouveau, en ancrant une posture opportune de désescalade et de “solution politique”.
Pékin veut être vu au centre du jeu, comme interlocuteur parlant à toutes les parties, mais il a dû s’employer pour être reçu poliment par Tel Aviv.
Interrogé Sur le Conseil de la Paix crée par l’administration Trump, et l’adhésion de huit pays majoritairement musulmans, le MAE chinois reste muet.
- Mardi 26, Wang Yi, a reçu à Pékin Ahmed Aboul Gheit, secrétaire général de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) un partenaire clé du « Sud ».
Le compte-rendu de la rencontre souligne que Wang a remercié l’OCI pour son soutien ferme sur le Xinjiang et Taïwan, et propose en échange une logique de soutien réciproque (坚定相互支持), sans préciser sa nature, son périmètre ses modalités.
Les forces et limites de la solidarité diplomatique chinoise
Pékin ne propose pas une ingénierie sécuritaire alternative au scénario israélo-américain. ISa posture est plus subtile, bien que trahissant aussi son impuissance : il propose un cadre politique et le respect de grands principes (cessez-le-feu et règlement politique) comme sur la plupart des dossiers de crise où sa médiation lui sert de faire-valoir. Pour l'heure, la médiation chinoise s'inscrit officiellement en soutien d’initiatives régionales- dont le plan de reconstruction et de retour à la paix à Gaza porté par l’Égypte et d’autres pays arabes -plutôt qu’en chef de file.
Pékin poursuit, en somme, ce qu’il entreprend depuis plusieurs années : capitaliser sur les incohérences stratégiques et les initiatives aventurières des Etats-Unis, et récolter les fruits d’une éventuelle désescalade régionale.
🏷️ Wang Yi Zhai Jun Organisation de la Coopération Islamique - OCI↑ Retour au sommaire8. Question iranienne : la Chine et ses experts ont-ils pris l’exacte mesure de D. J. Trump ?
J’ai parcouru les sites d’informations et de publications de briefs et notes d’experts chinois sur la question de l’éventualité d’un nouveau passage à l’acte militaire des Etats-Unis sur le territoire iranien. Deux types de sentiments et d’analyse se dégagent : les tenants d’une certaine vision de rationalité dans la décision stratégique américaine... et les autres. ( 3 264 signes. Mots-clés : Fudan University ; SIIS ; CICIR ; SISU)
Parmi les premiers, le Global Times publie, le 16 janvier, une interview d’ experts du Moyen-Orient, dont Sun Degang, rattaché au Centre de recherche sur le Moyen-Orient à l'Université Fudan de Shanghai.
Si les États-Unis décidaient finalement de mener une action militaire contre l'Iran, il s'agirait très probablement d'une frappe punitive « à portée limitée ». Une telle opération se limiterait à des cibles telles que les lanceurs de missiles balistiques et les installations de production de drones iraniens, dans le but d'empêcher l'Iran de constituer par la suite une menace pour Israël et les bases militaires américaines dans la région du Golfe.
Si les États-Unis devaient intensifier leur réponse de manière excessive, ils pourraient bien se retrouver entraînés dans une guerre d'usure avec l'Iran, une issue que Washington souhaiterait éviter.(…) À l'heure actuelle, le recours à la force ne semble pas être la première option envisagée par les États-Unis.
Un autre expert Li Weijian, de l'Institut d'études internationales de Shanghai (SIIS), estime cependant que :
Même si les États-Unis optaient finalement pour une intervention militaire, il est peu probable qu'ils lancent une guerre totale visant à renverser le régime iranien. Tout au plus, ils mèneraient des frappes limitées visant des installations nucléaires et énergétiques.
Après l’annonce de la mobilisation d’une flottille stationnée en Mer de Chine pour le Golfe, les avis deviennent moins optimistes, reflétant une certaine sidération, assez peu commune dans les grands médias populaires chinois.
