Bulletin n°17 : retour aux affaires, un mois de mars sous haute tension
Le PCC mobile ses cadres pour le lancement du 15ème plan et renouvellement des élites locales ; Wang Yi à la Conférence de Munich ; Allemagne-Chine et relations sino-européennes; Chine-Pérou ; Taiwan ; la CIA recrute les élites chinoises
📋 Structure de ce Bulletin
- Édito
- ▶ Politique intérieure
-
▶ Politique extérieure
- 5. [Tournée fructueuse de Wang Yi en Europe à l’occasion de la conférence de Munich]
- 6. [Elbridge Colby et la première chaine d’îles]
- 7. [Allemagne-Chine : une visite en bout de chaine pour le chancelier allemand]
- 8. [Europe-Chine : l’accélérateur mis sur pause]
- 9. [La Chine prépare activement la 14ème Conférence ministérielle (MC14) de l’OMC]
- 10. [Europe-Chine : confirmation de l’ouverture d’une enquête sur Nexperia]
- 11. [Produits laitiers européens : vers une pression commerciale durable]
- 12. [Chine-Pérou et le « Chifagate»]
- 13. [Réunion sur Taiwan : le processus politique réarmé]
- 14. [Marco Rubio nomme un coordinateur pour les affaires tibétaines, réaction de Pékin]
- ▶ Influences et ingérences
- ▶ Documentation & Agenda
Edito
Dans une semaine jour pour jour, le jeudi 5 mars, s’ouvre à Pékin la session annuelle de l’Assemblée Nationale Populaire (ANP), précédée la veille par celle de la chambre haute du Parlement : la Commission consultative politique du peuple chinois (CCPPC). Le premier ministre remettra son rapport 2025 à l’ANP, pour validation, ainsi qu’un projet de loi de révision sur…la planification nationale. En effet, l’équipe dirigeante à Pékin veut renforcer son pouvoir de décision et de mise en oeuvre de ces plans à cinq qui traduisent les grandes orientations du pays.
Ce n’est donc pas un hasard si l’un des tous premiers documents du gouvernement central post-nouvel an s’attache à rappeler à tous ses cadres du parti et de la haute fonction publique qu’ils seront jugés au mérite et à leurs résultats. S’en suivront jusqu’à l’été une pluie de directives déclinées par grands domaines d’action pour amorcer ce nouvel plan quinquennal qui s’étend jusqu’en 2030.
C’est dans ce contexte, alors que la feuille de route à cinq ans est déjà tracée dans ses grandes lignes initiales et n’attend plus qu’à être exécutée, que le chancelier allemand effectue jusqu’à aujourd’hui son premier déplacement en Chine pour tenter de faire entendre la voix de l’Allemagne et de l’Europe. Pour Pékin, cette visite s’inscrit dans une séquence européenne dense et flatteuse. À l’automne, le roi Felipe VI, puis Emmanuel Macron. À l’hiver, les Premiers ministres irlandais, finlandais et britannique. Il y voit la confirmation d’un retour au centre du jeu.
En parallèle, l’UE a repoussé, une nouvelle fois, hier mercredi, son projet de loi sur l’accélération industrielle (IAA) pour protéger sa production manufacturière, principalement de la Chine.
Cependant, les regards de Pékin se tournent déjà vers la fin du mois de mars et la visite, non confirmée à ce jour par Pékin, de Donald Trump en Chine. L’invalidation, vendredi 20 février dernier, par la Cour suprême américaine d’une partie des droits de douanes « réciproques » imposés par Washington à ses principaux partenaires commerciaux, place la Chine en position de force dans les négociations à venir ou, tout le moins, affaiblit temporairement la marge de manœuvre de l’exécutif américain.
Pékin n’oublie pas que l’issue de cette guerre commerciale se joue aussi au temple du commerce multilatéral, à l’OMC, où elle entend bien faire prévaloir ses positions lors de la prochaine conférence ministérielle (MC14) du 26 au 29 mars 2026 au Cameroun.
Le mois de mars sera le premier test grandeur nature du nouvel équilibre commercial mondial.
➔ Dans ce Bulletin 16 Mémos + dont 2 brèves
▶ Politique intérieure
1. Le PCC mobile ses cadres pour le lancement du 15ème plan
Au mois de décembre dernier, j’attirais l’attention sur la mise en place d’un nouveau référentiel du « mérite politique » pour les cadres du parti.
Le 23 février, son décret d’application vient d’être annoncé : « Mise en place d'un programme d'apprentissage pour le Parti et mettre en pratique une vision correcte du mérite politique (qu’on peut aussi traduire par «résultats ») 关于在全党开展树立和践行正确政绩观学习教育的通知 ( 736 signes. Mots-clés : PCC)
Bulletin #12 – Mémo 2 - Du mérite politique à la bonne gouvernanceLes équipes dirigeantes au niveau du district et au-dessus, ainsi que leurs membres, doivent examiner les lacunes dans leurs résultats par des enquêtes et des inspections et les réactions de la population.
Commentaire
Ce « programme » se terminera au mois de juillet. Il est donc centré sur les premiers mois du lancement du 15ème plan durant lesquels les cadres moyens – environ 1 million – seront surveillés de très près.
Nouvel ingrédient rhétorique du contrôle du parti sur lui-même n’apporte rien mais fait fonctionner la machine rotative de l’appareil disciplinaire au PCC, à deux semaines de l’ouverture de la double session parlementaire. Mais sa diffusion dans l’espace public n’est pas anodine (elle concerne le fonctionnement interne du PCC). Les autorités centrales pourront décliner toute responsabilité en cas de non-respect de leurs décisions localement.
🏷️ PCC↑ Retour au sommaire2. Le parti renforce son système de contrôle interne
Le gouvernement central ne veut pas perdre de temps en cette reprise post-nouvel an. Un «Règlement relatif à la conduite d’entretiens de supervision par les comités du Parti à l’égard de leur N-1 a été diffusé à l’ensemble des échelons du parti.
Ces nouvelles dispositions visent à resserrer le contrôle sur les décisions prises, le suivi des mesures, faire remonter les éventuels problèmes plus rapidement et clarifier les responsabilités de chacun.
Concrètement, elles visent à imposer les comptes-rendus écrits d’un chef de cellule ou de comité avec son n-1, au détriment de la culture de l’oral. ( 1 510 signes. Mots-clés : CCID)
L’article 12 précise en ce sens que :
Les comptes rendus des discussions, les mesures correctives proposées par les personnes concernées et l'état d'avancement des efforts de rectification doivent être compilés et conservés. Des copies des documents doivent être transmises aux autorités d'inspection disciplinaire du même niveau, aux départements organisationnels (personnel) et aux autres unités concernées.
L’objectif final consiste à assurer la traçabilité des PV de décisions prises lors de ces entretiens en one-to-one en imposant ici aussi un calendrier et délais de réalisation qui confère un caractère exécutoire à la procédure existante. (Cf. la photo du bulletin lors d’un séminaire « à cœur ouvert » entre cadres d’une cellule du PCC dans une entreprise de logistique).
Le n-1 devra désormais
proposer des mesures correctives dans un délai d'un mois à compter de la fin de l'entretien.
rendre compte des mesures correctives prises au comité du parti (groupe de direction du parti) qui a mené la discussion dans les trois mois suivant sa conclusion.
Commentaire
A noter que la Commission à l’Inspection du PCC (CCID) a la charge de l’interprétation de ces dispositions et détient par conséquent un droit de regard et une position d’arbitre. La ventilation de ces rapports d’entretien s’élargit, multipliant ainsi les points de contrôle, et resserrant de facto le niveau de contrôle général sur l’ensemble de la chaine de commandement.
Cette nouvelle traçabilité documentaire, temporelle et décisionnaire permet de casser les logiques et chaines transversales des pouvoirs locaux.
