Bulletin n°30 : la Chine face à l’électrochoc européen ; le "gêne rouge"
Idéologie et transmission du "gêne rouge" ; semi-conducteurs, Huawei et Nexperia ; Europe-Chine, l'heure a-t-elle sonné ? Shangri-La Dialogue ; Etats-Unis-Chine et l'IA
📋 Structure de ce Bulletin
- 1. [la Chine face à l’électrochoc européen ; le "gêne rouge"]
- 2. [Relance chinoise : l’appareil politico-juridique entre dans la bataille de la productivité]
- 3. [Droit, puces, électricité : comment Pékin transforme ses vulnérabilités en offres de marché]
- 4. [Europe-Chine : l’heure du bilan a sonné]
- 5. [Pékin menace de mettre en place un régime anti-decoupling]
- 6. [La Chine au Shangri-La Dialogue : politique de la chaise vide]
- 7. [Intelligence artificielle : Pékin et Washington se parlent…en s’accusent de double jeu]
- 8. [Wang Yi, ses groupes d’amis et leur « GONGO’s »]
- 9. [La Western Returned Scholars Association, un angle mort pour nos RH]
- 10. [Europe-Chine et intelligence artificielle, une pièce en cinq actes]
Edito
Après les nombreuses mises en garde, la Chine ressentirait-elle le besoin d’agir et non plus seulement de réagir ? Rien n’est certain, mais l’Europe de son côté montre quelques signes de redressement, au moins dans sa posture. Il est temps de ne plus contempler le rouleau compresseur chinois comme une surprise stratégique ni comme un choc qui viendrait de nulle part et qui nous exonérerait de toute responsabilité collective comme individuelle. Même l’Allemagne est traversée par un doute profond, c’est dire la gravité de la situation.
Pékin semble agir, dans une même direction: ses récentes décisions concernant le contrôle de ses exportations, de ses investissements à l’étranger, de sa volonté de maîtrise des chaînes de production et de valeur semblent obéir à une trajectoire assumée de politique de puissance, et réaffirmée dans un 15e plan aux allures de « Made in China 2025 bis », avec 2035 pour nouveau cap.
Inverser la tendance est possible, bien que probablement plus coûteux avec le temps qui passe. Pékin partage avec Moscou, et dans une certaine mesure aussi, avec les États-Unis, un même goût et un même respect pour la puissance. Prenons-y goût également, conformément à ce que nous sommes, et administrons un électrochoc à Pékin.
On le voit dans la relation avec les États-Unis au Shangri-La-Dialogue, dans sa gestion des affaires onusiennes, la Chine cherche à éviter, contourner, subjuguer les pays occidentaux. Elle feint de ne parler qu’avec le « Sud Global », mais reste dépendant de l’Europe à bien des égards : notre marché intérieur lui est nécessaire, nos technologies demeurent très prisées, nos ingénieurs, nos étudiants, nos entreprises… Faisons comme elle, sachons transformer notre potentiel en force et construisons le récit qui va avec.
Ces quelques lignes ne sont pas un manifeste, mais le simple résumé des mémos de ce nouveau bulletin.
▶ Politique intérieure
1. Le PCC, ses enfants, et le « gène rouge »
des mémoriaux fondateurs du PCC », suivi quelques jours plus tard par un article du Quotidien du Peuple qui décrit la réception de cette lettre et expose le projet pédagogique associé. L’article « 传承红色基因,跑好历史接力赛 » « Transmettre le gène rouge, la course de relais de l'histoire), parait dans le Quotidien du Peuple, le 2 juin, en page 1. Un dispositif de transmission du « gêne rouge » enrôle désormais les écoliers jusqu'à la maternelle comme porte-parole publics du récit révolutionnaire officiel, sous couvert de la Loi sur l'éducation patriotique du 24 octobre 2023, dont l'article 3 unifie « patriotisme, amour du Parti et amour du socialisme ». La grammaire mobilisée par Xi semble installer une matrice dynastique qui pose les enfants en héritiers organiques du Parti. ( 3 834 signes. Mots-clés : PCC ; gêne rouge ; idéologie )
Cet échange intervient à un calendrier symbolique précis : la Journée internationale des enfants (1ᵉʳ juin) et 105ᵉ anniversaire du PCC, le 1ᵉʳ juillet. Il mentionne le club des « Petits haut-parleurs rouges » (红喇叭) de l'École élémentaire du centre de Luwan n°1 à Shanghai, fondé en 2006, présenté comme premier club de Pionniers volontaires d'élèves de primaire dédié à un mémorial révolutionnaire en Chine. Âge moyen des « guides » : 10 ans.
L'article annonce l'extension du dispositif à plusieurs labels : les « Petits conférenciers du bateau rouge » (红船小讲解) au Zhejiang, « Petites gouttes de pluie » (小雨滴) au Mémorial des martyrs de Yuhuatai à Nanjing, le « Théâtre de jeunes chasseurs de lumière » (少年追光剧场) destiné aux écoles. Le Musée chinois des sciences à Pékin formalise un groupement de petits « scientifiques + animateurs scientifiques + petits guides à foulard rouge » articulant culture rouge et culture scientifique.
Commentaire La Loi 2023 sur l'éducation patriotique vise dans son article 15 « les écoles de tous niveaux et types et les autres institutions éducatives » (各级各类学校和其他教育机构), périmètre qui englobe juridiquement le préscolaire. L'article 16 oblige ces établissements à organiser pour leurs élèves la visite des « bases d'éducation patriotique » (爱国主体教育基地), les mémoriaux révolutionnaires en font partie. Le projet pédagogique prend ainsi l'enfant à la maternelle (3-6 ans), le porte au statut de Jeune Pionnier (少先队), à 6ans et « foulard rouge » à 14 ans, puis vient la Ligue de la jeunesse communiste (共青团), entre 14-28 ans, avant l'adhésion possible au PCC à partir de 18 ans, assure une exposition continue de 25 ans avant l'âge adulte.
La Russie a recréé en juillet 2022 le « Mouvement des premiers » (Движение первых) et étendu en décembre 2022 l'organisation paramilitaire de jeunesse « Iounarmiya » (Юнармия). Depuis septembre 2022, les écoles russes ont l'obligation d'ouvrir la semaine par le cours « Conversations sur l'essentiel » (Разговоры о важном). La morphologie est proche du dispositif chinois : encadrement de masse de 6 à 18 ans, cérémonial, récit national, récit mémoriel de guerre. Toutefois, la Russie restaure ces classes après trente ans d'interruption post-soviétique dans un contexte de guerre ouverte. La Chine elle consolide un dispositif jamais interrompu depuis 1949 dans une logique de long terme. La militarisation russe est ostensible (uniformes, tirs, manœuvres dans Iounarmiya) ; le dispositif chinois reste para-civil, scolaire et mémoriel.
Néanmoins, le terme officiel d’« éducation patriotique », recouvre le triptyque de l'unité de l’« amour de la patrie, amour du Parti, amour du socialisme ». L'éducation patriotique doit « s'en tenir à la direction du Parti communiste chinois », en somme d’un parti unique.
