Bulletin n°27 : Sous le sommet Trump-Xi, la ligne de faille sino-européenne

L’APL et son haut commandement militaire, un tigre de papier ? Réunion du Conseil des affaires d’État : résilience, réseaux et dette ; une rencontre Xi Jinping-Donald Trump aux retombées incertaines ; UE-Chine : avec les onduleurs, Bruxelles reteste la doctrine du fournisseur (chinois) à haut risque

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Bulletin n°27 : Sous le sommet Trump-Xi, la ligne de faille sino-européenne
Donald Trump et Xi Jinping et le Pavillon Rouge, 14 mai 2026


Edito

Le sommet Trump-Xi a logiquement capté toute la lumière. Mais la teneur réelle des éventuels accords, consensus ou arrangements ne sera probablement connue que plus tard. Pour l’heure, Pékin a surtout voulu poser un cadre et ses lignes rouges. La presse chinoise insiste sur Taïwan et les possibilités de coopération économique, mais reste discrète sur l’Iran, Ormuz et même l’intelligence artificielle, des terrains jugés trop mouvants.

Avec Bruxelles, la Chine échange coup pour coup sur les onduleurs, le Cybersecurity Act 2, l’Industrial Accelerator Act, Huawei et ZTE. L’UE teste, secteur après secteur, une doctrine du « fournisseur à haut risque ». Pékin y voit, sans surprise, une discrimination, et l’on ne voit pas bien l’issue de ce bras de fer règlementaire.

Dans cette triangulation euro-sino-américaine, la France tente de faire entendre sa voix. L’écart entre les communiqués Emmanuel Bonne-Wang Yi en dit beaucoup : Paris parle d’Europe, du G7, d’Ukraine, du Moyen-Orient et de stabilité régionale ; Pékin ramène la France à la stricte relation bilatérale et au statut de puissance européenne moyenne appelée à être « rationnelle » et utile.

L’actualité diplomatique de cette semaine révèle une Chine qui récite ses gammes discursives, durcit ses instruments et accepte de moins en moins la réciprocité qu’elle réclame aux autres.

Sur le front de la politique intérieure, les universités sont sommées de s’aligner sur les priorités du 15e Plan : innovation propriétaire, formation « autonome » des talents, une coopération internationale placée sous la primauté des intérêts chinois. L’ouverture scientifique devient un instrument d’accumulation de puissance.

Dans l’APL, la condamnation de Wei Fenghe et de Li Shangfu suggère l’achèvement d’un long démantèlement. Une armée gangrenée par ses rentes pouvait freiner Xi Jinping ; reprise en main, elle élargira le champ des possibles politico-militaires pour le PCC.

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▶ Politique intérieure

1. L’APL, un tigre de papier ?

Le 7 mai, une cour militaire chinoise a rendu son jugement de première instance contre Wei Fenghe et Li Shangfu, tous deux anciens membres de la Commission militaire centrale, anciens conseillers d’État et anciens ministres de la Défense. Tous deux sont condamnés à la peine de mort avec sursis de deux ans puis, après commutation légale en réclusion à perpétuité, d’un emprisonnement à vie sans réduction de peine ni libération conditionnelle. ( 3 467 signes. Mots-clés : APL ; Zhou Yongkang)

Contexte

Le 8 avril, Xi Jinping préside à l’Université de défense nationale un séminaire des hauts cadres de toute l’armée et appelle à poursuivre «une rectification idéologique » pour présenter l’APL, au centenaire de 2027, avec un « nouveau visage politique ».

Il ne doit en aucun cas y avoir dans l'armée des personnes qui nourrissent des sentiments ambigus envers le Parti. (军中绝不能有对党怀有二心之人)

 Le même jour, le journal officiel de l'École centrale du Parti communiste chinois, Study Times,  publie un article de Yang Zhibin, promu général d’armée, en décembre 2025, commandant du théâtre d’opérations de l’Est. Il réaffirme que la loyauté envers le Parti communiste chinois constitue l'âme politique de l'APL, sans laquelle aucune victoire n’est possible.

A deux reprises, son texte martèle qu’il ne peut y avoir « de fausse préparation à la guerre » (虚假备战).

Un mois plus tard, le 8 mai, lendemain de l’annonce du verdict accusant Wei et Li,  un éditorial du Quotidien de l’APL, revient sur leur « purge ».

Le langage du texte du Quotidien de l’APL se veut métaphorique : il décrit une tumeur qui se serait développée par le haut du commandement et aurait gangréné  tout l’écosystème militaire :  « poisons résiduels et accumulations malsaines » (流毒积弊) ;  « contamination idéologique » (思想沾染) menaçant tout l’écosystème politique ((政治生态), il faut désormais purifier à nouveau la source (正本清源) et retirer le corps malade pour faire repousser du tissu sain (去腐生肌).

Commentaire

Ce type de langage acide et métaphorique comparant le pouvoir politique en un biotope fragile s’observe dans deux types de crises visant des ennemis intérieurs et extérieurs : une crise politique ou de régime (la révolution culturelle) et une crise diplomatique ouverte (avec le Japon, Taiwan), pouvant menacer la survie du parti.

Analyse 

A quelle réalité les propos rapportés de Xi Jinping renvoient dans l’imaginaire collectif des élites du PCC, mais aussi et surtout des Chinois, puisqu’ils sont tous pris à témoin au travers de ces manchettes de journaux ?

En langage courant, on dirait que les hauts gradés de l’APL avaient, au cours de leur carrière, tout simplement oublié le Parti en chemin. Ils avaient perpétué un modèle d’affaires, de promotions, d’achats, de protections qui leur assurait une rente matérielle et politique.

Or, faire fausse route crée mécaniquement un sillon. Dans ce sillon germent d’autres bouillons de culture, d’intérêts et de fidélités, d’où peut jaillir une autre « ligne » politique. Sous Xi Jinping, deux sources dissidentes ont déjà été neutralisées, puis réintégrées sous contrainte.

Jack Ma incarnait, à la tête d’Alibaba, la dissidence intellectuelle et un autre modèle d’affaires, d’infrastructures financières et de pouvoir privé. Il ambitionnait de former une nouvelle génération d’entrepreneurs. Fausse route. Il fut excommunié en 2020, puis réhabilité sous handicap et pour l’apparat, en 2025.  

Zhou Yongkang, parfois surnommé le « Hoover chinois », ancien membre du Comité permanent du Bureau politique entre 2007 et 2012, chef de la police et de l’appareil sécuritaire hérités de l’ère Jiang Zemin et de Hu Jintao, restait l’un des derniers obstacles à abattre. Une fois nommé secrétaire général en 2012, Xi Jinping aura mis plus de trois ans à démanteler ce réseau pyramidal et à obtenir sa tête, à l’hiver 2014.

Puis Xi Jinping s’attaqua à l’autre Etat dans l’Etat, ou plutôt ce parti dans le parti de l’APL, d’abord par une réforme en bonne et due forme de l’institution, en 2015, saupoudrée d’une campagne permanente anti-corruption. Il lui aura fallu 10 ans pour finir de démembrer le système APL. C’est chose faite semble-t ’il.

Ce qui ne doit pas nécessairement nous réjouir car, une APL « malade » ou « tigre de papier », était un obstacle aux politiques et options militaires d’un exécutif du PCC d’un tout autre matériau. Une nouvelle APL ouvre le champ des possibles. C’est du moins le message subliminal qui nous est transmis. Le Général Yang Zhibin, mobilisé le mois dernier pour appuyer le message de son Chef, commande le théâtre d’opérations de l’Est de l’APL, qui recouvre notamment Taiwan et le Japon.