Analyse
Sans le remettre en cause, ces décisions portent potentiellement atteinte au principe de collégialité au sein du parti, localement. Du moins elles le relèguent au second plan.
🏷️ CCID↑ Retour au sommaire3. Renouvellement des élites locales du PCC et sécurité politique
À l’approche d’un cycle de renouvellement massif des équipes dirigeantes locales de la province au district), le centre active son dispositif disciplinaire pour encadrer la compétition interne et prévenir la reconstitution de réseaux d’influence. ( 2 265 signes. Mots-clés : CCID )
La Commission centrale d’inspection de la discipline (CCID), la Commission nationale de supervision (organe intégré à double statut parti-État), et le Département de l'organisation du Comité central du PCC, véritable autorité centrale de gestion des cadres du parti, sont à la manœuvre avec la diffusion d’une circulaire concernant « la discipline lors des transitions à la tête des instances dirigeantes et le renforcement de la surveillance du déroulement du processus ». 中共中央办公厅印发《党委(党组)对下级党组织“一把手”开展监督谈话工作办法》_问题_情况_党的纪律
Le texte suggère que les pratiques de cooptation et d’achat de fonctions ne sont pas résiduelles mais adaptatives, et susceptibles de réapparaître sous des formes nouvelles à chaque cycle de renouvellement :
Certaines questions risquent de resurgir, tandis que d'autres présentent de nouvelles caractéristiques propres à cette phase. Le risque de perturbations lors de la transition au pouvoir reste entier, ce qui nécessite la plus grande vigilance.
En outre, Il est strictement interdit de constituer des factions ou des réseaux d’intérêts personnels et il est également proscrit de manœuvrer à des fins opportunistes ou de fréquenter des intermédiaires se présentant comme détenteurs d’influence politique. Toute forme d’achat de voix ou de corruption électorale est prohibée. (…) Il est interdit de proposer ou de promouvoir des candidats faisant déjà l’objet de soupçons ou de problèmes disciplinaires.
Commentaire
Ce cycle de renouvellement engagé en 2026 concerne potentiellement plusieurs centaines de milliers de cadres aux quatre niveaux territoriaux (secrétaire, secrétaire adjoints, membres des comités…) dans les provinces, municipalités, et au niveau des districts.
A chaque remaniement, les organes du PCC réactivent leur arsenal disciplinaire autour des même points d’attention, au total 10 selon les textes de la CCID. Selon ces derniers, il est interdit de :
- former des factions, de poursuivre des intérêts privés et de constituer des « petits cercles ».*
- manœuvrer et de fréquenter des « escrocs ou pseudo-influenceurs politiques ».
- acheter des voix et de corrompre le vote*
- solliciter des postes, de monnayer des nominations et de vendre/acheter des fonctions*
- intervenir irrégulièrement, de faire pression, de « passer des coups de fil » ou de recommander hors procédure.
- décider seul (décision personnelle imposée, contournant la décision collective).
- proposer ou de promouvoir des personnes déjà problématiques (带病提名/提拔)*
- procéder à des nominations non conformes aux règles.
- falsifier, de truquer, ou de faire fuiter des informations (rumeurs, indiscrétions)
- perturber, saboter ou interférer avec le processus de renouvellement.
Cette to-do-list négative donne un aperçu instantané des risques perçus par le centre lors des transitions, notamment celui du trafic d’influence. J’ai noté d’un « * » les items mis en avant dans la directive du 12 février, par rapport aux éditions précédentes.
Les items prioritaires (factions, brokers, achat de postes, promotion de cadres “à problèmes”) indiquent que le risque central n’est pas la corruption financière classique, mais la structuration de réseaux politiques parallèles.
🏷️ CCIDCf. Bulletin #13 - Mémo 4 – La CCID et la sécurité politique du régime ↑ Retour au sommaire4. Séance de rattrapage sur l’intelligence artificielle
Une « session d’étude » sur l’intelligence artificielle et l’utilisation des données publiques a été organisée par le gouvernement central quelques jours avant le nouvel an. Présidée par le premier ministre Li Qiang en personne, (CCTV [视频]李强主持国务院第十八次专题学习
Cette réunion ressemblait davantage à un recadrage qu’à un séminaire d’étude. Elle concernait le plan « IA+ », lancé à l’été 2025, qui accuserait d’un retard important dans la mise en œuvre de ses principaux objectifs, ( 746 signes. Mots-clés : Intelligence artificielle), dont :
- le dé-silotage des données publiques,
- la mise en place d’un filet réglementaire dans la phase de test,
- les financements et « KPI » territoriaux,
- la démocratisation de l'accès au calcul, et
- une clarification de la procédure de déclaration de sécurité.
Concrètement, il est demandé aux cadres locaux d’oser un déploiement massif et standardisé de l’IA dans leurs systèmes, mais sans la protection juridique et administrative nécessaire en cas d’échec ou de faille dans le déploiement.
Cette session était donc destinée à débloquer au moins certains de ces points bloquants. L’objectif de 70% de taux de pénétration des terminaux intelligents d'ici 2027 a manifestement peu avancé depuis le mois d’août, et fait se décaler d’autant la déclinaison de sa feuille de route à 2030 et 2035 dans les secteurs visés comme l’agriculture, l’industrie, les services, et la gouvernance.
🏷️ intelligence artificielle↑ Retour au sommaire▶ Politique extérieure
5. Tournée fructueuse de Wang Yi en Europe à l’occasion de la conférence de Munich
Dans son allocution d’introduction le top diplmomate Wang Yi profite de sa tribune pour défendre l’ONU et ses principes originels. ( 4 151 signes. Mots-clés : ONU ; Sud global)
Les Nations Unies constituent un résultat significatif de la victoire dans la guerre mondiale antifasciste.
Aujourd'hui, ce dont nous avons le plus besoin, c'est de revenir à nos aspirations initiales.
Plus de soixante conflits continuent de faire rage à travers le monde.
Pour défendre aussi les petits pays et le Sud Global :
Permettre aux pays, en particulier aux petites et moyennes nations, de trouver leur place au sein du système international et de jouer le rôle qui leur revient.
Les pays du Sud se soulèvent collectivement, et le système de gouvernance mondiale doit s'adapter à son époque, refléter davantage leurs voix et incarner leur représentation.
Parmi les « points chauds », Wang Yi décrit ainsi la situation de guerre en Ukraine et, immédiatement celle qui prévaut au Venezuela :
La crise ukrainienne est enfin entrée dans une phase de dialogue. Toutes les parties concernées devraient saisir cette occasion pour s'efforcer de parvenir à un accord de paix global, durable et contraignant, éliminer les causes profondes du conflit et instaurer une paix et une stabilité durables en Europe. En ce qui concerne la situation au Venezuela, les principes fondamentaux du droit international ne doivent pas être violés et le principe de souveraineté nationale doit être respecté.
Plus tôt dans la journée, le top diplomate était déjà intervenu en session dédiée Chine de la conférence, avec les mêmes éléments de langage (la guerre anti-fasciste, retourner aux principes fondateurs de l’ONU, la défense des petits pays, « plus de soixante conflits continuent de faire rage à travers le monde ».…), concluant que « la Chine et l'Europe sont des partenaires, pas des rivaux ».
Wang s’est entretenu en marge de la conférence sous un format de réunions bilatérale séparées avec :
- le président serbe Aleksandar Vučić,
- le chancelier allemand Merz,
- le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andrii Sybiha,
- le ministre argentin des Affaires étrangères Pablo Quirno,
- la ministre autrichienne des Affaires étrangères Beate Meinl-Reisinger,
- la ministre britannique des Affaires étrangères, du Commonwealth et du Développement Yvette Cooper,
- le ministre allemand des Affaires étrangères Johann Wadephul,
- le ministre français des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot,
- le ministre norvégien des Affaires étrangères Espen Barth Eide,
- la ministre canadienne des Affaires étrangères Anita Anand et
- le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères tchèque Petr Macinka.
