Bulletin n°19 : le 15ème plan à l'épreuve de la guerre au Moyen-Orient

Le 15ème Plan : un manuel d'une économie de guerre ; Robots humanoïdes : Pékin met en place un système national de standards ; Iran-Chine-Pays du Golfe et Chine- Qatar et la question des interdépendances ; Industrial Accelerator Act : la Chine peaufine les arguments de sa riposte ; Taiwan

Bulletin n°19 : le 15ème plan à l'épreuve de la guerre au Moyen-Orient
Zhai Jun, représentant spécial pour le Moyen-Orient et et le secrétaire général du CCG, Jasem Albudaiwi, à Riyad le 8 mars

Edito

La guerre contre l’Iran surgit alors que le nouveau plan quinquennal 2026- 2030, lancé officiellement à Pékin la semaine dernière, élève la sécurité économique en principe directeur central de politique intérieure et extérieure.

Ce nouveau plan vise en priorité à réduire les vulnérabilités nationales dans les approvisionnements stratégiques dans les technologies clés, les matières premières et alimentaires, les énergies et les dépendances financières.

C’est sous ce prisme dominant que l’exécutif à Pékin, emmené par Xi Jinping, analyse la montée des tensions au Moyen-Orient, avec un facteur de risque prédominant à maitriser : la politique extérieure des Etats-Unis de D. Trump.

Pour pékin, la priorité est d’éviter que toute crise ouverte ne vienne creuser davantage ses dépendances et déstabiliser l’équilibre instable de la relation avec Washington. A court terme, Pékin concentre ses efforts diplomatiques pour la réussite de cet événement pivot de ce début d’année 2026

Dans ce contexte sous tension, l’annonce par la Commission, le 4 mars, d’un projet de loi sur l’accélération industrielle (Industrial Accelerator Act -IAA), conforte Pékin dans  sa lecture d’une Europe qui devient plus protectrice de ses intérêts. Elle vient par là-même confirmer le bien-fondé de sa gestion sécuritaire des interdépendances économiques et industrielles, laissant entrevoir une nouvelle période de frictions dans les relations sino-européennes.  


➔ Dans ce Bulletin 12 Mémos

▶ Politique intérieure

1.Introduction au 15ème plan : le rapport du gouvernement

Je vous ai traduit la structure du rapport ICI, intéressante en soi. Je reviendrai, sur chacun des points durant les prochaines semaines. Combiné avec l’analyse au fil de l’eau du 15ème plan proprement dit (cf. mémo infra), nous aurons, à l’été, une cartographie complète et documentée des feuilles de route à l’aide des textes et décrets qui seront rendus publics durant le printemps.

En outre, Il faudra les voir comme la somme des plans provinciaux plutôt qu’un simple plan top-down exécutoire. Cela permettra également de distinguer ce qui relève du signal – ce que les communicants du parti désignent sous l’appellation d’« attentes de marché », des orientations réelles à mettre en œuvre. ( 1579 signes. Mots-clés : intelligence artificielle ; DEPA ; CPTPP ; OMC ; IDE ; services)

Quelques remarques générales sur le rapport :

  • Sécurité économique

Dans le rapport 2026, la sécurité économique n’apparaît pas comme une priorité isolée mais comme une logique transversale de gouvernement, déclinée dans les registres du “développement et sécurité”, de la prévention des risques, de la circulation intérieure, de l’autonomie technologique et des capacités de garantie en matière alimentaire, énergétique, financière et industrielle.

Le rapport n’évoque plus seulement la nécessaire « stabilité », ou « résilience », mais un relèvement explicite des capacités de garantie sécuritaire dans plusieurs sous-systèmes économiques.

  • Intelligence artificielle

L’intelligence artificielle change de « statut ». elle passe d’un outil technologique d’optimisation de la productivité à une infrastructure systémique du nouveau modèle économique chinois (智能经济新形态).

Elle est appelée à transformer simultanément les modes de production, l’organisation des entreprises et les comportements de consommation, et devient un instrument de gouvernance et de puissance, en faisant émerger de nouveaux modèles d’activité “nativement intelligents” (培育智能原生新业态新模式) dans un nombre croissant de secteurs.

  • Au sujet de la politique économique extérieure (export et attractivité)

Le rapport 2026 illustre une volonté d’expansion internationale par les accords et traités , comme le Digital Economy Partnership Agreement (DEPA), l'ccord de Partenariat transpacifique (CPTPP), la réforme de l’OMC…, et donc par le normatif d’une part et, d’autre part, de gérer plus finement les IDE non plus en  simples flux (fléchages) mais vu comme un objet à administrer (atterrissage)  par des dispositifs et des « mécanismes » administratifs et règlementaires de plus en plus sophistiqués pour réduire les aléas.

Pour le versant export de cette revolving door, l’accent sera mis sur les services, le numérique et les infrastructures qui les supportent.

🏷️ DEPA CPTPP IDE services
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2. Le 15ème Plan : un manuel d'une économie de guerre (froide)

Il y a une façon laborieuse de repasser les 70 000 signes du 15ème plan et une autre, plus digeste. J’ai choisi la seconde, au prix de quelques formules de synthèse, allant souvent au-delà du texte, pour le vulgariser, mais restant en deçà de son sous-texte, qui reflète davantage les réelles orientations stratégiques à l’œuvre. Comme indiqué dans le précédent mémo, j’y reviendrai plus précisément dans les prochains bulletins, jusqu’ à épuisement complet des sujets et, accessoirement aussi, de l’auteur de cette exégèse.   ( 5 633 signes. Mots-clés : NDRC ; intelligence artificielle ; marché intérieur)

Le 15ème plan ne vise pas à  “tenir” la croissance, mais à reconfigurer les bases productives, logistiques, numériques, énergétiques et réglementaires du pays. Cette bascule est très visible dans le rapport NDRC 2026, qui met en avant les “deux majeurs” (两重), l’IA+, le réseau national intégré de calcul, les réformes de prix de l’électricité, la donnée comme facteur.

Une politique industrielle qui s’horizontalise et s’invisibilise

La plan dit explicitement que la politique industrielle doit évoluer vers des formes plus « universelles et fonctionnelle » (普惠化和功能性), autrement dit moins fondées sur des subventions ad hoc visibles : standards, crédit long, données, infrastructures, plateformes d’essai, centres de mesure, bases de validation, commande publique, écosystèmes et scénarios d’application (que nous avions décrit dans de précédents bulletin. C’est l’un des glissements les plus importants pour des acteurs étrangers, parce que cela rend la politique industrielle chinoise moins spectaculaire, mais plus profonde et plus difficile à contester

Cf. Bulletin #8 – Mémo 2 – Scénarios d’usage : la Chine fabrique les marchés de demain

Back-up plan et redondance de marché

L’évaluation des risques sur les chaînes de valeur est réhaussé. Les avantages à conserver un avantage monopolistique sur les terres rares et métaux rares renforcés. Le plan évoque la “construction d’un l’arrière-pays stratégique national” (国家战略腹地), “sauvegarde/backup” des industries clés, bases industrielles stratégiques, réserves matérielles et infrastructures. On n’est plus seulement dans la résilience abstraite ; L’Etat organise la redondance de l’ensemble du système productif, pouvant subir un choc soudain et massif.