Analyse Le 105ᵉ anniversaire du PCC se présente comme 105 années d’une même lignée. Cette grammaire n’est pas celle d’un parti politique au sens occidental. Tous les enfants sont ses héritiers naturels désignés dans un processus de succession à la fois biologique et idéologique. Dans le dispositif des « porte-voix rouge », l'enfant de 10 ans cesse d'être un récepteur passif du récit officiel. Sa directrice, citée dans le texte, le formule ainsi : le « passage du rôle d'auditeur à celui de narrateur ». Cette mécanique pédagogique produirait un degré d'adhésion supérieur à la mémorisation passive. L'enfant ne récite plus ses gammes, il transmet le gêne rouge.
L'extension de ce dispositif à la maternelle, la codification juridique de l'allégeance au Parti dans un cadre « patriotique », et la transformation des enfants en porte-parole officiels constituent un système d'encadrement continu sans équivalent contemporain par sa profondeur historique et son ampleur démographique.
Un rapprochement avec les dispositifs de jeunesse des régimes de parti unique du XXᵉ siècle (Pionniers soviétiques et Komsomol, dont les Jeunes Pionniers chinois sont l'héritage direct depuis 1949 ; Avanguardisti et Balilla italiens ; Hitlerjugend allemande, et son aile préparatoire Deutsches Jungvolk pour les 10-14 ans) peut être fait sur leurs bases fonctionnelles : monopolisation du temps extra-scolaire, articulation à un récit national-héroïque, cérémonial et insignes, fonction de pré-recrutement pour l'organisation adulte. Avec ses limites pour le cas chinois contemporain : absence de militarisation ostentatoire et de violence, absence de mobilisation de rue, sophistication technologique (réalité augmentée, mini-programmes, gamification…). Une impression de malaise persiste néanmoins.
2. Relance chinoise : l’appareil politico-juridique entre dans la bataille de la productivité
Le 27 mai, le Bureau d’information du Conseil des affaires d’État (CEA) a réuni les principaux organes politico-juridiques chinois pour présenter les priorités de la gouvernance par le droit au lancement du XVe plan quinquennal : la Commission centrale aux affaires politico-juridiques, l’Assemblée nationale populaire (ANP), la Cour populaire suprême, le Parquet populaire suprême, le ministère de la Sécurité publique (MSP) et le ministère de la Justice (MoJ). Ce texte, consacre la centralité de l’appareil politico-juridique de l’Etat et du PCC dans la conduite de la politique économique et sociale. ( 5 159 signes ; Mots-clés : PCC ; MSP ; ministère de la justice).
Lors de la conférence, le secrétaire général adjoint du Comité central des affaires politiques et juridiques (中央政法委), Teng Jiguo, veut garantir la mise en œuvre du XVe plan par une bonne gouvernance par la loi, dans tous les secteurs de la vie économique et sociale. (法治中国建设规划). Dans le champ social, c’est l’ANP assure le respect des aides sociales. Le droit social et administratif doit devenir un instrument de sécurisation des bases internes de la croissance.
Avec le ministère de la Justice, elle veillera à mettre en œuvre de nouvelles règles pour unifier le marché domestique, ainsi qu’ une législation globale sur le développement sain de l’intelligence artificielle, une législation sur l’économie de basse altitude, ainsi que des règlements administratifs sur l’eau, les médicaments, la sécurité du logement, les soins médicaux et les transports routiers. Ces textes visent les zones où l’absence de règles freine l’investissement, disperse les pratiques locales et retarde l’industrialisation des nouveaux secteurs.
La Cour populaire suprême prendra en charge la protection judiciaire de l’innovation. Elle annonce un renforcement de la protection de la propriété intellectuelle, une répression des violations malveillantes ou répétées, et des normes judiciaires concernant l’intelligence artificielle et les droits de propriété sur les données. Le juge est mobilisé comme garant des actifs productifs immatériels : brevets, données, algorithmes, usages industriels de l’intelligence artificielle et résultats de recherche.
Toujours selon le compte-rendu de la conférence, le MSP traitera quant à lui des problèmes les plus urgents pour les entreprises : l’arbitraire des décisions administratives les concernant. Depuis 2025, la police revendique avoir "levé des saisies pour 1,38 milliard de yuans, restitué 2,22 milliards de yuans de fonds, modifié ou levé le gel de 199 000 comptes et libéré 8,98 milliards de yuans", démontrant que Pékin a bien identifié les enquêtes abusives, les gels de comptes et l’immobilisation des actifs perpétrées par la bureaucratie territoriale et pris conscience des coûts qu’engendre ce zèle administratif sur l’économie.
Le Parquet populaire suprême (最高人民检察院) complètera ce dispositif en annonçant un renforcement de la supervision sur les procédures d’ouverture d’enquête, d’investigation, de jugement et d’exécution, avec une attention particulière aux mesures coercitives touchant les personnes, aux saisies, aux gels et aux confiscations (查封、扣押、冻结) et ainsi incarner un partenaire de confiance dans la vie économique du pays.
Enfin, les centres de gouvernance globale (综治中心), sous supervision du PCC, qui regroupent la médiation, les avocats, l’arbitrage, l’expertise judiciaire et le futur neuvième plan quinquennal de vulgarisation du droit (九五普法规划), feront vivre le volet social du dispositif. La stabilisation sociale est désormais présentée comme un autre levier d’efficacité : prévenir les litiges, absorber les tensions locales et éviter leur transformation en conflits politiques participent à la réalisation d’une croissance durable et saine.
Commentaire
On aurait pu attendre la participation de ministère directement en charge de la politique économique (NDRC, ministère des finances, SAMR, MOFCOM…) étant donné l’objet explicite de la conférence : la relance économique dans le cadre du XVè plan. Le portage politico-juridique de tels mesures indique que les autorités chinoises localisent une partie des pertes de croissance dans le fonctionnement même de son appareil politico-administratif, visant implicitement sa bureaucratie territoriale.
L’économie ralentit aussi parce que le système économique dysfonctionne. Il tourne, mais est inefficient : les actifs peuvent être immobilisés arbitrairement, les litiges commerciaux sont parfois criminalisés, les règles sectorielles arrivent tardivement, les protections locales fragmentent le marché…et au final les entreprises privées anticipent ces défauts d’exécution et soit composent avec eux soit diffèrent leurs projets. Une situation qui, telle que décrite ici, n’a pas beaucoup évolué depuis de nombreuses années. Le message envoyé lors de la conférence consiste donc à doter chaque organe une fonction implicite de régulation économique. La relance devient une affaire de qualité d’exécution, de sécurité juridique minimale et de contrôle central sur les agents locaux.
Analyse
Le gain de fonction supposé résiderait dans l’entrée de l’appareil politico-juridique dans une nouvelle dynamique de relance économique. Pékin mobiliserait les organes du droit et de la sécurité pour récupérer des points de croissance dans les zones où le système chinois manque d’efficacité. Cette orientation révèle une conception chinoise de l’efficacité économique quand les marges de manœuvres se réduisent.
Les autorités centrales cherchent à produire les mêmes effets (prévisibilité, protection des actifs, réduction des coûts de transaction, encadrement des abus locaux, transparence des responsabilités) propres à une économie de marché, mais dans une architecture de commandement politique toujours plus resserrée. Les tribunaux, les parquets, la police, les médiateurs et les "centres de gouvernance sociale" deviennent des rouages de la productivité nationale.
