Bulletin n°21 : Ormuz, les « solutions chinoises » à l’épreuve du réel

Plan sur l’intelligence artificielle ; et vers le nouveau plan des véhicules électriques ; loi sur l'unité ethnique ; évolution de la position chinoise sur la guerre en Iran : Meituan au Brésil et la guerre des plateformes

Bulletin n°21 : Ormuz, les « solutions chinoises » à l’épreuve du réel
Zhai Jun, représentant spécial pour le Moyen-Orient, le 23 mars 2026, à Pékin

Edito

L’activisme diplomatique de Pékin bat son plein.  Sa priorité paraît claire : empêcher qu’un règlement du conflit, et surtout que l’après-conflit, se fasse sans elle ; préserver son image de puissance responsable et maintenir un cadre onusien dans lequel elle conserve un droit de regard. Le tout, sans basculer dans une logique de sécurisation militaire d’Ormuz qui la placerait en contradiction directe avec l’Iran. L’équation est à plusieurs inconnues.

Dans le même temps, Pékin fait face à un risque plus structurel : laisser d’autres définir la traduction opérationnelle du multilatéralisme qu’elle revendique, notamment vis-à-vis des pays du « Sud ».

Dans cette incertitude, la Chine cherche à se maintenir « au centre du jeu » face à des démarches à la fois concurrentes et distinctes dans leurs finalités : américaine, de nature plus coercitive ; européenne, emmenée par la France et le Royaume-Uni, avec une participation potentielle du Japon et d’autres partenaires.

C’est dans ce contexte que se joue aujourd’hui la crédibilité chinoise :  sa capacité à passer du registre déclaratoire à celui d’une contribution visible et à incarner une « solution chinoise » qui ne soit pas uniquement normative.

En parallèle, sur le front intérieur, Pékin poursuit la déclinaison méthodique de son 15ᵉ plan et accélère le calendrier des réformes. N’y voir qu’une logique de résilience serait réducteur. La Chine prépare activement une nouvelle phase d’internationalisation de son économie : nouveaux cadres juridiques, adaptation de la régulation des entreprises, ambitions accrues à l’export, refonte partielle des instruments statistiques.


➔ Dans ce Bulletin 11 Mémos

▶ Politique intérieure

1. Miao Wei, mentor du plan chinois sur l’intelligence artificielle

Le 15e plan fixe l’architecture de l’IA chinoise ; Miao Wei en révèle la logique réelle, industrielle, financière et systémique. La dimension militaire, absente du texte, se déploie en parallèle dans une séquence distincte mais totalement imbriquée.

Beaucoup a été dit et écrit sur l’importance de l’IA dans les nouvelles orientations gouvernementales chinoises. C’est ce qu’on appellerait en France un grand chantier national. Evitons cependant de tomber dans la fascination d’une telle ambition, que son objet même, l’IA, amplifie à la démesure.

Le 11 mars, Miao Wei, ancien ministre du MIIT (2010-2020), publie sous son nom un texte en matière de développement de l’IA, principalement pour l’industrie : « Prendre l’avantage dans le développement de l’IA et sa gouvernance » (牢牢掌握人工智能发展和治理主动权). ( 5829 signes ; mots-clés : Miao Wei ; intelligence artificielle ; CCPPC ; MIIT ; 15ème plan : fusion civilo-militaire).

On pourrait y voir un recyclage de la ligne générale sur l’IA fixée par Xi Jinping lors d’une « session d’étude » du Bureau Politique au printemps 2025, ou une redite du 15ème plan (4ème partie). Toutefois, en exposant dans son texte, de l’amont techno à l’aval manufacturier, puis à la finance et à la régulation, les différentes composantes de l’écosystème IA domestique, il fournit les premiers éléments du schéma directeur dont le 15ème plan esquisse uniquement la superstructure et le cadre d’action politique.

Miao Wei révèle le plan réel, et s’adresse aux entreprises, investisseurs et gouvernements locaux

Miao Wei occupe aujourd’hui une position particulière dans la hiérarchie du pouvoir : il est, depuis 2020, vice-président de la Commission des affaires économiques de la Conférence consultative politique du peuple chinois (CCPPC)

Il joue le rôle qu’avait joué, en leur temps, Zhang Guobao, ancien vice-ministre de la NDRC et premier directeur de l'Administration Nationale de l'Énergie (NEA) entre 2008 et 2011, surnommé le tsar de l’énergie, ou Zong Qinghou, ex-PDG de Wahaha, défenseur du manufacturing chinois dans cette même chambre haute du Parlement et d’écho professionnelle qu’est la CCPPC : incarner une filière et s’adresser à elle en qualité de mentor.

Sa légitimité vient de sa position au sein du PCC, elle est incontestable en matière de politique industrielle, notamment sur les semi-conducteurs.

Son audience sont les entreprises du secteur qui le connaissent bien, ainsi que les gouvernements locaux. Son positionnement oblique, en dotted-line dirait-on en entreprise, complète la hiérarchie verticale gouvernementale du MIIT et de la NDRC, qui ont fait leur propres déclarations d’intentions en conférence de presse durant la double session. (Pour la NDRC : 国家发展改革委副主任郑备出席国新办吹风会,解读“十五五”规划《纲要(草案)》并答记者问 )  

Que dit Miao Wei en substance ?

Il replace d’abord ce qui a été entrepris depuis un an en matière de politique d’IA et rappelle les objectifs définis :

  • Ne pas subir le tempo technologique américain (course au compute, du « haut du stack »), il cite même Nvidia.
  • Capitaliser sur les avantages comparatifs chinois (industrie, du « bas du stack »)
  • Transformer l’avantage de diffusion en avantage de puissance (« de 1 à N - 从1到N)
  • Prendre l’ascendant sur les règles et la gouvernance, mais pas seulement domestique. Il veut placer la Chine en co-rédactrice des normes mondiales

Miao Wei sonne la mobilisation systémique du capital national

Il évoque un « nouveau système d’investissement et de financement de l’IA » (新型投融资体制), qui, en réalité, est déjà en place et fonctionne, mais demeure fragmenté. En outre, il vise à développer des fonds gouvernementaux et à mieux structurer la finance technologique (科技金融) et surtout à mobiliser les financements privés.

Lire à ce sujet la « Directive du Conseil des affaires d'État relatives à la promotion d'un développement de qualité des fonds d'investissement publics (国务院办公厅关于促进政府投资基金高质量发展的指导意见, du 2 janvier 2025.

L’architecture financière de l’industrie 4.0 chinoise doit devenir plus tolérante au risque, plus adaptée aux besoins de l’amont «  hard tech », plus attentive aux sorties par M&A, aux prêts adossés à la PI, au crédit R&D et à l’assurance technologique. Un vaste chantier.

Les propos de Miao indiquent aux industriels, qui ont reçu avec une certaine appréhension une précédente directive, datant de janvier dernier, définissant les objectifs concrets du 15ème  plan ( « Directives spéciale pour « Intelligence artificielle + Manufacturing » -工业和信息化部等八部门关于印发《“人工智能+制造”专项行动实施意见》的通知-国家数据局 ) que l’État orientera et amorcera, mais délèguera largement l’effort financier. Le reste, probablement plus des deux tiers du financement total, devra être trouvé du côté des fonds de capital-risque, de private equity, auprès des investisseurs Institutionnels (les banques et assurances), mais aussi des leaders eux-mêmes du manufacturier et de la tech comme Huawei, BYD ou les géants de l'électronique. tout le monde est enjoint à puiser dans ses poches.