Faire progresser le développement des arrière-pays stratégiques et des réserves industrielles essentielles, en établissant des bases industrielles stratégiques, des installations de stockage de matières premières et des infrastructures

 Derrière le "Grand Marché Unifié" : la mise au pas disciplinaire de l'économie chinoise

Normaliser les comportements des gouvernements locaux en matière de promotion économique et établir une liste des pratiques d’incitation et d’interdiction dans les politiques locales d’attraction des investissements.

Le 14e plan parlait du marché unifié ; le 15e le transforme en chantier disciplinaire beaucoup plus poussé : règles communes, élimination des barrières locales, contrôle des incitations locales, harmonisation des standards, marché de l’électricité plus intégré, marché de la donnée, surveillance renforcée de la concurrence déloyale administrative. Le marché unique chinois devient moins un « rêve » et davantage un espace et un instrument de recentralisation et de coercition économique.

Une politique d’attractivité sélective

La sacro-sainte « ouverture extérieure » devient plus sélective, plus normative et plus administrée. Cette ouverture est plus conditionnelle et plus instrumentale qu’auparavant.

« Mettre en œuvre le traitement national pour les entreprises à capitaux étrangers, supprimer les textes et règlements incompatibles avec la loi sur les investissements étrangers et assurer de l’accès effective au marché ainsi qu’à  l’opérationnalisation effective des activités” (准入又准营).

Vous noterez au passage – cet extrait figure dans la section 2 du draft du 15ème plan – qu’il existe « des textes et règlements incompatibles avec la loi sur les investissements étrangers » ! Impensable dans une économie fondée sur des règles de marché. Il reconnait aussi que l’ouverture réglementaire (accorder une licence…) ne suffit pas si l’administration locale bloque l’exploitation économique d’une entreprise.

Si l’on veut problématiser ces grandes orientations de politique économique, et industrielle, tout en dégageant ses objectifs réels stratégiques, j’avancerais les affirmations suivantes : le 15ème plan vise fondamentalement à :

  • Faire de la Chine une puissance techno-industrielle difficilement substituable. C’est le fil directeur le plus fort. Il traverse l’industrie traditionnelle, les nouvelles industries, les chaînes d’approvisionnement, les matériaux, les logiciels industriels, les équipements, les semi-conducteurs, les robots, l’aérospatial, les batteries, les biotechnologies et l’IA.
  • Diffuser l’IA dans tout le système productif et administratif. L’IA n’est pas un secteur parmi d’autres ; c’est l’infrastructure organisatrice du nouveau régime de productivité. Le plan la raccorde à la science, à l’industrie, à la donnée, au calcul, à l’énergie, aux services publics et à la gouvernance. C’est probablement l’inflexion la plus forte du texte.
Cf. Bulletin #17 – Mémo 4 – séance de rattrapage sur l’IA au Politburo
  • Rendre la sécurité économique opératoire. Sécurité alimentaire, énergétique, minérale, logistique, financière, industrielle…. Le 15e plan intègre la sécurité comme critère d’allocation, de localisation, de redondance et de hiérarchisation des projets. (Cf. mon mémo supra)
  • Unifier, discipliner et recentraliser le marché intérieur. Le “grand marché national unifié” n’est pas seulement pro-marché ; il est pro-pilotage central. C’est un instrument de gouvernement économique autant qu’un instrument d’efficacité. Il devient outil de planification, poussant jusqu’à l’extrême la vision denguiste des deux mains invisibles (« le marché et le plan sont tous deux des outils constitutifs de l’économie de marché socialiste »)
  • Arrimer en la subordonnant la transition verte à la sécurité énergétique et à la compétitivité industrielle. Le climat n’est plus un chantier en silo : il devient progressivement intégré à une stratégie industrielle et de sécurité. Cela ouvre des opportunités, mais aussi des ambiguïtés, notamment sur le charbon, et l’instrumentalisation de la politique climatique.
  • Gérer l’ouverture extérieure comme un levier sélectif de puissance et d’interdépendance. Pékin pousse la logique de l’ouverture par le commerce des services, la transformation de la notion même d’IDE, de la notion et des pratiques de « coopération »
  • Stabiliser le front social par la mobilisation du capital humain pas par un virage « consumériste ». Population, éducation, santé, petite enfance, vieillissement, revenu, emploi : ces sujets montent, mais comme conditions de soutenabilité du modèle. Le fait que le plan consacre une partie autonome à la population de « haute qualité » est révélateur.

J’en avais fait un mémo :

Cf. Bulletin #14 – Mémo 3 – Politique démographique ou programme doctrinal du contrôle de la population
🏷️ NDRC Intelligence artificielle marché intérieur
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3. 15ème plan du Jiangsu (le vrai plan s’écrit en province)

La visite de Xi Jinping auprès de la délégation du Jiangsu lors de la double session parlementaire n’est pas seulement une visite vitrine de marketing politique. Elle met en lumière le rôle que Pékin entend faire jouer à cette province dans le prochain cycle de développement à cinq ans. En cela, le « 15ème plan Jiangsu », adopté dès la fin 2025, ne doit pas être lu comme une déclinaison administrative du 15e plan national. C’est l’inverse. Il offre un aperçu de la carte territoriale et industrielle concrète sur laquelle se fonde la stratégie économique chinoise.

Selon moi, trois éléments structurants ressortent de la lecture croisée du plan provincial et du schéma d’aménagement territorial du Jiangsu. Je m’appuie sur le plan Jiangsu. Selon ce plan, le Jiangsu se positionne autour d’une architecture économique et industrielle en trois strates et fonctions (一中心一基地一枢纽)

·       une base manufacturière avancée

·       un centre d’innovation techno-industrielle

·       un hub d’ouverture bidirectionnelle capable d’agréger ressources, capitaux et technologies à l’échelle mondiale

Autrement dit, le Jiangsu se positionne comme un territoire couvrant l’ensemble de la chaîne d’industrialisation de l’innovation à l’export, via les capacités industrielles installées, comme fonctionne un Lander en Allemagne ou la région IDF en France, avec l’ avantage de disposer du port de Lianyungang (cf. schéma infra)

Un continuum géo-économique et productif

Derrière les slogans politiques se trouve une architecture territoriale précise, définie dans le plan d’aménagement à horizon 2035 de la Province. (江苏省国土空间规划 (2021-2035) — le plan d’aménagement du territoire de la province. il structure la province en plusieurs sous-ensembles complémentaires :

Sud du Jiangsu (Suzhou, Wuxi, Changzhou, Nanjing) cœur industriel et technologique de haute valeur ajoutée.

Rive nord du Yangzi et Nantong extension logistique et industrielle du noyau méridional.

Façade maritime (Lianyungang) interface portuaire et logistique vers l’Eurasie.

Nord et nord-ouest (Xuzhou, Huai’an, Suqian) hubs logistiques et industriels destinés à raccorder le nord provincial au système économique du sud.

L’objectif implicite est de transformer la province en continuum géo-économique, où circulent sans « rupture de charge » l’innovation, la production, le capital, les données et le flux de logistique. Sans rupture pour les data concernent toutes les entreprises, y compris étrangères.

 Extrait du plan d’aménagement territorial du Jiangsu 2021-2035)

Shanghai–Suzhou : une intégration métropolitaine stratégique

Dans le vocabulaire chinois de l’aménagement, l’intégration métropolitaine (同城化) signifie que deux villes distinctes commencent à fonctionner comme un seul espace urbain et économique, à fusionner non pas administrativement, mais industriellement.