Pour les entreprises étrangères, les implications sont connues. Tous les secteurs industriels - sont mentionnées dans le texte l’intelligence artificielle, les données, la basse altitude, la santé, les transports, la propriété intellectuelle - vont être davantage normés, ce qui peut améliorer la lisibilité des règles, mais dans un cadre de conformité politique de plus en plus coercitif.
Une évolution qui conduit à la mise en place d’un système discrétionnaire au nom d’une « gouvernance par la loi ».
Les contentieux, les enquêtes, les gels d’actifs et les relations avec les administrations locales feront l’objet d’une supervision plus centralisée, ce qui peut réduire certains anciens risques tout en renforçant la dépendance des entreprises à l’interprétation politique du droit chinois et l’inclination des jugements rendus.
3. Droit, puces, électricité : comment Pékin transforme ses vulnérabilités en offres de marché
Il y a différentes façons de suivre l’actualité chinoise : par secteur, par politique, par « dossier »... On peut aussi tenter une approche fondée sur l’effet final recherché, plus utilisée il est vrai dans le domaine militaire, mais qui s’applique à mon sens très bien à la Chine qui met bel et bien en place une « économie de mobilisation industrielle totale » (2 357 signes. Mots-clés : Nexperia ; Huawei ; NEA)
Wingtech versus Nexperia
Le 22 mai, Wingtech Technology, dont nous avons parlé dans plusieurs précédents mémos, a engagé une action contre Nexperia et trois de ses dirigeants aux Pays-Bas devant un tribunal du sud de la Chine. L’entreprise réclame 8 milliards de RMB, soit environ 1 milliard d’euros, ainsi que le transfert d’actifs liés à Nexperia vers des entités contrôlées par Wingtech. Le dossier fait suite à la reprise en main de Nexperia par les autorités néerlandaises, intervenue en 2025 pour des motifs de gouvernance. En février 2026, un tribunal d’Amsterdam avait rejeté le recours de Wingtech visant à rétablir son autorité sur Nexperia. La procédure chinoise semble s’inscrire dans l’arsenal de riposte de Pékin aux mesures étrangères jugées discriminatoires ou restrictives.
Huawei & LogicFolding
Le 25 mai, Huawei a présenté une nouvelle architecture de puces, baptisée LogicFolding, par la voix de He Tingbo, présidente de sa division semi-conducteurs. Selon Huawei, cette architecture permettrait d’atteindre des capacités proches de générations très avancées de semi-conducteurs, malgré les restrictions américaines. Les fabricants chinois restent privés des équipements de pointe nécessaires à la production de puces en deçà de 7 nm. Huawei met en avant une approche fondée sur l’empilement, la densité de transistors et l’optimisation de l’architecture. Les analystes appellent toutefois à la prudence, les méthodes de mesure et les performances réelles devant encore être vérifiées.
Centres de données & électricité
Le 26 mai, lors d’une réunion nationale consacrée à l’articulation entre intelligence artificielle et énergie, la National Energy Administration (NEA) a indiqué que les centres de calcul chinois avaient consommé environ 170 TWh en 2025, soit 1,6 % de la consommation électrique nationale, et pourraient atteindre 800 TWh en 2030, soit environ 6 % de la consommation électrique chinoise. La progression serait très rapide. Les autorités disent anticiper une forte accélération durant le 15e plan quinquennal, portée par les besoins de calcul, d’intelligence artificielle et de cloud.
Commentaire : La densité et la capacité industrielle installée chinoise permettent à Pékin de faire ce que d’autres économies font moins facilement : transformer presque toute contrainte en séquence productive, en partie réelle, en partie mise en récit.
Une sanction devient un argument pour accélérer la substitution. Une fragilité électrique devient un plan d’investissement. Une reprise en main européenne devient un cas d’école pour tester un droit chinois de riposte. Une annonce technologique devient un instrument de confiance adressé au marché domestique. L’art du contournement, mais aussi du retournement.
Analyse : Pékin transforme toute contrainte en offre : offre juridique dans le cas Wingtech, offre technologique dans le cas Huawei, offre infrastructurelle dans le cas des centres de données. Cette offre est bidirectionnelle car elle s’adresse à la fois à ses acteurs domestiques et ses publics cibles internationaux.
- Dans le cas Wingtech versus Nexperia, la Chine cherche à faire prévaloir son propre régime de sécurité économique, son droit et ses juridictions comme terrain de règlement du conflit. Le marché visé est celui des actifs industriels sensibles : Pékin veut rendre plus coûteuse la neutralisation d’acquisitions chinoises déjà réalisées en Europe.
- Pour Huawei, la contrainte américaine sur les semi-conducteurs avancés devient l’occasion de promouvoir une trajectoire alternative de performance, même si elle n’est qu’embryonnaire. L’annonce LogicFolding sert à maintenir la confiance dans une offre chinoise de calcul avancé, destinée aux administrations, aux industriels, aux opérateurs cloud et aux acteurs de l’IA nationale. Elle sert aussi à déjouer toute tentative de contenir son développement technologique en la rendant inutile et à amener des décideurs américains à choisir d’autres options, quand bien même les restrictions fonctionneraient.
- Dans le cas des centres de données, la hausse attendue de la consommation électrique devient une démonstration de capacité de planification énergétique et industrielle. La Chine signale que l’avenir du calcul industriel, du centre de donnée et de l’IA à grande échelle pourra se déployer sur son territoire grâce à une combinaison de planification énergétique, de réseau, de foncier, de hubs de calcul et de commande publique. Les projections de 170 TWh en 2025 à potentiellement 800 TWh en 2030 mettent en scène une capacité d’échelle, un argument décisif pour tout industriel et tout investisseur.
▶ Politique extérieure
4. Europe-Chine : l’heure du bilan a sonné
Un débat d’orientation du Collège des commissaires sur les relations UE-Chine s’est tenu à Bruxelles, vendredi 29 mai, porté notamment par Stéphane Séjourné, commissaire chargé de l’industrie, qui a plaidé pour une utilisation plus systématique des outils commerciaux européens, sous la présidence d’Ursula von der Leyen. Un diagnostic macro et micro a été rendu par les commissaires, dans tous les secteurs stratégiques. Le débat a ensuite porté sur les instruments possibles : diversification obligatoire ou incitative des chaînes d’approvisionnement, nouveaux mécanismes commerciaux, usage plus systématique des droits de douane, quotas ou clauses de sauvegarde, avec des secteurs cités comme la chimie, les métaux et les technologies propres. ( 2 867 signes. Mots-clés : Commission européenne)
A l’issue, la Commission a publié un court communiqué :
Le débat d'orientation d'aujourd'hui a permis au Collège des commissaires de faire le point sur les relations entre l'UE et la Chine, en abordant à la fois les opportunités qu'elles offrent et les défis qu'elles posent. L'approche générale de la Commission reste axée sur la réduction des risques, et non sur le découplage. La Chine est un partenaire essentiel, et l'engagement ainsi que le dialogue se poursuivront. Dans le même temps, l'état actuel des relations commerciales et d'investissement n'est pas viable. À mesure que les intérêts économiques et sécuritaires s'entremêlent de plus en plus, ces deux dimensions nécessiteront une réponse plus ferme et plus cohérente. Le débat d'aujourd'hui alimentera les travaux des prochaines semaines, en vue de nouvelles discussions lors du G7 et du Conseil européen en juin.