🏷️ APL Zhou Yongkang
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2. Réunion exécutive du Conseil des affaires d’État : résilience, réseaux et dette

Li Qiang a présidé le 9 mai une réunion exécutive du Conseil des affaires d’État centrée sur les grands leviers de résilience économique : les réseaux, le désendettement  et la sécurisation des ressources stratégiques. La réunion appelle à utiliser pleinement les instruments macroéconomiques, à agir en amont et à préparer un « bon départ » du XVe Plan. L’économie est décrite comme un système de flux : réseau hydraulique, nouveau réseau électrique, réseau de calcul, communications de nouvelle génération, réseaux urbains souterrains et réseau logistique... La dette locale reste, elle, au cœur de l’agenda : Pékin revendique des résultats dans le traitement du « stock », mais insiste encore sur la prévention des « nouvelles dettes cachées ». Les mesures d’application de la Loi sur les ressources minérales introduisent des mécanismes renforcés de gestion des minerais stratégiques, des réserves et des mécanismes d’urgence. ( 1 832 signes. Mots-clés : endettement ; 15ème plan)

Commentaire

C’est une réunion de plus sur la réduction des vulnérabilités systémiques dans un contexte économique sous contrainte. Pékin cherche à empêcher que ces fragilités ne remettent en cause prématurément les grands objectifs du XVe Plan.

Pour ce qui concerne la « dette cachée », elle a effectué son coming out depuis un an. En mai 2025, douze collectivités (provinces et municipalités administrées par Pékin) jugées « à haut risque » avaient été sollicitées pour tester un nouveau dispositif : transformer certaines de leurs LGFV (Local Government Financing Vehicle) en « entités de marché » (市场化主体), c’est-à-dire dans les des sociétés hors secteur d’Etat.

L’opération aurait déchargé par conséquent la responsabilité du gouvernent, l'objectif étant de réduire le niveau d'endettement et leur exposition dans les budgets locaux. Cette opération de passe-passe n’a semble-t-il pas été très convaincante.

En novembre dernier, le ministère des finances annonce la création d’un nouveau département de « gestion de la dette », qui englobe la gestion des « dettes cachées », aux côtés de la dette souveraine et de la dette locale « légale ». Une façon de requalifier cette ex-dette cachée en dette publique administrée.

🏷️ endettement 15ème plan
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3. Pékin prépare les universités à s’aligner sur les priorités du 15e Plan

 « Renforcer l'innovation scientifique et technologique propriétaire et la formation autonome des talents  (加强科技自主创新和人才自主培养). L’article du Quotidien du peuple, daté du 7 mai, fixe le cadre politico-institutionnel assigné aux universités de recherche dans le cycle du 15e Plan. Il traduit la lettre adressée par Xi Jinping aux quatre universités Jiaotong et son intervention, du 30 avril, sur la recherche fondamentale en programme d’action pour l’enseignement supérieur. Ces nouvelles orientations renforcent l’asymétrie dans la coopération scientifique internationale : l’ouverture, les échanges académiques, la recherche conjointe et la coopération sur les talents deviennent officiellement subordonnés aux priorités, aux capacités et aux programmes de puissance nationale chinois. ( 2 778 signes. Mots-clés : MOST ; S&T : coopération )

L’ambition est de réaliser un grand « bond systémique » (体系跃升) en opérant la conversion de l’université en opérateur de puissance nationale, articulant recherche fondamentale, grands projets scientifiques, formation des talents, entreprises leaders, plateformes industrielles et besoins stratégiques de l’État. Les disciplines, les laboratoires, les projets de recherche et les formations sont appelés à s’ajuster aux priorités nationales. Les grands projets scientifiques et industriels deviennent des plateformes de formation.

« Orienter la jeunesse vers l’ambition de servir le pays et forger son engagement dans la construction d’une Chine puissance ».

 La coopération internationale est vue comme un vecteur d’accélération et d’accumulation de puissance :

«  il faut savoir nous insérer de façon organique dans nos échanges extérieurs qu’ils soient toujours à notre avantage (以我为主, littéralement : moi d’abord), savoir monter en capacité et construire ainsi notre supériorité. Ainsi nous pourrons rassembler à nous les meilleures ressources et les meilleures innovations » 

 Commentaire

Il faut distinguer ce qui est nouveau ici de ce qui fait déjà partie des orientations de politique scientifique et technologique et de formation des talents de la Chine depuis les années 2000 et les programmes de captation des savoir-faire du MOST.

L’université chinoise est déjà un espace de socialisation scientifique, industrielle et politique au service de la souveraineté technologique et la prétendue « ouverture », un outil d’absorption sélective des meilleures ressources et intrants étrangers.

Cependant, l’article qui interprète – au sens chinois du terme, c’est-à-dire qui donne la clé de lecture - du discours de Xi Jinping du 7 avril, assigne officiellement aux universités et à leurs étudiants de convertir les ressources scientifiques mondiales en avantages nationaux par le biais des coopérations scientifiques et technologiques internationales, le tout sous la direction du Parti.

Ce qui vaut, de mon point de vue, déclaration d’intentions stratégiques : la coopération internationale dans les universités chinoises  devient officiellement un instrument de politique de puissance et de compétition, pas d’échanges réciproques.

Dit autrement, le passage sur « le moi d’abord » officialise l’asymétrie structurelle de la coopération scientifique internationale : les échanges demeurent nécessaires, mais comme réservoir de ressources, de talents et de savoirs à intégrer dans un système dont les finalités, les priorités et les gains sont définis par la Chine.

Il s’agit ici d’orientations de politique nationale, valable pour tout acteur, université, mais aussi centre de recherche du secteur d’Etat chinois. De quoi faire réfléchir, en amont, nos institutions publiques et nos entreprises, sur les finalités et les attendus de toute coopération. Pour celles déjà engagées avec la Chine, je pense à nos jeunes talents, ingénieurs et scientifiques. Ils doivent être impérativement formés et briefés par leur employeurs, lesquels doivent aussi mettre sur pied en interne une chaine de confiance et un processus d’évaluation et de contrôle, au fil de l’eau, et non « x » années après signature, des accords conclus.

🏷️ MOST S&T coopération
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4. Pékin place les agents intelligents sous tutelle

Le 8 mai, l'Administration chinoise du cyberespace (CAC), la Commission nationale du développement et de la réforme (NDRC) et le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information (MIIT) ont publié une directive sur l’application normée et le développement innovant des agents intelligents (智能体规范应用与创新发展实施意见). Le texte met en œuvre l'initiative du Conseil des affaires d'État (CEA) sur l'« Intelligence artificielle + » (人工智能+) et définit les agents comme des systèmes capables de percevoir, mémoriser, décider, interagir et exécuter dans le cyberespace comme dans le monde physique.

Présentée comme une feuille de route industrielle, la directive est aussi, et peut-être avant tout, une réponse réglementaire. Quelques mois plus tôt, l'agent autonome open source OpenClaw avait suscité un fort engouement dans les entreprises chinoises, mais aussi des alertes internes dans des agences publiques et des entreprises d'État sur les risques de fuite de données, d'effacement de fichiers et d'usage abusif des permissions accordées aux agents. La directive du 8 mai est en grande partie conçue contre ce type d'événement. ( 7464 signes. Mots-clés : intelligence artificielle ; CAC)

Des agents intelligents (mais) administrés

La directive organise l’insertion des agents dans un espace administré, où chacun possède une identité, un statut de conformité, une capacité déclarée et une traçabilité comportementale.