Wang Yi a rappelé à ses hôtes européens les priorités de la Chine : Taiwan.
A noter une formulation assez ambigüe en toute fin de communiqué de l’entretien avec le ministre ukrainien des affaires étrangères, Andrii Sybiha :
Après avoir rappelé que, tout dernièrement « l'intensification des différents dialogues concernant la crise ukrainienne est encourageante », il conclut ainsi, rapportant les propos du MAE ukrainien :
« La guerre de l’Ukraine doit prendre fin. Nous espérons que la Chine jouera un rôle important dans la conclusion d'un cessez-le-feu et d'une paix globale dans les meilleurs délais. (乌克兰的战争该结束了,期待中方为早日实现停火和全面和平发挥重要作用)
Commentaire
La dizaine d’entretiens bilatéraux, sans parler de ceux qui n’ont pas fait l’objet de communications, constituaient la motivation principale du déplacement de Wang Yi jusqu’à Munich. Ce qui ne l’a pas empêché d’exploiter cette conférence comme une plateforme médiatique de premier ordre.
Je vois trois messages majeurs au service d’un travail de fond pour faire travailler la (mauvaise) conscience européenne et, sans surprise, sur Taiwan.
- Le premier message concerne la sécurité internationale. La Chine fait partie des vainqueurs de la Seconde guerre mondiale et, de ce fait, aurait un droit de regard supérieur à celui du Japon, du mauvais côté de l’histoire. L’emploi de la formulation de « guerre antifasciste » appuie cet argumentaire. (Cf. bulletin n°8, mémo n°5).
- Le second, très appuyé, s’adresse aux pays du sud qui doivent apprécier que Wang Yi et la Chine donnent une leçon aux Européens. Ces derniers auraient créé et laissé se développer les inégalités, les guerres et les injustices dans le monde sous leur magistère, dévoyant au passage la mission première de l’ONU.
- Le troisième est plus subtil. Point central d’où tout part et vers où tout converge dans les entretiens bilatéraux, mais absent des deux allocutions préparées de Wang Yi : Taiwan. Pourquoi Wang n’aurait-il pas appuyé aussi sur Taiwan en session plénière ? Peut-être car la ligne actuelle de non-abandon de la force ne cadrait pas avec l’image d’une Chine faiseur de paix dans le monde. Surtout, Pékin maintient sa ligne : Taiwan est une affaire intérieure ; elle devra être solutionnée bilatéralement.
🏷️ ONU Sud GlobalCf.Bulletin #8 - Mémo 5 – Chine-Russie : la fabrique d’un ennemi commun : le Japon ↑ Retour au sommaire6. Elbridge Colby et la première chaine d’îles
Le 14 février, le n°3 du Pentagone, et proche conseiller de D. J. Trump, Elbridge Colby, a accompagné Marco Rubio en Allemagne pour participer à la Conférence de Munich sur la sécurité (MSC). Il s’est exprimé lors d’une table ronde sur l’Indopacifique et la question de Taiwan. ( 4 200 signes. Mots-clés : OTAN ; Indopacifique ; KMT )
Extraits :
(…)le premier chapelet d'îles et la stabilité — dissuader la Chine par la force, pas par la confrontation. Je pense que nous avons une approche très similaire à celle de nos alliés et partenaires là-bas. Et dans les autres théâtres — ici en Europe, vis-à-vis de la Russie et de l'OTAN —, nous comptons sur nos alliés prospères. Le chancelier l'a dit éloquemment hier : l'Allemagne seule a une économie plus grande que celle de la Russie (…)
Évidemment, nous voulons éviter un conflit. Nous voulons aussi pouvoir nous engager dans un commerce mutuellement bénéfique, mais nous reconnaissons clairement, depuis le président jusqu'à nous, que nous devons le faire depuis une position de force. Sur le plan militaire, je pense que nous sommes très clairs : fort et clair, mais discret — ce focus sur le premier chapelet d'îles, et le besoin de travailler avec nos alliés, en particulier en IndoPacifique, pour construire une position de force collective (…).
Je n'ai rien à dire en termes de changement de politique, de position ou même d'emphase sur la question de Taïwan. Je pense que notre président est tout à fait cohérent avec notre position traditionnelle — notre politique d'une seule Chine, les six assurances, etc. Ces documents publics, nous savons que les gens les scrutent attentivement. Nous pesons nos mots soigneusement. Et le président est notre porte-parole sur ces questions, surtout les plus sensibles. Nous avons suivi de près notre position et nous nous concentrons évidemment sur notre position dans le Pacifique occidental. Nous recherchons la stabilité — une stabilité qui suppose à la fois une volonté d'engagement et de la clarté et de la force. Et nous sommes entièrement tournés vers la construction d'une position de force.
Commentaire :
Elbridge Colby n’a rien dit de plus à Munich, en fait beaucoup moins, que lors de sa dernière prise de paroles à Séoul, le 2- janvier dernier, où il développait le concept de «favorable balance of power » inscrite dans la nouvelle National Defense Strategy (NDS).
Cf. Bulletin #14 – Mémo 6 - Etats-Unis-Chine et Indopacifique : la National Defense Strategy (NDS) et les premières réactions chinoisesIl limita son propos en voulant probablement rassurer les Européens en répétant que les Etats-Unis étaient décidés à rester en « position de force » dans le Pacifique Ouest, Taiwan comprise.
La théorie du "premier chapelet d'îles" (First Island Chain) n’est pas nouvelle.
Elle a été forgée par John Foster Dulles au début des années 1950 et théorisé par le stratège naval américain comme une ligne d'endiguement naturelle face à l'expansion soviéto-chinoise. Il désigne la chaîne d'îles et d'archipels qui longe les côtes est-asiatiques continentales, reliant les Kouriles au nord jusqu'aux Philippines et Bornéo au sud, en passant par le Japon, les Ryūkyū (dont Okinawa), Taïwan, et les Philippines. elle sert à contenir la puissance navale et aérienne chinoise dans les "mers de Chine" (mer de Chine orientale et méridionale) en empêchant la PLAN (People's Liberation Army Navy) d'accéder librement au Pacifique occidental. En termes de théorie stratégique classique, il s'agit d'un dispositif de déni par procuration : si la chaîne tient, la Chine ne peut projeter librement sa puissance au-delà.
Cette théorie suppose que Taiwan reste sous contrôle. Un Taipei affaibli ou aligné sur Pékin fragilise ce maillon central du « chapelet ».
Sans préjuger de la stratégie d’ambiguïté dont peut être capable une frange du KMT vis-à-vis de Pékin, le scénario d’un retour au pouvoir de ce parti, en 2028, avec une ligne de rapprochement accéléré avec Pékin, pose question.
Elbridge Colby, dans son livre « The Strategy of Denial » (stratégie du déni d’accès), en 2021, dit explicitement que cette théorie se fonde au moins autant sur la volonté politique des Etats de cette « chaîne » que des conditions strictement militaires et qu’un basculement politique affaiblirait mécaniquement les rapports de force.
Dans la littérature stratégique américaine des années 50, Taiwan est comparée à un porte-avion insubmersible (unsinkable aircraft carrier) qui, s’il venait à changer de commandant, pourrait ouvrir la voie à la marine chinoise au Pacifique et venir menacer directement la sécurité nationale américaine.
Aussi, aujourd’hui, on (l’administration Trump, les think tanks…) guette tout indicateur de « compromission » potentiel à Taiwan, à commencer par le vote du budget de défense (Special Budget for Asymmetric War) qui à lui seul éclaire la polarisation de la vie politique et les perceptions du corps social et électoral taiwanais.