Il y a aussi de ce que Miao Wei ne dit pas : l’IA militaire

Le 17 février, le premier jour de la nouvelle année lunaire (初一) , un texte de Xinhua repris par le Quotidien du Peuple 学习规划建议每日问答丨如何理解构建智能化军事体系--专题报道-中国共产党新闻网 explicite la formule du 15e plan, encore en gestation, pour la mise en place d’un « système militaire intelligent » (构建智能化军事体系) soulignant devoir « Prendre l'initiative en matière de stratégie de concurrence militaire » (掌握军事竞争战略主动权), comme en écho des propos que développera, un mois plus tard, Miao Wei concernant les industries civiles.

Début mars, plusieurs textes émanant de médias spécialisés dans la défense évoque la transformation de la guerre par les données, l’IA, les algorithmes attaque/défense et les systèmes autonomes, sur la façon dont la data alimente le futur champ de bataille intelligent ou encore  sur le développement de « nouvelle puissance de combat », l’idée d’intégrer IA et simulation virtuelle à l’enseignement, à la recherche et à l’entraînement militaires.  

La séparation entre IA civile et militaire est discursive, non systémique

Mis bout à bout, ces textes, bien que relevant de l’information non strictement gouvernementale, participent d’une même séquence, décalée dans le temps, d’annonce de déploiement de l’IA by design dans l’industrie civilo-militaire. A noter que la stratégie de fusion civilo-militaire, instaurée officiellement en 2017, et bien que mise en sourdine depuis 2021, reste la clé de voute de la montée en gamme industrielle et technologique chinoise. Elle structure très en amont les feuilles de routes des provinces au sein de commissions spécialisées.

Commentaire

Comme rappelé en introduction, il faut se garder des effets d’annonce et d’un « effet Deepseek » prolongé.

Les communicants du PCC investissent beaucoup d’argent pour que la Chine  apparaisse comme le champion de l’IA et le challenger des Etats-Unis. Or, plan de financement de la la filière, ses objectifs, ses politiques et leurs acteurs restent incomplets et fragmentés. Dans le domaine militaire, les coups de projecteurs markéting sont davantage marqués, caractéristique d’un pays aux fortes ambitions, toujours prompt à pointer opportunément chez l’autre quelque manquement pour rehausser, pour valoriser sa progression China’s PLA reveals AI-assisted aerial refuelling tech days after US military tanker crash | South China Morning Post.

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Le coin des sinophones : les expressions de « nouvelle puissance de combat »  (新质战斗力) de l’APL et de « nouvelle productivité » (trop souvent mal traduis par « nouvelles forces productives ») (新质生产力), sont identiques dans leur construction et désignent un même facteur différenciant : l’IA, introduite dans l’ensemble des  chaines de valeur, ses systèmes et dans la chaine de commandement.

🏷️ Miao Wei intelligence artificielle CCPPC MIIT 15ème plan fusion civilo-militaire
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2. Loi sur l'unité ethnique : hiérarchisation des identités et rétrécissement des libertés réelles

Adoptée le 12 mars 2026 par l'ANP, la Loi sur la promotion de l'unité et du progrès ethniques (民族团结进步促进法) entrera en vigueur le 1er juillet 2026. Elle transpose la doctrine de Xi Jinping sur les affaires ethniques, dont le concept central, "forger la conscience de la communauté de la nation chinoise" ((铸牢中华民族共同体意识), exprimait jusqu'alors un consensus politique sans base légale formelle.

Elle impose désormais à l'ensemble des acteurs publics et privés, administrations, entreprises, associations, médias, familles, des obligations juridiquement sanctionnées de promouvoir cette « conscience commune », sous peine de sanctions administratives ou pénales, tout en maintenant formellement le cadre de l'autonomie régionale ethnique et la protection des langues et cultures minoritaires.

Ce qui conduit certains médias et observateurs, comme le  South China Morning Post, à affirmer que  « la Chine codifie l'assimilation ethnique dans une nouvelle loi sur « l'unité » alors qu'elle s'oppose à l'Occident » (China codifies ethnic assimilation with new ‘unity’ law as it counters the West)

Ce diagnostic de « l’assimilation » est juste dans ses effets pratiques (langue, éducation, vie publique…), mais il est historiquement et idéologiquement incomplet.

Explications :

Une hiérarchie des identités codifiée dans la Loi

Cette loi ne veut pas éliminer les cultures minoritaires mais les subsumer dans une identité supérieure. C'est un modèle de hiérarchisation plus que d'effacement.

Les cultures ouïghoure, tibétaine, mongole ne sont pas détruites dans le discours officiel, elles deviennent subordonnées à  la nation chinoise (中华民族).

L'article 13 de la loi le formule explicitement : « les cultures traditionnelles de chaque ethnie font partie de la culture nationale ». L'article 15 précise que dans les espaces publics, là où deux langues coexistent, la langue commune, le mandarin, doit être mise en avant en termes de "position et d'ordre". Les identités ethniques et linguistiques subsistent, mais dans une position structurellement inférieure..

C'est la différence avec l'assimilation classique (effacement) et avec le multiculturalisme (équivalence). On pourrait qualifier cette « troisième voie », de subsomption : ni subjugation frontale, ni simple subordination administrative, mais une opération de redéfinition ontologique dans laquelle l'identité tibétaine ou ouïghoure ne disparaît pas. Elle devient un cas particulier de la nation chinoise, incapable de se penser en dehors de cette catégorie supérieure.

Un rétrécissement du champ des libertés réelles

Ce que le South China Morning Post pointe correctement sont effets pratiques de cette loi qui ressemblent à de l'assimilation parce que cette hiérarchie des identités produit un rétrécissement de l'espace des identités subordonnées et de leur liberté.

Cette loi garantit formellement les identités minoritaires (Article 8)mais elle contraint réellement l'espace dans lequel ces identités peuvent s'exprimer, se transmettre et se reproduire : une langue reléguée dans l'espace privé ou secondarisée dans l'espace public (art. 15), une culture ethnique "créativement transformée" (创造性转化) sous la direction de la culture socialiste avancée (art. 13), une éducation filtrée par les manuels nationaux unifiés (art. 16)…tout cela ne signifie pas un arrêt brutal des pratiques culturelles. Mais c’est une compression graduelle de l'espace viable dans lequel elles peuvent exister.

Une langue qu'on ne peut plus transmettre à l'école, qu'on ne peut plus utiliser dans l'administration sans la version mandarin en position dominante, qu'on ne peut plus mobiliser dans l'espace numérique sans risque de signalement, cette langue existe formellement encore, mais son espace de reproduction réelle se réduit à chaque génération. La Chine va puiser dans l’argumentaire marxiste des libertés formelles versus les libertés réelles la source de ses lois.

Au passage, il la retourne complètement, consciemment ou non : chez Marx, la liberté formelle masque une domination de classe, une structure économique objective. Dans cette loi, la liberté formelle masque une domination identitaire, construite et voulue par l'État-parti lui-même. Ce n'est pas une « contradiction du capitalisme ». C'est une contradiction produite par le souverain….qui se réclame du communisme.

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Le coin des sinophones : 铸牢 : forger solidement, couler dans un moule pour rendre indéfectible. L'image est métallurgique, pas pédagogique : on ne convainc pas, on fond et on moule.( 铸牢中华民族共同体意识). Le choix de 铸 plutôt que des verbes plus « doux » comme 培养 (cultiver), 增强 (renforcer) ou 建立 (établir) est révélateur : il implique un processus irréversible, une transformation de l'état de la matière, un résultat stabilisé.

