Bulletin n°32 : la Chine et les déséquilibres économiques mondiaux

Un mois après le sommet Xi-Trump : point d’étape ; Accord Etats-Unis-Iran : premières réactions chinoises ; La Chine fait le dos rond avant le Conseil Européen ; Visite du général birman Min Aung Hlaing à Pékin

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Bulletin n°32 : la Chine et les déséquilibres économiques mondiaux
Le vice-premier ministre Zhang Guoqing a la vidéoconférence organisée par Paris en marge du sommet du G7 à Evian


Edito

À Évian-les-Bains, le G7 a placé la dépendance aux chaînes de minéraux critiques dominées par la Chine au cœur de ses discussions. La France a poussé une déclaration commune destinée à réduire cette dépendance, avec des pistes nouvelles sur les subventions, les standards de marché et les achats garantis pour soutenir des chaînes d’approvisionnement hors Chine. Le Japon a également insisté sur l’accélération de la diversification avec des pays partageant les mêmes vues, en citant la coopération avec la France et l’Australie ainsi que l’appui des banques multilatérales de développement.

Le G7 parle de minéraux critiques, mais le même sommet discute aussi d’intelligence artificielle avec Sam Altman et Dario Amodei, dirigeants d’OpenAI et d’Anthropic. L’Europe examine donc deux dépendances en même temps : une dépendance matérielle à l’égard des chaînes dominées par la Chine, et une dépendance logicielle, infrastructurelle et financière à l’égard des États-Unis. Le Conseil européen, qui s’ouvre aujourd'hui, devra articuler ces deux vulnérabilités sans placer la sécurité économique européenne sous parapluie américain.

Une semaine avant Evian, la France avait pris soin d’inviter la Chine par visioconférence à une séquence d’expression pré-G7 :  « Global Convergence for Growth », à l’intitulé très chinois compatible, présidé par Emmanuel Macron. Zhang Guoqing, membre du Bureau politique du PCC et vice-Premier ministre a réitéré les positions chinoises aux côtés des représentants de l’Inde, du Brésil et de la Corée du Sud. Attendons de voir si, un langage commun d’un G7 élargi  se forme sur les déséquilibres et les dépendances économiques mondiales et si l’UE, lors du Conseil, le traduit ensuite en actes concrets.


▶ Politique intérieure

1. Encadrement des fonds privés d’investissement

Le 5 juin, le Conseil des affaires d’État a publié une directive sur le renforcement de la supervision, la prévention des risques et le développement de haute qualité des fonds privés d’investissement. 国务院办公厅关于加强监管防范风险促进私募投资基金高质量发展的指导意见. (2 537 signes. Mots-clés : investissement)

Le texte vise les fonds de private equity, de venture capital, les fonds publics d’investissement et les fonds d’entreprises publiques, en imposant un contrôle plus strict à l’entrée, une coordination renforcée entre régulateurs centraux et gouvernements locaux, ainsi qu’un nettoyage des structures non enregistrées ou ne correspondant pas aux caractéristiques réelles d’un fonds privé.

Les districts et comtés ne pourront plus créer librement de nouveaux fonds publics ; les provinces devront consolider les fonds redondants ; les entreprises publiques devront recentrer leurs fonds sur leur cœur de mission, contrôler les actifs sous-jacents et prévenir les pertes d’actifs d’État. Le texte identifie explicitement certains fonds comme des outils de criminalité financière, de « nouvelle corruption » et de « corruption cachée », et prévoit des mécanismes de dénonciation, de contrôle policier, de listes noires, de sanctions et de traitement coordonné des grands dossiers interrégionaux. En parallèle, Pékin encourage les fonds capables de financer le capital patient, les technologies dures, les petites entreprises innovantes, les cycles longs et les industries émergentes stratégiques.

Le texte traduit dans la finance non bancaire les priorités du XXe Congrès, de la Conférence centrale sur le travail financier (中央金融工作会议) et de la Commission centrale de discipline : sécurité financière, discipline des cadres, recentralisation, capital patient et hard tech. Le capital privé reste recherché lorsqu’il sert la modernisation industrielle, mais il devient suspect lorsqu’il échappe à la traçabilité administrative et disciplinaire du Parti-État. Le texte trie aussi les bons et les mauvais usages de la finance

Commentaire

La finance privée est donc réorientée plus explicitement comme instrument d’allocation du capital vers la politique industrielle, l’innovation technologique. Lorsque le texte souligne qu’elle est identifiée comme vecteur de « corruption nouvelle ou cachée » : (« 部分私募基金成为违法犯罪、新型腐败和隐性腐败工具 »), c’est aussi et surtout une façon de justifier un encadrement plus strict et une exigence de rendement conformément à une allocation patiente du capital, en phase avec les objectifs de politique industrielle.

Analyse

Pékin n’introduit pas davantage de « transparence » dans la finance privée locale au sens où nous l’entendons dans nos politiques publiques. Il tolèrera moins l’opacité de structures écrans qui ne lui rendaient pas toujours compte de leurs opérations et, notamment, les flux financiers transfrontaliers. C’est la définition et le périmètre des zones grises qui glissent imperceptiblement. Elles étaient bien commodes pour financer l’innovation et attirer du capital privé et aussi pour contourner la rigidité du crédit bancaire. Il semblerait que ces mini-boîtes noires ou grises soient désormais traitées comme un risque politique à part entière qu’il faut absorber au plus vite dans la boîte noire mère.

🏷️ investissement
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2.Pour en finir avec la « faiblesse de la consommation chinoise »

Sur les données publiées le 16 juin par le Bureau National aux statistiques, le tableau général de la consommation est mauvais : sur janvier-mai, les ventes au détail de biens de consommation progressent seulement de 1,4 %, et le mois de mai affiche une baisse de 0,6 % en glissement annuel. Les porte-paroles du BNS se défendent en disant qu’il faut désormais regarder aussi la consommation de services. D’où la mise en avant d’un nouvel indicateur, les ventes au détail de biens et de services (社会消费商品和服务零售总额), qui progressent de 2,8 % sur janvier-mai. Dont acte. Mais l’essentiel est ailleurs. ( 2 337 signes. Mots-clés : politique économique ; export)

On présente cette baisse continue comme une « baisse technique », les autorités reconnaissant sur le bout des lèvres que  la capacité et la volonté de consommation des ménages doivent encore être renforcées. Les critiques convergent vers un point : si la confiance et la sécurité sociales étaient renforcées, alors, la consommation repartirait, comme si Pékin manquait à une trajectoire « normale » de rééquilibrage vers les ménages.

Il faut changer de perspective pour comprendre ce qu’il se passe. La vraie question est : quel ordre économique le Parti construit-il, et quel rôle assigne-t-il aux ménages dans cet ordre ?