Un deuxième indicateur pourrait être la possibilité d’un retour, sous la férule du KMT, ou et de tout autre parti, du « consensus de 1992 » , pouvant accélérer le processus d’unification prôné par Pékin et affaiblir l’autonomie décisionnelle du pouvoir à Taipei, au profit d’un changement du rapport de force favorable à Pékin sur le plan militaire.
Cf. Bulletin #16 – Mémo 8 - Chine-Taiwan-Etats-Unis : deux processus pour rompre le « statu quo » dans le DétroitLa cohérence stratégique voudrait que l’administration américaine veuille et veille à préserver Taiwan dans la coalition alliée régionale du premier chapelet d’îles. Une remise en cause, même partielle, du paquet de vente d’armes annoncé 17 décembre dernier (11 Mds USD) donnerait une priorité provisoire à la stabilité de la relation avec Pékin, dans un contexte des discussions en cours et à venir entre D. Trump et Xi Jinping.
🏷️ OTAN Indopacifique KMT↑ Retour au sommaire7. Allemagne-Chine : une visite en bout de chaine pour le chancelier allemand
La visite du chancelier allemand Friedrich Merz en Chine se déroule depuis hier, le 25 février. À Pékin, il a été reçu par le Premier ministre Li Qiang, avec les honneurs militaires, suivi d’un déjeuner de travail ouvrant le Comité consultatif de l’économie germano-chinoise (Beratender Ausschuss der deutsch-chinesischen Wirtschaft) Avant de s’entretenir en tête-à-tête avec Xi Jinping.
Le programme inclut une visite de la Cité interdite et d’un site Mercedes-Benz. À Hangzhou, sont prévus un échange avec Wang Hao, le secrétaire du Parti du Zhejiang, ainsi que des visites de Unitree (robotique) et de Siemens Energy. (2 444 signes. Mots-clés : Conférence de Munich ; BMW, Volkswagen, Mercedes-Benz, ainsi que Siemens, Bayer, Adidas, DHL, Henkel)
La visite du Chancelier Merz en Chine constitue son premier voyage à Pékin depuis son entrée en fonction et la première visite d'un chancelier allemand depuis deux ans. Merz a eu cependant l’occasion de la préparer en s’entretenant avec Wang Yi, le 14 février dernier, en marge de la conférence de Munich (MSC).
Le ministère chinois des affaires étrangères indique avoir relevé dans le discours de Merz à l’ouverture du MSC l’aspiration de l’Allemagne et de l’Europe à la l’autonomie stratégique et à la capacité de se renforcer par soi-même (战略自主、自立自强), visant implicitement le lien transatlantique.
Le discours du chancelier à Munich évoque peu la Chine, mais clairement :
La Chine revendique un rôle de façonnement de l'ordre mondial. Elle a posé les fondements de cette ambition sur de nombreuses années, avec une patience stratégique. Dans un avenir prévisible, Pékin pourrait bientôt se mesurer militairement aux États-Unis d'égal à égal. Les dépendances des autres, la Chine les exploite systématiquement. La Chine réinterprète l'ordre international à sa façon. »
Dans la presse allemande, la visite est largement décrite comme un déplacement à dominante économique et industrielle, une séquence de “réalisme” face à la pression concurrentielle chinoise, où l’automobile occupe une place centrale. Le Handelsblatt insiste sur l’ampleur et le profil de la délégation, un noyau de dirigeants de grands groupes allemands, notamment BMW, Volkswagen, Mercedes-Benz, ainsi que Siemens, Bayer, Adidas, DHL, Henkel, etc. et sur les dossiers implicites : conditions de concurrence, accès au marché, tensions autour des surcapacités et des pratiques commerciales.
Cette lecture se double d’un cadrage plus politique : l’Allemagne cherchant à se positionner dans une « Welt der großen Mächte » (« monde des grandes puissances »), une formule pour décrire un environnement géopolitique dur où Berlin doit agir en acteur stratégique, au-delà du seul commerce ; on la retrouve à la fois dans des commentaires de presse et dans le débat institutionnel au Bundestag.
Commentaire :
La visite se prolonge aujourd’hui et j’en ferai un nouveau mémo si besoin. La volonté de positionner l’Allemagne favorablement dans le jeu des grandes puissances en soignant de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain est compréhensible. Il s’agit, en fin de compte, d’une visite officielle dont l’objectif premier consiste précisément à mettre en scène la continuité de la relation sur des bases durables.
D’autres analyses font état d’une situation moins maitrisée de la part de Berlin selon lesquelles une certaine interdépendance complémentaire entre l’ Allemagne et la Chine a basculé vers une relation de compétition industrielle à somme quasi nulle, au point que responsables politiques, banque centrale, fédérations et syndicats allemands parlent désormais ouvertement d’un risque d’un choc chinois imminent.
🏷️ BMW Volkswagen Mercedes-Benz Siemens Bayer Adidas DHL Henkel↑ Retour au sommaire8. Europe-Chine : l’accélérateur mis sur pause
Le 25 février, le Collège des commissaires européens, présidé par Mme von der Leyen, a repoussé le texte de l’Industrial Accelerator Act (IAA), censé donner une base juridique concrète aux débats sur la “préférence européenne”, les “trusted partners”, et le filtrage des IDE, principalement dirigés sur la Chine. Ce texte controversé signale une rupture en matière de politique commerciale et industrielle. (5 558 signes. Mots-clés : IAA ; FSR ; Goldwind ; BYD)
Il faudra s’attendre à des réactions chinoises, de la même veine de celles ciblant tous les instruments de défense commerciale mis en place par Bruxelles. Encore discrètes, en attendant sa promulgation, Pékin dénoncera comme il le fait déjà à l’endroit du FSR (Foreign Subsidies Regulation) (China urges EU to halt anti-subsidy probes), ou pour toute enquête sous quelque chapitre de règlementation européenne, ici, contre l’enquête diligenté par l’UE au début du mois de février contre l’entreprise chinoise Goldwind (éolien).
Extrait, conférence de presse au ministère chinois des affaires étrangères, le 4 février dernier :
Journaliste (AFP) : L’Union européenne affirme que l’entreprise chinoise de technologies d’énergie propre Goldwind a bénéficié de subventions étatiques, faussant la concurrence sur le marché européen, et a ouvert une enquête à son encontre. Quel est le commentaire du ministère des Affaires étrangères à ce sujet ?
Porte-parole du ministère chinois des affaires étrangères Pour les détails spécifiques, je vous invite à vous adresser aux autorités chinoises compétentes.
Je tiens toutefois à souligner que le recours fréquent par l’Union européenne à des instruments économiques et commerciaux unilatéraux, ainsi que l’adoption de mesures discriminatoires et restrictives à l’encontre d’entreprises chinoises, envoient un signal de protectionnisme. Cela porte atteinte à l’image de l’Union européenne et affecte la confiance des entreprises chinoises dans leurs investissements en Europe.
Nous exhortons la partie européenne à respecter ses engagements en faveur de l’ouverture des marchés et les principes de concurrence loyale, à cesser d’abuser des instruments commerciaux unilatéraux, et à offrir aux entreprises de tous les pays un environnement d’affaires équitable, transparent et non discriminatoire.
La partie chinoise défendra fermement les droits et intérêts légitimes des entreprises chinoises
Que prévoit l’IAA, en substance ?