La veille, le 28 mai, la Chine mettait déjà une pression rhétorique et diplomatique sur l’UE, notamment par la voix de son ambassadeur à Bruxelles, Cai Run, assénant au passage quelques contrevérités :
Tout d'abord, la Chine n'a jamais cherché délibérément à dégager un excédent commercial.
Il convient de souligner que, bien que les déséquilibres commerciaux soient déterminés par des facteurs tels que la division internationale du travail, l'offre et la demande sur les marchés et les besoins des consommateurs, la Chine reste disposée à faire ses propres efforts pour contribuer à résoudre ce problème
Puis il compare, avec malice, des choux avec des carottes :
Selon les estimations, le bénéfice généré par l'exportation d'une machine de lithographie vers la Chine équivaut à celui tiré de l'exportation de 200 000 tonnes de viande de porc vers ce pays. Une simple augmentation des importations chinoises de produits agricoles et de cosmétiques européens ne suffira pas à rétablir l'équilibre commercial entre la Chine et l'Union européenne.
Commentaire : En énonçant autant de contre-vérités et de mauvaises comparaisons, la mauvaise foi de Cai Run réussit à se hisser dans la même catégorie que celle de Sergueï Lavrov.
Pour autant, le communiqué de la Commission a surpris par sa maigreur. Réduire les risques sans se désengager » vis-à-vis de Pékin – mais que veut réellement dire l’UE ? titre EUObserver.
On comprend en le lisant que le temps des annonces fortes approcherait, d’abord au G7, à Evian, présidé par la France puis au sommet des dirigeants européens des 18-19 juin.
Ces dernières semaines, plusieurs rapports ont suffisamment démontré que la situation devient non seulement intenable, mais qu’elle empire pour un nombre croissant de secteurs industriels européens.
En outre, le rapport de l’OCDE, OECD MAGIC Database of Industrial Subsidies, publié le 1er juin, souligne qu’entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne trois à huit fois plus de soutien public que les entreprises des pays de l’OCDE. Environ 22 % des gains mondiaux de parts de marché des entreprises en croissance peuvent être reliés aux subventions reçues ; pour les entreprises chinoises, cette part monte à 60 %.
Des éléments à charge que Paris versera au dossier des déséquilibres mondiaux et de sécurité économique dès le 15 juin prochain à Évian.
Relié : Le 15e plan quinquennal chinois : Pékin accélère, et nous ? du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan, publié le 28 mai. Résumé et commentaire, cf. rubrique « documentation » infra.
5. Pékin menace de mettre en place un régime anti-decoupling
Le 1er juin, Xinhua publie le Règlement du Conseil des affaires d’État sur les investissements sortants (国务院关于对外投资的规定), signé par Li Qiang sous le décret n°837 et applicable à partir du 1er juillet prochain. Il apporte plusieurs nouveautés techniques : revue de sécurité des investissements sortants, verrou sur les transferts de technologies, services, données et personnel ; contrôle des preuves transmises aux juridictions ou autorités étrangères, et sanctions administratives. La nouveauté se concentre dans son article 25, de nature plus politique : Pékin pose les bases d’un régime anti-derisking et anti-decoupling des acteurs étrangers qui interrompraient des transactions jugées « normales » avec des entreprises chinoises ou « discrimineraient » des investisseurs chinois. Ce règlement complète une série de mesures (les décrets n°834 et n°835, cf. notre mémo Bulletin n°28 : "Pékin place la conformité étrangère sous contrôle chinois") afin de protéger ses chaînes critiques (n°834), contester l’extraterritorialité étrangère (n° 835), et désormais contrôler les sorties actifs, technologies, données. ( 4 204 signes. Mots-clés : investissement ; sécurité économique )
Quelques points saillants :
L’article 3 pose les fondements du texte : la sécurité nationale et la sécurité économique.(贯彻总体国家安全观,统筹发展和安全)
Son article 6 rappelle le cadre de cette réglementation, que l’on attribue trop étroitement à une « riposte ».
L'État met en place un système complet de services à l'étranger, favorise l'intégration du commerce et de l'investissement, améliore les plateformes et les services publics, coordonne les ressources de services dans les domaines des affaires étrangères, du droit, des finances et de la fiscalité, de la finance, du commerce et de l'économie, de la logistique, de l'entrée et de la sortie du territoire, des douanes et de la promotion du commerce, afin d'assurer une garantie de services aux investisseurs
Les nouveautés techniques sont concentrées autour de quatre mécanismes.
- L’article 13 empêche l’investissement sortant (ODI) de devenir un canal de sortie non autorisée de biens, technologies, services ou données interdits ou restreints à l’exportation ; il vise aussi les contournements par envoi de techniciens, organisation de travail à l’étranger, conseil technique transfrontalier et formation transfrontalière.
- L’article 15 crée une revue de sécurité des investissements sortants pour les opérations, actifs et droits affectant ou pouvant affecter la sécurité nationale.
- L’article 22 impose un filtre chinois avant la transmission à l’étranger de preuves ou documents dans le cadre d’arbitrages, contentieux ou enquêtes judiciaires et administratives étrangères, au titre des secrets d’État, de la sécurité des données, des informations personnelles, de l’exportation technologique, du contrôle export et de l’entraide judiciaire
- Les articles 27 à 30 précisent les conséquences en cas de non-respect du règlement : arrêt de l’investissement, cession forcée d’actions ou d’actifs, confiscation des gains illégaux, amendes calculées sur le montant investi, interdiction temporaire de nouveaux investissements sortants, responsabilité civile, administrative ou pénale.
La nouveauté « politique » est l’article 25 qui mérite d’être cité intégralement :
« Les organisations ou individus étrangers qui portent atteinte à la souveraineté, à la sécurité ou aux intérêts de développement de la Chine, qui interrompent, en violation des principes normaux des transactions de marché, leurs transactions normales avec des entreprises, autres organisations ou individus chinois, ou qui prennent des mesures discriminatoires à l’encontre des investisseurs et de leurs investissements sortants, privant ou limitant de manière déraisonnable les droits et intérêts légitimes des investisseurs et de leurs investissements sortants (..) peuvent faire l’objet, par les départements compétents du Conseil des affaires d’État, de mesures interdisant ou restreignant leurs activités d’importation et d’exportation liées à la Chine, interdisant ou restreignant leurs investissements en Chine, interdisant ou restreignant les transactions, coopérations et autres activités concernées avec des organisations ou individus situés en Chine, interdisant ou restreignant l’entrée en Chine des personnes, produits, moyens de transport concernés, annulant ou restreignant les qualifications de travail, de séjour ou de résidence des personnes concernées en Chine.
Ces mesures peuvent aussi viser les entités que l’organisation ou l’individu étranger contrôle effectivement, ainsi que celles qu’il a contribué à créer ou à exploiter.