Cette intégration repose sur plusieurs mécanismes : interconnexion des infrastructures, intégration des chaînes industrielles, un marché du travail partagé (du moins en théorie) et une (difficile )coordination des politiques « publiques ».

Conclusion : une carte mentale indispensable pour les industriels

Pour les entreprises européennes, et en particulier industrielles, avoir une bonne compréhension des cartes mentales structurelles industrielles n’est pas un nice to have. Ces plans d’aménagement décrivent le schéma directeur industriel dans lequel les chaînes de valeur doivent s’insérer, ainsi que l’ensembles des acteurs économiques.

Ces documents parlent peut-être moins aux juristes qu’aux ingénieurs car ils décrivent les infrastructures, les corridors industriels, les plateformes logistiques et les clusters productifs. Si l’on poussait les recherches, elles révèleraient les nœuds d’infrastructures physiques et technologiques.

Cet échelon provincial est souvent le niveau déterminant, non seulement pour une bonne compréhension des plans quinquennaux, mais surtout pour l’implantation et l’intégration dans les chaînes industrielles et l’accès aux écosystèmes locaux.

🏷️ Jiangsu
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 4. Robots humanoïdes : Pékin met en place un système national de standards

Le 28 février 2026, l’agence Xinhua annonce la mise en place du premier système national de normalisation pour les robots humanoïdes et l’intelligence incarnée (具身智能). 工业和信息化部人形机器人与具身智能标准化技术委员会正式成立-新华网Ce cadre vise à couvrir l’ensemble de la chaîne technologique et du cycle de vie des robots humanoïdes, depuis les technologies fondamentales jusqu’aux applications et aux exigences de sécurité.  (4 443 signes. Mots-clés : MIIT ; robots humanoïdes ; normes et standards)

Cette annonce s’inscrit dans un processus lancé deux mois plus tôt.

Le 27 décembre 2025, le Ministry of Industry and Information Technology (MIIT) avait en effet annoncé la création d’un Comité technique de normalisation pour les robots humanoïdes et l’intelligence incarnée (人形机器人与具身智能标准化技术委员会). Sa mission consiste à élaborer un cadre structurant de normalisation pour la filière, formalisé dans un document intitulé :《人形机器人与具身智能综合标准化体系建设指南》 (Guidelines for the construction of a comprehensive standardization system for humanoid robots and embodied intelligence).

Le guide n’a pas encore été publié, mais les annonces officielles permettent déjà d’en identifier l’architecture. Le futur système de standards devrait s’organiser autour de six grandes familles normatives couvrant l’ensemble de l’écosystème industriel.

  • Les standards de base devraient définir les éléments techniques transversaux nécessaires au fonctionnement de la filière : interfaces, protocoles de communication, formats de données, architecture logicielle ou méthodes de test. Ce socle est déterminant car il fixe les conditions d’interopérabilité entre systèmes et plateformes.
  • Les standards de technologies « clés » porteront sur les briques technologiques critiques des robots humanoïdes : perception multimodale, traitement et collecte de données, entraînement des modèles d’intelligence artificielle, planification des mouvements et systèmes cognitifs embarqués. Ce bloc correspond au cœur algorithmique du robot et le système de contrôle de la machine.
  • Les standards de composants concerneront les sous-systèmes matériels : capteurs, actionneurs, systèmes de locomotion, modules de calcul ou systèmes d’alimentation. Ils visent à harmoniser les spécifications techniques et les performances des éléments matériels qui composent les robots.
  • Les standards des machines complètes et des systèmes  traiteront de l’intégration globale des robots humanoïdes : architecture des machines complètes, intégration matériel-logiciel, coordination des modules et interopérabilité entre différentes plateformes technologiques.
  • Les standards d’application  définiront les conditions d’utilisation dans les principaux scénarios envisagés pour les robots humanoïdes, notamment dans l’industrie manufacturière, la logistique, les services ou certains secteurs de santé et d’assistance.
  • Enfin, les standards de sécurité et d’éthique (安全与伦理标准) encadreront les risques associés à ces technologies : sécurité physique des robots, cybersécurité, protection des données, interaction humain-machine et principes éthiques liés à l’usage de systèmes autonomes.

Implications et recommandations

Pour les entreprises européennes présentes sur le marché chinois, la phase actuelle de préparation des standards constitue une fenêtre d’attention particulière.

Trois domaines apparaissent particulièrement sensibles.

  1. Les interfaces techniques et l’architecture des systèmes. Les normes fondamentales détermineront les protocoles de communication, les interfaces entre composants et les architectures logicielles des robots. Si ces standards s’éloignent des architectures internationales, ils pourraient créer une fragmentation technologique et favoriser les fournisseurs locaux.
  2. La gouvernance des données et de l’intelligence incarnée. Les standards en préparation devraient définir les modalités de collecte des données robotisées, les cycles de vie des datasets et les conditions d’entraînement ou de déploiement des modèles d’intelligence artificielle embarqués. Ces règles auront un impact direct sur l’utilisation des données industrielles et sur la portabilité des modèles.
  3. Le troisième domaine concerne les normes de sécurité et les procédures de certification. Les standards définis par la Chine détermineront les procédures de test, les exigences de cybersécurité et les certifications nécessaires pour opérer sur le marché. Des exigences spécifiques pourraient constituer, de facto, une barrière réglementaire indirecte pour certains acteurs étrangers.

La normalisation précoce de cette industrie s’inscrit dans une stratégie déjà observée dans nombres de secteurs technologiques chinois, notamment la 5G, les batteries ou les véhicules électriques. En structurant dès maintenant les standards des robots humanoïdes, Pékin cherche à organiser son écosystème industriel et à se positionner dans la définition des normes futures d’un secteur encore émergent dont il veut façonner le cadre et ses termes de références (puis les prix, la conformité, etc.)

L’architecture du système est probablement déjà rédigée mais les normes détaillées ne sont pas encore finalisées. Elle le seront probablement à l’ été ou à l’automne prochain, puis soumises à approbation de la SAC (Standardization Administration of China). Ensuite, la capacité d’influence devient quasi nulle auprès des administrations locales. Les éventuelles « contributions » des entreprises étrangères et ou leurs représentants ont généralement davantage de chance d’être prises en compte, ou du moins entendues, lorsqu’elles sont  élaborées avec des acteurs chinois, ou alors avec un back-up public fort.

Cf. mon article en PDF pour la revue Diplomatie (juillet-août 2025) sur la politique chinoise des robots humanoïdes.