Notre critique usuelle donne trop de crédit à l’idée qu’il existerait une politique « normale » de redistribution, de protection sociale, et d’une hausse du revenu disponible à laquelle Pékin se soustrairait par inertie, prudence budgétaire ou conservatisme. Ce qui amène certains de nos médias à conclure mécaniquement que :

 «Mais, dans le fond, Pékin reste très hésitant, comme il l’est de longue date sur le degré d’Etat-providence à adopter. » 

Or, Pékin développe une politique volontariste dans laquelle la consommation est subordonnée à la puissance productive. Les ménages sont une variable d’absorption et de stabilisation de la stratégie industrielle. Elle a pour objectif de  créer et d 'administrer ses débouchés, par une gestion des prix et les marges, puis d’exporter les excédents. Ainsi, la consommation domestique absorbe une partie de la production nationale, mais pas trop.

Fonction politique d’une faible consommation

Le maintien d’une consommation faible relativement au potentiel des ménages n’est pas un échec macroéconomique. Il a une fonction politique. Il permet de préserver un taux d’épargne élevé, de maintenir des ressources disponibles dans le système bancaire, d’orienter le crédit vers l’investissement dans les secteurs prioritaires, et de comprimer les coûts salariaux relatifs afin de soutenir les marges exportatrices.

Si la demande domestique n’absorbe pas la production, l’excédent doit sortir du pays. La faiblesse de la consommation chinoise devient alors une pression exercée sur les marchés extérieurs.

Rhodium Group écrivait, en 2024,  que les politiques chinoises aggravent le déséquilibre entre offre domestique et demande domestique, mettant la Chine sur une trajectoire de confrontation commerciale avec le reste du monde. Ce même institut – pourquoi n’avons-nous pas de tels think tanks en France ? - observe que depuis 2019, la combinaison d’une demande intérieure faible et d’une capacité industrielle croissante a fait gonfler l’excédent manufacturier chinois. Une politique que Pékin continue de poursuivre dans le cadre de son XVè plan.

🏷️ politique économique Export
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3. « Toutes voiles dehors » : la prochaine vague commerciale de la culture chinoise

Je citais dans mon précédent post, le ministère chinois du Commerce. Le 11 juin, en conférence de presse, il présentait la montée en puissance des exportations de services chinoises, avec des indicateurs de compétitivité internationale des services chinois, citant explicitement la propriété intellectuelle, les médicaments innovants sous licence, les webnovels, les web-séries, les jeux en ligne et les produits culturels numériques.

Cette politique a été initiée dès 2014 par le Conseil des affaires d’État (CAE) dans le cadre du développement du commerce culturel extérieur, coordonnée en 2022 avec 27 administrations centrales, puis intégrée en 2024 au Plan d’action pour le commerce numérique 2024-2026 et au programme « Toutes voiles dehors ». Ce n’est donc pas une « surprise stratégique ». ( 2 337 signes. Mots-clés : MOFCOM )

Contexte

  • En 2022, le MOFCOM et 26 autres organismes centraux ont élevé le commerce des services culturels au rang d’outil de puissance culturelle, de soft power et de montée en gamme du commerce extérieur. Le texte encourageait la constitution de plateformes et d’entreprises numériques culturelles d’influence internationale d’ici 2025. Nous y sommes. 商务部等27部门关于推进对外文化贸易高质量发展的意见
  • En 2024, le programme « Toutes voiles dehors » (千帆出海, traduction personnelle ; littéralement : « que mille voiles prennent la mer ») vient donner corps à cette doctrine et vise à accroître la part de marché internationale des produits et services culturels chinois.
  • En 2025, le MOFCOM, le Département central de la propagande, le ministère de la Culture et du Tourisme et l’Administration nationale de la radio et de la télévision ont inscrit quelque 400 entreprises et une centaine projets dans le répertoire national des entreprises et projets clés d’exportation culturelle 2025-2026. Cela concerne le cinéma et audiovisuel linéaire, le jeu vidéo, les plateformes en ligne et pour usages des jeunes ; les livres et leur édition numérique, les webnovels, les micro-séries, les audios…

Commentaire

Cette politique devrait trouver une résonance particulière en France parce qu’elle brouille une distinction entre politique culturelle, diplomatie d’influence et commerce. Dans le cas chinois, cette séparation n’a pas lieu d’être : une webnovel, une micro-série, un jeu, une plateforme de streaming, ou un outil de traduction par intelligence artificielle, un standard de design culturel, une boutique en live-commerce et une campagne touristique relèvent du même continuum et d’une même grille d’analyse financière. La culture est intégrée dans une politique industrielle des services, avec ses entreprises leaders, ses bases d’export, ses financements, ses normes et ses données.

Analyse

La France est particulièrement exposée à un scénario du type « vague techno-culturelle » chinoise. Dans un scénario médian que j’ai travaillé avec des données du CNC, de l’Arcom et de l’INSEE notamment, les plateformes chinoises deviendront des infrastructures de consommation culturelle combinant recommandations, paiement, social commerce, live, et propriété intellectuelle. Or, l’ « effet plateforme » à la chinoise - on le voit dans d’autres secteurs -  produit une double pression : une captation de la valeur par les canaux numériques et une éviction progressive des contenus locaux, notamment les formats courts.

En outre, l’INSEE et d’autres études économiques estiment que les importations numériques des ménages français atteignent 54 milliards d’euros en 2022, soit 3,9 % de leur consommation, mais que 19,5 % de ces importations transitent par le Luxembourg et seulement 0,04 % proviennent directement de Chine.  En effet, la localisation comptable de la transaction ne permet  pas d’identifier correctement la nationalité réelle de la plateforme, de l’algorithme, du bénéficiaire ultime ou de l’infrastructure de paiement.  

Par ailleurs , le Sénat est beaucoup plus avancé sur TikTok que sur les contenus culturels chinois au sens large. Le rapport La tactique TikTok : opacité, addiction et ombres chinoises qualifie pourtant les entreprises chinoises de nouvelles technologies comme des acteurs de premier plan des stratégies d’influence chinoises, et rappelle que le succès international d’une entreprise chinoise importante ne peut pas être dissocié du soutien ou du contrôle du Parti. Mais on ne mesure pas encore l’ampleur de l’exportation de contenus « culturels » chinois.

De plus, il ne s’agit pas seulement d’impact économique mais de santé publique et de souveraineté.  La question de fond porte sur la définition d’un « produit culturel » chinois dans la Chine de Xi Jinping. Les textes récents sur la culture, tous attribués à Xi Jinping il va sans dire, la présentent comme un « pilier de la puissance nationale, de la confiance culturelle, de la subjectivité culturelle et de la construction d’une puissance culturelle socialiste ». Le risque porte donc sur le contenant et sur le contenu : plateformes, algorithmes, paiements et données d’un côté ; normes politiques, formats narratifs et conditions de production des contenus de l’autre.