En effet, le 22 janvier, depuis l'avion présidentiel qui le ramène du Forum de Davos, D. Trump a annoncé que “beaucoup de navires” se dirigeaient vers la région et seraient bientôt sur zone.
Le même jour, un chercheur du CICIR, un think tank lié à la sécurité d’Etat, Li Chang, expose dans une tribune postée sur le site web du Shanghai International Studies University (SISU) une analyse qui me semble, en creux, refléter davantage celle des autorités centrales chinoises.
Pékin considèrerait toute tentative américaine de décapitation du régime iranien comme hautement risquée, peu crédible et potentiellement contre-productive. Néanmoins, une action ciblée et ponctuelle demeure possible.
Extrait de l’article de Liu Chang :
Sans un plan infaillible et une certitude absolue, les « opérations spéciales » ou la « frappe décapitante » des États-Unis contre l'Iran risquent de répéter l'échec de l'opération « Eagle Claw » menée par l'administration Carter en 1980.
Une action militaire non seulement ne causerait pas de dommages substantiels à l'Iran et ne provoquerait pas de changement de régime, mais elle susciterait des représailles iraniennes et risquerait de déclencher un conflit régional, plongeant une fois de plus les États-Unis dans le bourbier de la guerre au Moyen-Orient.
Mais, il ajoute :
La probabilité que les États-Unis recourent à une action militaire contre l'Iran augmentera avec le temps.
Une fois les préparatifs militaires terminés et l'évaluation de la situation finalisée, les États-Unis pourraient bien lancer une forme d'action militaire limitée.
Commentaire
L’activité, voire l’activisme diplomatique de Pékin de ces dernières semaines et les analyses de la communauté chinoise des experts en relations internationales et de sécurité se veulent rassurantes.
La Chine n’a pas, semble-t-il, encore renouvelé son regard ni son approche pour appréhender et peser davantage sur l’évolution en cours dans la zone et reste spectatrice des modes d’action de l’administration Trump. On l’a vu en Amérique Latine, on le constate au Moyen-Orient.
La Chine doit pourtant s’adapter pour éviter que sa gestion du temps long, qui a jusqu’à présent constitué un avantage pour elle, ne se transforme en handicap pour la préservation de ses intérêts.
🏷️ Fudan University SIIS CICIR SISU↑ Retour au sommaire9. Chine-Royaume-Uni : après l’âge de glace...
Le déplacement de Keir Starmer à Pékin constitue la première visite d’un premier ministre britannique en Chine depuis huit ans. Il marque une tentative de normalisation après plusieurs années de gel partiel des relations économiques et politiques, sans retour à la logique du « Golden Era » sous le gouvernement de David Cameron en 2015-2016. (1 991 signes. Mots-clés : HSBC ; AstraZeneca ; GSK)
- La présence attendue de dirigeants de grandes institutions financières britanniques, dont HSBC, laisse à penser que Londres souhaite repositionner la City comme hub financier international, notamment sur la finance internationale et marchés de capitaux, services financiers, finance verte et produits ESG, ainsi que sur la gestion d’actifs et assuranciels.
- La délégation britannique comprend des acteurs majeurs du secteur pharmaceutique, notamment AstraZeneca, et GSK.
- Dans les secteurs de la transition énergétique et des énergies renouvelables, Londres marche sur des œufs et tiendra compte des risques de sécurité nationale liés aux infrastructures critiques.
Le ton est donné par le porte-parole du gouvernement britannique : l’approche du gouvernement Starmer sera :
“grounded in strength, clarity and sober realism (…) We will cooperate where we can and challenge where we must”
Commentaire
Cette visite est l’aboutissement d’une année de remontée progressive de la relation bilatérale et s’apparente à un reset fonctionnel, que Londres cherche à conduire sans alignement complet sur Washington.
Comme le souligne la presse officielle en Chine Il faut « réaligner les perceptions » après une période houleuse de la relation (mon post : « China Spy Trial » : Espions, embarras et diplomatie prudente).