Sur l’histoire dialectique de la construction identitaire chinoise, lire ou relire Fei Xiaotong (费孝通) (1910-2005), dans son discours à l’Université chinoise de Hongkong en 1988 (« 中华民族的多元一体格局 ») sur la  « pluralité dans l'unité » (多元一体), un concept intentionnellement dialectique dans lequel les 56 ethnies constituent le niveau de base, la nation chinoise constitue le niveau supérieur. Au début des années 2000, puis 2010, les « réalistes », Ma Rong, puis Hu Angang à Beida et Hu Lianhe, ont dépolitisé le terme soviétique de « nationalités » en « ethnies ». Puis le coup de grâce de Xi Jinping, en 2014, lors du 2e Forum de travail sur le Xinjiang, dans un discours où il utilise pour la première fois officiellement le concept de "conscience de la communauté de la nation chinoise" (中华民族共同体意识).

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3. Nouvelles règles pour les dirigeants de SOE : discipline politique et outil de conformité

Le 23 mars, le Conseil des affaires de l’État publie une version révisée de la réglementation relative à l’intégrité professionnelle des dirigeants d’entreprises publiques (国有企业领导人员廉洁从业规定), dont la précédente version datait de 2009.

Le texte actualise le cadre disciplinaire applicable aux dirigeants de SOE (state-owned entreprises) dans un contexte marqué par la complexification des structures capitalistiques (participations croisées, véhicules offshore, chaînes de contrôle indirectes) et par l’essor de formes hybrides entre secteur public et privé. ( 2 282 signes. Mots-clés : SASAC ; conformité)

La révision introduit deux évolutions structurantes :

  • Une extension du périmètre aux entreprises « sous contrôle effectif de l’État » (国有实际控制企业), y compris lorsque la participation publique est minoritaire ;
  • un élargissement des personnes visées, au-delà des seuls dirigeants principaux, à un spectre plus large de cadres et aux filiales.

Le texte cible explicitement des pratiques telles que les participations dissimulées, les structures multicouches contournant la supervision, les transactions artificielles ou les montages offshore irréguliers.

Pour l’entreprise européenne, cette mise à jour apporte de bonnes et moins bonnes nouvelles. 

Risques associés

  • Une extension du risque réglementaire pour les partenaires étrangers

L’inclusion des entités sous « contrôle effectif » élargit potentiellement le champ d’application à des structures où la présence publique est indirecte ou peu visible. Cela augmente l’incertitude sur le statut réel de certains partenaires chinois, notamment dans des montages en joint-venture ou impliquant des chaînes de détention complexes.

  • Un risque de requalification de certaines opérations

Des opérations jusqu’ici considérées comme purement commerciales (restructurations, transferts d’actifs, projets offshore) pourraient être réévaluées au regard de critères disciplinaires internes au système chinois. Ce risque ne se traduit pas nécessairement par des blocages, mais peut introduire des délais supplémentaires, des arbitrages administratifs ou des demandes de clarification.

Cette formalisation d’un référentiel disciplinaire peut être exploité

La typologie plus précise des pratiques prohibées fournit un cadre explicite que les entreprises étrangères peuvent mobiliser dans leurs démarches de conformité et de due diligence, notamment pour justifier des refus ou exiger des clarifications dans certaines transactions.

Commentaire

Cette révision ne se limite pas à un durcissement disciplinaire : elle traduit une extension du périmètre de supervision aux zones grises de l’économie chinoise, là où le contrôle de l’État s’exerce sans nécessairement passer par la majorité du capital.

Pour les entreprises européennes, le texte a un effet ambivalent :

  • il accroît l’exposition réglementaire en élargissant les entités potentiellement concernées ;
  • mais il offre également un langage commun de conformité, susceptible d’être mobilisé dans les interactions avec les partenaires chinois.

En pratique, cette évolution confirme que la lecture des structures chinoises ne peut plus se limiter à l’actionnariat formel : elle suppose désormais d’intégrer les logiques de contrôle effectif et de supervision administrative.

🏷️ SASAC conformité
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4. Industrie automobile chinoise : vers le nouveau plan des véhicules électriques

Le 17 mars 2026, le MIIT, la NDRC et la SAMR ont réuni 17 constructeurs « clés » et la CAAM, troisième réunion en neuf mois, dans un cycle préparatoire au futur plan sectoriel. ( Mots-clés : MIIT ; NDRC ; SAMR ; véhicules électriques ; 15ème plan)

Quatre axes ont été fixés :

  • L’objectif principal est la consolidation d’un secteur surcapacitaire, marqué par la guerre des prix (内卷).

Celle-ci passe par le durcissement des conditions d’homologation (MIIT, janvier 2026), pouvant exclure du marché les constructeurs ne maîtrisant pas les exigences technologiques (OTA, cybersécurité, conduite autonome), et par des mécanismes en préparation de sortie et de regroupement.

  • Deuxième objectif : réduire la dépendance aux puces étrangères, avec une orientation vers des technologies de base domestiques (puces, OS embarqués, batteries).
  • Troisième axe : lever les blocages juridiques à la conduite autonome, via des normes nationales et une adaptation du cadre de responsabilité.
  • Enfin, l’État cherche à discipliner l’expansion internationale (licences d’export, encadrement des pratiques, rôle des associations).

Ce cycle anticipe le plan attendu d’ici fin 2026 : les restructurations et choix technologiques doivent être engagés dès maintenant.

Un note plus complète ICI.

Rem : je teste un nouveau format. Mémo plus court. Note jointe pour approfondir.

🏷️ MIIT NDRC SAMR véhicules électriques 15ème plan
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5. Données chinoises : le piège du Nouvel an statistique

Le Bureau National aux Statistiques (BNS) a introduit en janvier 2026 un nouvel indicateur de ventes en ligne qui intègre désormais les services numériques (transport à la demande, tourisme, streaming, livraison de repas, santé en ligne) dans un agrégat auparavant limité aux biens physiques. Xinhua en fait la promotion dans un article récent, daté de mars.

Ce changement de périmètre a mécaniquement doublé le poids des services dans l'indicateur,  de 18% à 36% du total, sans que la liste précise des plateformes incluses soit rendue publique. L’une des conséquences pratiques est que le taux de croissance publié par le BNS pour cet indicateur ne mesure plus la même chose qu'avant, et ne peut donc pas être comparé aux séries antérieures sans correction. (3 320 signes. Mots-clés : BNS ; statistiques)

Un biais statistique sur la consommation ?

En données de janvier-février 2026, le biais est légèrement favorable aux biens (les achats physiques ont explosé avec le Nouvel An tandis que les services étaient en creux relatif, mais ce résultat s'inversera dès que la croissance des services numériques repassera au-dessus de celle des biens, ce qui est sa tendance structurelle.

À ce moment-là, tout analyste ou investisseur qui utiliserait naïvement le nouvel indicateur souvent utilisé comme proxy de la demande chinoise en biens de consommation, qui montre potentiellement un écart jusqu’à 1 à 2 points de pourcentage, ce qui peut sembler technique mais qui, dans les modèles utilisés par les fonds d'investissement et les stratèges des grandes multinationales, fait toute la différence entre "la consommation chinoise repart" et "elle stagne". Cet écart chiffré n'est pas une estimation approximative : il découle directement de la structure du nouvel indicateur telle que publiée par le BNS lui-même.