🏷️ MOFCOM
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▶ Politique extérieure

4. Un mois après le sommet Xi-Trump : point d’étape

La relation sino-américaine suit le chemin tracé par Donald Trump et Xi Jinping un mois plus tôt à Pékin. Mais la stabilisation annoncée avance par compartiments, palpable sur les biens non sensibles alors que les tensions croissent sur les technologies et les chaînes critiques. Le pilier institutionnel de l’accord avance lentement : le « U.S.-China Board of Trade » reste en consultation publique jusqu’au 10 juillet, tandis que le Board of Investment demeure annoncé mais non paramétré publiquement. Les sujets stratégiques et sécuritaires sont provisoirement masqués par le rendez-vous multilatéral du G7, lui-même dominé par les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine. ( 3 370 signes. Mots-clés : relation sino-américaine ; CFIUS ; Philippines )

Le premier pilier de la « stabilisation » annoncée lors de la rencontre Trump-Xi à Pékin, le 14 mai dernier, le Board of Trade, reste à l’état de procédure. L’USTR (US Trade Representative) a ouvert le 2 juin une consultation publique  demandant aux entreprises, syndicats, producteurs et importateurs d’identifier les produits chinois non sensibles susceptibles de bénéficier d’un allègement tarifaire, ainsi que les produits américains qui devraient retrouver un accès au marché chinois au taux de la nation la plus favorisée. Les commentaires sont attendus le 10 juillet et les réponses le 27 juillet.

Côté chinois, le mécanisme, appelé Trade Council ou Conseil du commerce (贸易理事会) doit se focaliser sur un arrangement-cadre de réductions tarifaires réciproques sur des produits d’échelle équivalente, pour un volume d’environ 30 milliards de dollars ou plus de chaque côté.

Le second pilier, le Board of Investment, reste invisible. La Maison Blanche l’a annoncé après la visite de Donald Trump en Chine comme un forum gouvernement-à-gouvernement destiné à traiter les questions d’investissement, mais aucune notice publique, aucun calendrier de consultation comparable au Board of Trade n’a été publié à ce stade. Le retard pris peut s’expliquer par l’articulation avec le Committee on Foreign Investment in the United States (CFIUS), qui doit veiller à ce que les investissements retenus ne soient pas considérés comme sensibles. Scott Bessent avait déclaré que ce Board veillerait à ce que « ces investissements ne soient pas soumis » au CFIUS.

L’ombre portée de la Section 301

Un irritant tarifaire s’ajoute à ces deux piliers stabilisateurs. Le même 2 juin, l’USTR a publié ses conclusions dans 60 enquêtes Section 301 relatives aux régimes d’interdiction des importations issues du travail forcé (pour des raisons de politique intérieure). L’agence américaine estime que l’absence d’interdiction effective, ou l’application insuffisante de ces interdictions, constitue une pratique déraisonnable pesant sur le commerce américain. La proposition vise 60 économies, dont la Chine, Hong Kong, l’Union européenne, le Royaume-Uni, le Japon, l’Inde, l’Australie et Taïwan. Elle prévoit 10 % de droits additionnels pour les économies dotées d’un régime partiel ou d’un engagement réciproque, et 12,5 % pour les autres économies. Bien que le sujet dépasse donc la Chine stricto sensu, Pékin a immédiatement réagi en dénonçant une « politisation » du « travail forcé », mais sans surréagir pour laisser au Board of Trade une chance de voir le jour.

Sur Taïwan et l’Indopacifique, la Chine a montré des signes d’agitation. La garde côtière chinoise a présenté ses récentes patrouilles à l’est de Taïwan comme des « opérations de routine »  destinées à répondre aux initiatives japonaises et philippines de délimitation maritime dans des eaux que Pékin rattache à sa souveraineté. Le 11 juin, Pékin a sanctionné le ministre philippin de la Défense Gilberto Teodoro, ainsi que son épouse et ses enfants, en invoquant des propos répétés portant atteinte aux intérêts chinois et sabotant les relations sino-philippines. La protection du statu quo taïwanais et les alliances avec Tokyo et Manille demeurent pour Pékin des irritants majeurs de la relation. La « stabilisation »  à Pékin entre Trump et Xi reste cantonnée aux canaux économiques et ne désactive pas la pression chinoise dans les espaces maritimes où se mesure la crédibilité américaine.

Analyse

La stabilisation d’une relation aussi complexe que la relation sino-américaine ne se décrète pas, elle se construit. Pékin feint de l’ignorer. A moins qu’il ne cherche à la maintenir dans une instabilité encadrée.

Côté américain, ces « Boards » pourraient acter l’abandon d’une ambition américaine – du moins de cette administration - de transformation du modèle économique chinois. Washington accepterait ainsi d’indexer la relation avec Pékin à un agenda commercial administré autour duquel graviteraient ses autres composantes.

🏷️ relation sino-américaine CFIUS Philippines
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5. Accord Etats-Unis-Iran : premières réactions chinoises

Le 15 juin, à Pékin, le ministère chinois des Affaires étrangères a réagi à l’accord de première phase entre les États-Unis et l’Iran. Son porte-parole ne commente pas l’ensemble du mémorandum. Il en extrait le point majeur et utile pour Pékin : la réouverture du détroit d’Ormuz.

Le reste de l’accord disparaît du commentaire chinois : nulle mention des trois composantes que sont le nucléaire, les capacités balistiques et l’équilibre régional (proxies de l’Iran). Ormuz est qualifié de « détroit important utilisé pour la navigation internationale » (用于国际航行的重要海峡). La Chine souhaite que la sécurité et la libre circulation y soient rétablies au plus vite. La priorité va aux flux, mais aussi à la communication.

La Chine se dit en effet prête à « maintenir la communication » avec les pays de la région et la communauté internationale. Pékin veut éviter de laisser Washington définir seul les conditions politiques et sécuritaires de la réouverture.

Ensuite, la protection de ses actifs. Depuis le début de la crise, le ministère chinois insiste sur la protection des navires à capitaux chinois et des marins chinois. La formule employée aujourd’hui élargit la protection aux navires à « capitaux chinois » (中资船舶) et non plus seulement ceux qui battent pavillon chinois. Elle épouse néanmoins la réalité éclatée du shipping mondial, entre propriété, l’affrètement et les financement, les  équipages, les assurances, ainsi que la cargaison.

Une posture de puissance marchande

La prudence reste maximale sur tout ce qui ressemblerait à une coalition de sécurité sous commandement américain.

Le 16 juin, Wang Yi a souhaité se faire remarquer une nouvelle fois et a téléphoné au premier ministre pakistanais. Son ministère en a immédiatement fait un compte-rendu. Rien de nouveau, sauf la phrase suivante qui semble anticiper (ou vouloir conjurer) la suite possible des événements :

« On peut s'attendre à ce que les négociations de la deuxième phase soient plus difficiles que celles de la première. La Chine estime toutefois qu'il ne faut pas revenir en arrière, et encore moins recourir à nouveau à la force.

Nous verrons cela à l’issue des 60 jours de la phase 1, ou après les midterms du 3 novembre aux Etats-Unis.