La portée de cet l’article est donc élargie aux entités liées : les mesures peuvent frapper non seulement l’acteur étranger directement visé, mais aussi les entités qu’il contrôle effectivement, qu’il a créées ou qu’il exploite (filiales, holdings, joint-ventures ou sociétés de projet...).
Commentaire : Vendredi 29 mai, soit trois jours avant la promulgation du texte, la Commission européenne a tenu un débat d’orientation sur la relation UE-Chine et a réaffirmé sa ligne de-risking, not decoupling, tout en jugeant que l’état actuel de la relation commerciale et d’investissement avec la Chine n’est pas soutenable, appelant à une réponse européenne plus cohérente. (cf. mémo précédent).
Analyse : Le de-risking européen entre directement dans le champ de risque ouvert par l’article 25. Sous couvert de règlement sur les investissements sortant, Pékin cherche à conjurer la mise en place de mesures chocs. Chaque mesure européenne de sécurité économique peut être relue par Pékin comme une mesure discriminatoire appelant contre-mesure.
Pour les entreprises opérant déjà en Chine ou avec la Chine, toute opération ou toute décision d’interruption de projet, ou de retrait, de désinvestissement ou de cessation contractuelle que Pékin jugerait non purement « chinese market-oriented » pourra être requalifiée, sanctionnée.
Pour les entreprises primo-exportatrices, l’entrée sur le marché chinois augmente désormais son coût juridique de sortie.
6. Politique de la chaise vide de la Chine au Shangri-La Dialogue
Le forum du Shangri-la Dialogue s’est tenu comme chaque année à Singapour, du 29 au 31 mai dernier. Le Shangri-La Dialogue est le principal forum stratégique et de défense d’Asie. Avec la Munich Security Conference, il fait partie des deux grands événements mondiaux où les puissances exposent, testent et ajustent publiquement leurs doctrines de sécurité.
Comme l’an dernier, la Chine n’a pas envoyé son ministre de la Défense, Dong Jun. La délégation chinoise, de rang inférieur, était représentée par le général Meng Xiangqing, professeur à l’Université de Défense nationale, et l’ancien ambassadeur aux Etats-Unis, Cui Tiankai, un vétéran de la diplomatie chinoise. (4 733 signes. Mots-clés : Cui Tiankai ; Shangri-La ; Pete Hegseth)
Les interventions du général Meng (à partir de 14’30’’ dont les 3 premières minutes non traduites, problème d’interprète…) et de l’ambassadeur Cui (18’, visiblement fatigué) n’ont présenté pas grand intérêt.
C’est lors de la séquence de Q&A après l’allocution du secrétaire américain à la défense, Pete Hegseth, qu’ont eu lieu les seuls échanges directs publics entre les Etats-Unis et la Chine.
Je conserve l’anglais, sans aucune difficulté particulière et qui rend mieux compte du niveau que si traduit.
Une senior colonel de l’APL interroge Pete Hegseth ;
You just mentioned in your speech that during President Trump's historical visit to China, the two countries have agreed upon a new definition of China US relations which is constructive strategic stability. So what's the implication of this new definition for US China military to military relations in particular as a head of the War department? How would you implement the consensus reached by the two heads of states in real tangible steps rather than peacocking? Yes. So, how would Pete bring peace in and or out? Bring cooperation in and confrontation out. Thank you.
Pete Hegseth :
Thank you for that question. And I think, I was there when the conversations were had about constructive strategic stability. I think that was a great framing from both leaders about what they want from that relationship and I think it's hard to understate the importance of the you know books have been written about the importance of inter interpersonal diplomacy and how strong it can be. I think in this particular case it's quite meaningful. I think there is a mutual respect a recognition of capabilities and power and how that could be most usefully leveraged in the world today uh with both powers that I want to reassure this audience it's I think it's real I think it's substantive and I think it's meaningful for the history of peace in the region in the world and what he has communicated to me is that that manifest in mil-to-mil cooperation that in forums like this we maximize the opportunities to confer. I wish my counterpart was here at this conference, but I look forward to other options when we can cross paths and communicate, talk about things where often uh actions at sea or actions in the air are perceived differently uh when there's no communication than when there's an opportunity at the more tactical or operational level to talk about what deconfliction look like. And I I think what you'll get from the United States is good faith engagement: cleareyed but good faith engagement, that we are, I understand commander's intent and the President Trump has said we're going to establish this type of framework and I think it's important for peace in the world”.
Commentaire : La question de la colonel s’inscrit en droite ligne de la communication officielle chinoise qui a entouré la visite de D. Trump en Chine deux semaines auparavant. Rappeler ainsi publiquement la formule-valise de « relation stratégique constructive » et de « consensus » entre les deux chefs d’État était une bonne idée pour neutraliser toute velléité d’improvisation de la part du secrétaire américain à la défense.
Malgré l’absence notable de toute mention de Taïwan, P. Hegseth a tout de même fait l’éloge des principaux partenaires de l’Amérique en Asie, de la nécessaire stratégie par déni d’accès dans la première chaîne d’îles, d’un « equilibrium », en faveur des alliés encapsulé dans la formule américaine de « favorable balance of power » présentant une vraie différence de fond avec la version chinoise de la « stabilité » et de l'équilibre des puissances.
Mais la délégation chinoise n’était pas venue pour croiser le fer avec les officiels américains. Le 30 mai, un article Global times, porte-voix du régime, nous éclaire sur ses vraies motivations. Veteran Chinese diplomat Cui Tiankai says he would raise three major questions to US, Japan and Europe at Shangri-La Dialogue - Global Times
Cui (tiankai) estime que, même si la Chine et les pays du Sud acquièrent une influence croissante, les débats sur les questions de sécurité en Asie-Pacifique restent confinés aux systèmes discursifs occidentaux. « Lorsque les systèmes discursifs sont incompatibles, la communication ne parvient naturellement pas à aborder le fond des problèmes. De ce point de vue, la décision prise cette fois-ci par la Chine d’envoyer une délégation d’experts et d’universitaires est un choix pragmatique et raisonnable. »
Nous ne sous-estimons pas le Shangri-la Dialogue. Nous avons simplement choisi une méthode de participation qui correspond le mieux à la nature de la plateforme », a souligné Cui. La valeur de la participation ne doit pas être mesurée uniquement en fonction du rang des responsables. Les multiples voix d’experts issus des milieux militaires, universitaires et des groupes de réflexion, s’exprimant au cours de plusieurs sessions, peuvent générer un impact collectif tout aussi fort. Par le passé, les hauts responsables ne participaient souvent qu’à une seule session dédiée. Désormais, grâce à la présence de nombreux participants à l’ensemble des sessions et à la diffusion des positions de la Chine dans divers forums, la voix chinoise est devenue plus multidimensionnelle et porte davantage de poids.
Ce que rapporte Cui Tiankai en termes diplomatiques est que la Chine ne veut plus exposer ses dirigeants de premier plan dans ce type d’enceinte dominée par les Occidentaux et leurs médias. Simple calcul coûts/bénéfices. Pékin tentera de déporter le regard des dirigeants asiatiques et du « Sud » vers son propre forum annuel de sécurité, le Forum Xiangshan, à l’automne prochain, créé en 2006, et élevé en un format Track 1.5 en 2014.