🏷️ MIIT Robots humanoïdes normes et standards
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▶ Politique extérieure

5. Iran-Chine-Pays du Golfe : les 5 principes de non agir de Wang Yi

Dimanche 8 mars, Wang Yi a répondu aux questions de journalistes chinois et étrangers en marge de la réunion du Parlement. Une question a porté sur la guerre au Moyen-Orient. 中共中央政治局委员、外交部长王毅就中国外交政策和对外关系回答中外记者提问_中华人民共和国外交部 ( 4562 signes. Mots-clés : Wang Yi ; Iran)

Phoenix TV : Les États-Unis et Israël ont de nouveau mené des frappes militaires contre l’Iran, et le conflit semble s’étendre à l’ensemble du Moyen-Orient. Quelle est la position de la Chine sur la manière de résoudre la question iranienne ?
Wang Yi : Il s’agit d’une question qui préoccupe toutes les parties et qui constitue actuellement l’un des points centraux de la situation internationale. La Chine adopte une position objective et impartiale et a déjà exposé à plusieurs reprises ses principes de base, qui peuvent se résumer en une phrase : cesser le feu et mettre fin aux hostilités.
Comme le disent les anciens en Chine : les armes sont des instruments funestes et ne doivent être utilisées qu’avec la plus grande prudence. Face au Moyen-Orient plongé dans la guerre, je souhaite dire que ce conflit n’aurait pas dû avoir lieu et qu’il ne profite à aucune des parties. L’histoire du Moyen-Orient a montré à maintes reprises que la force n’est pas une solution aux problèmes : le recours aux armes ne fait qu’ajouter de nouvelles rancœurs et préparer de nouvelles crises.

Puis,

La Chine appelle une nouvelle fois à mettre immédiatement fin aux opérations militaires, afin d’éviter une escalade successive de la situation et d’empêcher l’extension du conflit.
La Chine estime que la résolution correcte et appropriée de la question iranienne et des autres dossiers du Moyen-Orient doit reposer sur plusieurs principes fondamentaux :
Premièrement, le respect de la souveraineté des États. La souveraineté constitue le fondement de l’ordre international actuel. La Chine estime que la souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale de l’Iran et des États du Golfe doivent être respectées et ne sauraient être violées.
Deuxièmement, l’usage de la force ne doit pas être abusif. La puissance ne confère pas nécessairement la légitimité, et le monde ne doit pas revenir à la loi de la jungle. Le recours fréquent à la force ne démontre pas la puissance d’un État, et les populations civiles ne doivent pas devenir des victimes innocentes de la guerre.
Troisièmement, le respect du principe de non-ingérence dans les affaires intérieures. Les peuples du Moyen-Orient sont les véritables maîtres de leur région, et les affaires du Moyen-Orient doivent être décidées par les pays de la région eux-mêmes. Les tentatives d’organiser des « révolutions de couleur » ou de provoquer des changements de régime ne sont pas soutenues par les populations.
Quatrièmement, privilégier les solutions politiques aux crises régionales. La Chine a toujours plaidé pour la primauté du règlement pacifique. Les parties concernées devraient revenir rapidement à la table des négociations et résoudre leurs différends par un dialogue d’égal à égal, afin de promouvoir une sécurité commune.
Cinquièmement, les grandes puissances doivent jouer un rôle constructif et utiliser leur influence de manière responsable. Les grandes puissances doivent défendre l’équité et agir conformément aux principes du droit, et contribuer davantage à la paix et au développement au Moyen-Orient.

Commentaire :

A l’instar de l’intervention du représentant de la Chine à l’Onu, l’ambassadeur Fu Cong,  Wang Yi plaque des principes généraux, inspirés de ceux de l’ONU, ici au nombre de 5, qui peuvent s’appliquer à toute situation de conflit ouvert. 

Cf. mon Post sur l’intervention de Fu Cong au conseil de sécurité de l’ONU, le 28 février dernier.

La narrateur positionne ainsi la Chine comme une autorité supraétatique, un juge-arbitre de la situation internationale qui a besoin de la participation de tous les gouvernements en place, sous son propre patronage.

Utilisées de plus en plus souvent dans les discours officiels, les références historiques et littéraires jouent un double rôle  : exhiber une prétendue sagesse chinoise historique et immuable en tous temps et, pour son lectorat interne, justifier sa position stratégique.

Cette courte phrase (« les armes sont des instruments funestes et ne doivent être utilisées qu’avec la plus grande prudence), fait référence directe, à un épisode de la fin de la guerre des Royaumes combattants que tous les bacheliers chinois connaissent, où un émissaire, Han Fei, connu pour être la figure du légisme chinois, argumente contre l'opportunité d'attaquer le royaume de Han, conseillant aux Qin d'abandonner cette campagne pour s'allier à Han et frapper ensemble le royaume de Zhao. On peut y voir une série d’allusions voilées au rôle d’émissaire pour la paix que Pékin est en train de scénariser au profit des acteurs de la région du Moyen-Orient.

Toutefois, pour Pékin, les régimes en place et leur successeurs pressentis ou présumés, sont tous des client présents ou futurs. Ils constituent la garantie de la continuité du cadre des accords de coopérations mis en place par le parti-Etat unique. Fort de l’affirmation de grands principes onusiens et d’une théorisation du principe taoïste du non agir, la Chine recherche à maximiser son potentiel de situation. La guerre au Moyen-Orient constitue pour elle un levier et un point d’appui supplémentaires pour atteindre ses objectifs stratégiques.

🏷️ Wang Yi Iran
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6. Chine- Qatar et la question des interdépendances

Le 10 mars, le top-diplomate chinois, Wang Yi, s’est entretenu au téléphone avec, Sheikh Mohammed bin Abdulrahman bin Jassim Al-Thani, premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar.

Extrait du compte-rendu publié par le ministère chinois des affaires étrangères :  王毅同卡塔尔首相兼外交大臣穆罕默德通电话 ( 3 884 signes. Mots-clés : Wang Yi ; Iran ; Sinopec )

Le 10 mars 2026, Wang Yi, membre du Bureau politique du Comité central du PCC et ministre des Affaires étrangères, s’est entretenu par téléphone, à la demande de son homologue, avec Mohammed, Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar.
Les États-Unis et Israël ont eu recours à la force contre l’Iran sans autorisation du Conseil de sécurité, ce qui constitue une violation manifeste des buts et principes de la Charte des Nations unies ainsi que des normes fondamentales régissant les relations internationales. (…)
Dans le même temps, la Chine ne soutient pas non plus l’élargissement du champ des frappes et condamne toute attaque indiscriminée contre des civils et des objectifs non militaires. La souveraineté, la sécurité et l’intégrité territoriale des États arabes du Golfe doivent être respectées. (…)
La Chine appelle à un cessez-le-feu immédiat et à la fin des hostilités, ainsi qu’à la recherche d’une solution politique. Elle soutient les pays du Golfe dans leur volonté de prendre en main eux-mêmes l’avenir et le destin de la région. La Chine continuera, à sa façon, à jouer un rôle constructif pour apaiser la situation et rétablir la paix.

Extrait du compte-rendu Qatari Prime Minister and Minister of Foreign Affairs Receives Phone Call from Foreign Minister of China

Au cours de cet appel, Son Excellence le Premier ministre et ministre des Affaires étrangères a réitéré sa condamnation des attaques iraniennes contre le territoire qatari, les qualifiant d'inacceptables sous quelque prétexte ou justification que ce soit, et a souligné que l'État du Qatar s'était toujours efforcé de rester à l'écart des conflits régionaux et avait cherché à faciliter le dialogue entre la partie iranienne et la communauté internationale
Son Excellence a mis en garde contre le ciblage irresponsable d'infrastructures vitales, en particulier celles liées à l'eau, à l'alimentation et à l'énergie, soulignant que de telles actions constituent un dangereux précédent qui exposera les populations de la région à de multiples dangers.