🏷️ Iran
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6. Liste L1260H, et la Chine, et l’Europe

Le 8 juin, le Department of Defense  américain (DoD) a publié une nouvelle version de sa liste dite 1260H, qui qualifie près de 200 entités comme « Chinese military companies » opérant directement ou indirectement aux États-Unis, dont Alibaba, Baidu, BYD, CATL, COMAC, DJI, Tencent, SMIC, CXMT et YMTC. Une entreprise civile chinoise devient suspecte dès lors qu’elle relève d’un environnement de fusion civilo-militaire, de tutelle industrielle, de capital public, de soutien technologique ou de présence dans une zone spécialisée. ( 5076 signes. Mots-clés : extraterritorialité ; SASAC ; MIIT ; BYD )

Ce durcissement américain intervient alors que la Chine renforce ses propres instruments de riposte, avec les récents décrets n°834 sur la sécurité des chaînes industrielles, n°835 contre la juridiction extraterritoriale étrangère abusive, et n°837 sur l’investissement sortant. L’Union européenne avance à son tour avec Chips Act 2.0 et le Cloud and AI Development Act (CADA), publiés le 3 juin dans le Technology Sovereignty Package, afin de conditionner l’accès aux segments sensibles du marché européen à des critères de confiance, de contrôle et de souveraineté juridique. Les trois superpuissances commerciales se livrent à une montée en miroir de leurs appareils et dispositifs de sécurité économique.

La liste 1260H relève d’abord du signalement politique. Elle n’équivaut pas à une sanction OFAC ou à une Entity List du Bureau of Industry and Security (BIS), mais elle produit déjà des effets de conformité, d’accès aux contrats du DoD et de réputation.

La section 1260H (du National Defense Authorization Act FY2021) impose au DoD d’identifier annuellement les Chinese military companies opérant directement ou indirectement aux États-Unis ; la publication du 8 juin vise des entités fournissant des services commerciaux, produisant, fabriquant ou exportant, tout en satisfaisant aux critères de désignation du texte .

Le DoD retient une logique écosystémique  du tissu industriel et technologique chinois, dont il est très difficile de connaitre toutes les « fibres ». Alibaba est rattaché à la State-Owned Assets Supervision and Administration Commission (SASAC) et au Ministry of Industry and Information Technology (MIIT) ; BYD est rattaché à SASAC, au MIIT et à une zone de fusion civilo-militaire ; COMAC est directement détenue et contrôlée par la SASAC et affiliée au MIIT ; DJI est rattaché au MIIT, à la People’s Armed Police (PAP) etc.

Cette méthode ouvre un champ considérable. Elle permet de viser non seulement des groupes directement liés à la défense, comme AVIC, CASIC, CETC ou Norinco, mais aussi des plateformes civiles et industrielles : véhicules électriques, batteries, capteurs, cloud, intelligence artificielle, semi-conducteurs, génomique, robotique, télécommunications et logistique.

La voiture électrique chinoise est traitée comme une plateforme duale avec ses  batteries, logiciels, capteurs et données, conduite autonome et connectivité…

Cette liste « 1260H » s’insère dans une hiérarchie de listes de plus en plus contraignantes, et notamment celles du

  • Bureau of Industry and Security (BIS) Entity List,
  • Military End User List (MEU List),
  • Unverified List, Denied Persons List,
  • Office of Foreign Assets Control (OFAC) (Specially Designated Nationals List et Non-SDN Chinese Military-Industrial Complex Companies List)

Et les listes tarifaires (de produits) de la “Section 301” du Trade Act, en tout, une dizaine.

Si la « 1260H » ne produit pas des sanctions elle préinstalle une présomption officielle de risque autour d’une entreprise, de son écosystème et de ses parties prenantes.

Commentaire

La Chine construit en parallèle son propre arsenal de sécurité économique. Le décret n°835 donne une base réglementaire plus intégrée à la riposte contre la juridiction extraterritoriale étrangère. Il complète les dispositifs existants : loi anti-sanctions étrangères, règles de blocage, Unreliable Entity List et mesures administratives du Ministry of Commerce (MOFCOM).

Le découplage sino-américain avance par séquences et strates de réglementations successives, en veillant à ne pas couper tous les flux. Plus Washington serre la vis sur les entreprises chinoises, plus Pékin serre la vis sur les entreprises tierces.

Analyse : et l’Europe dans tout cela ?

L’Europe entre désormais dans la même séquence, selon sa méthode propre. Tout récemment, le Chips Act 2.0 et le Cloud and AI Development Act (CADA) introduisent une logique de confiance juridique et de contrôle effectif (accès différencié aux projets stratégiques, aux marchés publics critiques, aux niveaux élevés d’assurance cloud, aux plateformes d’information et aux financements européens).

Après l’extraterritorialité américaine et la contre-extraterritorialité chinoise, l’Union européenne tente de construire une « extraterritorialité qualifiante ». La notion de confiance se mue en critère opérationnel : l’implantation en Europe ne suffira plus. On progresse.

L’UE évaluera aussi le contrôle final de l’entreprise et les obligations que son droit national peut lui imposer. Une société installée dans l’Union pourra être écartée des segments sensibles si elle reste exposée à une juridiction étrangère capable d’accéder à ses données, d’influencer ses services ou de contraindre ses choix technologiques.

Si la politique américaine accélère la montée en puissance de l’extraterritorialité chinoise, elle accélère aussi la construction européenne car elle rend impossible l’ancien équilibre européen fondé sur la sécurité américaine, le marché chinois et l’ouverture réglementaire.

L’Union européenne commence donc à traiter son marché intérieur comme un actif stratégique. Il lui faut maintenant transformer ses instruments dispersés (règlement de blocage, instrument anti-coercition, contrôle des exportations de biens à double usage, filtrage des investissements, règlement sur les subventions étrangères, Chips Act 2.0, CADA...) en doctrine cohérente de protection de ses entreprises, mais aussi de sa politique économique extérieure face à deux extraterritorialités concurrentes.

🏷️ extraterritorialité SASAC MIIT BYD
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7. La Chine fait le dos rond avant le Conseil Européen

Le 9 juin 2026, Ling Ji, vice-ministre chinois du Commerce et négociateur commercial adjoint, a rencontré à Bruxelles Ditte Juul Jørgensen, directrice générale de la nouvelle DG européenne Trade and Economic Security. Les deux parties ont évoqué les préparatifs d’un mécanisme de consultations Europe-Chine sur le commerce et l’investissement, en vue d’une prochaine visite du ministre du commerce Wang Wentao à Bruxelles à la fin du mois.  (2 312 signes. Mots-clés : OCDE ; MOFCOM ; Wang Wentao ; Maroš Šefčovič)

Contexte : un mois de consultations sous haute tension

Le 4 juin, à Paris, en marge d’une réunion ministérielle de l’OCDE, Li Chenggang, représentant chinois pour les négociations commerciales internationales et vice-ministre du Commerce, a rencontré Maroš Šefčovič, commissaire européen au commerce et à la sécurité économique.. Pourtant, trois jours plus tôt, l’OCDE publiait un rapport - OECD MAGIC Database of Industrial Subsidies - largement diffusé, soulignant qu’entre 2005 et 2024, les entreprises chinoises ont reçu en moyenne trois à huit fois plus de soutien public que les entreprises des pays de l’OCDE.

Aujourd’hui et demain de tient le Conseil Européen , au cours duquel les dirigeants sont appelés à approuver une approche globale et plus affirmée vis-à-vis de la Chine, pouvant conduire à davantage de sauvegardes d’urgence et à un nouvel instrument sur les surcapacités.

C’est dans ce contexte que Wang Wentao est attendu à Bruxelles, les 29–30 juin prochains.