- Une préférence Made in Europe sur l’argent public. Conditionner subventions, aides et ou marchés publics à une part minimale de contenu fabriqué en Europe, avec des seuils par produit et secteur
- Ouvrir la porte à des “trusted partners” (partenaires jugés équivalents et fiables)
- Utiliser l’achat public pour créer un marché préférentiel pour des produits industriels bas carbone
- Un durcissement ciblé sur certains investissements étrangers (principalement la Chine, toujours sans la nommer) dans des secteurs stratégiques
Réactions chinoises
En dehors des publirédactionnels et du jeu indirect des influenceurs, les entreprises chinoises communiquent peu aux médias étrangers. Toutefois cette interview du Corrriere della sera de la patronne de BYD, Stella Li, illustre assez bien la ligne de conduite des entreprises chinoises face au mur réglementaire européen en construction :
« Le président Macron a demandé davantage d’investissements chinois et un transfert de technologie en Europe. Que répondez-vous ?
« Oui. Mais le modèle de la joint-venture est dépassé. Il n’est pas efficace : nous prenons des décisions en une seconde, une joint-venture prend des mois. Ce modèle appartient au passé. L’avenir, c’est l’ouverture et la coopération mondiale. Nous utilisons des puces Nvidia, des logiciels et des composants de différents pays : c’est la direction. »
Plus loin :
BYD n’est pas seulement une entreprise automobile, c’est une entreprise technologique. L’innovation est notre ADN. Nous avons près d’un million d’employés et plus de 10 %, soit environ 120 000 ingénieurs, s’occupent de R&D. Nous produisons 52 brevets par jour. Et nous ne faisons pas que des voitures : nous travaillons sur l’intelligence artificielle, la conduite autonome, la robotique.
Stella Li veut appuyer sur ce que dénonce aussi publiquement Mme von der Leyen dans ses prises de paroles : nous, Européens, sommes trop lents et dépassés. Elle suggère aussi que nous ne comprenons pas la dynamique industrielle chinoise. En somme, nos flèches réglementaires rateront toujours leurs cibles.
La quadrature du cercle selon l’Institut Bruegel
Dans un mémo (Institut Bruegel, le 10 février : Made with Europe’ not ‘Made in Europe’ should guide EU industrial policy), les auteurs résument bien l’impasse politique et règlementaire actuelle :
L'AII pourrait marquer une rupture avec l'approche de l'UE en matière de politique commerciale et industrielle, ce qui pourrait entraîner des conflits avec des partenaires partageant les mêmes idées. Et ce, malgré le fait que la Commission ait réaffirmé que les engagements internationaux devaient être respectés et que la stratégie commerciale devait être fondée sur des partenariats.
Les règles du commerce international sont très claires. Les exigences en matière de contenu local sont interdites. L'UE s'engage à garantir un accès non discriminatoire aux marchés publics pour les fournisseurs des pays qui sont parties à l'accord de l'Organisation mondiale du commerce sur les marchés publics ou qui ont conclu des accords de libre-échange (ALE) avec l'UE.
Commentaire
Je ne commenterai pas les discussions en cours sur la définition du "Made in Europe" (ou "Made with Europe"). Mais les instruments de défense commerciale mises en place par l’UE ont, et je rejoins Stella Li sur ce point, peu de chance d’atteindre leur cible : la Chine a matériellement le temps de mettre en place des contre-mesures commerciales, de contournement, voire de réorienter une partie de son appareil productif – elle l’a démontrée dans le secteur automobile notamment - mais toujours en gardant le même cap et les mêmes objectifs, la même politique.
Dès lors que Pékin dénonce publiquement le déclenchement par Bruxelles de nouveaux instruments de protection du marché européen, il déclare indirectement leur inanité à tous ses acteurs économiques et, par voie de conséquence, les enjoint à passer au dessus, en-dessous, bref, à ne pas les respecter.
Mais à Pékin, on pense déjà à la phase d’après, quand les européens auront compris qu’on ne peut leur imposer des transferts de technologie, ni des co-entreprises (JV) à leur désavantage. Les nouvelles « coopérations » devront s’imposer comme le format dominant. Pékin demande déjà à certains partenaires européens (L’Estonie, Allemagne…) et à Bruxelles de reconsidérer la signature d’un accord de libre-échange (ALE ou FTA) avec lui, un régime sous lequel les instruments de défense commerciale en sortiraient sensiblement affaiblis. En parallèle, la bataille se joue au niveau des règles du jeu des échanges, à l’OMC.
🏷️ IAA FSR Goldwind BYD↑ Retour au sommaire9. La Chine prépare activement la 14ème Conférence ministérielle (MC14) de l’OMC
Le 17 février, l’OMC a fait circuler un mémo, sur demande chinoise, rappelant les positions de Pékin sur la réforme de l’OMC. Le mémo en anglais : ICI. ( 1510 signes. Mots-clés : MC14 ; NPF)
Extrait :
La Chine soutient l'élaboration d'un plan de travail progressif, structuré et axé sur les membres pour la réforme de l'OMC, qui sera adopté lors de la 14e Conférence ministérielle (CM14) de l'OMC, en commençant par l'identification des questions prioritaires en matière de prise de décision, de développement et d'équité (« fairness), et par la fixation de calendriers.
Les trois sujets que la Chine veut placer au top de l’agenda du MC14 sont :
- le processus de décision et la gouvernance
- les droits différenciés (« developement and fairness ») (politique industrielle, subventions…)
- les mécanismes d’appel
Commentaire
Si la Chine accepte une certaine « flexibilité » dans l’application des réformes, elle veut éviter que les Etats-Unis et, dans une moindre mesure l’Europe (UE) la vide de sa substance ou ne réécrivent de nouvelles règles en dehors et qui prévalent sur celles de l’organisation multilatérale.
Elle tient aussi à préserver vivante la clause de la nation la plus favorisées (NPF ou MFN pour Most Favorite Nation) qui a incarné la promesse fondamentale de l'OMC d’un traitement égal pour tous ses membres.
La Chine et l’UE divergent sensiblement sur la définition de l’équité des échanges (« fairness »). Pour l’UE, les distorsions se manifestent par les interventions étatiques, les subventions, les surcapacités. La Chine réfute ces « métriques » et plaide pour un système « non discriminatoire ».
Ci-après, in extenso, la position chinoise de 2019, qui reste la position officielle chinoise sur la réforme de l’OMC : China's proposal on WTO reform . Et ici, la position de l’UE rappelée, le 22 janvier dernier à Genève : EU submission on WTO reform
Rappel de l'agenda : la 14e Conférence ministérielle (MC14) de l’OMC se tiendra du 26 au 29 mars 2026 à Yaoundé, Cameroun.
🏷️ MC14 NPF↑ Retour au sommaire10. Europe-Chine : confirmation de l’ouverture d’une enquête sur Nexperia
La chambre des entreprises de la cour d'appel d'Amsterdam a ordonné, le 11 février, l'ouverture d'une enquête sur la politique et les affaires de Nexperia Holding B.V. et Nexperia B.V. (Nexperia). (2 372 signes. Mots-clés : Wingtech ;
La chambre des entreprises maintient les mesures immédiates. Le directeur Zhang Xuecheng reste suspendu. La nomination d'un directeur temporaire chez Nexperia et le transfert des actions de Nexperia restent en vigueur.
Comme pressenti dans notre précédent mémo sur cette affaire Nexperia, la Chambre néerlandaise a rendu son jugement quelques jours avant le nouvel an.
Cf. Bulletin #13 – Mémo 9 – Europe-Chine : Affaire Nexperia, suite (mais pas fin)La Chambre ordonne formellement l’ouverture d’une enquête sur « la politique et la conduite des affaires » de Nexperia Holding B.V. et Nexperia B.V. et confirme le maintien des mesures provisoires. Son dirigeant, Zhang Xuezheng) reste suspendu, le directeur temporaire reste en place, mais l’actionnaire Wingtech, via sa holding, reste propriétaire de la société, la cour insistant sur le fait qu’il ne s’agit donc pas d’une expropriation, comme dénoncée par la partie chinoise.