 Commentaire :

Le contraste entre les deux comptes-rendus est assez manifeste. Pékin met l’accent sur l’illégalité des frappes américano-israéliennes contre l’Iran, sur le refus d’élargir le champ des frappes, sur la condamnation des attaques indiscriminées contre civils et cibles non militaires, et sur le respect de la souveraineté des États arabes du Golfe. Doha, lui, centre explicitement le récit sur les attaques iraniennes contre son territoire et sur la protection des infrastructures vitales, notamment énergétiques, mais aussi sur l’eau, l’alimentation.

Pourtant, le partenariat énergétique et industriel avec Doha est probablement le plus étoffé que Pékin enregistre dans la région. Le caractère moins disant de Pékin apparait à ce titre d’autant plus flagrant que ses intérêts sont directement menacés.

La Chine, premier importateur mondial de GNL en 2025, a tiré 29% de ses importations de GNL du Qatar l’an dernier. Comme l’essentiel du GNL qatari sort par Ormuz, une fermeture ou quasi-fermeture du détroit fait peser sur Pékin un risque gazier plus brutal qu’en apparence, même si la Chine dispose d’un mix énergétique diversifié.

En cas de blocage durable, la Chine peut compenser partiellement par ses terminaux, ses stocks, sa production domestique et le gaz russe par gazoduc, mais pas intégralement et pas sans coût.

Et l’impact prix peut compter autant que l’impact volume. Même si la Chine continue à recevoir une partie de ses flux, la guerre lui impose déjà un choc de prix, de fret, d’assurance et de désorganisation des calendriers de livraison. Donc l’effet économique réel commence bien avant une rupture totale.

La Chine a beaucoup investi sur des contrats très longs avec le Qatar, dont les accords Sinopec-QatarEnergy, sur 27 ans. La crise actuelle rappelle qu’un contrat très long ne protège pas contre une interruption physique. La relation sino-qatarie est désormais vulnérable et très exposée. Doha a besoin de la Chine comme grand acheteur stable, et investisseur industriel de long terme ; la Chine a besoin du Qatar comme fournisseur de GNL fiable, et sécurisé. Mais aucun des deux ne veut ajouter à cette interdépendance un rapprochement géopolitique.

🏷️ Wang Yi Iran Sinopec
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7. La diplomatie de la navette, ou comment la Chine veut rester au centre du jeu

Le 4 mars, l'ambassadeur Zhai Jun, représentant spécial du gouvernement chinois pour les affaires du Moyen-Orient, est mandaté par Pékin pour un nouveau round diplomatique après les attaques israélo-américaines en Iran. ( 2 455 signes. Mots-clés : CCG )

Après une visite au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), le 5 mars, Zhai Jun s’est rendu, le 8 mars, en Arabie Saoudite et s’est entretenu successivement avec, le secrétaire général du Conseil de coopération du Golfe (CCG), Jasem Albudaiwi 中国政府中东问题特使翟隽会见海合会秘书长布达维, puis le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud Al-Faisal.  中国政府中东问题特使翟隽会见沙特外交大臣费萨尔

Lors de ce dernier entretien, Zhai Jun a rappelé la position de la Chine :

« Zhai Jun a exprimé la profonde préoccupation de la Chine face aux tensions régionales actuelles. La Chine a toujours soutenu que les objectifs et les principes de la Charte des Nations unies et les normes fondamentales des relations internationales doivent être respectés. La souveraineté, la sécurité et l'intégrité territoriale de tous les pays du Golfe sont inviolables, et toute attaque contre des civils innocents et des cibles non militaires doit être condamnée ».

Le compte-rendu fait de cette rencontre par le secrétariat du CCG diffère quelque peu :

« Son Excellence M. Albudaiwi a exprimé sa gratitude envers la Chine pour avoir condamné les attaques perfides de l'Iran contre les États membres du Conseil et pour les efforts déployés par la Chine auprès de toutes les parties afin de mettre fin au conflit et aux agressions militaires iraniennes.

Commentaire :

Si la recherche  d’une harmonisation Chine-CCG pour la désescalade dans la région est palpable, les différences de position apparaissent par contraste : les Etats du Golfe veulent que la Chine valide plus explicitement leur lecture sécuritaire, tandis que Pékin, en ne condamnant pas publiquement les frappes iraniennes, continue de ménager sa relation avec Téhéran.

Les « navettes Zhai Jun » apportent ce que Wang Yi ne peut pas faire seul, à distance, ni ses ambassadeurs sédentaires dans la zone : un instrument de collecte d’informations de crise, de réaction rapide et de coordination pour plus de granularité, et plus de capacité à faire converger les positions des États du Golfe autour d’une ligne de désescalade compatible avec les intérêts chinois.

La présence continue sur le terrain permet aussi à la Chine enrichir aussi des mécanismes de dialogue. Pékin détient ainsi davantage d’informations que ne peut en recueillir séparément chacun des Etats et des autres parties prenantes (CCG…) de la région.

Ces « envoyés spéciaux » du gouvernement chinois existent depuis 2002. On en trouve pour l’Ukraine et « l’Eurasie », l’Amérique latine, l’Afrique… Ils sont mobilisés surtout en temps de crise, mais pour ce  qui concerne le Moyen-Orient, en état de crise permanent (Iran-Israêl-Liban, Gaza…), Zhai Jun se rend plusieurs fois par an dans la région depuis l’été 2019 et son dernier poste…d’Ambassadeur de Chine en France, une diplomatie à plusieurs niveaux – il y a aussi celui des forums ad hoc -  qui semble bien en place et qui , au vu de sa longévité, satisfaire ses donneurs d’ordre à Pékin.

🏷️ CCG
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8. Industrial Accelerator Act : la Chine peaufine les arguments de sa riposte

Je titrais mon dernier post sur ce réseau : « Négociations sino-américaines à Paris : qui contrôlera la technologie chinoise ?, avec comme sous-titre, une question : « Que viennent faire le Secrétaire au Trésor Scott Bessent et le vice-premier ministre chinois, He Lifeng, à Paris ? ». Ces deux questions restent sans réponse. Les deux équipes ont, semble-t ’il, décidé de remettre leur escapade parisienne à plus tard.

Dans cet intervalle le sommet Trump-Xi, dans tous les esprits, n’est toujours pas confirmé. Avec l’intensification et l’extension du conflit en Iran, au Liban et dans les pays du Golfe, les deux capitales pourraient avoir quelque difficulté à mettre à jour leur agenda et positions. Probablement aussi, craignent-t'elles d’éventuelles situations ou déclarations non conformes.

Quoiqu’il en soit, la question posée dans le Post reste entière :  dans quelle mesure l’introduction du projet de loi sur l’accélération industrielle (Industrial Accelerator Act-IAA) annoncée, mercredi 4 mars par la Commission Européenne, pourrait-elle modifier l’environnement de ces négociations sino-américaines ? Inversement, dans quelles conditions l’UE peut devenir un troisième pôle dans cette compétition entre grandes puissances ? ( 3 299 signes. Mots-clés : IAA ; CCCEU ; EUCCC ; MOFCOM ; OMC)

Depuis lors, le 4 mars, Pékin a placé la sécurité économique et sa résilience aux chocs externes en facteur 1 de son plan de développement. Quelle est sa position face à l’IAA européenne ? En l’absence de réaction officielle du ministère chinois du Commerce, une lettre ouverte de la China Chamber of Commerce to the EU, le jour même de l’annonce de la Commission, nous éclaire sur les principaux arguments de la Chine à l’encontre du texte et de sa philosophie. 欧盟中国商会关于欧盟《工业加速器法案》的立场声明 et CCCEU Statement on the EU "Industrial Accelerator Act"

Je vous fournis ICI une traduction intégrale en français.