Commentaire

Ces deux derniers mois, les capitales européennes et Bruxelles ont créé les conditions d’un rapport de force à leur avantage dans les discussions avec le ministre du Commerce. Réunions Chine, rapports et déclarations se sont succédé autour d’un plan de communication concerté. En élargissant le dialogue tout en préparant des outils commerciaux plus durs, Bruxelles semble avoir opté pour une approche de la carotte et du bâton.

L’approche côté chinois était aussi prévisible : elle veut « stabiliser » la relation – comme avec les Etats-Unis de D. Trump - c’est-à-dire, neutraliser toute velléité de constitution d’une ligne dure élargie contre ses positions, considérant que plus le temps passe, plus la réponse européenne se diluera par des mécanismes nouveaux qu’elle aura contribué activement à créer.

Analyse

Derrière ces postures, aucune trajectoire commune de désescalade, ne se dessine vraiment. Deux jours après la publication du rapport de l’OCDE, le 3 juin, soulignant l’importance de ses subventions industrielles, Pékin avait dénoncé ses conclusions comme « arbitraires », signalant son opposition de fond sur la question. Côté européen, si l’on voit plus nettement le « bâton » d’un durcissement à venir, à l’aide de l’arsenal réglementaire désormais prêt à l’emploi, on peine à discerner ce que Pékin pourrait identifier comme une « carotte ». Le marché européen lui serait acquis et les investissements des entreprises européennes en Chine n’ont pas à se décider selon les desiderata de Bruxelles. Le marché chinois restera attractif quoi que décident les politiques européennes. Pékin n’a plus qu’à faire semblant encore quelques semaines puis la période estivale aidant la situation se normalisera, jusqu’à nouvel ordre.

🏷️ OCDE MOFCOM Wang Wentao
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8. Accueil plutôt froid à Washington pour Cheng Li-wun

Du 10 au 12 juin, Cheng Li-wun, présidente du Kuomintang, a fait étape à Washington dans le cadre de sa tournée américaine de deux semaines, engagée après sa visite d’avril en Chine et sa rencontre avec Xi Jinping. Le KMT a présenté la séquence comme une opération de clarification : rassurer les États-Unis sur sa ligne de dialogue avec Pékin, corriger les « malentendus » sur sa politique chinoise et défendre l’idée d’une transformation de la « première chaîne d’îles » en « chaîne de paix et de prospérité ».

Plusieurs élus américains ont centré les échanges sur le budget de défense taïwanais, réduit par la majorité KMT–TPP, et sur la crédibilité de la dissuasion. Le sénateur républicain Dan Sullivan a appelé le KMT à travailler avec le DPP pour finaliser le budget de défense. Le Congressman républicain Tom Suozzi – fraichement élu il est vrai le 8 juin au Select Committee - a jugé que la résistance du KMT à un budget robuste nourrissait le soupçon d’un rapprochement avec le PCC et d’un affaiblissement de la dissuasion. Plus significatif encore, la rencontre annoncée avec le National Security Council (NSC) aurait été abaissée vers l’American Institute of Taiwan (antenne diplomatique officieuse) de Washington, puis annulée, malgré les dénégations publiques du KM

Analyse

Certaines analyses pointent le grief budgétaire comme raison principale de l’annulation de la réunion avec le NSC. Or, ce n'est pas le registre ni le domaine d’intervention du NSC. Il n’a pas vocation à sanctionner une décision budgétaire du Yuan législatif taïwanais ; c'est un problème pour le Pentagone et pour les commissions parlementaires, pas pour l'instance de coordination stratégique de la Maison Blanche.

Cette annulation est selon moi un signal politique adressé à Taipei autant qu’à Pékin. Washington ne pouvait offrir à Cheng Li-wun une validation stratégique exploitable par le KMT après sa séquence chinoise. Une rencontre assumée avec le cœur sécuritaire de l’exécutif américain aurait donné à Cheng une victoire symbolique, brouillé le message américain à la population taïwanaise et placé le NSC en porte-à-faux avec l’appareil de défense américain, pour lequel la première chaîne d’îles reste une architecture de dissuasion, pas un corridor commercial à rebaptiser sous bannière KMT.

La veille de l’annulation, un édito (en anglais) du Taipei Times, qualifiait déjà explicitement la position de Cheng de démilitarisation de tout l'arc insulaire de Manille à Tokyo, un rêve de la Chine et notait qu'elle n'appelle jamais Xi Jinping à une réduction équivalente de la menace militaire.

La faiblesse principale de Cheng est désormais visible. Sa rhétorique de paix emprunte au vocabulaire pékinois de l’intégration régionale et tente de l’acclimater au logiciel transactionnel trumpien. A Washington, elle s’est heurtée à une exigence plus simple, financer la défense de Taïwan.

Cf. Bulletin #31– Mémo 4 – Cheng Li-wun (KMT) veut requalifier la stratégie américaine de la "première chaîne d’îles"
🏷️ KMT
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9. Myanmar : visite de Min Aung Hlaing à Pékin

Min Aung Hlaing effectue une visite d’État en Chine du 15 au 19 juin. Le général Min Aung Hlaing, élu président* en avril dernier par un Parlement dominé par les loyaliste militaires, y rencontre Xi Jinping, ainsi que Li Qiang et Zhao Leji, c’est-à-dire le top 3 du régime. la délégation de Min Aung Hlaing comprend des responsables de régions frontalières, ce qui laisse penser que les discussions portent également sur le commerce frontalier, et possiblement une relance des discussions sur le projet sensible de Myitsone**.

Commentaire

Le Myanmar donne à la Chine un accès direct à des installations portuaires dans l’océan Indien, ce que Delhi surveille de près. Cet objectif sécuritaire de « stabilité » de la frontière sino-birmane lui est subordonné. L’ intérêt stratégique majeur réside dans le corridor Kunming–Kyaukphyu qui pourra contourner le détroit de Malacca, en cas de crise ou de reconfiguration des routes.

Depuis 2021 et plus particulièrement 2025 et l’opération 1027, Pékin a sensiblement pesé sur la situation politico-sécuritaire à Mynamar, manipulant les rapports de force entre la  junte et les groupes armées rebelles. En avril 2025, des officiels chinois ont supervisé la cérémonie au cours de laquelle la MNDAA (Myanmar National Democratic Alliance Army) a restitué Lashio (la plus grande ville du nord de l'État Shan) à la junte sans combat, et la TNLA (Ta'ang National Liberation Army) a de même cédé Mogok, ville minière de rubis très lucrative, peu après. Dans les deux cas en expulsant au passage les combattants pro-démocratie de leurs zones...

Pourtant, c’est l’Inde a été la première visite officielle de Min Aung Hlaing depuis sa prise de fonction présidentielle, du 30 mai au 3 juin 2026. Myanmar pose un défi direct à New Delhi. Partageant 1600km de frontière avec lui, Mynamar est crucial pour les politiques Neighbourhood First, Act East et Indo-Pacific de Delhi. Ce dernier ne peut laisser le champ libre à l’influence politique, sécuritaire, et économique (corridors, minerais, connectivité) chinoise.

---------- Notes

*L'UE considère l'ensemble du processus électoral (législatives de décembre-janvier dernier, composition du Parlement et désignation présidentielle) comme dénué de légitimité.