Cependant, les votes en AG sont transférés à un administrateur indépendant, ôtant tout pouvoir décisionnaire à Wingtech.
La cour reconnaît qu’après les mesures d’octobre 2025, le cas a entraîné une désorganisation sévère de la chaîne de production entre la Chine et l’Asie du sud-est notamment, une série de litiges financiers et juridiques ainsi qu’une mise en danger des livraisons clients.
Réactions officielles chinoises
Le 13 février, le MOFCOM prend acte :
La Chine a pris note des rapports. Nous estimons que la priorité immédiate est de rétablir la stabilité et le bon fonctionnement de la chaîne d'approvisionnement mondiale en semi-conducteurs, ce qui est dans l'intérêt commun du secteur, y compris de la Chine et des Pays-Bas.
Le mécontentement de Wingtech est relayé par la voix du média officiel, le Global Times (Wingtech expresses strong dissatisfaction with Amsterdam Enterprise Chamber’s latest ruling regarding the Nexperia case) :
La Chambre des entreprises a maintenu les mesures provisoires erronées visant la société et Zhang qui sont en vigueur depuis octobre 2025. Ces mesures nuisent de manière continue et irréparable à une entreprise de semi-conducteurs de premier plan au niveau mondial qui fonctionnait autrefois de manière excellente et apportait une contribution remarquable, et portent atteinte aux intérêts de dizaines de milliers d'employés, de plus de 25 000 clients et de la chaîne industrielle mondiale. D'autre part, elle a décidé de lancer la soi-disant « procédure d'enquête », prolongeant ainsi l'affaire dans une deuxième phase interminable.
Quelles suites ?
La cour va nommer prochainement deux enquêteurs ; leur rapport lui sera remis dans 6 à 12 mois. S’il conclut à une « mauvaise gestion » de la part de Wingtech, les mesures provisoires pourraient être confirmées. Mais Wingtech peut – et va probablement - saisir la cour arbitrale (ICSID) dont la sentence finale se fera connaitre… dans plusieurs années.
🏷️ Wingtech MOFCOM ICSID↑ Retour au sommaire11. Produits laitiers européens : Pékin acte une pression commerciale durable
Le 12 février, le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) a conclu son enquête antisubventions visant certaines importations de produits laitiers originaires de l’UE. Il confirme ses premières conclusions que nous avions analysées dans un précédant mémo (Cf. Bulletin n°11) (1 740 signes. Mots-clés : MOFCOM ; OMC )
Cf. Bulletin #11 – Mémo 7 – Pékin cible la filière laitière européenneLes mesures, applicables pour cinq ans à compter du 13 février, concernent un périmètre ciblé : fromages (dont bleus, râpés, etc.) et lait & crème non concentrés non sucrés...
Le MOFCOM conclut à l’existence de subventions européennes, d’un dommage substantiel à l’industrie chinoise et d’un lien de causalité entre les deux, sur une période d’analyse couvrant 2020 et mars 2024, incluant les années de fortes perturbations liées au “zéro COVID”. Les droits définitifs sont fixés entre 7,4 % et 11,7 %, selon les entreprises, avec un taux résiduel pour les opérateurs non spécifiquement listés.
Pour les entreprises européennes, l’effet est concentré sur des segments à forte valeur ajoutée, notamment les fromages et la crème utilisés dans la restauration et l’industrie agroalimentaire.
Même à des niveaux modérés (environ 10 %), ces droits réduisent la compétitivité-prix, compriment les marges et renforcent l’avantage relatif de fournisseurs bénéficiant d’accords commerciaux préférentiels avec la Chine.
La différenciation des taux crée par ailleurs une hiérarchie concurrentielle intra-européenne, tandis que la durée quinquennale des mesures introduit une incertitude stratégique durable sur ce marché.
Côté européen, plusieurs options désormais : -
-Approfondir le contentieux à l’OMC en contestant la décision finale sur le fond et notamment sa méthodologie d’attribution, la qualification des subventions et l’analyse de causalité,
-Chercher un règlement négocié dans un cadre plus large de désescalade commerciale, et/ou intégrer ce dossier dans la réflexion plus globale sur les instruments de défense commerciale et la résilience économique face aux mesures chinoises.
Mais l’on voit bien que l’effet principal des mesures du MOFCOM renforce la filière chinoise.
En rééquilibrant le marché domestique au profit de sa filière nationale, elles permettent d’accélérer sa stratégie, courante en Chine et de plus en plus appliquée - de « substitution » sur des segments premium de montée en gamme, lui offrant une protection ciblée et durable.
🏷️ MOFCOM OMC↑ Retour au sommaire12. Chine-Pérou et le "Chifagate"
Le « Chifagate » (jeu de mots sur chifa, les restos sino-péruviens) a été déclenché, en fin d’année dernière, à la suite de la révélation de réunions nocturnes non déclarées entre le président intérimaire José Jerí et des hommes d’affaires chinois, filmées par des caméras de sécurité. ( 2 652 signes. Mots-clés : Nuctech ; Chancay ; Cosco)
En janvier, une enquête préliminaire est ouverte pour des soupçons de trafic d’influence et de parrainage illégal d’intérêts. En février, le Congrès lance plusieurs motions de censure, conduisant, le 17, à la destitution de José Jerí.
Deux hommes d’affaires chinois, Yang Zhihua, alias Johnny, CEO de Hidroeléctrica América S.A.C et en affaires avec Nuctech Perú, et un certain « Ji Wu », présenté par les médias péruviens comme lié à une organisation au trafic illégal de bois, Los Hostiles de la Amazonía, seraient les visiteurs du soir du président péruvien.
A noter que Nuctech Perú a reçu, le 16 décembre 2025 un ordre de service du Palais Présidentiel péruvien pour de la maintenance préventive d’équipements de sécurité.
Nuctech est détenu par la Chine via au moins deux entreprises d’Etat et a déjà fait l’objet d’interdiction en Europe pour ces liens avec l’Etat chinois
Ce cas présumé de trafic d’influence, somme toute banal et médiocre, illustre une certaine pratique entre les milieux économique et politique. En Chine, elle est instituée par la non-séparation des pouvoirs politique et économique.
Sur le plan « culturel », elle est même théorisée et mise en action au travers d’une gestion des interdépendances (réseaux)– les « guanxi » -, élevés en principe supérieur, ignorant les droits nationaux. Certains, en s’y adonnant, y voient une forme de reconnaissance de leurs efforts « d’acculturation ».
Cette affaire va polariser le débat public au Pérou dans une période pré-électorale ou le mandat du président est remis en jeu. Les marchés publics et leurs connexions avec la Chine seront probablement placés sous audits renforcés, et notamment le contrat concessionnel du port de Chancay, porte-étendard des investissements chinois au Pérou, déjà fragilisé par une bataille réglementaire.
Dans ce projet de méga-terminal au nord de Lima, Cosco Shipping Ports via sa filiale locale Cosco Shipping Ports Chancay Perú qui le développe, refuse de se placer sous l’autorité de régulation nationale péruvienne, l’Ositrán, et pourrait échapper au contrôle de l’Etat. Dans ce litige, un jugement en première instance a ordonné qu’Ositrán s’abstienne d’exercer son pouvoir de régulateur, de supervision et de sanction à l’égard du terminal de Chancay, provoquant un tollé au Pérou et…une réaction de Washington, indiquant, sur le compte X du State Department, le 12 février, que cette décision judiciaire, si elle était confirmée, pourrait compromettre la souveraineté réglementaire du Pérou.
Concerned about latest reports that Peru could be powerless to oversee Chancay, one of its largest ports, which is under the jurisdiction of predatory Chinese owners. We support Peru's sovereign right to oversee critical infrastructure in its own territory. Let this be a cautionary tale for the region and the world: cheap Chinese money costs sovereignty."