Note : Le lieu de conférence du Xiangshan Forum n’est pas aux Collines parfumées (« xiangshan » en chinois), mais en centre-ville, au Beijing International Convention Center), à quelques encâblures des compounds de dirigeants, ce qui garantit une forte affluence de hauts gradés.
7. Intelligence artificielle : Pékin et Washington se parlent…en s’accusant de double jeu
Le 1er juin 2026, le Quotidien du peuple publie un éditorial signé "Zhong Sheng" ("la voix du parti") appelant à faire de l’intelligence artificielle un « nouveau domaine » de coopération sino-américaine (推动人工智能成为中美合作的新疆域). Ce texte prolonge la visite de Donald Trump en Chine, à la mi-mai, au cours de laquelle le président américain était accompagné de plusieurs grands patrons de la tech, sans parvenir à une déclaration sur le sujet de l’IA. Le 19 mai, le ministère chinois des Affaires étrangères avait confirmé que les deux chefs d’État avaient eu des échanges « constructifs » sur l’intelligence artificielle et accepté d’ouvrir un dialogue intergouvernemental. Le 31 mai, le Bureau of Industry and Security (BIS) américain publie une guidance destinée à fermer une voie d’accès indirecte aux puces avancées pour les filiales étrangères de groupes chinois (« Country Group D:5, qui regroupe aussi la Russie, l’Iran et la Corée du Nord). L’éditorial du Quotidien du peuple tombe dès le lendemain : la coopération sur l’intelligence artificielle est possible, mais elle devient vide de sens si Washington bloque en même temps l’accès chinois aux puces, au cloud et aux infrastructures de calcul. (4 468 signes. Mots-clés : intelligence artificielle ; Nvidia ; AMD )
Cet éditorial chinois offre d’abord une lecture politique du sommet Trump-Xi :
« En tant que deux grandes puissances de l’intelligence artificielle, la Chine et les États-Unis doivent œuvrer ensemble à la promotion du développement et de la gouvernance de l’IA. Cela constitue à la fois une traduction concrète du consensus atteint par les deux chefs d’État et permettra de mieux mettre l’intelligence artificielle au service du progrès de la civilisation humaine et du bien-être commun de la communauté internationale »
Il présente l’intelligence artificielle comme un domaine où les deux puissances peuvent encore organiser une coopération, malgré leur rivalité. Le texte rappelle que la Chine et les États-Unis ont déjà soutenu, à l’Assemblée générale des Nations unies, des résolutions respectives sur l’intelligence artificielle, et que les deux pays conservent des canaux de dialogue au niveau des experts et du « Track 2 »
Puis, il met en avant la complémentarité des deux écosystèmes, en citant les véhicules autonomes, les robots de service et les grands modèles chinois open source à faible coût pour montrer que l’IA chinoise n’est plus seulement un projet industriel, mais une réalité d’usage. Il affirme que les entreprises américaines, dont Nvidia, Microsoft et Advanced Micro Devices (AMD), continuent de chercher des formes de coopération avec l’écosystème chinois de l’intelligence artificielle.
La fin du texte prend un ton nettement plus offensif, comme s’il avait été rajouté à une copie précédente :
Certains aux États-Unis abordent l’intelligence artificielle avec une mentalité de jeu à somme nulle. Ils politisent, instrumentalisent et militarisent les technologies de l’IA ; ils adoptent des mesures protectionnistes telles que des restrictions à l’investissement, des contrôles à l’exportation sur les puces et des contrôles sur les services de cloud computing, érigeant artificiellement des obstacles à la coopération. Ces pratiques de “découplage et de rupture des chaînes” et de “petit jardin aux hautes barrières” vont à l’encontre des lois objectives du développement scientifique et technologique ; elles portent également atteinte aux droits et intérêts légitimes des entreprises des deux pays et nuisent au développement coordonné de l’industrie mondiale de l’intelligence artificielle. Face aux pressions et à l’endiguement, la Chine défendra résolument son droit au développement et continuera fermement de faire de l’intelligence artificielle un moteur inclusif du développement mondial. Le monde ne souhaite pas voir apparaître un “rideau de fer de l’IA”, ni assister à sa mise sous enclos
Commentaire _________L’éditorial apparait comme une réponse du tac-au-tac à la décision du BIS américain. Ce dernier précise que les exigences de licence s’appliquent aux entités ayant leur siège en Chine, même lorsqu’elles sont installées hors du territoire chinois. Cette mesure vise les filiales étrangères de groupes chinois susceptibles d’accéder à des puces avancées, notamment dans des pays tiers comme la Malaisie. Reuters souligne que cette faille aurait été ouverte par la décision de l’administration Trump de ne pas appliquer l’AI Diffusion Rule héritée de l’administration Biden.
Pour Washington aujourd’hui, la Chine ne peut pas ouvrir un dialogue officiel sur l’intelligence artificielle au niveau des chefs d’État et chercher, en même temps, un accès indirect aux puces avancées par des filiales étrangères, des pays tiers et des montages commerciaux de plus en plus sophistiqués.
Pékin semble lui rétorquer que les États-Unis ne peuvent pas appeler à la coopération sur la gouvernance de l’IA et fermer les moyens matériels nécessaires au développement de cette technologie par un nouveau containment sous déguisement.
Analyse ___________En langage diplomatique, on pourrait avancer que le dialogue sino-américain sur l’intelligence artificielle a commencé par de premiers échanges « francs et directs ». Les deux pays acceptent de se parler, mais chaque partie veut fixer immédiatement le périmètre et les règles du dialogue à l’autre.
L’administration Trump adresse aussi un message aux entreprises américaines. Nvidia, AMD et les autres groupes technologiques peuvent chercher à préserver le marché chinois, mais ils ne pourront pas utiliser leurs réseaux commerciaux, leurs partenaires ou leurs clients en pays tiers pour laisser les groupes chinois accéder aux puces « de frontière ». Rester au centre de l’intelligence artificielle mondiale oui, en profiter pour accélérer la montée en puissance chinoise, non.
Au travers de l’éditorial, si Pékin ne demande pas explicitement la levée des contrôles américains, il construit cependant un lien politique entre coopération sur l’IA et restrictions américaines sur les puces, le cloud et l’investissement. Un dialogue sur la gouvernance de l’IA perd de sa substance si les États-Unis verrouillent en parallèle les moyens matériels nécessaires au développement de cette technologie.
Pour l’Europe, le signal est simple : Washington et Pékin commencent à se parler directement d’intelligence artificielle au niveau stratégique. L’Union européenne et ses Etats membres ne peuvent pas rester les bras croisés et devenir le futur terrain de jeu (et de chasse) des entreprises des deux superpuissances.