Saisonnalité statistique

L'économie de services numériques chinoise a crû très vite et l'ancien cadre statistique hérité des années 2010 ne la mesurait plus bien. Le BNS a le même problème que tous les organismes de statistiques face à l'économie plateformisée : les Airbnb, Uber, services de streaming sont difficiles à comptabiliser dans les agrégats traditionnels. Sur ce point, l’ajustement du BNS est compréhensible. Mais, il n’a pas publié le périmètre exact de ces changements la liste exacte des plateformes prises en compte.

De plus, le Nouvel An chinois a constitué une fenêtre d’opportunité pour introduire ces changements et a créé des ruptures statistiques , y compris sectorielles. Cette discontinuité est réelle mais invisible dans les taux, elle n'apparaît que dans les niveaux absolus, exactement là où la plupart des analystes ne regardent pas.

Ces « fenêtres » de janvier-février constituent un calendrier récurrent pour les transitions méthodologiques majeures. Sans prétendre à l'exhaustivité, on recense au moins cinq cas documentés depuis 2021 :

  • la suspension de l'indicateur de chômage des jeunes en août 2023, sa réintroduction avec une nouvelle méthodologie en janvier 2024,
  • la révision à la hausse du PIB 2023 de +2,7% publiée fin décembre 2024 (juste avant la clôture de l'année statistique),
  • l'intégration des loyers imputés urbains dans la comptabilité nationale en 2024,
  • et aujourd'hui ce nouvel indicateur e-commerce, publicisé en mars 2026 mais avec effet rétroactif sur janvier-février.

La coïncidence calendaire n'établit pas à elle seule une intention générale. Elle doit tout de même introduire, a minima, une vigilance méthodologique accrue à chaque début d'année statistique chinoise…

Implications

Pour les acteurs internationaux le risque n'est pas le risque de manipulation statistique en elle-même, mais la rupture des séries. Les modèles quantitatifs des fonds d'investissement, des équipes d'allocation d'actifs et des départements de stratégie des multinationales reposent sur des séries longues calibrées sur l'ancien indicateur.

Une discontinuité non documentée dans les données en entrée produit des erreurs de sortie, soit en surestimant la reprise de la consommation (et en surinvestissant en Chine), soit en la sous-estimant si les analystes appliquent une correction trop sévère ou trop large sur toutes les données du BNS.

Heureusement, les directeurs financiers des groupes de luxe, par exemple, qui ont tous souffert du repli de la consommation premium chinoise en 2023-2024, s'appuient plutôt sur leurs propres données de trafic en boutique et de conversion, précisément parce qu'ils ne font plus confiance aux agrégats NBS depuis la rupture de 2021 ( la révision brutale des données de croissance de T3 2021 et suspension de plusieurs indicateurs pendant la période Covid).

Je verrais bien rebaptiser le BNS en Bureau aux Nouvelles Statistiques

🏷️ BNS statistiques
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▶ Politique extérieure

6. J+28 depuis les premières frappes israélo-américaines en Iran: évolution positionnement chinois (timeline)

Depuis la semaine dernière, les médias non officiels en Chine décrivent assez largement l’intervention américaine comme un échec à agréger une coalition de protection du détroit d’Ormuz, en insistant sur la réticence des alliés européens et asiatiques à se laisser entraîner dans la guerre. Aucune réflexion sur « que doit faire la Chine ? ». En revanche, « pourquoi Washington n’arrive plus à produire de consentement stratégique autour de lui ? » devient la question du moment.

Les médias officiels leur emboitent le pas- ou les précèdent en les influençant – et  rappellent que les événements ne font que confirmer une crise de leadership américain, elle-même source de désordre systémique dans le monde. ( 8 469 signes. Mots-clés : Xinhua ; Wang Yi ; ONU ; Zhai Jun)

Les messages de Xinhua 

Au-delà des dénonciations qui s’imposent, l’agence officielle Xinhua, dans deux articles, replace le conflit dans une perspective plus large aux conséquences globales :

Extraits :

Dans des domaines tels que la fabrication haut de gamme, extrêmement importants pour le progrès technologique actuel et la croissance économique, l'attitude du capital tend à la prudence, car une augmentation significative de la « prime de risque géopolitique » entraîne une baisse de la valorisation des entreprises.
Alors que la guerre, l'énergie et les chaînes d'approvisionnement deviennent les variables centrales affectant le prix des actifs, les marchés de capitaux commencent à craindre que l'économie mondiale n'entre dans une nouvelle phase remplie d'une incertitude encore plus grande.

 

Analyse intermédiaire

Ces deux articles, assez longs, n’évoquent jamais directement l’impact de la guerre sur l’économie chinoise. Leur fonction est autre : ils se font l’écho de ce que l’Iran cherche à produire comme effet : la régionalisation de la guerre est le produit direct des attaques israélo-américaines.

La guerre en tant que telle, n’est pas une affaire chinoise. Mais le pays doit protéger ses intérêts et son image de garant de la stabilité mondiale, suggérant une possible initiative diplomatique plus affirmée.

Au ministère chinois des affaires étrangères, une communication a minima

Pourtant, en conférence de presse du vendredi 20 mars, le message passé est lacunaire et expéditif du côté du MAE chinois :

Les parties concernées doivent appuyer sur « le bouton stop » de leur opérations militaires dès que possible afin d'éviter que la situation ne s'aggrave davantage. La Chine continuera à œuvrer en faveur d'un cessez-le-feu et d'une fin des hostilités, afin de rétablir au plus vite la paix et la stabilité au Moyen-Orient.

Lundi, le 23, le porte-parole indique que :  

La Chine appelle instamment les parties concernées à mettre immédiatement fin aux opérations militaires, à reprendre le dialogue et les négociations, et à ne pas laisser se poursuivre cette guerre qui n'aurait jamais dû commencer

Retour en Chine de la navette Zhai Jun

Le 23 mars, Zhai Jun, envoyé spécial du gouvernement chinois pour les questions du Moyen-Orient, a tenu une réunion d'information à l'intention des médias chinois et étrangers sur la situation au Moyen-Orient. Organisée par l'Association chinoise de diplomatie publique, cette réunion s'est déroulée au Salon Linjia du Club international de Pékin.

« Le choix du lieu pour cette réunion n'est pas le fruit du hasard, mais reflète la stratégie de communication diplomatique de la Chine ».

Ces propos ne sont pas de moi, mais d’un commentaire officiel qui poursuit ainsi pour décrire cet événement :

L'objectif est d'envoyer un signal : la diplomatie chinoise n'est pas seulement dirigée par le gouvernement, elle est également ouverte au public et dialogue avec les médias. Contrairement à l'atmosphère officielle et solennelle de la Salle Bleue du ministère des Affaires étrangères, le format du salon favorise davantage des échanges francs et diversifiés, attire la participation des principaux médias chinois et étrangers, des think tanks et des commentateurs indépendants, et élargit ainsi la portée de son message.
S'exprimer par le biais de la plateforme de l'association permet d'utiliser avec plus de souplesse nos narratifs afin de transmettre au monde une image pacifique de la Chine, qui « encourage la conciliation et favorise le dialogue », et de briser le monopole du discours occidental ».
Cf. Bulletin #19 – Mémo 7 – La diplomatie de la navette, ou comment la Chine veut rester au centre du jeu

Sur le fond maintenant :  la diplomatie chinoise accélère et se repositionne au niveau du Conseil de Sécurité de l'ONU (P5)

Le 20 et le 23 mars, Wang Yi ‘est entretenu successivement avec Emmanuel Bonne, conseiller diplomatique d’Emmanuel Macron, et Sir Robert Powell, conseiller à la sécurité nationale du Premier ministre britannique : 

Wang Yi a présenté à Sir Robert Powell la position objective et impartiale défendue par la Chine …). Il a ajouté que ce que toutes les parties devaient faire à présent, ce n’était pas jeter de l’huile sur le feu*, mais s’attaquer à la racine du problème, afin de ramener ensemble la question sur la voie d’une solution politique par le dialogue et la négociation.