Chancay devrait figurer en bonne place à l'ordre du jour du sommet organisé par D. Trump avec les dirigeants latino-américains alliés, prévu le 7 mars à Miami.
Pour ceux qui veulent en savoir plus sur le Chifagate, un reportage de la télévision péruvienne, sur Youtube (en espagnol).
🏷️ Nuctech Chancay Cosco↑ Retour au sommaire13. Réunion sur Taiwan : le processus politique réarmé
La Conférence 2026 sur les affaires taïwanaises ( 2026年对台工作会 ) s'est tenue à Pékin les 9 et 10 février dernier, présidée par Wang Huning, membre du Comité permanent du Bureau politique du PCC et président du Comité national de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC). ( 727 signes. Mots-clés : PCC ; KMT)
Les récents évènements (cf. Bulletin n°16) ont conforté le PCC dans la poursuite de sa « stratégie globale d’unification » (总体方略) :
1. « Soutenir les forces patriotiques taïwanaises engagées dans la réunification nationale,
2. Combattre les forces séparatistes prônant « l'indépendance de Taïwan »
3. S’opposer à toute ingérence extérieure et
4. Défendre la paix et la stabilité dans le Détroit»
Cf. Bulletin #16 – Mémo 8 – Chine-Taiwan-Etats-Unis : deux processus pour rompre le « statu quo » dans le DétroitLa stratégie globale est un processus politique. Il comprend un volet de diplomatie partisane, en direction du KMT, la force « patriotique », qui est censé ramener Taiwan dans le giron de Pékin.
Le 4ème point est intéressant car, désignant en creux les actions de provocation et les exercices militaires autour de l’île, il positionne l’APL comme garant et protecteur du processus politique engagé. Pour le PCC désormais, un retour au « consensus de 1992 » est possible.
↑ Retour au sommaire14. Marco Rubio nomme un coordinateur pour les affaires tibétaines, réaction de Pékin
Le 17 février 2026, Marco Rubio publie un message pour Losar (Nouvel an tibétain) et annonce qu’il désigne l’Assistant Secretary of State (DRL) Riley M. Barnes comme U.S. Special Coordinator for Tibetan Issues. (1318 signes. Mots-clés : Tibet)
La réaction du ministère chinois des affaires étrangères est intervenue dès le lundi 23 février, le jour de la reprise des conférence de presse publiques devant les médias étrangers :
Correspondant de l'AFP : Il a été rapporté que le secrétaire d'État américain Rubio a annoncé la nomination d'un nouveau « coordinateur spécial pour le Tibet ». Quel est le commentaire du ministère des Affaires étrangères à ce sujet ?
Porte-parole : La position du gouvernement chinois sur les questions relatives au Tibet est cohérente et sans équivoque. Les affaires du Tibet relèvent des affaires intérieures de la Chine, et aucune force extérieure n'est autorisée à s'y immiscer. La création par les États-Unis d'un soi-disant « coordinateur spécial pour le Tibet » constitue une ingérence dans les affaires intérieures de la Chine, la Chine ne le reconnait pas. Les États-Unis devraient honorer leurs engagements sur les questions relatives au Tibet et cesser d'exploiter ces questions pour s'immiscer dans les affaires intérieures de la Chine.
Commentaire
Ce poste était laissé vacant depuis le début de l’année 2025. Marco Rubio avait fait montre de son implication sur la question tibétaine en imposant, au printemps, des restrictions supplémentaires en matière de visas aux fonctionnaires chinois impliqués dans les politiques d'accès des étrangers aux régions tibétaines.
Le point de contexte est la succession du 14ème Dalaï-Lama : en mars 2025, celui-ci avance que, pour la première fois, que son successeur naîtra hors de Chine, afin d’échapper au contrôle de Pékin.
🏷️ Tibet↑ Retour au sommaire
▶ Influence et ingérences
15.La Central intelligence Agency (CIA) recrute en ligne
Le 13 février, la Central Intelligence Agency (CIA) diffuse une vidéo 挺身而出的原因:为拯救未来 - YouTube dans le cadre d’une campagne de recrutement de sources chinoises de haut niveau :
Traduction intégrale (du chinois) :
« C'est un monde que je connais bien. Protéger son pays, protéger son peuple. Pourtant, jour après jour, la vérité devient de plus en plus évidente : les dirigeants ne protègent en réalité que leurs propres intérêts. Leur pouvoir est bâti sur d'innombrables mensonges, mais aujourd'hui, ces murs de mensonges s'effondrent peu à peu.
Ce qu'il nous reste finalement, c'est de ramasser les débris. Toute personne ayant des capacités de leadership sera inévitablement victime d'intimidation et impitoyablement éliminée. Je ne peux pas laisser ces fous façonner le monde futur de ma fille.
L'expérience historique nous enseigne que ceux qui gagnent sans combattre sont les plus grands vainqueurs. Mais ces personnes qui n'ont jamais connu la guerre ont hâte de nous envoyer sur le champ de bataille.
Je suis un soldat. Mon devoir est de protéger le peuple et de défendre la patrie. Choisir cette voie, c'est ma façon de me battre pour ma famille et mon pays. »
En mai 2025, la CIA avait diffusé ses premières vidéos. Elles avaient provoqué une réaction immédiate du ministère chinois des affaires étrangères :
Question d'un journaliste : "Selon certaines informations, la CIA (Agence centrale de renseignement américaine) aurait publié le 1er mai une vidéo en chinois sur les réseaux sociaux dans le but présumé de « recruter des fonctionnaires chinois pour voler des secrets d'État ». Les responsables de la CIA ont déclaré que cette vidéo visait à attirer ceux qui sont déçus par le système et souhaitent « sauver l'avenir ». Quelle est la réponse de la Chine à cela ?"
Réponse du porte-parole :
« Les États-Unis ont depuis longtemps recours à divers moyens ignobles pour voler les secrets d'autres pays, s'ingérer dans leurs affaires intérieures et saper leur pouvoir politique. La vidéo en chinois publiée par la CIA sur les réseaux sociaux constitue une nouvelle « confession » irréfutable. Non seulement les États-Unis se livrent à des campagnes de dénigrement malveillantes contre la Chine, mais ils incitent aussi ouvertement des ressortissants chinois à faire défection, en ciblant même directement des fonctionnaires du gouvernement chinois. Cela constitue une grave violation des intérêts nationaux de la Chine et une provocation politique flagrante.
La Chine condamne fermement ces actions. Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour lutter résolument contre l'infiltration et les activités subversives des forces anti-chinoises à l'étranger, et nous défendrons fermement notre souveraineté nationale, notre sécurité et nos intérêts en matière de développement.
Commentaire :
En 2025, les messages s’adressaient à l’élite du PCC en général, plutôt les cadres intermédiaires et hauts fonctionnaires. Cette fois-ci, la population cible sont les militaires de l’APL, dans un contexte de purges incessantes.
L’effet à rechercher ici est un transfert de loyauté vers la patrie que ces « fous » du PCC auraient piétinée. Vous remarquerez que la période de diffusion du message, le 13 février, à quelques jours des festivités du nouvel an et ses réunions familiales, est particulièrement propice à l’introspection.
La CIA avait aussi diffusé en 2025 un petit « manuel du défecteur », rassemblant des consignes à respecter avant toute prise de contact. Je vous laisse juge de leur robustesse dans cette transcription jointe.
↑ Retour au sommaire16. Au sujet de l’Association franco-chinoise de développement commercial partagé
« L’Association franco-chinoise de développement commercial partagé (AFCDCP) coorganise, avec le NEOMA Confucius Institute for Business, une conférence Chine–Afrique–Europe le 26 février dans les locaux de NEOMA Business School (Paris 13ᵉ) »,
Peut-on lire sur la page réseau de l’Association Franco-chinoise de Développement commercial Partagé – AFCDCP).