Pour les « domaines sensibles et industries clés » (art. 11), la CAC et les régulateurs sectoriels déterminent eux-mêmes les scénarios ouverts, avec dépôt préalable (备案), test de conformité et procédure de rappel des produits problématiques. Pour les « domaines à faible risque » — vie quotidienne, bureautique,  c'est l'auto-test, la déclaration d'information, la gestion par les plateformes de distribution et l'autodiscipline sectorielle.

Structurellement, cette grille rappelle l'approche par risques de l'AI Act européen, mais avec deux différences majeures. Côté chinois, les domaines sensibles fonctionnent par liste positive : ce qui n'est pas explicitement ouvert reste fermé. Et les plateformes de distribution, les futurs app stores d'agents, deviennent des relais de régulation pour le bas du spectre, dans une logique calquée sur le DSA européen, mais sous tutelle centralisée.

L’article 6 du texte distingue ex ante trois régimes : les décisions réservées à l'utilisateur, celles qui requièrent une autorisation explicite, et celles que l'agent peut prendre de manière autonome. C'est un cadrage que ni l'AI Act ni les executive orders américains ne tranchent de la sorte. Pékin entend fixer par décret administratif la zone de négociation entre l'humain et la machine, avant que les usages ne la définissent eux-mêmes.

Ce mécanisme étend la logique du système de crédit social aux développeurs, plateformes et fournisseurs de services (Art. 14). Les critères sont explicites : abus technologique, consommation induite, publicité mensongère, dissimulation d'informations... Les sanctions relèvent du régime dit de « perte de confiance » (失信),  déjà familier des analystes du système de crédit social. Il n'y a donc pas de cloisonnement entre régulation de l'IA et régulation comportementale : la grammaire est la même. À cela s'ajoute, à l'article 7, une mention explicite de la blockchain pour rendre vérifiables et traçables les comportements d'agents dans les scénarios importants. C'est techniquement une réponse directe à l'incident OpenClaw.

Une bataille de protocole, pas une simple bataille des standards

Il est devenu banal d'écrire que Pékin standardise tôt pour imposer ses normes plus tard. Le cas des agents va plus loin : la directive promeut explicitement un Protocole d'interconnexion des agents (Agent Interconnection Protocol, AIP), avec sept standards nationaux en cours d'approbation, et planifie la construction d'un Internet intelligent (智能互联网), registre national des agents, identité numérique, déclaration de capacités, certification de conformité, paiement conforme entre agents, mécanismes de résolution des conflits, le tout appuyé sur IPv6.

Côté occidental, deux protocoles montent en puissance : le Model Context Protocol (MCP) d'Anthropic et l'Agent-to-Agent (A2A) de Google, tous deux adoptés rapidement par les écosystèmes développeurs.

Si l'AIP s'impose en Chine, où il pourra s'appuyer sur ByteDance, Alibaba, Tencent, l'automobile et la robotique, il deviendra une norme de facto dans une partie significative du monde numérique, indépendamment des arbitrages ISO.

La logique est celle de la 5G : on verrouille d’abord un écosystème industriel suffisamment large pour rendre ensuite la norme nationale incontournable lors des négociations internationales ultérieures.

L'Internet intelligent ajoute une couche d'infrastructure spécifique. Les agents y sont identifiés, leurs capacités déclarées et certifiées, leurs interactions tracées, leurs conflits arbitrés. Ce qui se prépare est une strate de gouvernance spécifique aux agents, sur laquelle l'État chinois conserve la main.

Une automatisation de la fonction cognitive et sociale

L'article 28, sur les services d'information encourage les départements publiant l'information et les plateformes de diffusion à développer des agents pour : l'analyse des utilisateurs, la planification des sujets, l'édition et le traitement, la distribution et la recommandation, la revue intelligente, l’orientation de l'opinion, la canalisation émotionnelle, et la traduction en temps réel. Lue rapidement, cette énumération décrit un système intégré d'agents couvrant toute la chaîne éditoriale, depuis la sélection des sujets jusqu'à la modulation affective des publics.

La formule « canalisation des émotions » (情绪疏导) appartient au lexique de la gestion politique des sentiments populaires (民情) qui occupe une place centrale dans le discours chinois sur la stabilité sociale. Confier à des agents la charge de cette « canalisation », c'est automatiser non plus seulement la modération de contenu, mais la régulation émotionnelle des publics.

Couplée à la « revue intelligente » (智能审核) et à la recommandation algorithmique, la fonction opère une vraie rupture, à trois niveaux.

  • La chaîne est prédictive : l'« analyse des utilisateurs » placée en tête de l'article 28 permet d'anticiper réactions et opinions avant publication, et non plus seulement de filtrer après.
  • Elle est aussi affective : « drainer les émotions » ne désigne pas une modération de contenu mais une régulation des dispositions émotionnelles des publics, posée comme une variable de gouvernement au même titre que l'accès à l'information.
  • Elle est enfin « agentifiée » (pas joli, je sais) : la chaîne n'est plus servie par des modérateurs humains ou par des algorithmes de recommandation statiques, mais par des agents autonomes qui orchestrent en continu, à l'échelle individuelle et à coût marginal nul, l'ensemble de la séquence, du choix des sujets jusqu'à la modulation, en temps réel, des réactions collectives consécutives à leur diffusion.

On passe ainsi d'une logique de contrôle de l'information (qui peut dire quoi) à une logique de gouvernement des dispositions cognitives et affectives : un modèle que la littérature officielle sur la « gouvernance de l'écosystème en ligne » (网络生态治理) théorise depuis le milieu des années 2010, mais qui n'avait jamais reçu jusqu'ici l'instrument technique permettant son industrialisation.

L'article 24 et l'article 31 prolongent ce mouvement dans le monde physique, via les agents incarnés (具身智能体) : services domestiques à bas coût, garde d'enfants, aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées, inspection de sécurité, manipulation de matières dangereuses... Cette insistance sur « l'incarnation » prolonge la priorité donnée à la robotique humanoïde dans les documents du 15ᵉ plan quinquennal.

Implications concrètes

Pour les entreprises et institutions européennes, le déploiement d'un agent en Chine, qu'il s'agisse d'un assistant commercial, d'un agent industriel embarqué dans un véhicule, d'un outil RH ou d'un service client, impliquera :

  • un dépôt préalable (备案) auprès du registre national des agents pour les secteurs sensibles ;
  • une déclaration des capacités de l'agent et un alignement sur l'AIP pour interagir avec d'autres agents chinois (clients, plateformes, fournisseurs) ;
  • une soumission aux mécanismes chinois de résolution des conflits inter-agents ;
  • une exposition à la notation de crédit prévue à l'article 14.

Analyse

LA question stratégique est celle de l'export du modèle. La diplomatie numérique chinoise a déjà transposé des cadres analogues, cybersécurité, données, contenu, dans les pays partenaires des Nouvelles Routes de la Soie numériques. Il faut s'attendre à ce que l'écosystème AIP suive le même chemin, faisant de l'architecture agentique chinoise un standard régional dans une partie significative des marchés émergents.

Bruxelles a misé sur la régulation horizontale (AI Act, GPAI Code of Practice, standards harmonisés en cours via le mandat M/613), Washington laisse les acteurs privés  (Anthropic avec MCP, Google avec A2A, Microsoft avec Entra Agent ID) se livrer une bataille de protocoles à effet de réseau, tandis que Pékin pose une architecture étatique intégrée.