L’ouverture économique visée par le Labour porte notamment sur des secteurs structurants et sensibles dont certains à double usage touchant à des infrastructures critiques. Les débats demeurent tendus au sein même du Labour et du Parlement sur l’architecture de protection à mettre en place (screening, résilience, anti-dumping et subventions, énergie…), sachant que le Royaume-Uni ne bénéficie par d’une palette d’instruments de défense commerciale et règlementaire aussi large que celle déployée par l’UE, ce qui accroît mécaniquement le coût politique d’un réengagement économique.
Au feu vert donné par Downing Street à la future nouvelle ambassade-compound chinoise au cœur de Londres pourrait suivre celui d’un Go ! officiel de Pékin pour le transfert de l’Ambassade du R-U. Le plus "facile" aura alors été fait.
Voyons ensuite si les deux pays diffuseront un communiqué joint robuste à l’issue de leurs discussions, avant que Keir Starmer ne s’envole pour Tokyo, le 31 janvier, pour la prochaine étape de son déplacement en Asie.
🏷️ HSBC AstraZeneca GSK↑ Retour au sommaire
▶ Influence et ingérences
10. Les priorités chinoises à Davos : la relation avec Washington, Taiwan, l’IA...et l’économie.
Le 21 janvier, en marge des principales allocutions, trois sessions ont été consacrées à la Chine, avec le soutien de la CGTN le groupe télévisuel public chinois, partenaire média officiel du forum suisse. Outre une session spéciale sur l’intelligence articifielle (IA), une autre session était consacrée aux relations Chine-Etats-Unis, une troisième à l’état de l’art de l’économie chinoise.
Concernant la relation bilatérale sino-américaine, un professeur de l’Académie des Sciences sociales (CASS), une institution de recherche gouvernementale, Zhao Hai, échangeait notamment avec un sénateur américain, Chris Coons (D-DE), qui venait à Davos directement de Copenhague avec une délégation parlementaire bicamérale. Zhao glissa quelque message à son attention, et au-delà, concernant al relation bilatérale, puis Taiwan :
"J'apprécie la suggestion du sénateur selon laquelle nous devrions établir un cadre, et c'est la suggestion du président (Xiu Jinping) selon laquelle dès le début nous devons avoir des lignes directrices, nous devons avoir un cadre, mais nous devons aussi avoir des mécanismes à tous les niveaux (…)
Pour revenir à votre question: qu'en est-il d'avril (la prochaine rencontre prévue entre Xi Jinping et D. Trump à Pékin) ? Bien sûr, le monde se concentre sur la visite d'avril et je pense qu'en coulisses il y a de multiples connexions et pas plus tard qu'hier les deux équipes économiques ont eu une autre discussion entre elles. Donc ils se préparent pour avril et espérons qu'il y aura des résultats concrets issus de cette réunion.
Mais pour l'instant, du point de vue de la Chine, le président Trump est très concentré sur ses questions intérieures et les relient à des questions mondiales comme sur l'hémisphère occidental et la drogue, l'immigration et toutes sortes de questions. Et pour la Chine, sa demande porte sur le fentanyl. La Chine est disposée à aider, mais ne sait pas exactement où se situe la limite, comme comment la Chine peut fournir plus d'assistance.
Et aussi, il demande à la Chine d'acheter davantage, mais lorsque la Chine veut investir aux États-Unis, il n'y a toujours pas de paramètres précis sur comment la Chine peut, comme d'autres pays, investir aux États-Unis. Donc il y a encore beaucoup de questions sur la table."