** Myanmar’s China-backed mega dam revival risks Kachin rebel backlash

 Relié : rapport de l’ICG : Myanmar’s New Administration: Military Consolidation, Not Transition Crisis Group Asia Briefing N°188 Bangkok/Brussels, 3 June 2026.

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▶ Influence et ingérences

10. le Parti incorpore des savants certifiés dans son appareil de décision. Et après ?

Un article de The Economist a attiré mon attention : “Xi Jinping gives China’s crack scientists new jobs inside government - tech rivalry is reshaping the ruling elite”. J’ai voulu vérifier à l’aide de sources chinoises.

Certains des chimistes, physiciens et informaticiens les plus éminents de Chine sont appelés à intégrer les hautes sphères du Parti. Une étude récente menée par Li Cheng et Zhao Xiuye, de l’Université de Hong Kong, montre qu’un nombre croissant d’« académiciens » – un groupe d’élite composé de scientifiques de carrière élus par les instances universitaires chinoises – rejoignent les instances dirigeantes du Parti et le gouvernement. Le nombre de ces scientifiques siégeant au Comité central, l'instance décisionnelle du Parti, a doublé au cours de la dernière décennie, passant à 29 sur environ 350 membres. Ils auraient été promus pour aider à définir les politiques et orienter les capitaux et les talents vers la machine à innover chinoise. (the Economist)

Commentaire

Certains observateurs estiment que la Chine des ingénieurs de la période 1980-2010 est derrière nous et qu’émerge une nouvelle génération « d’experts », tournés vers les sciences et donc plus aptes à relever le défi du 21ème siècle : la course à la suprématie technologique. Sous-entendu, que la Chine ne serait pas gouvernée par les seuls politiques du PCC, les « rouges » :

La volonté d’atteindre l’autonomie technologique ouvre-t-elle une nouvelle voie d’accès à l’élite dirigeante chinoise ? Le Parti se demande depuis longtemps comment sélectionner des cadres à la fois politiquement fiables et techniquement compétents. Sous le régime de Mao Zedong, ceux qui avaient des antécédents révolutionnaires (« les rouges ») étaient opposés à l’intelligentsia (« les experts »). Lors du prochain congrès du Parti, qui se tiendra en 2027, M. Xi procédera une nouvelle fois à un remaniement des rangs de la direction. Le meilleur conseil pour les rouges ambitieux serait peut-être de devenir un peu plus experts.

Cette dichotomie entre "rouges" et "experts" a fait florès, mais elle demeure notre grille de lecture de l’évolution du pouvoir dans la Chine de Xi Jinping. Selon celle-ci, il faudrait connaître les bons chiffres et les pourcentages des uns et des autres au Comité Central pour faire analyse. Le problème est double ici : ce biais statistique ne dit pas grand-chose, et ce qu’il dit détourne notre regard.

De plus, les nombreuses études de Li Cheng, depuis qu’il officiait au John L. Thornton China Center de Brookings, ne varient pas beaucoup : toujours cette vision comptable du pouvoir. Il déménage en 2023 pour s’installer à Hong Kong alors que la loi sur la sécurité nationale s’y applique désormais et punit toute déviance intellectuelle. Ses écrits sont par conséquent tolérés, voire les bienvenus. Quand on cherche ses sources primaires, on les trouve du côté des agences de presse officielles. Depuis tout ce temps-là, cet expert en pékinologie participait au récit national des élites.  Que nous dit sa dernière étude, réalisée au Centre on Contemporary China and the World de la University of Hong Kong ? La Chine disposerait d’un appareil dirigeant plus compétent, plus scientifique, plus orienté vers la performance technologique.

Analyse

En répétant ce genre de tautologie – le PCC intègre plus « d’experts », donc il est plus compétent – on commet deux erreurs. D’abord, il n’en est pas moins « rouge ». Les deux dernières générations d’ingénieurs ont été sollicitées pour participer notamment au Made In China 2025 et à la politique de puissance manufacturière et prédatrice. En voit-on aujourd’hui les limites ? Pas encore. Si nous transposons maintenant cette association « rouge et expert » dans le domaine scientifique et technologique, et si nous partons du principe que les mêmes causes produisent les mêmes effets, qu’est-ce qui risque de se produire effectivement ? Une politique dans les sciences et les technologies adossée à une même volonté de puissance. Seules ses externalités ne nous sont pas toutes connues, et c’est sur elles que nous devons nous pencher.

Ensuite, nous avons banalisé la fusion entre le pouvoir politique et le pouvoir économique. Les ingénieurs, depuis l’ex-premier ministre Li Peng, ingénieur de formation et promoteur politique du barrage des Trois Gorges, nous avaient donné cette indication précieuse. Nous avons mis beaucoup de temps à comprendre ses conséquences en matière de politique industrielle et de l’ascension des entreprises chinoises.

Aujourd’hui,  le PCC intègre progressivement l’expertise scientifique dans son architecture de pouvoir. Cette intégration resserre la chaîne reliant recherche fondamentale, planification industrielle, les financements publics, avec la sécurité nationale.

Elle affaiblit la séparation fonctionnelle qui, dans les démocraties libérales, distingue la décision politique et la production scientifique. La Chine dispose ainsi d’un instrument de programmation technologique plus direct, plus rapide et plus discipliné, mais dont les garde-fous relèvent d’abord de la hiérarchie politique.

Que sont, dans ce contexte, les objectifs de puissance de ces élites politico- scientifiques à l’horizon 2050-2060 ? C'est une des questions que nous devons nous poser.

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11. Chine-Asie Centrale et la sinologie d’Etat

Le 13 juin, le deuxième Forum de sinologie d'Asie centrale s'est tenu à Tachkent, capitale de l'Ouzbékistan. Des experts et des universitaires venus de Chine et des pays d'Asie centrale ont discuté des voies de coopération régionale et de développement en matière de recherche sinologique.

Dans son allocution, Vladimir Imamovich Norov, président de l’Association d’Asie centrale pour l’intelligence artificielle et ancien secrétaire général de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), a souligné qu’à l’heure actuelle, la Chine est devenue le principal partenaire commercial de plus de 150 pays et régions, un acteur majeur dans la construction d’infrastructures mondiales, ainsi qu’une force motrice dans les domaines des technologies numériques, de l’intelligence artificielle, des énergies vertes et de l’industrie manufacturière de haute technologie. De nombreux experts internationaux considèrent la Chine non seulement comme une grande puissance économique, mais aussi comme l’un des principaux moteurs de la construction d’un nouvel ordre international. C’est précisément pour cette raison que l’importance et la pertinence de la sinologie moderne sont de plus en plus mises en évidence ».

Commentaire

Ce qui se passe ici est courant et sidérant : ce « Forum de sinologie d'Asie centrale » apparait comme un espace de discussion du discours chinois sur la Chine, sous couvert de sinologie.  On étudie la Chine pour mieux comprendre pourquoi son modèle est pertinent et pourquoi son ascension est bénéfique pour le monde.