La CCCEU reconnaît les objectifs européens de compétitivité, de transition verte et de sécurité économique, mais estime que l’Industrial Accelerator Act, tel que proposé, introduit des exigences de localisation, de contrôle des investissements et de sélection des partenaires qui risquent de remettre en cause l’ouverture traditionnelle du marché européen.

Selon elle, ces mécanismes, notamment le système de « partenaires de confiance », les plafonds d’investissement et les obligations de transfert technologique, pourraient créer une discrimination institutionnelle à l’égard des entreprises chinoises, renchérir les coûts de production en Europe et fragiliser les chaînes d’approvisionnement nécessaires à la transition énergétique.

La CCCEU appelle donc l’Union européenne à revoir le texte afin de préserver un environnement d’investissement ouvert, « non discriminatoire et prévisible », tout en renforçant le dialogue Chine-UE pour éviter une détérioration de la coopération industrielle et commerciale.

Commentaire :

La Chambre chinoise a réussi à s’imposer comme interface entre les autorités chinoises et les autorités européennes, lui permettant de véhiculer les éléments de langage de son ministère de tutelle, le MOFCOM, lui épargnant de réagir à chaud à chaque décision ou annonce européenne.

Aussi, sa lettre ouverte ne se présente pas comme un plaidoyer pour la défense des intérêts des entreprises chinoises mais comme une tentative de faire comprendre aux entreprises européennes ce qu’elles auraient à perdre avec le projet de loi de la Commission, en espérant qu’elles fassent pression sur le Conseil – les États membres – et le Parlement et ainsi rendre plus incertaine l’adoption de l’IAA.

Plus largement, pour Pékin, l’UE devrait laisser s’organiser la coopération technologique, les investissements et la sécurité économique au niveau des entreprises, loin des pouvoirs publics, afin de les couper des dispositifs d’appui et de défense commerciale.

La Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine (EUCCC) devrait, en réponse, adresser une communication retournant à son envoyeur l’ensemble de son argumentaire, car tout ce qu’il pointe fait précisément défaut dans la législation chinoise et son application.

Bruxelles pourrait réfléchir également à des mesures plus radicales pour adresser le fait géo-économique chinois.

Dans la lettre ouverte, la chambre chinoise rappelle que la notion de « trusted partners » porte en elle un principe discriminant et vise en réalité la Chine, sans la nommer.

Lors de la controverse, en 2019, autour des risques posés par Huawei sur les infrastructures européennes de télécommunications, Pékin avait réagi violemment à la suite de la décision de  Bruxelles de promulguer une « 5G Tool Box », excluant les « high-risk suppliers » du marché européen, dénonçant cet artifice de ciblage anonyme de son champion industriel.

Ces deux exemples montrent que Bruxelles refuse, par respect de certaines règles multilatérales (OMC), de « nommer les choses », mais elle crée néanmoins des dispositifs dérogatoires qui traitent les symptômes, sans résoudre la question de fond : le capitalisme d'Etat chinois.

🏷️ IAA CCCEU EUCCC MOFCOM OMC
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 9. Taiwan-Chine-Etats-Unis :  un deal à suspens

Le 8 mars, devant la presse nationale et internationale, Wang Yi a réitéré les principaux éléments de langage sur Taiwan, centrés sur les menaces extérieures et intérieures qui pèseraient sur le processus d’unification :  ( 3 726 signes. Mots-clés : Taiwan ; Wang Yi)

Le Japon représenterait la menace externe :

Il faut se poser la question suivante : les affaires taïwanaises relèvent des affaires intérieures de la Chine – de quel droit le Japon peut-il intervenir ? De quelle autorité le Japon dispose-t-il pour invoquer le droit à la légitime défense si un incident venait à se produire dans la région chinoise de Taïwan ? Ce soi-disant droit à la légitime défense collective implique-t-il une tentative de saper les dispositions de sa constitution pacifiste renonçant au droit de faire la guerre ? Si l'on se souvient que le militarisme japonais a autrefois utilisé les « crises existentielles » comme prétextes pour mener des agressions extérieures, cela ne peut que renforcer la vigilance et l'inquiétude des peuples chinois et asiatiques : où va le Japon ?

Et le DDP à Taiwan incarnerait la menace « de l’intérieur » :

Le maintien obstiné des autorités du Parti démocratique progressiste (DPP) de leurs positions séparatistes et pour « l'indépendance de Taïwan » est la cause profonde des troubles qui compromettent la paix et la stabilité dans le détroit de Taïwan.

Concernant les Etats-Unis, Wang Yi répond à un journaliste de la chaine NBC news :

NBC News : La Chine accepte-t-elle  une « gouvernance sino-américaine » pour relever les défis mondiaux ? Si ce n'est pas le cas, quelles propositions alternatives la Chine présentera-t-elle pour éviter une confrontation entre la Chine et les États-Unis et pour rassurer le monde sur le fait que la Chine émergente n'a pas l'intention de renverser le système international actuel ?
Wang Yi : La Chine et les États-Unis exercent sans aucun doute une influence considérable sur le monde. Cependant, nous ne devons pas oublier que cette planète compte plus de 190 nations. L'histoire mondiale a toujours été écrite collectivement par tous les pays, et l'avenir de l'humanité a toujours été façonné par tous les peuples. La cohabitation et la pluralité représentent la nature inhérente de la société humaine, tandis que la coexistence multipolaire incarne la forme appropriée de l'ordre international.

Commentaire

Cette double volonté de couper Taiwan de ses relations et soutiens extérieurs et d’isoler politiquement le DPP n’est pas nouvelle. Ce qui l’est davantage est la non condamnation des Etats-Unis dans les propos de Wang Yi, surtout concernant la question taiwanaise.

En deux heures de conférence de presse, Wang Yi n’aura évoqué les Etats-Unis et la relation sino-américaine qu’à trois reprises, et très brièvement, voire furtivement (une seule mention des « Etats-Unis d’Amérique », une mention de « la partie américaine »), comme si les nommer était devenu tabou… et les dénoncer totalement superflu. Plus les Etats-Unis sèment la discorde et la guerre autour d’eux, moins il est besoin de la pointer du doigt. Mais il y a davantage qu’un effet d’aubaine dans la retenue de Wang Yi.

A l’approche d’un tête-à-tête avec Xi Jinping, il faut engranger les points, avoir de bonnes cartes en main, pour reprendre l’expression favorite du locataire de la Maison Blanche, et surtout les jouer au moment opportun.

En annonçant la suspension d’une vente massive d’armements modernes à Taiwan, autour du 27 février, Trump s’est-il découvert trop tôt ? Pékin de son côté aurait-il, en guise de mesure de confiance réciproque, ralentit voire totalement suspendu, autour de ces mêmes dates – à deux jours près- toute incursion de ses chasseurs dans l’espace Taiwanais comme le suggèrent certains observateurs, statistiques à l’appui ?

Pourtant, l’hypothèse d’un lien entre la mise en attente des ventes d’armes à Taïwan et la pause inhabituelle des sorties aériennes de l’Armée de l’Air chinoise n’est pas retenue par une majorité d’observateurs comme une explication majeure du calme plat qui règne entre les deux capitales, faute de preuve causale et faute d’informations vérifiées et crédibles All Quiet in the Taiwan Strait? Explaining the Recent Drop in PLA Aircraft Activity Around Taiwan - Taiwan Security Monitor. Donc acte.