▶ Influence et ingérences
8. Wang Yi, ses groupes d’amis et leur GONGOs
En déplacement au siège de l’ONU à New York, entre le 27 et le 30 mai, le ministre chinois des affaires étrangères et membre du Bureau politique du PCC, Wang Yi en a profité pour tenir une nouvelle réunion du « Group of Friends pour la gouvernance globale » (改革完善全球治理 携手共创美好未来). Nous avions précédemment observé que ces Group of Friends « GoF », initiés par Pékin, servent à capturer graduellement l'agenda multilatéral. L’intervention de Wang Yi les projettent désormais comme une infrastructure parallèle du système multilatéral, cherchant une légitimité dans l’action, dont la participation de « 160 pays et organisations internationales » constituerait une illustration vivante.
Or, il n’existe pas de liste officielle compatibilisant ces prétendus 60 pays et 100 organisations internationales ardents supporters des GoF chinois. Pour ce qui concerne les seules « organisations internationales » supportrices, après quelques recherches, il s’agirait pour leur majorité d’organisations affiliées, directement ou indirectement au gouvernement chinois ou au PCC.
- Selon, une enquête de l’ICIJ (international consortium for investigative journalists) de 2024-2025, 59 sur 106 GONGOs chinoises (Governemtal-Non-Governmental Organizations) étudiées par l'ICIJ (2024-2025) sont directement liées au gouvernement ou au PCC et 46 sont dirigées par des personnalités ayant des rôles gouvernementaux ou au PCC. Et selon The Diplomat, 60 GONGOs chinoises possèdent aujourd'hui un statut consultatif auprès de l'ONU.
- Selon l’ISHR (International Service for Human Rights), on observe une multiplication rapide des GOngo’s chinoises depuis 2018, notamment sur la question des droits de l’homme, depuis que les Etats-Unis se son retirés du conseil des droits de l’homme. En parallèle, ces GONGO’s tentent de bloquer les demandes d’accréditation des vraies ONG, et entravent leur travail dans les commissions, et notamment la China Society for Human Rights Studies (CSHRS), dirigée par Lu Guangjin, directeur du Bureau des droits de l'homme au sein Département de la propagande du PCC. La CSHRS a obtenu un statut consultatif auprès du Conseil économique et social (ECOSOC) et Intervient directement aux examens périodiques de la Chine.
- Selon un récent rapport du Select Committee on the CCP (US House), de mars dernier :
China uses Government-Organized Non-Governmental Organizations (GONGOs)—a known part of the CCP's United Front—to advance its agenda within the UN
Commentaire________En août 2025, une question prioritaire pour réponse écrite (P-003237/2025) a été adressée à la Commission européenne sur les GONGOs chinoises actives dans l’Union. Elle portait sur trois points : la connaissance par la Commission de leurs activités, l’existence éventuelle de financements européens accordés à ces organisations, et d’éventuels contacts de lobbying avec elles.
La Commission a depuis reconnu connaître l’existence de ces organisations gouvernementales se présentant comme non gouvernementales. Sa réponse demeure toutefois limitée : elle indique ne pas les surveiller ni les classifier de manière régulière. Le sujet est donc identifié, sans qu’apparaisse à ce stade un dispositif européen public de cartographie, de suivi des financements ou d’encadrement de leurs activités d’influence.
Je m’étonne également de l’atonie des médias nationaux sur cette question qui nous touche de près puisque des GONGOs agissent en toute légalité (administrative) en Europe et en France, dans tous les domaines d’activité. En Chine, on les appelle des « organisations sociales internationales » (国际性社会组织). Il serait temps d’y consacrer plus d’attention.
↑ Retour au sommaire9. La Western Returned Scholars Association, un angle mort pour nos RH
Le 1er juin, la Western Returned Scholars Association (欧美同学会 - WRSA) a tenu à Pékin son deuxième congrès national des représentants, en présence de Li Ganjie, membre du Bureau politique et ministre du Département du Front uni du PCC. Fondée en 1913, l’association rassemble les Chinois ayant étudié à l’étranger et se définit aujourd’hui comme un « groupement de masse » dirigé par le Parti. Il lui assigne trois fonctions : de réservoir de talents au service du pays, de groupe de réflexion pour la formulation de propositions, et « force vive » de la diplomatie populaire. La présence au Congrès de la Fédération chinoise pour la science et la technologie (CAST) confirme l’articulation entre élites scientifiques, innovation, retour des talents et encadrement politique qui s’opère dans cette organisation de façade du parti.
Commentaire :__________L’association a été fondée en 1913, sous le nom par des étudiants chinois revenus d’Europe, des États-Unis et du Japon. L’organisation se présente dès l’origine comme un cercle de modernisation nationale : retour des savoirs, diffusion des sciences, engagement patriotique.
Après 1949, sa fonction change : elle sert à appeler les savants et étudiants chinois de l’étranger à revenir participer à la construction de la République populaire. En 2003, elle ajoute officiellement à son nom une nouvelle dénomination, que l’on peut traduire par « Amicale des Chinois ayant étudié à l’étranger » (中国留学人员联谊会) et élargit la mission à tous les Chinois ayant étudié à l’étranger, quel que soit le pays.
Sa vocation n’est pas seulement associative : elle identifie, agrège et mobilise les diplômés de l’étranger pour les priorités du Parti, du XVe plan à la diplomatie d’influence. Le point sensible tient à l’invisibilité de l’ affiliation à une des antennes de la WRSA. En réalité, chaque grande université du pays abrite une de ses antennes (Qinghua, Fudan, Jiaotong, Peking University / Beida…).
Les entreprises étrangères recrutent souvent des étudiants chinois pour leurs compétences techniques, linguistiques ou sectorielles, sans savoir qu’ils peuvent appartenir, ou avoir appartenu, à un réseau organisé du front uni comme la WRSA. Cette affiliation n’est généralement pas présentée comme telle aux ressources humaines (RH) à l’embauche . Elle devrait pourtant entrer dans les diligences de conformité, en particulier pour les secteurs et postes sensibles.
↑ Retour au sommaire10. Europe-Chine et intelligence artificielle, une pièce en cinq actes
Le 24 juin prochain, la China Europe International Business School (CEIBS) organise à Bruxelles le 12th Europe Forum 2026, avec une antenne parallèle à Shanghai, sur le thème « Competition or Complementarity? Strategic Opportunities in EU–China AI Development ». Le forum associe CEIBS, l’EU-China Business Association (EUCBA), la China Chamber of Commerce to the European Union (CCCEU), ChinaEU, le CEIBS AI and Management Innovation Research Center (AIMI) et le Shanghai Artificial Intelligence Research Institute (上海人工智能研究院, SAIRI) . Derrière cette distribution, le forum met en musique un écosystème politico-technologique d’acteurs chinois utilisant l’Europe et ses institutions comme tremplin de validation au profit du développement de l’IA industrielle chinoise en Europe mais aussi dans le « Sud global ».
Commentaire
Si ce forum était une pièce de théâtre, je proposerais la répartition des rôles suivante :
- L’ONUDI (UN Industrial Development Organization) serait le principal mentor
- La mascotte : L’AIM Global de Shanghai (Alliance mondiale sur l’intelligence artificielle pour l’industrie et la fabrication)
- Le scénariste : la municipalité de Shanghai
- La mise en scène, CEIBS
- Dans le rôle principal masculin, le SAIRI
- Röle principal féminin : l’EUCBA
- Dans les rôles secondaires : la CCCEU, ChinaEU (Leah Wang), Flanders-China Chamber of Commerce, Unitree, le comité France-chine
- Les spectateurs : Charles Michel, Dita Charanzová, et l’Europe
Le synopsis pourrait se résumer ainsi :
La régulation européenne gagne en efficacité lorsqu’elle s’adosse aux capacités chinoises de déploiement industriel. Mais elle peut aussi transformer ce pouvoir normatif en ressource pour la projection chinoise.