*surligné par moi

M. Bonne a présenté son point de vue sur la situation actuelle au Moyen-Orient, notamment en Iran et au Liban. Il a déclaré que la France et la Chine, en tant que grandes puissances, soutiennent toutes deux l’Organisation des Nations unies, respectent le droit international et prônent le dialogue pour résoudre les différends.(…). La partie française est disposée à renforcer la communication et la coopération avec la partie chinoise à cet égard, afin de promouvoir la paix et la stabilité au Moyen-Orient dans les meilleurs délais.
Wang Yi a exposé la position de la Chine, indiquant que (…) le recours à la force ne peut résoudre les problèmes, et une guerre injuste ne doit pas se poursuivre. Face à la situation critique actuelle, la Chine et la France, en tant que membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, doivent renforcer leur communication et leur coordination stratégiques, défendre fermement la Charte des Nations unies et le droit international, et empêcher le monde de retomber dans la « loi de la jungle ».
La priorité absolue est, premièrement, d’endiguer la propagation du conflit et d’éviter que d’autres pays ne s’y trouvent davantage impliqués ; deuxièmement, que la communauté internationale s’exprime d’une seule voix pour exiger un cessez-le-feu immédiat et mettre fin aux hostilités, tout en redoublant d’efforts pour encourager la réconciliation et favoriser les négociations ; troisièmement, que l’ONU et le Conseil de sécurité jouent le rôle qui leur revient pour promouvoir le rétablissement rapide de la paix et de la

Le mardi 24, Wang Yi téléphone à son homologue iranien, M. Araghchi. Selon le communiqué officiel chinois de l’appel :

M. Araghchi a fait le point sur l'évolution de la situation dans la région et a remercié la Chine pour l'aide humanitaire d'urgence qu'elle a fournie. Il a déclaré que le peuple iranien était plus uni que jamais pour résister aux actes d'agression extérieurs et défendre la souveraineté et l'indépendance du pays.
La partie iranienne s'est engagée à œuvrer en faveur d'un cessez-le-feu complet, et non d'une simple trêve temporaire.
Le détroit d’Ormuz reste ouvert à tous, et les navires peuvent y circuler en sécurité, mais les pays impliqués dans les combats n’entrent pas dans ce cadre.. Il a exprimé l’espoir que les mesures prises par toutes les parties contribuent à apaiser la situation plutôt qu’à aggraver le conflit. Il a également souhaité que la Chine continue à jouer un rôle actif pour promouvoir la paix et mettre fin à la guerre.

Le communiqué du ministère iranien des affaires étrangères, daté du 25 mars, apporte des éléments supplémentaires :

Le ministre Araghchi  a appelé les membres du Conseil de sécurité des Nations unies, en particulier la Chine et la Russie, à adopter une position ferme et responsable face à ces violations, et à condamner clairement les actions des États-Unis et du régime sioniste.
(…) Le ministre iranien a précisé que le détroit d’Ormuz est fermé aux navires américains et du régime sioniste ainsi qu’aux autres parties impliquées dans l’agression militaire contre l’Iran, tandis que les navires des autres pays peuvent y circuler en coordination avec les autorités iraniennes compétentes.

 Commentaire

Jeudi dernier, le 16 mars, Je titrais mon précédent bulletin : « Pékin refuse le burden sharing américain ». Aujourd’hui, dans quelle mesure Pékin prend sa part de responsabilité en tant que membre du conseil de Sécurité de l’ONU et 2ème puissance économique mondiale ? La position de la Chine semble avoir évolué.

Elle cherche manifestement à se présenter, notamment par le biais de ses médias, « au centre du jeu » pour la résolution politique du conflit et semble aussi relever son niveau d’implication diplomatique avec tous les pays du Golfe et au-delà (Pakistan, Egypte, Londres, Paris…)

Pékin, voit probablement monter le risque d’un décrochage entre son narratif de puissance responsable son manque d’implication dans la réponse coordonnée qui se dessine autour d’Ormuz, emmenée par la France et la Grande-Bretagne notamment, avec le concours différencié de pays asiatiques, dont le Japon.

Si Paris, Londres, Tokyo et d’autres préemptent à la fois le langage de l’action et la caution de l’ONU avec ses mécanismes concrets de réponse, la Chine pourrait apparaître non comme l’alternative multilatérale qu’elle revendique être, mais comme une puissance qui réclame la légitimité sans prendre sa part du fardeau.

Pékin conserve donc une capacité de rattrapage, précisément parce qu’il est P5 et parce que son discours officiel insiste déjà sur la centralité de l’ONU. Si elle ne convertit pas rapidement son discours sur les “biens publics globaux” en contribution visible, d’autres qu’elle capteront la légitimité d’action pour peser dans la résolution du conflit, et dans l’après-conflit, l’architecture de sécurité régionale, qui constitue l'un des objectifs prioritaires pour Pékin.

Concernant son influence sur le régime iranien, les deux communiqués chinois et iraniens soulèvent des questions : la décision iranienne d’une réouverture d’Ormuz aux non belligérants a-t-elle été facilitée par Pékin ? Téhéran attend-t ’il, en contrepartie, que la Chine clarifie sa condamnation des Etats-Unis et d’Israël à l’ONU ?

🏷️ Xinhua Wang Yi ONU Zhai Jun

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7. La Chine prend la mesure de l’impact de la guerre au Moyen-Orient sur sa stratégie maritime et océanique

Depuis la diffusion du 15ème plan, le 15 mars, une série de textes, émanant de publications sous contrôle du PCC, viennent réaffirmer l’importance pour la Chine des mers et océans. Ils se présentent dans le prolongement de la section du plan consacrée à la  « Défense des droits et intérêts maritimes de la nation (维护国家海洋权益). ( 3 437 signes. Mots-clés : Qiushi ; stratégie maritime )

Extrait :

Il nous faut accélérer la construction d'une puissance maritime et tracer une voie de la puissance maritime qui soit imprégnée des caractéristiques propres à la Chine.

Mais, parmi eux, un texte de Qiushi, la revue théorie politique et économique phare du parti,  vient accentuer la tonalité. Il relie explicitement économie maritime, gouvernance maritime et droits maritimes et océaniques (海洋权益), autour d’un triptyque :

  • une participation active à la gouvernance mondiale des océans,
  • un usage pacifique commun des ressources, et
  • la défense de la souveraineté territoriale et des droits et intérêts maritimes

Extrait :

Notre pays a des intérêts maritimes à travers le monde ; les litiges territoriaux concernent principalement la mer, et les menaces extérieures proviennent elles aussi principalement de la mer. Pour préserver la sécurité nationale, nos droits et intérêts, Nous devons faire de l’économie maritime un socle de puissance dure (硬实力, soit  « hard power » en anglais).

 Commentaire

Pure coïncidence de calendrier, la guerre en Iran puis son extension à l’ensemble des pays du Moyen-Orient surgissent alors même qu’est présenté le 15ème plan, censé être la synthèse aboutie d’un long travail d’analyse sur la Chine, son développement, et sa relation avec le monde extérieur.

Le texte de référence, qui aujourd’hui, apparait effectivement par contraste un peu dépassé, est le discours de Xi Jinping du 1er juillet 2025 sur « le développement de l'économie maritime » (推动海洋经济高质量发展). Or, le parti, sa théorie et son dogme ne peuvent souffrir de retard au réel.