Puis, évoquant Taiwan :
La situation politique intérieure à Taïwan se détériore, avec la répression de la liberté d'expression et l'arrestation des personnes qui osent s'opposer au parti actuellement au pouvoir à Taïwan. La réaction de la Chine intervient toujours lorsque les dirigeants indépendantistes taïwanais tentent de faire avancer un programme très radical qui menace la sécurité des États-Unis et de la Chine. Je pense donc que nous pouvons tous deux parvenir à créer un certain mécanisme, à atteindre une certaine assurance stratégique pour maintenir la paix et la stabilité dans la région. Mais la condition préalable est que nous devons également garder un œil sur ce qu'ils (le DPP) font au sein de l'île et essayer de perturber cet accord possible entre nous deux.
Sur l’économie, les prise de parole du patron d’Union Pay (réseau de cartes bancaires interbancaire, équivalent chinois de Visa ou Mastercard, acceptées chez la plupart des commerçants français : Galeries Lafayette, Printemps, grands hôtels, aéroports…), Dong Junfeng, ne laisse planer aucun doute sur ses motivations à se joindre au panel ici, à Davos :
"Union Pay est un réseau de paiement, un réseau mondial. (…)
Les grandes entreprises Internet créent leurs propres modèles de langage de grande taille. Et en plus de cela, nous créons également notre modèle, notre modèle vertical. Nous avons massivement investi dans ces modèles verticaux. Nous travaillons avec des instituts de recherche, avec des universités pour alimenter [ces modèles] en données transactionnelles, voyez-vous, afin de comprendre qui sont nos clients, et nous alimentons ce modèle vertical, puis le modèle nous fournit des informations, et ces informations nous aident à proposer de meilleures offres.
L'IA est également très performante en matière de communication. Dans notre application Union Pay, nous avons une nouvelle application appelée "Hello". Elle est destinée aux étrangers qui visitent la Chine. Ils peuvent utiliser leur langue maternelle, en français et en anglais, et ils peuvent utiliser notre application quoi qu'ils fassent. Qu'ils prennent le bus ou fassent leurs courses dans les supermarchés, cette application peut leur fournir différents services.
(…) C'est aussi une harmonisation des différentes normes à l'échelle mondiale. La Chine teste d'abord la gouvernance de l'IA au niveau national, et réfléchit à comment cela peut fonctionner avec le reste du monde.
La session sur l'IA a remis en avant les avantages d’un modèle chinois autour des présentations de Dowson Tong (汤道生) - Senior Executive Vice President de Tencent et CEO de Tencent Cloud and Smart Industries Group et de Yang Zhilin (杨植麟), fondateur président de Moonshot AI.
Selon les intervenants chinois, l’IA en Chine n’est pas une course à l’AGI (au compute, à la puissance de calcul) ou aux modèles toujours plus gros, mais est entendue comme une mise à niveau de productivité et de déploiement à l’échelle de toute l’économie, surtout dans le secteur manufacturé (le bas du stack), la finance et les services.
La taille du marché de référence et de l’écosystème industriel combinée à une société décrite comme relativement ouverte à l’expérimentation technologique, faciliteraient des boucles rapides de tests, itérations et mises à l’échelle.
La discussion conclut que la spécificité de la trajectoire chinoise relève moins d’une volonté de « gagner une course de vitesse symbolique » de qu’une stratégie de transformation structurelle : faire de l’IA une infrastructure de base et s’appuyer sur l’adoption de masse pour reconfigurer le modèle productif, ce qui la distinguerait des voies européennes et américaines.
Commentaire :
Ces échanges s’inscrivent en droite ligne des éléments du discours prononcé par le vice-premier ministre He Lifeng, que nous avions analysé dans le précédent bulletin. Ils se retrouvent autour de quelques messages clés :
- S'il y a des tensions géopolitiques, la Chine reste une plateforme économique centrale, le « business » peut et doit continuer avec elle.
- Il faut stabiliser la compétition avec Washington, en (re)mettant en places des mécanismes de gestion de la relation et en embarquant Washington dans une sorte de go-gestion du risque sur Taïwan jusqu'à l'après "unification".