Je reprends alors à mon compte cette hypothèse : contrairement à la précédente rencontre entre Xi et Trump le 30 octobre dernier à Séoul, où Taiwan a été absente des comptes-rendus publics, elle sera au cœur des discussions bilatérales, sous le chapitre de la stabilité régionale, allant et venant et s’invitant entre les dossiers commerciaux, industriels, technologiques et nucléaire, et devrait faire les gros titres.

🏷️ Wang Yi Taiwan
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▶ Influence et ingérences

10. Droits de l’homme, Iran et groupe d’amis pour la gouvernance globale

Le 2 mars, le représentant de la Chine au Bureau de Genève de l’ONU, Jia Guide, a exprimé la position de la Chine sur la « gouvernance des droits de l’homme » lors de la 12ème réunion de la 61ème session du Conseil des droits de l’homme. Chinese Representative calls on all parties at the Human Rights Council to stay committed to reforming and improving global human rights governance.

Extraits du discours (34’, en anglais)  de Jia Guide, au Conseil des droits de l’homme :

La situation actuelle au Moyen-Orient est particulièrement inquiétante. L'attaque militaire contre l'Iran et l'assassinat de son guide suprême violent gravement la souveraineté et la sécurité de l'Iran, bafouent les buts et principes de la Charte des Nations Unies ainsi que les normes fondamentales des relations internationales, et violent brutalement les droits de l'homme du peuple iranien.

 Le 24 février, il s’exprimait au palais des nations à Genève lors d’un séminaire, co-organisé par l’agence Xinhua, sur la gouvernance mondiale.

A gauche, Mme Valovaya, directrice générale de l'Office des Nations Unies à Genève, à droite, Fuhua, Directeur de Xinhua (qui a rang de vice-ministre en Chine) et Gui Jiade

Extrait :

Le président Xi Jinping a solennellement proposé l’Initiative pour la gouvernance mondiale, offrant une solution chinoise pour préserver l’ordre international et améliorer la gouvernance mondiale.
Cette réforme et cette amélioration ne visent ni à renverser l’ordre international existant ni à repartir de zéro, mais à renforcer la capacité d’exécution et l’efficacité du système international actuel et de ses mécanismes (这种改革完善不是对现有国际秩序的推倒重来,也不是另起炉灶,而是增强现行国际体系和机制的执行力、有效性). Les principes fondamentaux de cette initiative s’inscrivent dans la continuité des objectifs et principes de la Charte des Nations unies et répondent aux attentes communes de la grande majorité des pays. Elle a déjà reçu le soutien et la réponse positive de plus de 150 États et organisations internationales.
La Chine souhaite faire des nouveaux espaces — grands fonds marins, régions polaires, espace extra-atmosphérique et Internet — de nouveaux domaines de coopération internationale. La Station internationale de recherche lunaire est ouverte à la participation mondiale.

 J’ai traduit son discours intégralement ICI.

Commentaire

Le 28 février, la mission chinoise à Genève a tenu à huis clos une réunion inaugurale du « Groupe d’amis pour la gouvernance globale », créé au mois de décembre dernier à l’AG de l’ONU à New York, incluant un chapitre sur la gouvernance des droits de l’homme.

« L'attaque militaire contre l'Iran et l'assassinat de son guide suprême (…) violent les droits de l’homme du peuple iranien », a scandé Gui Jiade, ce qui se passe de commentaire.

Au-delà de la rhétorique, Gui parvient à placer les priorités industrielles, technologiques et stratégiques chinoises ( grands fonds marins, régions polaires, espace extra-atmosphérique…) dans une réunion du Conseil des droits de l’homme, illustrant le peu de considération pour sa raison d’être et révélant le cœur des véritables priorités de la Chine.

On se demande quelles sont les motivations des dirigeants de l’ONU à parrainer ce genre d’événements explicitement concurrents et en porte-à-faux avec les leurs.  

Analyse

La Chine crée des sous-groupes « d’amitiés », dont nous avions évoqué les objectifs dans un précédent bulletin, lui permettant de mettre en avant son agenda propre, et sans les pays qui lui posent problème en séances plénières de l’ONU, peu ou prou les « Occidentaux ».  Se recomposent autour d’elle, sous son patronage, les pays qu’elle convoite, sur une base volontaire, principalement ceux du « Sud Global ». Ainsi, les enceintes multilatérales sont progressivement placées en minorité (one country, one vote), affaiblissant leur influence et leur pouvoir d’action.

🏷️ ONU
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11. Chine-Royaume Uni : nouvelle affaire d’ingérence ?

Le 4 mars, la police antiterroriste britannique a arrêté trois hommes, à Londres et au Pays de Galles, dans le cadre d’une enquête pour suspicion d’assistance à un service de renseignement étranger. La police a indiqué que le pays concerné pourrait être la Chine Three people arrested under National Security Act | Metropolitan Police

Le même jour, le ministre d’État à la sécurité, Dan Jarvis, a déclaré devant les Communes que l’affaire concernait bien la Chine et relevait d’activités d’ingérence étrangère ciblant la démocratie britannique. Il a aussi expliqué que, compte tenu de l’enquête, il ne pouvait pas donner davantage de détails opérationnels.

Parmi les personnes arrêtées figure David Taylor, présenté par plusieurs médias britanniques comme le mari de la députée travailliste Joani Reid. Taylor a eu un parcours mêlant conseil politique, relations publiques et milieux de think tanks; Asia House l’avait nommé en 2024 « Head of Programmes ».

Sur le volet gallois, plusieurs médias ont identifié les deux autres hommes, Matthew Aplin et Steve Jones, tous deux présentés comme ayant eu des liens passés avec l’écosystème travailliste gallois

Le 5 mars, les trois hommes ont été remis en liberté sous caution, avec une échéance indiquée par ITV jusqu’en mai. À ce stade, aucune inculpation publique n’a été annoncée.

La piste  Shanghaïenne

En parallèle, une perquisition a été réalisée, à Cardiff, chez Martin Shipton, un journaliste du site d’infos Nation.Cymru.  Ses appareils et son passeport auraient été saisis. Shipton a produit une tribune publiée sur son propre site My involvement in the Chinese spying 'scandal'  où il  décrit le contexte relationnel autour de David Taylor et notamment un voyage à Hong Kong organisé via un interlocuteur chinois lié à un think tank de Shanghai, se présentant comme conseillant Xi Jinping sur les relations internationales. Il décrit le voyage comme peu substantiel sur le plan politique, davantage touristique. Il devait être l’occasion pour « discuter des perceptions britanniques de la Chine ».

Commentaire

Cette possible nouvelle  affaire d’assistance à un service de renseignement étranger pourrait embarrasser le gouvernement Starmer. Elle survient dans un contexte où Londres cherche à stabiliser ses relations avec Pékin. A moins qu’elle ne serve aussi à maintenir un certain équilibre entre intérêts économiques, politiques et sécuritaires.