 Aussi, les différentes publications consultées réintroduisent avec force et empressement l’économie maritime dans le champ de la sécurité nationale. Elles se colorent d’une grammaire de puissance plus prononcée. Les océans deviennent un espace où se jouent la sécurité énergétique, l’autonomie de décision et la capacité d’absorption des chocs globaux.

La requalification peut paraitre théorique, et mineure. Mais cet article, comme ceux qui se succèderont, constitue un signal net bureaucratique adressé à l’ensemble des cadres du parti : il replace la stratégie maritime à la lumière de la guerre au Moyen-Orient, appelant une nécessaire mise à jour.

La mise à jour se fera dans un premier temps sur le plan doctrinal (quel impact sur le périmètre et les déclinaisons opérationnelles de cette stratégie…). Puis ,cette mise en résonance doctrinale amènera Pékin à exploiter ses leviers d’influence et de projection différemment, et d’en créer de nouveaux.

Le coin du sinophone : l’expression commune au 15ème plan et au texte de Qiushi, 向海图强 ; littéralement : « aller chercher la puissance vers les mers et les océans » ou «« se tourner vers la mer pour se renforcer » , est une expression chargée historiquement, et qui ravive chez tout chinois instruit de mauvais souvenirs entretenus par l’historiographie officielle.

Dans les textes et manuels officiels, on trouve ceci :

« Les politiques  de « blocus maritime » et d'« isolationnisme » (闭关锁国) mises en œuvre sous les dynasties Ming et Qing ont fait manquer à la Chine les opportunités de développement offertes à l'ère des grandes explorations maritimes, et entraînant un déclin progressif de sa puissance navale. Depuis l'époque moderne, les grandes puissances ont envahi la Chine à plusieurs reprises par la mer, comme lors de la guerre de l'Opium en 1840, ce qui a permis au peuple chinois de tirer une leçon historique « sans défense maritime, le pays décline » (有海无防、国则衰) ».

C'est précisément dans ce contexte historique que le slogan « se tourner vers la mer pour se renforcer » (向海图强 ) est devenu un symbole majeur de la renaissance nationale. Il signifie puiser sa force dans les humiliations et les gloires du passé pour réaffirmer la place stratégique de la mer dans le développement du pays. À l'aube du XXIe siècle, la Chine a clairement affiché son objectif de devenir une puissance maritime et s'est engagée à développer massivement ses équipements navals, ses technologies de l'océan profond et son économie maritime, ce qui constitue la concrétisation de cette vision ».

Cf. Bulletin #11 – Mémo 11 – De la haute mer au droit interne : la stratégie juridique maritime de Pékin
🏷️ stratégie maritime
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8. Brésil : Meituan intensifie la guerre des plateformes chinoises

Au Brésil, le retour de 99Food, le service de livraison du groupe chinois de mobilité DiDi, et l'arrivée de Keeta, la marque internationale de livraison du groupe technologique chinois Meituan, ont intensifié la concurrence contre l’acteur dominant local, Ifood, et attiré une attention accrue de la part du Conseil administratif de défense économique (Cade), l'autorité brésilienne de la concurrence. (Brazil’s Antitrust Regulator Turns Referee in iFood, 99Food and Keeta Delivery Battle - Brazil Stock Guide).  ( 3 257 signes. Mots-clés : Meituan ; Keeta ; Jd.com ; Didi ; e-commerce ; Tencent).

Ces groupes chinois remettent en question la position dominante de Ifood qui est accusé par certains restaurants de les avoir empêché de faire affaire avec eux, bien que non liés à des accords d’exclusivité.

L'implantation de Keeta au Brésil s’est accélérée l’an dernier. En mai 2025, lors du déplacement du président Lula en Chine, un accord commercial de cinq ans a été signé entre Meituan et des partenaires brésiliens, accompagné d'une annonce d'investissement d'un milliard de dollars au Brésil.

Le déploiement opérationnel a suivi : Keeta déclare désormais être présent dans onze villes, dont São Paulo, Santos et São Vicente, avec 2,8 millions de téléchargements enregistrés, près de 40 000 restaurants partenaires et environ 115 000 livreurs actifs.

Parallèlement, son concurrent brésilien iFood a formulé des accusations contre Keeta selon lesquelles elle aurait identifié environ 500 tentatives d'approche de ses salariés via des intermédiaires, et d'anciens employés seraient sous enquête policière pour fuite de données commerciales. Les documents judiciaires disponibles relient toutefois ces faits plus directement à 99Food, filiale de DiDi, qu'à Keeta. Cette dernière nie tout comportement fautif et affirme avoir elle-même été victime de tentatives de déstabilisation.

99Food, le service de livraison de DiDi, a également repris récemment son expansion au Brésil. La société avait précédemment quitté le marché de la livraison de repas en 2023, après avoir échoué à atteindre une masse critique suffisante pour rivaliser avec iFood.

 Commentaire

Keeta s’inspire largement du modèle chinois déployé en Chine : un accès au capital facilité, une domination par la taille et les volumes, un développement « par l’ algorithme ».

Meituan est une entreprise technologique, pas une société de commerce et elle peut absorber des pertes massives. Elle incarne un modèle de plateforme intégrée qui regroupe maitrise de la data & de la logistique, les paiements et une influence directe sur les PME locales.

Toutefois, Meituan n’est pas une société d’Etat. Son contrôle stratégique formel reste du côté des fondateurs, surtout Wang Xing, via les droits de vote pondérés et bien que Tencent soit un investisseur stratégique important et un apporteur de capital majeur.

Son internationalisation, ici via Keeta, pose néanmoins un enjeu de souveraineté économique numérique car le delivery n’est plus le cycliste transpirant de sueur du dernier km. C’est surtout de la donnée clients, et de la captation des flux commerciaux et financiers qui doivent être étudiés et monitorés par les autorités nationales et européennes de la concurrence.

Ce que rappelle ici est connu de tous.

En parallèle, JD.com vient, ce mois-ci, de lancer Joybuy, une place de marché et  plateforme retail vendant des produits de consommation  (électroménager, beauté, maison, courses, etc.) dans six pays européens : Royaume-Uni, Allemagne, France, Belgique, Luxembourg et Pays-Bas, avec plus de 100 000 produits, une promesse de livraison très rapide et surtout une infrastructure logistique déjà lourde, incluant plus de 60 entrepôts et dépôts.

Analyse

L’internationalisation des plateformes chinoises est entrée dans une phase plus offensive.

Le Brésil constitue un terrain d’essai de la projection globale de ce type d’entreprises techno-plateformisées. Cela dit quelque chose aussi du peu de différence que représente, pour elles, le « Sud global » si souvent courtisé et choyé publiquement par Pékin.

L’Europe est-elle la prochaine destination ? Pour ce qui concerne Keeta, certaines sources disent que ce n’est pas à l’ordre du jour… à très court terme (In 2024, Meituan intended to expand into the European market, but it has not yet launched). Mais l’Europe est déjà dans la carte mentale de Meituan.

Cf. Bulletin #5 – Mémo 5 – Affaire Shein-France et Shein vue de Chine
🏷️ Meituan Keeta Jd.com e-commerce Tencent
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9. Chine-Ukraine-Russie et les investissements chinois dans les zones occupées

A la mi-mars, deux organismes ukrainiens, l’Eastern Human Rights Group l' Institute for Strategic Research and Security ont publié un rapport analytique qui met en lumière le rôle des alliés de la Russie dans la réorientation économique de l'ensemble des territoires ukrainiens occupés par la Russie depuis 2014 et depuis l'invasion à grande échelle de 2022.