L'AI Desk Office européen reconnaît lui-même que ses « considérations réglementaires sur les agents sont préliminaires à ce stade » (SIC). La couche infrastructure spécifique aux agents  (registre, identité numérique, protocole d'interconnexion) reste essentiellement à construire. La question est de savoir à quelle vitesse l'UE et ses États membres parviendront à combler cette couche manquante avant que les marchés tiers n'adoptent par défaut soit l'AIP chinois, soit l'écosystème MCP/A2A américain.

 Relié : Pourquoi les agents IA sont adoptés plus vite en Chine qu’ailleurs ? (P23), par Robin Rivaton, CEO, Stonal & Young Leader 2024, dans Nouveaux Regards sur l'Asie #24, Fondation-France Asie.

🏷️ intelligence articifielle CAC
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▶ Politique extérieure

5.Xi Jinping-Donald Trump : vers un régime de coexistence probatoire

Les quelques heures précédant la rencontre avaient donné lieu à quelques mises au point, pour une « vraie coexistence ». L’agence Xinhua avait rappelé les quatre lignes rouges à ne pas franchir : la question de Taiwan, des droits de l’homme et de la démocratie,  le système (socialiste) et le droit au développement, qui ne sauraient être contestées (台湾问题、民主人权、道路制度、发展权利是中方的4条红线,不容挑战)

Le jeudi 14 mai, alors que D. Trump s’apprêtait à descendre d’Air Force One sur le tarmak de l’aéroport de Pékin, une tribune de l’ambassadeur chinois à Washington, Xie Feng enfonçait le clou, en page 3 du  Quotidien du Peuple :  

Il faut établir une perception correcte (正确认知). Savoir si la Chine et les États-Unis sont partenaires ou adversaires est une question d’orientation décisive pour le développement des relations bilatérales ; il faut donc bien verrouiller ce « premier bouton ». Si l’on regarde l’autre à travers le prisme étroit du jeu à somme nulle, tout devient un « duel à mort ». Si l’on se regarde mutuellement à travers une vision plus large d’une communauté de destin, alors des occasions de coopération sont partout.
« les intérêts de développement de la Chine ne sauraient être violés.
« Il faut lever les obstacles au développement des relations bilatérales

Ainsi, l’important est la « vision » de départ du dirigeant américain, après un déclic de sa part (un bouton on/off ?). La relation sino-américaine peut alors épouser tout naturellement l’aspiration montante du peuple américain pour des relations fructueuses.

Les communicants du PCC personnalisent ainsi la rhétorique d’une double l’inexorabilité de la soumission volontaire (et d’un prétendu déclin américain) et d’un « développement chinois inarrêtable » ( et son soi-disant « miracle »).

Les attentes côté chinois, sans grande illusion, d’un sursaut du Président américain ont néanmoins donné le ton des discussions du 14 et 15 mai entre les deux dirigeants.

Les Premiers comptes-rendus chinois mettent en avant les habituels cadrages :

President Xi Jinping Holds Talks with U.S. President Donald J. Trump_Ministry of Foreign Affairs of the People's Republic of China

Le président Xi a souligné que la Chine s'engageait en faveur d'un développement stable, sain et durable des relations sino-américaines. Je me suis mis d'accord avec le président Trump sur une nouvelle vision visant à établir une relation sino-américaine constructive, fondée sur la stabilité stratégique.
Construire une relation constructive entre la Chine et les États-Unis, fondée sur la stabilité stratégique, n'est pas un simple slogan. Cela implique des actions allant dans la même direction.

Sur Taiwan, les formulations restent prudentes, générales et n’apportant rien de nouveau :

Le président Xi a souligné que la question de Taïwan est le enjeu le plus important dans les relations sino-américaines. Si elle est gérée correctement, les relations bilatérales se maintiendront stables globalement. Dans le cas contraire, les deux pays connaîtront des heurts, voire des conflits, mettant ainsi l’ensemble de leurs relations en grand danger. L’« indépendance de Taïwan » et la paix entre les deux rives du détroit sont aussi incompatibles que le feu et l’eau. La préservation de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan est le plus grand dénominateur commun entre la Chine et les États-Unis. La partie américaine doit faire preuve d’une prudence particulière dans le traitement de la question taïwanaise.

La presse chinoise se focalise sur Taiwan, probablement le seul sujet autorisé. Aucune mention d’Ormuz, ni de la coopération sur l’IA.

Selon le Guardian, et le Business Times, la Maison Blanche a diffusé un premier communiqué, jeudi après-midi.

Trump, Xi agree Strait of Hormuz must stay open, White House says - The Business Times

Les deux parties ont convenu que le détroit d'Ormuz devait rester ouvert afin de garantir la libre circulation de l'énergie. Le président Xi a également clairement exprimé l'opposition de la Chine à la militarisation du détroit et à toute tentative d'imposer un péage pour son utilisation, et il a manifesté son intérêt pour l'achat de quantités supplémentaires de pétrole américain afin de réduire la dépendance de la Chine vis-à-vis du détroit à l'avenir.

Commentaire (au 15 mai)

A l’heure où je finalise ce bulletin, vendredi 15 au petit matin, ni la Maison Blanche ni le State Department n’ont diffusé une version américaine substantielle des discussions. C’est habituellement dans Aif Force One qu’elle se consolide et que le Président américain en donne un aperçu à la presse embarquée.

Côté chinois, les commentaires retomberont en pluie fine durant ces prochains jours. On peut néanmoins d’ores-et-déjà entrevoir la substance du message : "vous n’avez pas d’autre choix que de coopérer avec nous pour vous en sortir avec l’Iran. Nous acceptons une certaine forme de compétition entre nous, pourvu qu’elle soit contenue, et nous pourrons alors parler affaires". Sur Taiwan, le message est incertain, mais il faut s’attendre à une formule, nouvelle ou reprise sur étagère, qui contraint aussi Washington à la retenue. Pékin placerait ainsi l’administration Trump sous régime probatoire...jusqu'à la prochaine rencontre au sommet.

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6. UE-Chine : avec les onduleurs, Bruxelles reteste la doctrine du fournisseur (chinois) à haut risque

Le 7 mai, à la suite de la recommandation de la Commission européenne de couper les financements européens aux projets utilisant des onduleurs venant de “fournisseurs à haut risque”, le ministère chinois du Commerce (MOFCOM) répond que :

« Sans disposer de la moindre preuve concrète, l'Union européenne a, pour la première fois, classé la Chine parmi les « pays à haut risque » et, sous ce prétexte, a interdit le financement de projets utilisant des onduleurs chinois. Il s'agit là d'une stigmatisation de la Chine et d'un traitement injuste et discriminatoire à l'égard des produits chinois. La Chine refuse d'accepter cette décision et s'y oppose fermement.

Rappel du contexte

  • Le 20 avril, concernant le Cybersecurity Act (CSA2), le MOFCOM reproche à l’UE d’introduire des critères de “risque non technique”, des “pays suscitant des préoccupations de cybersécurité” et des “fournisseurs à haut risque”, avec effet d’exclusion dans 18 secteurs, dont énergie, transport et TIC. Pékin demande la suppression de ces notions et menace de contre-mesures si les entreprises chinoises sont discriminées.
  • Le 27 avril, sur l’Industrial Accelerator Act (IAA), la réponse chinoise porte cette fois sur la politique industrielle européenne : batteries, véhicules électriques, photovoltaïque, matières premières critiques, clauses d’“origine UE”, marchés publics et soutien public. Pékin y voit des barrières à l’investissement, une discrimination institutionnelle et une possible violation des règles de l’OMC.
  • Le 29 avril, la Mission chinoise auprès de l’UE a averti que, si l’UE poursuivait ses projets d’exclusion des équipements Huawei/ZTE, la Chine n’aurait pas d’autre choix que de prendre des contre-mesures réciproques contre l’UE et les entreprises européennes.