- La Chine développe une IA appliquée, diffusée et industrialisée (cloud, modèle vertical, adoption de masse) - si vous n’en voulez pas, les autres l’adopteront (le Sud…) ; elle requalifie au passage la compétition IA en mettant l’accent sur l’industrialisation (“AI+”) ainsi que sur sa capacité à peser sur les standards.
- La labellisation World Economic Forum par CGTN donne une forme de légitimité internationale au récit des protagonistes chinois invités, facilitant la capture d’audience des élites présentes à Davos (dirigeants, régulateurs, investisseurs), à moindre coût.
🏷️ CGTN CASS TENCENT Moonshot AI↑ Retour au sommaire11. Un ambassadeur de Chine emboite de pas de JD Vance sur un prétendu déclin de l’Europe
Le site d’information Guancha, qui relaie habituellement des propos hostiles aux Etats-Unis, s’en prend maintenant à l’Europe.
Le 11 janvier, à Pékin, l'Institut des relations internationales de l'Université de Qinghua a organisé une table ronde sur « Les États-Unis et leurs relations avec leurs alliés à l'ère Trump 2.0 ». Cui Tiankai, ancien ambassadeur de Chine aux États-Unis, participait en qualité d’intervenant principal.
Cui Tiankai a déclaré que le fait pour l'Europe de désigner la Russie comme menace sécuritaire principale constituait une « erreur d'appréciation», ou de jugement (误判), et que le véritable danger pour le continent européen résidait dans les « démons intérieurs » (心魔) des Européens eux-mêmes. Il a également estimé que l'OTAN avait perdu sa raison d'exister (已失去其存在的意义), et que l’alliance de sécurité transatlantique ne correspondant plus aux intérêts à long terme de ses États membres.
Cui dénonce ensuite, pêle-mêle :
- Le système d'alliance des Européens qui « n'a jamais remporté de victoire en Asie » depuis la 2nde guerre mondiale
- les Européens abordent les questions de sécurité du XXIe siècle avec une vision du monde vieille de plusieurs siècles, ce qui les empêche de véritablement posséder un « sentiment de sécurité » (安全感).
Concluant :
« Je pense que les Européens doivent maintenant peut-être résoudre un problème de mode de pensée (思维模式) ».
Commentaire
Le timing de son intervention est bien choisi pour tenter d’agrandir la faille transatlantique et de mettre en exergue le paradoxe d’un OTAN anthropophage, se retournant contre-lui-même et mangeant ses propres enfants. C’est de bonne guerre.
En revanche, la petite sortie de Cui sur le diable qui nous rongerait de l’intérieur fait indirectement écho au discours devenu tristement célèbre de JD Vance à Munich, au mois de septembre dernier.
The threat that I worry the most about vis-à-vis Europe is not Russia, it's not China, it's not any other external actor. And what I worry about is the threat from within, the retreat of Europe from some of its most fundamental values."
En chinois, le terme choisi par Cui de « démon intérieur », littéralement « démon du cœur » provient du Sutra de Lengyan (楞严经) qui avertit : « ne laisse pas les démons du cœur créer des maux profonds » (无令心魔自起深孽). Dans la pratique spirituelle, il désigne les illusions, hallucinations ou obstacles mentaux à la vraie méditation, à la découverte de la vérité.
Au final, nous souffririons selon Cui, d’une double pathologie - à laquelle la Chine aurait bien sûr une solution toute prête, si nous lui demandions assistance – 1) une mauvaise perception/compréhension de la Chine et 2) une mentalité d’arrière-garde.
Il n’y a qu’un pas avant que Cui ou d’autres du même background nous accusent de néofascisme et de militarisme, dupliquant ainsi la rhétorique utilisée contre les partis japonais et taiwanais au pouvoir. Selon celle-ci, nous bafouerions la liberté d’expression et la liberté des peuples, dont les nôtres, justifiant une intervention de sauvetage pour corriger nos âmes perdues et nous aider à « surmonter nos peurs (« 克服心魔, de la même expression ).