Cf. Bulletin #14 – Mémo 9 – Chine-Royaume-Uni : après l’âge de glace

 Le témoignage de Martin Shipton comporte certains traits communs d’un schéma souvent observé dans les activités d’influence ou de collecte d’information informelle : un voyage, un interlocuteur présenté comme lié à un think tank, et donc légitime à poser des questions et proposer des études rémunérées, « conseillant Xi Jinping », pour faire autorité et laisser entrevoir de possibles accès, et bien sûr, en toute décontraction, rien de « politique », juste un tour du propriétaire.

 J’ai entendu et observé ce type de scénario à plusieurs reprises. Les paramètres varient parfois — Hangzhou plutôt que Shanghai, université plutôt que think tank — mais la mécanique relationnelle reste souvent similaire. Il faudra attendre les conclusions de l’enquête pour en savoir davantage.

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12. Wang Yi en top-influenceur de la guerre cognitive

Selon Wang Yi, « la clé des relations entre la Chine et l'UE réside dans l'établissement par l'Europe d'une perception correcte de la Chine », 两会·外长记者会丨王毅:中欧关系的关键是欧洲要树立正确对华认知

Dimanche 8 mars, le top Diplomate chinois, Wang Yi, ministre des affaires étrangères et membre du Bureau Politique répondait aux questions des nombreux journalistes locaux et étrangers convoqués à cette occasion.

Les propos de Wang Yi, traduit littéralement, peuvent interpeller un lecteur attentif à l’évolution de la relation sino-européenne. Wang Yi a déclaré que :

« depuis l'année dernière, les relations entre la Chine et les pays européens n'ont cessé de se réchauffer »
« Le commerce bilatéral a dépassé les 1 000 milliards de dollars américains, plus de deux millions de touristes européens ont visité la Chine sans visa »
« Wang Yi a souligné que la position de la Chine sur le développement des relations bilatérales reste sans équivoque ».
« Nous considérons toujours l'Europe comme un pôle naturel dans le paysage multipolaire », et
« une force vitale pour le maintien de la stabilité de l'ordre international et un partenaire clé dans la réalisation de la modernisation à la chinoise ».

Puis, il en vient aux faits :

Pour que les relations entre la Chine et l'UE progressent de manière constante et fructueuse, l'Europe doit se construire une compréhension correcte de la Chine ».
« Nous constatons qu'un nombre croissant de voix européennes éclairées reconnaissent la Chine non pas comme un concurrent, mais comme un partenaire mondial, la jeune génération en particulier ayant une vision plus objective et positive de la Chine ».

Wang Yi a souligné avec un sens de l’humour unique en son genre, maniant la pétition de principe à la perfection et les lapalissades,  que :  

« les faits démontrent que l'interdépendance n'est pas un risque, que les intérêts entrelacés ne sont pas une menace, qu’une coopération ouverte ne compromet pas la sécurité économique et que l'érection de murs et de barrières ne sert qu'à s'isoler les uns des autres »

Ici, il se risque à une métaphore sportive :

« Nous invitons nos amis européens à sortir du « petit pavillon» du protectionnisme et à entrer dans la « salle de fitness » du marché chinois, où ils pourront renforcer leurs muscles et leurs os et améliorer leur compétitivité » .

La rhétorique diplomatique chinoise a ceci de particulier qu'elle a développé toute une culture de l'euphémisme pour ne pas appeler les choses par leur nom. On peut plus prosaïquement désigner ses affirmations comme une série d’assertions mensongères (assertio falsa).

Ses propos seraient risibles si l’effet à rechercher était comique.

Lorsque la plupart des traductions en ligne traduisent « la clé des relations entre la Chine et l'UE réside dans l'établissement par l'Europe d'une perception correcte de la Chine », ils passent à côté de la signification de cet assertio falsa et dans quoi elle s’inscrit.

Ce qui est traduit ici par « perception » veut dire bien davantage. C’est le même terme utilisé pour la guerre « cognitive » ou plus précisément la cognition. (认知战). En chinois, « il désigne le processus le processus de traitement de l'information qui la transforme en activité psychologique interne, puis régit le comportement humain ». (définition de Baidu).

Le « faconnage des perceptions » (认知塑造 ou 认知管控) figure dans les théories de guerre psychologique de l’APL depuis les années 2000.

Ses affirmations peuvent nous semblent absurdes. Mais le sont-elles pour tout le monde ? Wang Yi évoque « la jeune génération européenne ». A qui s’adresse-t-il ? Et qui sont ces "voix européennes éclairées ?" Doivent-elles se sentir visées ?

On pourrait y voir une simple rhétorique diplomatique, rien d’anormal de la part d’un diplomate. C’est oublier que Wang Yi chapeaute également les affaires de sécurité et de renseignement au Comité Central du PCC. Il a double casquette et double fonction. Il anime en interne les réseaux et la hiérarchie sécuritaires du PCC et est orienté par eux. Ses propos en sont l’illustration. Il énonce en langage non codé les orientations reçues. Pour les récepteurs de ces messages, localement, en Europe, c’est aussi une reconnaissance de leur action.

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▶ Documentation & agenda

◇ Documentation et études

  • Europe

Industrial Accelerator Act, texte du projet IAA de la Commission européenne

China - A fragile power? How Europe can use its economic leverage over Beijing , le 9 mars 2026, par Alicia Garcia-Herrero,Tim Rühlig, Chaillot papers, EUISS. Les auteurs jugent que la puissance extérieure de la Chine repose désormais sur une base intérieure plus fragile qu’on ne le dit généralement, et cette fragilité ne rend pas Pékin plus conciliant ; elle peut au contraire le pousser vers davantage de contrôle interne, d’autosuffisance techno-industrielle et de coercition externe. Ils appellent à une “leverage-based diplomacy” européenne.

  • Taiwan

The PLA has stopped flying aircraft close to Taiwan - I can't figure out why and that worries me, Drew Thompson, 6 mars 2026, Substack. Le billet observe une anomalie opérationnelle inhabituelle : pendant plusieurs jours (à partir du 27 février), aucun avion de l’APL n’est entré dans l’ADIZ de Taïwan ni n’a franchi la ligne médiane du détroit, ce qui rompt avec plusieurs années d’activité quasi quotidienne

  • Corée du Nord

North Korea’s 9th Party Congress Signals Confidence in Nuclear Deterrence, Rejects Denuclearization and Inter-Korean Talks, le 6 mars, Institute for the Study of War, par notamment Yeji Chung. Ce papier soutient que le 9e congrès du Parti du travail de Corée marque une consolidation doctrinale plus qu’un tournant brutal : Pyongyang affiche une confiance accrue dans sa dissuasion nucléaire, enterre de fait toute perspective de dénucléarisation, durcit sa ligne envers Séoul, tout en laissant entrevoir une ouverture très conditionnelle à Washington — non pour négocier l’abandon du nucléaire, mais à partir de la reconnaissance implicite de son statut nucléaire

◇ Agenda

Le 17 mars, 14h-15h30, Chine, États-Unis, Taïwan : recompositions capacitaires et ajustement des postures stratégiques dans le détroit, avec Hugo Tierny (IRSEM) et Tom Abram (FRS)

Le 18 mars 2026, 15:45–16:45, US-China: What are the two superpowers competing for?, Chatham House, avec notamment Nicholas Burns, ancien ambassadeur des Etats-Unis en Chine.

Le 20 mars, 9h-11h, Nouveau plan quinquennal chinois : accélération de l'électrification et expansion mondiale des exportations de technologies propres ? | Ifri,

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