Nous avions dans un mémo précédent, évoqué le Confucius Institute for business. (Cf. notre Bulletin n°6 : L’ESCP partenaire d’un Institut Confucius 2.0 )
Le post poursuit :
Cette édition mettra en lumière deux entreprises chinoises de premier plan JD.com, Joybuy et XPENG.
En effet, aucune entreprise française n’intervient selon le programme (joint au post).
Commentaire :
L’AFCDCP a tous les stigmates d’une microstructure d’influence pour le compte d’intérêts chinois.
A titre d’information, cette étude bien faite sur le rôle de ce type d’association en France : CCP-linked professional associations in France and their role in technology transfer
Le profil d’une des intervenantes et fondatrices de l’association, Anna Borjigin, de son nom d’usage en France, est assez intéressant. Se présentant comme « consultante chez 35°Nord (rachetée par le groupe Forward Global – ex-Avisa Partners), et « co-fondatrice de l’AFCDCP », elle mène une « mission de conseil France-Chine-Afrique », et fréquente, en effet, tout le gotha des cercles franco-chinois
AB défend surtout les intérêts des entreprises chinoises en Afrique
Il y a deux ans à Abidjan, avec Edith, nous nous posions déjà une question simple : les entreprises chinoises en expansion à l’international ont-elles une véritable stratégie d’ancrage local ? Aujourd'hui, en 2026, ce questionnement reste toujours d'actualités, en Europe, en Afrique et sur l’ensemble des axes où les entreprises chinoises avancent leurs pions.
Cette jeune et probablement talentueuse consultante pour le « commerce partagé » est une ancienne chargée des relations publiques et gouvernementales de Huawei technologies en France, diplômée de français et de relations internationales de l’Institut de Diplomatie de Chine (China Foreign Affairs University), bref une consultante « indépendante ».
Pour revenir à l’Institut Confucius « business », la page web de son campus de Rouen (aussi Paris et à Reims) sur le site des instituts Confucius en France propose aux étudiants de classe préparatoire des séjours linguistiques en Chine (« Programme "Leaders @ the next generation"), avec bien sûr un volet « immersif » etc.
Il est toujours assez sidérant de constater que, côté Français, on feint, semble-t-il, encore d’ignorer la réalité et la nocivité de ce type de structures d’influence et de leurs proxies sur nos intérêts nationaux. Quand cesserons-nous de regarder ce type d’entrisme réalisé sur le dos de nos écoles de formation et de leurs étudiants comme un business as usual ?
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▶ Documentation & agenda
· Front-Uni et influence
Harnessing the People: Mapping Overseas United Front Work in Democratic States,11 février 2026. Le 11 février 2026, Cheryl Yu, de la Jamestown. Cette note explique que le PCC a développé, dans plusieurs pays (États-Unis, Canada, Royaume-Uni, Allemagne), un réseau de plus de 2 000 organisations liées au Front-Uni pour servir ses intérêts stratégiques, parfois par des activités illégales telles que le transfert illicite de technologies, l’espionnage ou l’intimidation de dissidents. Vous pouvez aussi écouter et voir l’auteur dans cette vidéo où elle évoque ses recherches.
La propagande chinoise à l’ère globale - Discours, récits et stratégies d’influence extérieure De la République populaire de Chine, Paul Charon, SYLLABUS Sciences Po Paris Collège universitaire Semestre de printemps 2026 12 séances de 2 heures. Ce séminaire propose une analyse critique des dispositifs de propagande déployés par la République populaire de Chine sur la scène internationale. À la croisée des études littéraires, des sciences de l’information et des relations internationales, il examine la sophistication croissante des stratégies d’influence de Pékin, de la rhétorique maoïste aux formes narratives contemporaines.
- · Sécurité et protection des coopérations en S&T
Sino-EU Academic Collaborations Identifying Risks & Challenges, février 2026, société Datenna (OSINT). Résumé : la Chine est devenue leader mondial en production scientifique, notamment dans les sciences dures. La réflexion et l’intensification des coopérations UE–Chine interviennent dans un contexte d’articulation entre compétitivité et souveraineté, avec un risque identifié de transferts de technologies critiques ou dual-use vers l’écosystème militaire chinois. Le rapport passe en revue 379 collaborations entre universités européennes et 20 universités chinoises – 83 pour la France - majeures (dont 267 programmes d’études conjoints et112 centres de recherche conjoints).
Alors que la frontière civile-militaire est poreuse dans l’écosystème académique chinois, ce rapport relève que 81 collaborations concernent des domaines stratégiques, selon les données de UE (2023). Il prolonge et illustre les recommandations du Conseil, en 2024 (Council Recommendation of 23 May 2024 on enhancing research security)
- Coopération spatiale (?)
Seeking stability in outer space: opportunities for China–UK dialogue , février 2026, par Nivedita Raju et Fei Su (?). Je ne suis pas capable d’évaluer sur le fond cette note qui me semble toucher du doigt des aspects conceptuels et terminologiques importants. S’il y a parmi vous des spécialistes du domaine, vos retours seront les bienvenus.
Xi Isn’t Done Reshaping China’s Top Military Body ? Further purges may target commanders close to ousted top general. 5 février 2026, par Josh Hoang-Wilkes de Domino Theory. Au sujet des purges dans l’APL : sont-elles encore “anti-corruption”, ou entrons-nous dans une phase de reconfiguration politique structurelle du sommet militaire ? La CMC est-elle stabilisée ? Ma question : dans le cas contraire, d’autres structures de commandement pourraient-elles émerger ?
◇ Agenda (chinois)
- Le Bureau Politique se réunira avant la double sessions probablement le 2 ou 3 mars.
- La puissante Commission centrale des affaires financières et économiques (中央财经委员会) se réunira à la fin du mois de mars
- Le Boao Forum se tiendra cette année du 24 au 27 mars, à Hainan.
- La Commission centrale pour l'approfondissement global des réformes, se tiendra début avril et donnera le ton plus « politique » de la feuille de route gouvernementale du 15 plan.
- Mi-avril, aussi, la Commission aux affaires étrangères est attendue avec une possible révision de sa politique européenne.
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Bulletin n°22 : Ormuz, la Chine avance à sa façon
Crédit social entreprise ; filière hydrogène ; Iran : la Chine veut imprimer sa marque dans les négociations ; Panama : du contentieux portuaire à l’épreuve de force sino-américaine ; la data, : nouveau vecteur de lobbying et d’influence
Bulletin n°22 : Guerre au Moyen-Orient et commerce mondial, deux tests de puissance
économie de basse altitude et eVTOL ; l’affaire Meta-Manus, suite ; risque financier et smart shipping ; médiation sino-pakistanaise : une sortie de crise sans Washington ; Chine-Inde : dissensions à l’OMC ; Chine-Taiwan : Pékin relance son processus politique d’unification
Bulletin n°21 : Ormuz, les « solutions chinoises » à l’épreuve du réel
Plan sur l’intelligence artificielle ; et vers le nouveau plan des véhicules électriques ; loi sur l'unité ethnique ; évolution de la position chinoise sur la guerre en Iran : Meituan au Brésil et la guerre des plateformes
Bulletin n°20 : Pékin refuse le burden sharing américain dans le conflit au Moyen-Orient
15ème plan : coopération S&T : Pékin veut créer son propre écosystème ; BYD entre dans le cercle où s'écrivent les règles mondiale du VE ; Impact de la guerre sur la croissance chinoise : tentative de modélisation ; Guerre en Iran, fermeture d’Ormuz : canaux de transmission vers l’industrie