Il couvre plus spécifiquement la période 2022-2025 et revendique une méthodologie fondée sur des contacts dans les territoires occupés. Il assume aussi les limites de sa démarche partisane et celles de sa base documentaire tirée de publications des administrations d’occupation, qui auraient intérêt à exagérer l’ouverture internationale de ces territoires, notamment à la Chine, fidèle partenaire. Il a été soutenu par la National Endowment for Democracy (NED) américaine. Ce document, à prendre donc avec précaution, reste éclairant.

Concernant la Chine et l’activité de ses entreprises dans les Oblasts sous occupation russe, ses principaux constats portent sur des visites, mémorandums, livraisons d’équipements et projets exploratoires dans les territoires occupés, avec des noms d’entreprises cités (WISDRI, TYHI, Amma, Zhongxin, Liming, Heilongjiang Construction Investment Group…).

Les cas les plus documentés dans le rapport concernent Karansky Quarry (Amma, Zhongxin), IMPEX-DON (SANY), les discussions avec WISDRI, et l’accord-cadre signé avec Beijing Andora Technology au forum économique de Vladivostok en 2025.

Le rapport mentionne également la participation d’acteurs chinois à plusieurs forums russo-chinois où les administrations d’occupation présentent le potentiel industriel, minier et agricole des territoires de Donetsk et Louhansk à des entreprises chinoises.

Il fait état de visites de délégations d’affaires chinoises dans ces régions, incluant des inspections de sites industriels (mines, carrières, infrastructures énergétiques), ainsi que de projets dans les secteurs de la métallurgie, des matériaux de construction, de l’extraction minière et de l’agriculture, ainsi que l’utilisation de circuits financiers en yuan dans les territoires occupés, notamment via des structures bancaires russes et des points de change locaux.

Commentaire

Le texte décrit une logique de : « de facto integration without de jure recognition ». Pékin n’a en effet pas reconnu les territoires annexés par la Russie.

J’ai tenté de recouper ces informations de sources chinoises : elles ne confirment qu’en partie les informations du rapport. Les liens sont réels, les contrats évoqués probables, bien que souvent signés ou évoqués sur des plateformes russes (forum de Vladisvostok…) mais les entreprises chinoises communiquent peu, les médias et forums spécialisés aussi. Le contraire eut été étonnant. 

De plus, il faut différencier les entreprises chinoises ayant une présence ou des investissements antérieurs à 2022, voire 2014 et qui attendent probablement des jours meilleurs pour refaire surface, et les autres, « post-annexions », les nouvelles venues qui veulent s’implanter, même profiter du potentiel post-règlement.

En d’autres termes, coexisterait deux réalités que le rapport de distingue pas : une inertie commerciale longue, versus une pénétration opportuniste récente.

Au-delà du jeu des acteurs, cette présence chinoise dans les territoires ukrainiens occupés et annexés par la Russie est-elle encouragée, interdite ou tolérée par les autorités chinoises ?

A ce titre, un « Guide pays Russie 2025 pour les investissements et la coopération à l'étranger »  du MOFCOM (俄罗斯 ) semble banaliser le cadre des investissements en Russie en intégrant administrativement ces territoires dans la présentation de la Russie à destination des entreprises chinoises..

Il est écrit que

« qu’au 4 octobre 2022, Poutine a signé les textes approuvant l’entrée de Donetsk, Louhansk, Zaporijjia et Kherson dans la Fédération de Russie comme “nouveaux sujets fédéraux”

Un autre guide pour les investissements, émanant du Département de la fiscalité internationale de l'Administration générale chinoise des impôts, spécifie que :

Les entreprises résidentes de la zone économique libre qui possèdent ou exploitent des terrains situés sur le territoire de la République populaire de Donetsk, de la République populaire de Lougansk, de l'oblast de Zaporijia, de l'oblast de Kherson et des zones adjacentes, appartenant à la zone économique libre bénéficient d'une exonération fiscale (russe) pendant trois ans à compter du mois où elles sont entrées en possession de chaque terrain.

Ce ne sont pas des aveux d’opérations menées par des firmes précises, mais le cadre réglementaire est incitatif : les Oblasts occupés sont déjà traités comme un espace d’investissement russe à part entière. De plus ces "guides" désignent les secteurs stratégiques, et signalent l’existence d’un cadre légal pour les technologies duales, tout en rappelant que l’environnement russe reste régulé… et sous sanctions. Dans un contexte chinois, le feu n’est ni vert, ni rouge, il est orange.

Cette posture permet à Pékin de préserver sa relation avec Moscou, tout en évitant un engagement direct dans des zones à haut risque sécuritaire, juridique et politique.

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▶ Influence et ingérences

10. La Chine veut façonner les architectures énergétiques africaines : la GEIDCO

Dans un entretien publié le 19 mars dans le Quotidien du Peuple, Xin Bao’an, président de la Global Energy Interconnection Development and Cooperation Organization (GEIDCO), met en avant le rôle de l’organisation dans la promotion d’un “réseau énergétique mondial interconnecté”, fondé sur les renouvelables, les réseaux intelligents et les lignes à ultra-haute tension.

Créée en 2016 à l’initiative de la Chine, la GEIDCO, une organisation para-institutionnelle, revendique plus de 1400 membres dans 140+ pays et se positionne comme une plateforme de coopération, de standardisation et de formation au service de la transition énergétique mondiale.

 La GEIDCO est plus fondamentalement une plateforme de projection internationale du modèle énergétique chinois.

  • Elle agit en amont du financement des infrastructures, par la production de standards, une offre d’assistance à la planification et à la formation de cadres.
  • Elle contribue ainsi à diffuser un référentiel technique et institutionnel compatible avec les capacités industrielles chinoises, notamment celles de State Grid Corporation of China.
  • Elle crée les conditions de déploiement de réseaux interconnectés à grande échelle, dont les technologies, normes et compétences, d’origine chinoise.
L’organisation s’emploie à utiliser les technologies chinoises d’ultra-haute tension, de réseaux intelligents et d’énergies propres pour construire un réseau mondial d’interconnexion énergétique. »

 L’Afrique, terrain privilégié de la GEIDCO

La GEIDCO y intervient via des études de corridors énergétiques, des projets pilotes, notamment dans le  photovoltaïque, et des programmes de formation. Cette approche ne se limite pas à financer la transition énergétique des pays du Sud : il façonne progressivement les règles de fonctionnement et peut créer des dépendances techniques.

Exemple : la « ceinture solaire africaine » (African Solar Belt- 非洲光带) est un concept cadre de planification énergétique qui permet à la GEIDCO de structurer en amont les futurs développements électriques africains autour de logiques d’interconnexion et de standards largement compatibles avec l’offre chinoise.

Je propose ICI une traduction intégrale de l’article du Quotidien du Peuple.

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11. L'Association Entrepreneurs Clubs France Chine et le management interculturel

Un colloque « Chine Afrique, l’enjeu des infrastructures », organisé par les étudiants du master Management dans les pays du sud de Dauphine PSL s’est tenu, jeudi 12 mars dernier avec, comme intervenants principaux, Anna Borjigin, consultante chez 35° Nord et co-fondatrice de l'AFCDCP (cf. Bulletin n°17), Soline ARNAUD, Consultante chez EY Infrastructure Advisory & Project Finance, Cyriaque Davodoun, Professeur à l'École Supérieure de Commerce et d'Administration des Entreprises (ESCAE), et  Yan ZHENG, « Experte Business France-Chine et Fondatrice de l’Association Entrepreneurs France–Chine » (AEFC).