Commentaire

Pékin n’acceptera pas de transférer ses technologies, sa propriété intellectuelle, sans contrôler le capital. L’IAA ne pourra probablement pas être utilisé comme il a été conçu.

La Chine poursuivra son modèle « espagnol » qui consiste à affirmer son empreinte industrielle à ses conditions, quand cela est possible.

Des produits chimiques aux intrants liés au secteur pharmaceutique :  que se passe-t-il lorsque l'offre chinoise à bas prix ne se contente pas de concurrencer la production européenne, mais la remplace progressivement ?

La question posée par le très instructif blog SoapBox doit nous interroger sur l’effectivité des mesures de défense commerciale et plus largement, de la politique de l'UE vis-à-vis de la Chine. Non pour critiquer l’UE dans le vide,  un sport répandu mais sans gloire, que pour identifier la logique du durcissement réglementaire visant de plus en plus explicitement la Chine et accompagnant un changement de paradigme de la politique industrielle européenne.

La piste des « trusted partners» et, inversement, des fournisseurs « à haut risque » va dans la bonne direction si elle mène à contester le capitalisme d’Etat chinois (et les autres). La qualification de confiance ne remplace pas la défense commerciale ni le contentieux OMC mais elle les complète en créant une couche de filtrage ex ante, fondée sur le risque systémique.

Le précédent Huawei/ZTE, qui fait jurisprudence, a montré qu’une qualification de « fournisseur à haut risque » pouvait produire des effets concrets sans interdiction européenne uniforme : fragmentation des marchés, restrictions nationales, exclusion progressive des réseaux sensibles, renchérissement du risque politique pour les opérateurs et perte d’accès aux segments stratégiques. Le 4 mai dernier, la Commission a de nouveau recommandé aux États membres d’exclure les équipements Huawei et ZTE.

En parallèle, cette qualification de confiance amène la constitution de listes de pays, selon leur niveau de risque, selon un mode similaire à celui de l’inscription sur les listes positives et négatives qui parsème le régime commercial et d’investissement chinois, mais aussi américain.

Progressivement, l’UE sort du « piège du libre-échange », mais trop lentement, laissant à la Chine la possibilité d’adapter ses dispositifs juridiques, industriels et de contournement.

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7. France-Chine : deux communiqués, deux rapports au monde

Emmanuel Bonne et Wang Yi se sont rencontrés à Pékin les 7 et 8 mai derniers. En l’absence d’informations plus qualitatives, nous sommes tous suspendus à la lecture des communiqués officiels de part et d’autre. Ils remplissent une double fonction : donner une indication synthétique du contenu des échanges, et adresser aussi quelques « messages personnels », plus ou moins codifiés. Plus l’écart observé est important, plus les divergences d’approches et de fond ont de grandes chances de l’être aussi. ( 3 762 signes. Mots-clés : Wang Yi)

En l’occurrence, je vous laisse tout d’abord lire les communiqués officiels français, puis chinois. Ensuite, je vous livre mes commentaires et mon analyse sur les différences observées.

Commentaire

La version chinoise des discussions est centrée sur la relation bilatérale et sur le rôle que doit jouer la France en Europe.

Le communiqué français apparaît plus structuré. La relation avec la Chine doit être maintenue, mais elle est conditionnée par la réciprocité, un nécessaire rééquilibrage économique, mais aussi par le respect de la sécurité régionale et internationale.

Le communiqué chinois insiste sur les spécificités de la relation bilatérale franco-chinoise tandis que Paris se place dans un cadre plus large : Europe, G7, Ukraine, Moyen-Orient.

La grande absente côté chinois est toute référence à l’Ukraine. Le communiqué français mentionne « la guerre d’agression russe en Ukraine » dès le second paragraphe. Le second paragraphe chinois évoque un dossier particulier (qui n’est pas du ressort de l’exécutif français)  du « Parlement français sur un projet de loi visant à simplifier les procédures de restitution de biens culturels pillés à leur pays d’origine.

Là où Paris met l’Ukraine au centre de l’agenda stratégique, Pékin choisit de mettre en avant un dossier patrimonial politiquement valorisant pour lui

L’absence de l’Ukraine dans le communiqué chinois n’est pas une lacune ; elle signale le refus de Pékin de laisser Paris inscrire la relation bilatérale dans le cadre de la guerre russe contre l’Ukraine.

Sur la relation économique et commerciale, Pékin attend de la France une attitude (perception, politique…) constructive et « rationnelle » vis-à-vis de la Chine, et qu’elle élimine les « obstacles » et les « interférences », alors que Paris espère que  la Chine contribue avec sincérité au rééquilibrage de la relation économique.

Le communiqué chinois estime que « L’UE a besoin de la Chine et souhaite être un partenaire de confiance pour celle-ci » suggérant que l’Europe souhaiterait être fiable pour la Chine. (une idée que la version chinoise du communiqué exprime aussi, mais plus finement).

M. Emmanuel Bonne a rappelé la condamnation par la France des attaques de l'Iran contre les États voisins. La version chinoise ne reprend pas cette condamnation.

Sur Taiwan, Pékin pousse - toujours et encore - Paris à endosser le principe d’une seule Chine. Paris a rappelé la position constante de la France, qui « s’en tient à sa politique d’une seule Chine » « son attachement à la préservation de la paix et de la stabilité dans le détroit de Taïwan », « a appelé l’ensemble des parties à éviter toute escalade »,  ainsi qu’à une « résolution pacifique des tensions actuelles, via le dialogue ».

Analyse

La version chinoise publiée s’adresse manifestement à un auditoire interne, pour satisfaire le parti pour qui la France est une puissance moyenne qui doit obéir à une certaine hiérarchie entre puissances.

Le communiqué français inscrit la rencontre dans un cadre stratégique global. Il souligne les efforts de la France pour assumer pleinement son rôle de membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, de titulaire de la présidence du G7 pour l’année en cours, et par conséquent, de cogestionnaire et garant de la sécurité européenne et internationale.

Cette différence de ciblage et de perspective dans les comptes-rendus est contre-intuitive : on aurait pu attendre que Chine se saisisse de cette rencontre comme tribune pour faire valoir son rôle, tant vanté par ailleurs, de « faiseur de paix » dans le monde.

Mais peut-être ne souhaite-t-elle pas donner par la même occasion autant d’importance au rôle de la France, la jugeant opportuniste à quelques semaines du G7.

Cette attitude condescendante est habituelle et regrettable. Elle limite les possibilités d’un échange sincère entre les deux parties. Surtout, Pékin ne cherche pas ici à convaincre Paris par une offre stratégique nouvelle ; il cherche à encadrer son rôle, à circonscrire l'autonomie européenne dans le cercle de ses intérêts et à neutraliser les sujets qui le mettent en difficulté. C'est du moins le sentiment que j'éprouve à la lecture des deux communiqués.

🏷️ Wang Yi
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8. La Chine se prépare-t ’elle à une guerre juridictionnelle globale ?

Dans un article de la revue du PCC Qiushi, publié le 1er mai 2026, Mo Jihong, directeur de l’Institut de droit de l’Académie chinoise des sciences sociales (CASS), propose une mise en doctrine de la gouvernance chinoise sur les affaires extérieures (法治涉外)). L’article présente un nouvel arsenal en construction  destiné à accompagner l’expansion de la Chine, la protéger des contraintes occidentales et à produire des règles internationales compatibles avec ses intérêts. ( signes. Mots-clés : CASS ; lawfare ; AFCDE)

Cette doctrine, déjà mise en pratique dans les faits, légalise et juridicise le rapport de force extérieur de la Chine avec le reste du monde : il transforme des outils normatifs internes (lois, ordonnances…) en capacité d’action externe, au nom de la défense contre l’extraterritorialité occidentale.