La sinologie dont parle Norov dit en substance que  « la Chine est une grande puissance bienveillante et moteur du nouvel ordre mondial, étudions-la pour mieux comprendre et diffuser cette vérité ». La conclusion est posée d'avance. La recherche n'est que le chemin qui y mène. Cela s’appelle de la téléologie et c'est la structure logique du dogme pour lequel les faits ne doivent pas venir le tester, mais le nourrir. Aucune donnée empirique sur la Chine ne peut venir ébranler la prémisse de départ, parce que la prémisse n'est pas de l'ordre du vérifiable.

Analyse

Je disais « courant » car c’est ce que j’observe, avec des variations, dans beaucoup de pays. Une simple interrogation devrait suffire : pourquoi la Chine organise et oriente son propre champ des études chinoises ?  

« Sidérant », parce que cette « sinologie » semble se développer dans des pays qui ont une expérience historique directe de la domination soviétique et qui savent collectivement ce que signifiait une sinologie alignée sur Moscou.

Le vecteur est aussi préoccupant que le message. Cette connaissance officielle de la Chine ne reste pas dans les revues universitaires ; elle migre vers les chancelleries, les négociations commerciales et les formats multilatéraux, ici l’OCS. Un diplomate formé dans cette sinologie-là ne négociera pas avec la Chine, il appliquera ses préceptes. Sommes-nous, nous Français et Européens, à l’abri de cette sinologie d'État ?

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12. Expédition Chine, immersion et conflits d’intérêts

« Expédition Chine : un séjour d’étude exclusif avec Conflits », lit-on sur le site web de la revue de géopolitique.  

Conflits organise un séjour d’étude inédit en Chine, réservé aux chefs d’entreprise et cadres dirigeants, du 19 au 26 septembre 2026. Six jours à Shenzhen, Hangzhou et Shanghai pour rencontrer en face-à-face les acteurs majeurs de la nouvelle économie chinoise : Huawei, BYD, DJI, ByteDance, DeepSeek, Unitree… Un format volontairement restreint, alliant accès privilégié au terrain industriel et décryptage géopolitique permanent par la rédaction.
On commente la Chine partout. On la comprend rarement de l’intérieur. En vingt-cinq ans, le pays est passé du statut d’atelier du monde à celui de laboratoire de l’innovation industrielle : véhicules électriques, intelligence artificielle, robotique, semi-conducteurs, drones, biotechnologies. Dans chacun de ces domaines, des entreprises chinoises occupent désormais le premier rang mondial. Pour le dirigeant occidental, saisir cette mutation n’est plus une curiosité intellectuelle : c’est devenu une nécessité stratégique.
C’est pourquoi Conflits a conçu un séjour d’étude d’un genre nouveau, à mi-chemin entre la mission économique et l’expédition de compréhension. Non pas un voyage touristique agrémenté de quelques visites, mais une immersion professionnelle dans les coulisses de la puissance industrielle chinoise, encadrée par une analyse géopolitique de chaque instant.

 Commentaire

On croirait lire un publirédactionnel de Xinhua. Tous les codes y sont : c’est pas une « immersion » que l’on comprend mieux la Chine , de l’atelier au laboratoire, et maintenant, cela devient une « nécessité stratégique ». Heureusement, les heureux séminaristes se verront administrer un « décryptage géopolitique permanent par la rédaction ».

J’aime beaucoup la formule « une immersion professionnelle dans les coulisses de la puissance industrielle chinoise, encadrée par une analyse géopolitique de chaque instant ». Une immersion encadrée et de chaque instant ? Attention à la noyade par asphyxie.

Notamment Avec Alex Wang qui « ouvre les portes d’entreprises et d’interlocuteurs habituellement inaccessibles ». En avril dernier, dans un article écrit dans la Revue Elements, A. Wang livrait quelques-unes de ses analyses de terrain : (Revue Éléments - Innovation : pourquoi la Chine va plus vite que la France ?)

L’exemple chinois montre que la vitesse et l’expérimentation sont au cœur de l’innovation (…) Et si, au lieu de diaboliser, la France s’inspirait en partie de ce modèle ?

Pourquoi pas ? Allons-y !

Les gouvernements provinciaux et municipaux subventionnent massivement les start-ups, offrent des infrastructures, facilitent l’accès au crédit et simplifient les procédures.
 L’innovation n’est pas conçue comme un événement ponctuel, mais comme un processus accéléré et itératif. C’est cette agilité technologique dont la France pourrait s’inspirer, plutôt que se considérer comme une forteresse assiégée en érigeant des barrières protectionnistes.
Le cas de Shein l’illustre : face aux innovations industrielles de l’entreprise textile, la France répond par les taxes et les interdictions. Cela ne renforcera pas le tissu industriel français et pourra être contourné d’une façon ou d’une autre.
Essayer d’abord, perfectionner ensuite : la méthode chinoise. La philosophie chinoise de l’innovation peut se résumer ainsi : « faire d’abord, corriger ensuite »

 Mon analyse 

Tout est dit. Ce type de voyage organisé de bout en bout par les autorités chinoises, leurs proxies et partenaires devraient susciter de la méfiance, sauf à l’intégrer dans une démarche consciente, une occasion de réaliser  « un terrain » de recherche (un peu cher tout de même, réclamez un coupon) épistémologique et pratique, avec retex à la clé.

Plus sérieusement, ces learning expeditions ressortent davantage du « tourisme d’environnement », ciblant nos décideurs économiques et publics (chercheurs). Côté réceptifs : des structures rôdées à l’exercice et dont c’est d’ailleurs le fond de commerce principal, je veux parler d’acculturation.  

Relisons ensemble Simons Leys et ses « Ombres chinoises ». Quelques pages doivent suffire à nous sortir du somnambulisme ambiant.

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▶ Documentation & agenda

◇ Documentation

  • Surcapacité et modèle économique chinois

La Chine peut-elle survivre au siècle chinois : « Surcapacités, marges réduites, endettement croissant, consommation en panne : derrière la démonstration de force industrielle, une économie en équilibre instable. », le 16 juin, Valentin Allard, Thomas Grjebine, économiste au CEPII et Mattéo Torres, rattaché au Haut-commissariat à la Stratégie et au Plan. L’article est publié dans Le Grand Continent, revue du Groupe d’études géopolitiques. Résumé : la faiblesse structurelle de la consommation intérieure oblige Pékin à déplacer l’ajustement vers les exportations, transformant ses déséquilibres internes en choc industriel mondial. La Chine ne doit plus être lue seulement comme un concurrent commercial efficace, mais comme un système macro-industriel qui externalise ses déséquilibres. L’idée que le modèle chinois finira par se corriger tout seul, que les surcapacités disparaîtront par consolidation interne, ou que la Chine deviendra mécaniquement une économie de consommation est une chimère. Pour aller plus loin,  

Relié : mon mémo n°2, supra : « Pour en finir avec la « faiblesse de la consommation chinoise ».