Il n’y a qu’un pas aussi pour que cette vision erronée et insultante de l’Europe et des européens ne s'invite à l’agenda de prochaines discussions sino-américaines plus ou moins formelles.
🏷️ Cui Tiankai↑ Retour au sommaire
▶ Documentation & agenda
◇ Documentation
- Chine-Etats-Unis
Making America great again? Evaluating Trump’s China strategy at the one-year mark, Patricia M. Kim & Joyce Yang, 16 janvier 2026. Les auteurs nous livrent une analyse critique sur la stratégie Chine du début de second mandat de Trump à l’aune de quatre objectifs affichés: réindustrialiser, garder l’avantage en IA, réduire les dépendances stratégiques, restaurer le rang des Etats-Unis vis-à-vis de la Chine.
Dissuader la chine ? Taïwan et les Etats-Unis face à leurs dilemmes défensifs, janvier 2026, par Hugo Tierny, chercheur postdoctoral à l’IRSEM et chercheur associé à l’Institut d’Asie orientale (ENS Lyon)
« Au-delà du rapport de force dans le détroit, l’étude examine la difficile équation que doit résoudre Washington entre objectifs stratégiques, moyens militaro-industriels et volonté politique. Elle met notamment en lumière les ambivalences d’une politique oscillant entre l’affirmation d’une priorité donnée au théâtre asiatique et la pression exercée par l’administration Trump sur la solidarité du système d’alliances américain » (…) L’étude accorde une place particulière à la scène politique taïwanaise et aux orientations de ses forces armées »
2026 National Defense Strategy, restoring peace through strength for e new golden age for America
Extrait :
- Chine-Asean (Mékong)
La posture sécuritaire de la Chine dans le Mékong, diffusée le 23 janvie, écrit par Caroline Ferré, analyste, diplômée d’IRIS Sup. Selon l’auteur, Pékin cherche à sécuriser son voisinage conçu comme un sanctuaire stratégique ; le Mékong (Lancang côté chinois) y est présenté comme un laboratoire d’une architecture sécuritaire chinoise, éclairant les modalités de sa prise d’influence dans son voisinage immédiat, notamment à travers des mécanismes de coopération policière, juridique et judiciaire.
- Travail forcé et commerce illicite
OECD/EUIPO (2026), From Fakes to Forced Labour: Evidence of Correlation Between Illicit Trade in Counterfeits and Labour Exploitation, Illicit Trade, OECD Publishing, Paris. Les pays davantage identifiés comme sources de contrefaçons présentent aussi, en moyenne, des conditions du travail plus dégradées (enfants au travail, informalité, heures longues, protections faibles, accidents mortels), et on observe aussi une association avec le travail forcé.
J’ajoute que les économistes qui ont travaillé sur ce rapport font partie du Working Party on Countering Illicit Trade (WP-CIT), un groupe de travail intergouvernemental de l’OCDE, rattaché à son Trade Committee et chargé d’analyser et de formuler des recommandations sur les flux commerciaux illicites et leurs impacts économiques, sécuritaires et sociétaux. Il serait souhaitable qu’ils poursuivent leurs travaux sur le cas d’espèce que constitue la RPC, non seulement concernant le Xinjiang, mais plus largement sur les conditions économiques et sociales du développement chinois. En outre, une étude pourrait s’atteler à démontrer que sa croissance durant les années 90 et 2000 a été directement proportionnelle à celle du phénomène de la contrefaçon, que l’on présente souvent comme un simple «dérèglement » de la politique économique chinoise.
- Politique sectorielle
L’architecture électrique chinoise et ses enjeux de sécurité, janvier 2026, par Angélique Palle et Géographe et chercheuse associée, Institut national du service public (INSP), Camille Brugier, chercheuse indépendante, pour l’Observatoire de la sécurité des flux et des matières énergétiques.