« Au-delà des analyses géopolitiques globales, nous vous proposons une immersion dans la réalité opérationnelle du continent »

Je m’étais étonné – le mot est faible – de la tenue d’un tel événement sur ces errements et avait émis quelque doute sur le rôle et la fonction réels de l’AFCDCP et Anna Borjigin.

Cf. Bulletin #17 – Mémo 16 – Au sujet de l’Association franco-chinoise de développement commercial partagé

L’AEFC, incarnée par Zheng Yan, nous offre une autre fenêtre d’opportunité pour me répéter. La répétition n’est-elle pas le principe premier de la pédagogie ?

Zheng Yan se présente sur ce réseau comme « Experte Business France 🇫🇷 ⇄ Chine 🇨🇳 | J’aide Entrepreneurs & Startups à sécuriser et à réussir leurs activités en Chine | PhD Dauphine - management interculturel ». (J’ai cru un instant qu’elle faisait partie de Business France).

Plusieurs remarques :

Zhang Yan fait la promotion de l’objet d’un autre mémo que j’ai écrit récemment, un reportage en « immersion » – le buzz word pour la Chine ! –, qui selon moi porte atteinte à nos intérêts nationaux et tarde à être requalifié juridiquement : « la Chine imbattable »

Cf. Bulletin #16 – Mémo 11 – « Comment la Chine est devenue imbattable »

L’AEC France-Chine, intitulée officiellement AEC FRANCE-CHINE (Association Entrepreneurs Clubs France Chine), est une association déclarée récemment. Son annonce au Journal officiel est parue le 2 décembre 2025.

Zheng Yan, se présente comme fondatrice de l’AEC France-Chine avec « plus de 15 ans d’expérience terrain », et comme docteure (PhD) de Paris Dauphine sur les questions de négociation commerciale et de management interculturel franco-chinois. Sa thèse à Dauphine porte sur le : « Processus de négociation commerciale et Compétences interculturelles individuelles : Cas des négociateurs franco-chinois ». Elle apparaît dans la promotion 2023 des thèses soutenues, avec affiliation professionnelle indiquée à Amaris Equipment Services

Cette thèse pose question. Je ne souhaite pas la qualifier. je vous l'ai jointe supra en hyperlien.

Néanmoins, par exemple, les tentatives d’explication sur la « confiance » et le contrat sont des généralités insidieuses. L’insistance mise sur le fait que les Français accorderaient une importance forte au contrat écrit alors que côté chinois, le contrat serait moins central que la relation (guanxi) et susceptible d’évolution, affaiblit, pour le lecteur, la portée de la valeur contrat, et donc de la règle de droit dans la relation commerciale dite « interculturelle ».

Les apprentis négociateurs – puisque l’enjeu ici est leur formation intellectuelle et professionnelle - sont placés, de fait, dans une position où eux seuls doivent s’adapter à l’autre, puisque la culture chinoise les obligerait. Lire aussi l’annexe 5, p242, sur la dimension cognitive et méta-cognitive, qui semble être le cœur du (vrai) travail de terrain de l’auteure.

Au final : une thèse d’une fausse niaiserie, au travers d’une psychologisation de comportements collectifs douteuse qui ne fait pas honneur à Paris Dauphine et démonétise toute thèse de doctorat.

Tout aussi important l’AEC organise un Business Camp, à Shenzhen, en avril et juin prochain : « 6 jours au cœur de l’innovation chinoise ». Si vous aussi vous faites une thèse, pas sur l'interculturalité - de grâce ! - mais sur les dispositifs d’intelligence économique offensifs chinois, allez-y. Sinon, restez chez vous.

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▶ Documentation & agenda

◇ Documentation et études

·       Podcast

Venezuela, Iran : comment la Chine observe les guerres de Trump [Zone grise #2], Le Collimateur, Le Rubicon, Alexandre Jubelin, avec Claudia Astarita et Jérémy André, journalistes à Intelligence Online (55’)

·       Influence, ingérences

China’s Influence in the Nordic – Baltic Information Environment: Denmark and Lithuania . Influence chinoise en Europe du Nord : une stratégie de contournement des opinions publiques. Le document analyse les stratégies d’influence de la Chine dans la région nordique et baltique, avec des études de cas (notamment Danemark et Lituanie). La Chine ne cherche pas uniquement à convaincre les opinions publiques européennes, mais à influencer les élites via des canaux discrets, tout en ajustant son niveau de coercition selon la vulnérabilité des États.

·       France-Chine

Guide des affaires en Chine, Business France, 2026

Document hybride, entre guide d’entrée marché, outil de prospection commerciale, avec un vernis géoéconomique. Il tombe dans le piège classique, en Chine, du mélange des genres, reflétant la non séparation des affaires et du monde politique. Par politique, j’entends les intérêts personnels, corporatistes et étatiques. En outre, la qualité des « témoignages » est douteuse. (Forvis Mazars notamment). A manipuler avec une extrême précaution. Pas à la hauteur d’un opérateur public de l’internationalisation de l’économie française.

·       Chine-Asie-Centrale

Digging up the Past to Justify the Present: China’s Archaeological Diplomacy in Central Asia, le 18 mars 2026, par Edward Lemon et Bradley Jardine, NBR. L’article souligne que les fouilles, laboratoires, expositions, alliances muséales et coopérations patrimoniales chinoises en Asie centrale ne relèvent pas seulement de la science ou de la coopération culturelle : elles constituent une “archaeological diplomacy” ou diplomatie patrimoniale, adossée aux Routes de la soie, à la BRI et, plus largement, à l’effort chinois pour cadrer l’histoire régionale de façon plus sinocentrée. Cette entreprise, sous couvert d’archéologie devient un vecteur d’influence et de recartographie mentale de l’Eurasie.

·       Chine-Etats-Unis-ONU

Inside China’s strategy to reshape the United Nations, mars 2026, par le Select Committee on Strategi competition between the United States and the Chinese Communist party.  Selon le rapport, Pékin utilise le système onusien non pour s’y intégrer loyalement, mais pour le réorienter au service des intérêts du PCC. Le rapport structure cette démonstration autour de quatre grands leviers aux mains du parti communiste : l’argent, la capture de postes-clés, les opérations de maintien de la paix, et l’usage d’ONG pro-régime ou paraétatiques dans les mécanismes onusiens. Plus fondamentalement, la Chine cherche à faire du système centré sur l’ONU la source principale de légitimité internationale, tout en y injectant ses propres préférences normatives, souveraineté étatique renforcée, recul de l’universalité des droits humains, et promotion d’un ordre dit “multipolaire”.

·       Chine-Etats-Unis-Taiwan

Chine, États-Unis, Taïwan : recompositions capacitaires et ajustement des postures stratégiques dans le détroit, Compte rendu de webinaire du 23 mars 2026. Programme Taïwan sur la sécurité et la diplomatie de la FRS. Avec Hugo Tierny, Tom Abram.

◇ Agenda prospectif

Séquence de réunions structurantes pour la Chine en zone ASEAN en 2026

-   3–5 juin : comité conjoint de l’ACFTA et réunions liées ;

-   8–9 juin : APT SOM et EAS SOM ;

-   22 juillet : ASEAN-China Ministerial Meeting (PMC+1) et APT Foreign Ministers Meeting ;

-   11 novembre : 29th ASEAN-China Summit et 29th APT Summit.

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