Points saillants du texte

Selon l’exposé la Chine se doit désormais de faire appliquer « efficacement » son droit hors de son espace juridique immédiat. Pour cela, il doit  créer les mécanismes permettant de rendre cette compétence effective dans les cas concrets de sanctions, de restrictions technologiques, de ruptures contractuelles, de gel d’actifs ou de contraintes de conformité étrangères

L’article reconnaît en même temps que la Chine reste insuffisamment équipée : les règles sont encore trop générales, le système d’application extraterritoriale demeure incomplet, les dispositifs dans les domaines émergents, données transfrontalières, économie numérique, intelligence artificielle, reposent encore trop souvent sur des règlements ministériels ou documents normatifs de rang inférieur, et la Chine manque d’avocats, arbitres, juges et experts capables d’agir dans les contentieux internationaux complexes.

La réponse proposée est une montée en régime : textes, règlements d’application, mécanismes de blocage, listes, coordination inter-agences, traçage et gel d’actifs, arbitrage, contentieux, cabinets d’avocats internationalisés et accompagnement des entreprises chinoises à l’étranger.

C-joint, un tableau des principales mesures déjà entrées en vigueur : Lawfare, extérritorialité et préparation à la "guerre" juridicitonnelle.

L’article parle explicitement de constituer « une force de frappe » dans une lawfare élargie et l’établissement de mécanismes de consultation rapide entre départements, commissions, et ministères concernés.

Commentaire

Il y a deux éléments majeurs dans ce texte : l’aspect théorique, qui apparait comme une justification doctrinaire a porteriori d’un processus en cours et son volet organisationnel. Pour ce dernier, ce que le texte décrit est une montée en gamme capacitaire de l’Etat central, en « task force » interministérielle  et opérationnelle autour d’une feuille de route exécutoire. Il ne s’agit pas ici de « réflexion sur » telle ou telle politique pour posture dans les relations extérieures mais de sa mise en œuvre.

Pour l’Europe, cela signifie qu’il ne faut pas attendre à une Chine dans la simple réaction. Le droit chinois est à la fois un outil supplémentaire au service des orientations de politique extérieure et son reflet.

Analyse

Le texte dit en creux que la « bataille » à venir ne sera pas seulement commerciale, technologique ou diplomatique, mais juridique et, plus précisément, juridictionnelle.

La bataille juridique, ou lawfare telle qu’on se la représente communément, est la bataille par le droit au sens large. Elle porte sur les normes, les concepts, les instruments, les doctrines, les qualifications et les régimes de conformité.

La bataille juridictionnelle est plus opérationnelle : elle concerne la compétence des tribunaux, des autorités administratives et des mécanismes de règlement des différends. Elle répond aux questions : qui juge ? Selon quel droit ? Avec quel pouvoir d’enquête ? Quelle décision est reconnue ? Quelle sanction est exécutable ? Quels actifs peuvent être gelés ? Elle se joue devant les cours, les tribunaux arbitraux, les mécanismes d’entraide judiciaire, les procédures de reconnaissance et d’exécution des jugements.

Or, le texte suggère que la Chine se prépare à une « guerre » de juridictions : quelle autorité pourra imposer sa norme, dans quelle affaire, à quels acteurs, et avec quelle capacité d’exécution. Elle traduit une volonté de contestation de l’ordre juridique dominant, incarné par le droit international, et de mise en place d’un ordre judiciaire.

Dans ce contexte, comment appréhender la « coopération juridique » avec la Chine ?

La réflexion est portée en France, notamment, par l’ Association Franco-Chinoise pour le Droit Économique (AFCDE). Son programme du module de formation en droit chinois des affaires 2025  propose de travailler avec le droit chinois. Mais, « se former au droit chinois » est-il la seule réponse au contexte politique décrit ? Prépare-t-il à faire face à une politique chinoise de « gouvernance par le droit chinois » comme instrument de coercition et d’expansion internationale ?

🏷️ lawfare CASS AFCDE
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9. Forum de la médiation à Hong Kong

Le 8 mai, l’Organisation internationale pour la médiation (国际调解院 / IOMed) a tenu à Hong Kong son premier grand forum public depuis son inauguration d’octobre 2025, avec John Lee, le commissaire du ministère chinois des Affaires étrangères à Hong Kong, Cui Jianchun, la secrétaire générale Teresa Cheng et Qi Dahai, directeur du département des traités et du droit du ministère chinois des Affaires étrangères.

Pékin y présente la médiation comme une alternative souple à l’arbitrage et au contentieux international : moins de juge, moins de confrontation, plus de compromis, et de règlement « gagnant-gagnant ». L’IOMed se positionne pour les différends interétatiques, investisseur-État et commerciaux internationaux ; il revendique désormais 41 États signataires, même si le forum « mondial » reste surtout représentatif d’un réseau sino-centré et en direction du « Sud global ».

Commentaire. Pékin présente l’IOM comme « première organisation intergouvernementale » dédiée à la médiation et oriente son action vers les différends dont la souplesse du mode de règlement sert ses intérêts : contrats BRI, investissements, infrastructures, dette, commerce, tout en gardant ses dossiers sensibles hors du dispositif. L’IOMed fait ainsi de Hong Kong le laboratoire d’un droit international sans juge et le haut-lieu d’une gestion politique des conflits. C’est une brique de plus dans l’offensive chinoise sur la gouvernance mondiale. La RASHK y est requalifiée en plateforme juridique internationale alors même que Pékin l’a vidée des conditions d’exercice d’un État de droit.

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▶ Influence et ingérences

10. Group of Friends sur l’IA : comment la Chine diffuse son modèle au Sud Global

J’ai eu quelques retours intéressants sur mon dernier mémo concernant les « Group of Friends », entre curiosité et perplexité quant à l’efficacité de telles « manœuvres » de la part de la Chine, au vu et au su du monde entier. L’actualité m’offre un cas concret supplémentaire. Il ne s’agit pas de petites manœuvres, mais de grandes manœuvres, d’influence au long cours.

Le 5 mai 2026, le « Groupe des amis pour la coopération internationale en matière de renforcement des capacités en intelligence artificielle » (人工智能能力建设国际合作之友小组) a tenu une réunion au siège de l’ONU, à New York.

La réunion était coprésidée par Fu Cong, représentant permanent de la Chine auprès de l’ONU, et Chola Milambo, représentant permanent de la Zambie. Chen Jiachang, vice-ministre chinois de la Science et de la Technologie (MOST), Luo Hui, membre du groupe dirigeant du Parti de l’Association chinoise pour la science et la technologie (CAST), et Amandeep Singh Gill, envoyé du Secrétaire général de l’ONU pour les technologies numériques et émergentes, y participaient.

La réunion portait sur le rôle de l’intelligence artificielle dans le renforcement des capacités, la transformation numérique et le « développement inclusif ». Toujours selon les comptes-rendus chinois, la réunion  a rassemblé "plus de 120 représentants de plus de 50 pays et organisations internationales".

 Ce que l’article du Quotidien du Peuple et le communiqué du Wajijaobu (MAE chinois) omettent de préciser est le contexte de cette réunion, ainsi que ses principaux attendus.