- Politique intérieure, « purges »
Late Stalinism in Beijing, le 2- Janvier 2026, par Mathew Johnson, pour la Jamestown Foundation. L'éviction de Zhang Youxia et Liu Zhenli le 24 janvier 2026 marque l'aboutissement de la centralisation personnelle du pouvoir militaire par Xi Jinping, qui a désormais démantelé tous les contre-pouvoirs institutionnels au sein de la Commission militaire centrale (CMC). Cette victoire tactique aggrave paradoxalement la fragilité structurelle du régime à long terme.
◇ Agenda diplomatique
- Visite à Pékin et Shanghai, du 1er au 7 février, du Président de l’Uruguay Yamandú Orsi. Je ferai un point sur les rencontres diplomatiques et discussions Chine-Amérique latine dans le prochain bulletin.
- L’Organe de règlement des différends (ORD, BSB) se réunit le 24 février prochain. Le 26 janvier, l’Inde a bloqué une demande chinoise d’établissement de panel visant des mesures indiennes liées à l’automobile et aux renouvelables, ce qui promet de franches discussions.
- Je regarderai si des points sont à relever à la suite de la visite officielle du ministère azerbaïdjanais des affaires étrangères, Jeyhun Bayramov, à Pékin, les 28 et 29 janvier, ainsi que celle du PM finlandais, Petteri Orpo, de retour d’une visite de trois jours à Pékin, sans oublier les retombées et analyses à froid du déplacement du PM britannique Starmer.
◇ Conférences à venir
Jeudi 29 janvier : Squaring the Circle: European Approaches to Climate, China and De-risking, 13h-14h, ECFR, Berlin. Animé par Andrew Small, Asia Programme Director
Mardi 3 février : Securing Critical Mineral Supply: A Government–Industry Dialogue, en direct sur la chaine Youtube du CSIS (1:00 – 7:30 pm (EST), soit 19h-1h30 du matin) avec U.S. Secretary of Commerce, Howard Lutnick, Secretary of the Interior Doug Burgum, et Under Secretary of State for Economic Affairs, Jacob Helberg
◇ Conférence passée, à revoir
Lundi 26 janvier : What President Trump’s foreign policy means for Europe, Russia and China”, Chatam House, sur Youtube
↑ Retour au sommaireGeneral Zhang Youxia Masterclass
ZHANG YOUXIA MASTERCLASS Read more
Bulletin n°16 : capitalisme d'Etat et dissuasion, avis de tempête pour le printemps
au sujet des récentes purges au sein de l’APL ; loi contre le cybercrime ; Gestion de la data automobile ; Stellantis-Chine ; Appels Xi-Poutine-Trump ; Position de la Chine sur New Start ; Chine-Taiwan-Etats-Unis ; la Chine conduit des sondages d’opinion en Europe
Bulletin n°15 : les boîtes noires du PCC et l'arbre malade de l'APL
Reprise en main de l’APL : pour quoi faire ? De l’Etat-parti, au parti-Etat ; A/S du "Front-Uni patriotique" ; Keir Starmer en Chine ; Nvidia sur tous les fronts ; Chine-Panama
Bulletin n°13 : la sécurité du régime à l'épreuve du désordre mondial
Discours He Lifeng à Davos ; la CCID et la sécurité politique du régime ; le double monopole du BNS ; Board of Peace" de D. J. Trump ; Europe-Chine : Affaire Nexperia et MACF ; nomination d’un représentant spécial pour l'OCS ; Chine-Canada
Bulletin n°12 : Pékin poursuit sa feuille de route pour 2026
Le PPC craint-il pour sa survie ? La Chine veut internationaliser ses écosystèmes industriels ; concurrence dans les secteurs des batteries et de stockage d'énergie ; Pékin agite le spectre de la menace nucléaire et des criminels de guerre japonais ; Manœuvres sino-russo-iraniennes et les BRICS+