  • Chine-ONU

Inside China's Strategy to Reshape the United Nations, Select Committee on the Strategic Competition Between the United States and the Chinese Communist Party (U.S. House of Representatives), mars 2026. Le rapport du Select Committee identifie quatre vecteurs d'influence chinoise à l'ONU : les contributions financières croissantes (20 % du budget régulier en 2026, contre 2 % en 2006), utilisées comme levier politique ; le placement stratégique de nationaux chinois à des postes-clés d'agences onusiennes ; le déploiement de Casques bleus dans des zones d'intérêt économique (Soudan du Sud, pétrole Sinopec et PetroChina/CNPC) ; et l'infiltration du système consultatif de l'ECOSOC via des GONGOs liés au Département du Travail du Front Uni. La thèse centrale est que Pékin ne participe pas au multilatéralisme onusien de bonne foi, mais l'instrumente méthodiquement au service des objectifs du PCC.

Cf. Bulletin #30– Mémo 8 – Wang Yi, Ses groupes d’amis et leur GONGOs"
  • Filière textile

(1) 25 marques premium chinoises pour dominer le monde de la mode d'ici 2028 ?, Les marques françaises de mode, nouvelles proies de la Chine sur le marché mondial de l’habillement premium, le 10 juin, par Anne-Charlotte Le Diot. Note stratégique destinée aux acteurs français du textile, de l’habillement, du haut de gamme et du luxe, avec une lecture géoéconomique de la stratégie chinoise. Le texte analyse la politique chinoise de mai 2026 visant à faire émerger 25 champions du textile et de l’habillement d’ici 2028 comme une extension sectorielle de la circulation duale. Pékin veut dépasser son rôle d’« usine textile du monde » pour construire des marques puissantes, intégrées, technologisées et capables de concurrencer les acteurs français du haut de gamme. La stratégie chinoise combine soutien public et innovation, IA, robotisation, et une intégration verticale qui lui confère une influence normative puissante. La note recommande une veille offensive, une diversification des chaînes de valeur, une défense active des normes, une montée en gamme durable et une affirmation plus stratégique de l’ADN culturel français.

Cf. Bulletin #28– Mémo 2 – Textile, Pékin prépare l’après Shein
  • Sécurité internationale

Security Without Institutions: China’s Global Security Initiative and Fragmenting Order, 4 juin 2026, par Scott N. Romaniuk, Senior Research Fellow au Centre for Contemporary Asia Studies, Corvinus Institute for Advanced Studies, et au Department of International Relations, Institute of Global Studies, Corvinus University of Budapest. Résumé : Le brief analyse la Global Security Initiative comme le pilier sécuritaire de l’architecture chinoise dite « four-in-one », avec la Global Development Initiative, la Global Civilization Initiative et la Global Governance Initiative. Selon l’auteur, la GSI ne constitue ni une alliance ni une organisation de sécurité collective, mais un cadre normatif flexible fondé sur la souveraineté, la stabilité des régimes, la non-ingérence et la « sécurité indivisible ». Son déploiement passe par des mécanismes bilatéraux : formation policière, coopération antiterroriste, ventes d’armes, renseignement, infrastructures numériques et technologies de surveillance. La GSI accroît l’influence discursive et diplomatique de Pékin, tout en contribuant à une fragmentation de l’ordre de sécurité mondial faute d’institutions, d’obligations et de règles communes.

Relié : Scott N. Romaniuk, China’s Global Security Initiative in South Asia, pour The Diplomat (Janvier 2026)

  • Intelligence artificielle

Red Lines. Understanding the National Security Risks of China’s Advanced AI, juin 2026 par Daniel Remler, Senior Fellow au Technology and National Security Program du Center for a New American Security (CNAS). Le document précise qu’il travaille sur les implications de l’IA et des technologies émergentes pour la sécurité nationale américaine, la politique étrangère et la compétition stratégique. Avant CNAS, il a été policy advisor au Department of State, au sein de l’Office of the Special Envoy for Critical and Emerging Technology, où il a travaillé sur la politique IA et la stratégie de diplomatie technologique du Département d’État. Résumé : Le rapport soutient que les systèmes chinois d’IA avancée posent un risque croissant pour la sécurité nationale américaine, en raison de leurs capacités en codage, raisonnement, multimodalité et agents autonomes. Il identifie sept développeurs chinois à surveiller : Alibaba, ByteDance, DeepSeek, MiniMax, Moonshot, Tencent et Zhipu. Les risques sont classés en trois domaines : cinétique, cognitif, économico-technologique, et deux vecteurs : instrumentalisation directe par le Parti-État et diffusion mondiale créant dépendances et vulnérabilités. Le rapport insiste sur les risques cyber, biologiques, militaires, de censure, de surveillance, d’influence informationnelle et  d’alignement idéologique. Il recommande une réponse américaine plus rapide et coordonnée : évaluations sous 72 heures, alertes CISA*, tests classifiés, coordination alliée et rapports semestriels sur l’IA chinoise.

*La Cybersecurity and Infrastructure Security Agency, l’agence américaine chargée de la cybersécurité et de la protection des infrastructures critiques, rattachée au Department of Homeland Security

 ◇ Agenda

  • Visite de Wang Wentao, ministre du Commerce (MOFCOM), à Bruxelles, 29-30 juin.

Les discussions de Paris et de Bruxelles préparatoires à la visite ont porté sur la création d'un nouveau mécanisme de consultation sur le commerce et l’investissement. Peut-être se rapprochera-t-il, sur la forme, des deux Boards que Washington et Pékin tentent de mettre en ce moment au point ? Autre hypothèse : que ce mécanisme ne s’avère être qu’une hotline pour gérer les moments de crise ou d’incompréhension.

Le sommet de l’OTAN d’Ankara des 7 et 8 juillet devrait confirmer l’inscription durable de la Chine dans le périmètre stratégique de l’Alliance, non comme une menace militaire directe pour l’espace euro-atlantique, mais comme un défi systémique affectant l’environnement de sécurité des Alliés. Les discussions devraient porter sur les dépendances industrielles et technologiques, la sécurité des chaînes d’approvisionnement critiques, la résilience des infrastructures numériques et les risques cyber.

L’OTAN devrait également poursuivre le rapprochement engagé avec ses partenaires indopacifiques  afin de renforcer les échanges d’informations, la coopération en matière de technologies émergentes et l’analyse commune des enjeux de sécurité. Le niveau de détail des références à la Chine dans le communiqué final et d’éventuelles initiatives de coopération sur les chaînes critiques et les technologies duales constitueront les principaux indicateurs de l’évolution du positionnement de l’Alliance à l’égard de Pékin.

◇ Conférences

22 juin, 1-h30-18h, Bruxelles en présentiel et sous Chatham House rule ; Europe’s policy options for AI in the midst of US-China strategic competition, What lessons can Europe learn from China’s AI strategy?, par Bruegel ,avec Alicia Garcia-Herrero et Bertin Martens.

Le 24 juin, Bruxelles : The 12th Europe Forum 2026 — Competition or Complementarity? Strategic Opportunities in EU–China AI Development. Remarque importante : A classer et considérer sous l’angle de ma rubrique « influence et ingérences ». Le gotha des vecteurs d’influence chinois y sont représentés et agiront en séance. Excellent terrain pour ceux qui comprennent le sujet.

Relié : Bulletin #30– Mémo 10 – Europe-Chine et intelligence artificielle, une pièce en cinq actes ↑ Retour au sommaire