  • La réunion du 5 mai s’inscrit dans le calendrier du 11e Forum multipartite sur la science, la technologie et l’innovation pour les Objectifs de développement durable de l’ECOSOC (Conseil économique et social) et son STI Forum, organisé les 6-7 mai 2026 au siège de l’ONU. Le programme officiel des événements en marge du Forum couvre la période du 5 au 7 mai et inscrit l’événement “AI Empowering Engineering Capacity Building” le 5 mai, avec la Mission chinoise auprès de l’ONU comme organisateur principal, sous couvert de son GoF.
  • Le STI Forum offre un cadre particulièrement favorable à la politique de l’offre chinoise en matière de diffusion de l’IA au profit des pays du sud. L’intelligence artificielle y entre par les usages sectoriels, les capacités, l’accès aux outils, les compétences, les infrastructures numériques et le développement. La Zambie, proche de la Chine, a coprésidé ce Gof chinois sur l’IA (cf. photo supra)…et coprésidé également le STI Forum 2026, avec l’Autriche.
  • Le choix du registre développemental pour la diffusion de l’IA favorise les rapprochements entre session chinoise d’un Gof et la programmatique du forum STI.  Dans les cadres occidentaux et plurilatéraux, l’intelligence artificielle est de plus en plus discutée à travers les risques : sûreté des modèles, droits fondamentaux, désinformation, sécurité, usages militaires, contrôle des données, dépendances technologiques et restrictions d’accès. L’ECOSOC offre un autre terrain : accès aux capacités, formation, infrastructures numériques, applications sectorielles, ingénierie, réduction de la fracture numérique et rattrapage technologique. Dans ce cadre, la Chine peut présenter l’IA comme une offre de capacités pour les pays en développement, plutôt que comme un objet de contrainte ou de contrôle.

Analyse

Cette session du GoF chinois sur l’IA sert en réalité de « pavillon Chine » au forum STI de l’ECOSOC. Elle permet d’introduire une initiative chinoise dans l’environnement onusien, de lui associer des partenaires, de l’arrimer à un calendrier multilatéral, sous caution d’un coporteur du Sud Global, la Zambie.

Depuis 2007, quatre responsables chinois se sont succédé sans interruption à la tête du secrétariat général - le poste le plus politique et névralgique - du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU  (DESA). Ce DESA soutient les travaux de l’ECOSOC, le suivi des Objectifs de développement durable, le High-Level Political Forum, le financement du développement, le STI Forum, les partenariats et les organes subsidiaires. Cette continuité donne à Pékin une connaissance fine des formats, des calendriers et des points d’entrée du système onusien du développement. (Blue Smoke, Ringfencing and the General Assembly, 2023)

Bien sûr la Chine n’est pas la seule à organiser des forums parallèles, ni à vouloir sanctuariser certaines positions au sein des instances de l’ONU. La France, par exemple, a piloté le Département des opérations de maintien de la paix (DPO) depuis 1997, et les Etats-Unis celui des affaires politiques et de Peace Building depuis 2007. Cependant, l’ECOSOC couvre l’ensemble des sujets de développement économique, industriel et technologique. Le monde a changé depuis 2007 et la Chine est devenue une puissance expansionniste.

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11. Le Club de Madrid recyclé dans la diplomatie d’influence chinoise

Le 11 mai, le Quotidien du Peuple publie, dans sa rubrique « Des personnalités étrangères parlent de la Chine » une interview de Danilo Türk, ancien président slovène, présenté comme président de la World Leadership Alliance (en réalité associé au club de Madrid). Le texte, intitulé « Le développement pacifique peut lui aussi conduire à la modernisation », reprend les principales formulations chinoises sur la modernisation non occidentale, le développement pacifique, le « véritable multilatéralisme » et la réforme de la gouvernance mondiale. Pékin, exploite un écosystème d’anciens dirigeants démocratiques pour valider son propre récit international.

Contexte

Le Club de Madrid est à l’origine un réseau post guerre froide d’anciens chefs d’État et de gouvernement démocratiques, mobilisant leur expérience pour renforcer la pratique démocratique. Dans le texte chinois, cette identité démocratique est neutralisée au profit d’un label plus vague et plus prestigieux : “World Leadership Alliance”, ou « alliance mondiale des dirigeants ».

Le texte met en scène la rencontre entre deux dispositifs. D’un côté, le Club de Madrid, produit de l’après-guerre froide démocratique, créé pour mobiliser d’anciens dirigeants en faveur de la démocratie, de la médiation et de la gouvernance inclusive. De l’autre, la diplomatie d’influence chinoise dite people-to-people, portée notamment par la Chinese People’s Association for Friendship with Foreign Countries (中国人民对外友好协会, CPAFFC), une « organisation de façade » (front organization) du PCC.

Sous couvert de grand forum d’anciens présidents et Premiers ministres démocratiques, Pékin capte un capital de respectabilité qu’il peut ensuite réorienter vers ses propres visées discursives : véritable multilatéralisme, développement pacifique, enrichissement mutuel des civilisations (文明互鉴), communauté de destin de l’humanité (人类命运共同体). L’intérêt est précisément de faire prononcer ces catégories par des personnalités extérieures, non chinoises, au profil onusien ou européen.

La jonction entre Danilo Türk, le Club de Madrid et la CPAFFC passe par un tiers, le Imperial Springs International Forum (从都国际论坛). Ce forum, inauguré en 2014, est officiellement organisé par la CPAFFC, l’Australia China Friendship and Exchange Association, le gouvernement populaire du Guangdong et le « World Leadership Alliance–Club de Madrid », fusionné sous identité unique ; son propre site le définit comme une plateforme chinoise de haut niveau pour « communiquer en profondeur avec le reste du monde ».

Une division des tâches s’opère entre ces trois entités. La CPAFFC fournit le canal politico-diplomatique; le Guangdong est l’hôte événementiel ; l’Australia China Friendship and Exchange Association (ACFEA, 澳中友好交流协会) sert de passerelle diasporique et relationnelle ; le Club de Madrid apporte le label démocratique et le réseau d’anciens dirigeants. Le ministère chinois des Affaires étrangères précise que l’édition 2024 du forum, organisée à Madrid, était co-hébergée par ces quatre acteurs et que Xi Jinping lui a adressé une lettre de félicitations.

Un personnage émerge au centre de ce dispositif : Chau Chak Wing, alias Zhou Zerong *, fondateur de l’Australia China Friendship and Exchange Association, président de Kingold Group et acteur central de l’écosystème Imperial Springs. En juin 2025, le Club de Madrid a renouvelé avec Kingold Group son accord de coopération pour coorganiser l’Imperial Springs International Forum pendant dix ans, tout en reconfirmant Chau Chak Wing comme président de la région Asie-Pacifique du President’s Circle du Club de Madrid.

*Note : Figure controversée en Australie, Chau Chak Wing a été associé par des responsables politiques, des médias et des analyses de sécurité aux débats sur l’influence chinoise et les réseaux de front uni. Il a toutefois contesté ces imputations et remporté plusieurs actions en diffamation ; aucune inculpation australienne publique ne permet de le qualifier juridiquement d’agent chinois ou de personne poursuivie pour ingérence

Analyse

En s’associant au forum, le Club de Madrid apporte à Pékin une valeur ajoutée au dispositif  mis en place: une liste de noms, une respectabilité démocratique, une capacité de convocation d’anciens dirigeants, et un langage compatible avec les priorités chinoises : multilatéralisme, inclusion, gouvernance globale, réforme des institutions internationales. Le tout sans créer une institution multilatérale nouvelle qui aurait probablement davantage attiré l’attention.

L’intégration de Jean-Pierre Raffarin confirme l’attractivité de cet écosystème.