La Chine fournit les cas d’usage, les robots, les plateformes, les modèles industriels et l’échelle.
Bruxelles assume son rôle d’autorité de certification politique de l’intelligence artificielle industrielle chinoise, pour le marché européen et pour les marchés tiers.
Tout s’aligne : Shanghai produit l’écosystème industriel, le SAIRI l’organise, l’ONUDI lui donne un label multilatéral, Bruxelles lui donne un langage de confiance, les réseaux d’affaires UE-Chine lui donnent des relais auprès des entreprises et institutions européennes.
Acte final, l’Europe perd son avantage normatif à trop vouloir sécuriser les usages industriels de la robotique, des systèmes productifs, des infrastructures numériques et les chaînes de valeur du Sud global, au profit de la Chine.
Je produis une note qui vous explique sérieusement comment tout cela fonctionne et ses implications. Si vous êtes intéressé, envoyez-moi un message à laurent@sources-chinoises.fr
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▶ Documentation & agenda
◇ Documentation et études
- Ingérences
Guarding the G7: Countering Beijing’s interference operations, mai 2026 par Marie Lamensch, Director of Global Affairs du Montreal Institute for Global Security (MIGS) et Kyle Matthews, cofondateur et Executive Director du MIGS. Le rapport présente les opérations d’ingérence chinoises dans les pays du G7 comme un phénomène systémique, adaptatif et largement porté par l’écosystème du Front uni. Il identifie quatre canaux principaux : cooptation des élites, mobilisation et pression sur les diasporas, influence médiatique, pénétration des milieux économiques, académiques et civiques. Les études de cas — Canada, États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Japon — montrent des tactiques adaptées aux vulnérabilités nationales, avec une forte attention aux échelons locaux. Beaucoup de ces activités/opérations restent légales ou grises prises isolément, mais produisent un effet cumulatif de contrainte, d’autocensure et d’alignement narratif.
- Chine-Etats-Unis-Europe
Can Europe Compete with the United States and China?, le 27 mai 2026 par Noah Barkin, Senior Advisor au Rhodium Group et Anu Bradford, Nonresident Scholar au programme Europe de la Carnegie Endowment for International Peace. Le texte oppose deux vulnérabilités européennes : la dépendance numérique, sécuritaire et technologique vis-à-vis des États-Unis ; la dépendance industrielle, manufacturière et matérielle vis-à-vis de la Chine. Noah Barkin juge la Chine plus dangereuse à long terme, car elle contrôle des segments industriels critiques et peut convertir ces positions en levier politique. Anu Bradford insiste sur la coercition américaine contre la souveraineté réglementaire européenne, notamment dans le numérique, l’antitrust, la modération des contenus et la protection des données. Les deux convergent sur un point : l’Europe doit cesser de séparer commerce, sécurité, technologie, défense et régulation. Ils suggèrent la création d’un EU economic security council.
- 15è Plan quinquennal
Le 15e plan quinquennal chinois : Pékin accélère, et nous ?, le 28 mai par Mattéo Torres du Haut-Commissariat à la stratégie et au plan et Thomas Grjebine du CEPII. La note montre, par analyse textuelle, que les priorités industrielles, technologiques et de souveraineté économique dominent très largement l’architecture du plan. Les trois axes identifiés sont la consolidation du leadership manufacturier, la réduction des dépendances technologiques critiques, et la préparation à tenir des positions dominantes dans les industries du futur. Les objectifs sociaux, démographiques, énergétiques et environnementaux demeurent présents dans le plan, mais fonctionnent surtout comme leviers de soutenabilité de la trajectoire industrielle. La France et l’UE doivent retrouver une capacité de programmation stratégique pluriannuelle, articulée à des priorités, moyens, calendriers et indicateurs mesurables.
- Stratégie économique chinoise
China’s Dual Economy: When Strategic Ambition Hollows Out the Foundation, 1er juin 2026, par Alicia García Herrero, Senior Fellow à Bruegel pour le China Leadership Monitor. L’auteur décrit l’économie chinoise comme une économie duale : une face industrielle, technologique et exportatrice très performante ; une face domestique fragilisée par des revenus stagnants, une consommation faible et un patrimoine immobilier dégradé. Cette dualité n’est pas un déséquilibre transitoire : elle serait le résultat d’un choix stratégique visant à financer la compétition technologique avec les États-Unis par l’épargne captive des ménages. Le modèle repose sur la répression financière, le compte de capital fermé, le sous-développement de l’État social et l’orientation du crédit vers l’industrie avancée. Au final, la Chine accepte un modèle social déséquilibré pour soutenir une ambition géoéconomique. Remarque : si l’on acceptait cette réalité comme point de départ, nous ferions déjà un très grand pas en avant.
◇ Agenda
Cheng Li-wun, présidente du Kuomintang (KMT), a commencé sa visite aux États-Unis le 1er juin. Les sources taïwanaises indiquent un retour prévu à Taïwan au petit matin du 16 juin, soit environ deux semaines de déplacement. L’itinéraire annoncé couvre notamment San Francisco, New York, Boston, Washington et Los Angeles. On peut s’étonner de la durée de déplacement, qui se présente davantage comme une tournée de repositionnement du KMT auprès de l’écosystème américain : Congrès, administration fédérale, think tanks, universitaires, diaspora taïwanaise et chinoise, milieux économiques et relais politiques locaux…Après sa visite à pékin où elle a rencontré Xi Jinping, Cheng affirme vouloir expliquer directement la « ligne de paix » du KMT et dissiper les « malentendus » accumulés aux États-Unis à l’égard de son parti. C’est l’argument central donné par Cheng elle-même dans les médias taïwanais, mais son vocabulaire se charge de références continentales. Cheng est présidente du principal parti d’opposition et possible figure présidentielle. Une tournée longue permet de fabriquer de la reconnaissance politique américaine, de tester les accès dans l’administration Trump. La veille de son départ, Cheng a aussi expliqué vouloir corriger des années de « désinformation » du DPP aux États-Unis et présenter le KMT comme la force la plus « loyale et responsable » pour maintenir la paix dans le détroit. C’est précisément ce que le DPP conteste : il voit dans cette visite une tentative de dire à Washington que le risque de guerre vient du DPP, et que le KMT serait le canal raisonnable avec Pékin. Une visite dont l’enjeu pour l’avenir de Taiwan pourrait être déterminante.
◇ Conférence à venir
- 5 juin, 9:15 – 10:00 am ED, soit 15h15 à Paris : What Xi Wants in Pyongyang: The Capital Cable #135 | CSIS Events, sur Youtube, Korea Chair, The Capital Cable, du CSIS. Avec Viktor Cha et Edgard D. Kagan
Des questions ou commentaires ? Ecrivez-moi : laurent@sources-chinoises.fr