Le 2 juin 2025, Jean-Pierre Raffarin entre au Club de Madrid ; l’organisation le présente comme ancien Premier ministre français, président de la Fondation Prospective et Innovation, président fondateur de Leaders for Peace, promoteur du dialogue culturel international et figure du multilatéralisme. Sa fiche précise également qu’il enseigne ou intervient à Peking University et à la China Europe International Business School (CEIBS) de Shanghai, ce qui le place dans la même zone de contact entre réseaux d’anciens dirigeants, plateformes européennes et institutions chinoises.

Ce type d’écosystème hybride permet à Pékin de faire circuler ses thèmes dans des enceintes qui ne sont pas formellement chinoises : « la paix » contre « la confrontation » ; « le dialogue » contre “la logique des blocs » ; « le multilatéralisme » contre “l’hégémonie” ; “la réforme de la gouvernance mondiale” contre « l’ordre occidental » ; « la prévention des conflits » contre la « tentation de l’escalade ». Le récit chinois cesse d’apparaître comme propagande d’État et devient une parole de sagesse internationale, portée par d’anciens dirigeants occidentaux ou onusiens.

La tribune/interview de Türk apparait dans ce contexte comme un produit éditorial d’un réseau déjà structuré. Le Quotidien du Peuple transforme un ancien président européen, ancien haut responsable onusien et ancien président du Club de Madrid, en témoin légitimant de la modernisation chinoise. En quelque sorte, une opération de blanchiment narratif par tiers de confiance.

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▶ Documentation & Agenda

◇ Documents et études

  • Semi-conducteurs et machines EUV

The Lithography Loophole: How China Is Printing Its Way to Chip Self-Sufficiency, avril 2026, par Ryan Fedasiuk, Associé, American Enterprise Institute  (AEI), spécialiste des relations USA-Chine, technologie et puissance nationale ; professeur adjoint à Georgetown University. Malgré l’interdiction des machines EUV (ASML) pour la Chine, les acteurs chinois (SMIC, Huawei) exploitent des DUVi (ArFi, 193 nm + immersion) via le multi-patterning pour produire des puces 7 nm (et bientôt 5 nm), avec des coûts 40–50 % supérieurs à TSMC et des rendements ≤ 20 %. En 2024, la Chine a acquis ~90 machines ArFi (ASML NXT:1980Fi, 275–330 wafers/h), soit 70 % des ventes mondiales DUVi (12 Md$ pour ASML), permettant une capacité théorique de plusieurs millions de wafers 7 nm/an (objectif Huawei : 1,6 M de dies logiques en 2026). Failles des contrôles actuels : les restrictions ciblent les nœuds déclarés (ex. : 28 nm) ou les entités listées (Entity List), mais pas les capacités techniques réelles (ex. : DUVi repurposés pour 7 nm via multi-patterning).

  • Ingérences dans la BIDT française

Panorama des ingérences à l'encontre de la sphère défense en 2025, mai 2026, Direction du Renseignement et de la Sécurité de la Défense (DRSD), sous la direction du Général de corps d'armée Aymeric Bonnemaison, Directeur DRSD.

Contexte : 2025 marque une accélération des conflits armés et une guerre économique en économie de guerre, avec une BITD (Base Industrielle et Technologique de Défense) française ciblée pour ses savoir-faire (aéronautique, spatial, IA, quantique). Menaces principales : Ingérences humaines (36%) et physiques (24%) (recrutement de talents, vols de matériel, survols de drones), suivies par les atteintes cyber (15%) et réputationnelles (11%). La Chine utilise des stratégies de recrutement agressives (via LinkedIn ou cabinets spécialisés) pour approcher des ingénieurs, chercheurs ou anciens collaborateurs de la BITD française, notamment dans les secteurs aéronautique, spatial, IA et quantique. Le mode opératoire n’est pas nouveau : propositions d’entretiens rémunérés pour extraire des informations techniques sensibles. Débauchage de talents ou fuite d’informations sur des programmes militaires français. Des approches de plus en plus intrusives et questionnements très techniques lors d’entretiens, exploitant la connaissance publique des projets français (ex. : anciens cadres s’exprimant sur leurs expériences passées).

Par ailleurs, la Chine instrumentalise le droit et les normes internationales (lawfare) pour imposer ses standards techniques, capter des informations sensibles via des contrôles d’exportation (comme l’Export Control Law), et affaiblir la compétitivité française en complexifiant l’accès aux marchés et aux composants critiques, tout en menant des manœuvres d’influence systématiques au sein des organisations internationales. Cette stratégie, à la fois désinhibée et multiforme, transforme le cadre juridique en arme économique pour servir ses intérêts géostratégiques.

  • Dialogue sino-américain track 1.5

REPORT: U.S.-China Next Generation Working Group: Reflections Ahead of the Upcoming 2026 Leader Summit - NCAFP | National Committee on American Foreign Policy,, mai 2026. Les auteurs américains et chinois s’accordent largement sur un point : il y aura probablement des livrables visibles, achats, mécanismes de dialogue, fentanyl, minerais critiques, IA, mais pas de règlement structurel sur les causes profondes de la rivalité : Taïwan, technologies avancées, surcapacités chinoises, droits de douane, architecture de sécurité, contrôle des chaînes d’approvisionnement. Le vrai débat porte sur la nature de cette stabilisation. Côté américain, elle est souvent décrite comme une trêve fragile, utile mais réversible. Côté chinois, elle est davantage présentée comme une normalisation nécessaire entre grandes puissances, ouvrant des espaces de coopération fonctionnelle, notamment sur la gouvernance mondiale et l’IA. La proportion d'auteurs chinois, ou d'origine chinoise, même si affiliés à un think tank ou une université aux US, est de près de 90 %. Beaucoup de textes ne cherchent donc pas à analyser la politique chinoise de l’extérieur, mais à produire un langage commun.

  • Politique industrielle chinoise

China’s Next-Generation Industrial Policy – Rhodium Group, 11 mai 2026 par Camille Boullenois, Malcolm Black, Alessia Caruso,  Rhodium Group. Rapport préparé pour la U.S. Chamber of Commerce. La note soutient que la Chine est passée de Made in China 2025 à une politique industrielle beaucoup plus large : une « industrial policy of everything », couvrant secteurs émergents, industries matures, services, IA, intrants critiques et équipements de production. Pékin ne cherche pas à réduire les surcapacités, mais à les requalifier par la montée en gamme, l’automatisation, les standards et l’export. Cette stratégie accroît la domination commerciale chinoise, y compris dans les segments amont, chimie, machines, composants, équipements industriels, et rend les dépendances étrangères moins visibles car intégrées dans des chaînes de valeur tierces. La note insiste sur l’usage offensif des contrôles export, du droit extraterritorial chinois et de la coercition économique pour empêcher la diversification hors de Chine. La note sous-dimentionne un peu la centralité ses services comme bras armé du manufacturing 4.0 chinois, du « manufacturing-as-a-service » et de l’économie servicielle, générateurs des marchés futurs via les usages. 

◇ Agenda

15 mai 2026,11 h 00 – 12 h 00 (EDT), soit 17h, heure de Paris (webinar), What did the Trump-Xi Summit Achieve? | State of Play, avec l’Ambassadeur Edgard Kagan, Dr. Scott Kennedy, and Dr. Bonny Lin, du CSIS de Washington.

◇ Conférence

Le Shangri-la Dialogue se tiendra cette année à Singapour du 29 au 31 mai. IISS Shangri-La Dialogue 2026 | Singapore, 29–31 May

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