Bulletin n°33 : la Chine face à l’Europe ; Donald Trump et ses hôtes de Haute-Savoie
Vers une plateformisation de l’économie industrielle chinoise ; Au sujet de l’écosystème DeepSeek ; L’UE retarde son bras de fer son adversaire, sans le nommer ; Contrôle des exportations et extraterritorialité : la riposte graduée chinoise ; Pékin ouvre un procès moral de la puissance japonaise
📋 Structure de ce Bulletin
- 1. [2028 : Vers une plateformisation de l’économie industrielle chinoise]
- 2. [Nouvelles mesures concernant la sécurité des données sur le réseau]
- 3. [Shanghai, une future place financière offshore ?]
- 4. [Au sujet de l’écosystème DeepSeek]
- 5. [L’UE retarde son bras de fer son adversaire, sans le nommer]
- 6. [Contrôle des exportations et extraterritorialité : la riposte graduée chinoise ]
- 7. [Pékin ouvre un procès moral de la puissance japonaise]
- 8. [Chongqing recrute pour sa ferme d’influence internationale]
- 9. [La médiation : main de fer dans gant de velours]
- 10. [Postes clandestins ou non déclarés ?]
Edito
La bataille des minerais critiques porte désormais sur le pouvoir de définir les règles, les dépendances acceptables et les coalitions légitimes. À Évian-les-Bains, le G7 a dénoncé les restrictions arbitraires à l’exportation, les politiques non marchandes et la coercition économique, tout en fixant un objectif de réduction de l’exposition à un fournisseur unique pour les terres rares et les aimants permanents. Quelques jours plus tard, à New Delhi, Wang Yi a appelé les BRICS à renforcer leur coopération sur les « ressources minérales stratégiques », dans un cadre consacré à la sécurité nationale. Une ligne de fracture se creuse : qui organisera l’économie de la transition énergétique et technologique ?
La Chine veut toujours voir le G7 comme une « petite clique », mais elle craint en coulisses qu’il ne rallie davantage de pays à sa cause. La présence de l’Inde, du Brésil, du Kenya et de la Corée du Sud rend compte de son attractivité croissante. Et ce malgré la participation de Donald Trump, apprivoisé pour l’exercice par le savoir-faire diplomatique de ses hôtes de Haute-Savoie.
Il est vrai que le G7 regroupe les principaux irritants de la Chine. Outre les États-Unis, irritant en chef, l’UE — dont la France — et le Japon sont les cibles du moment. L’Allemagne fait figure de passager mystère pour ce qui concerne sa politique chinoise. Mais les déclarations de son chancelier, Friedrich Merz, à la clôture du G7, augurent d’intenses négociations à venir avec Wang Wentao, ministre chinois du Commerce, en déplacement à Bruxelles les 29 et 30 juin : « Nous sommes face à une économie dont la monnaie est sous-évaluée, par rapport à d’autres espaces économiques, dans un ordre de grandeur compris entre 25 et 30 %. C’est un désavantage compétitif tellement massif que nous devons en parler ».
▶ Politique intérieure
1. 2028 : Vers une plateformisation de l’économie industrielle chinoise
Adopté sous la direction du Conseil des Affaires d’État, un Plan d'action pour le développement des grandes, moyennes et petites entreprises dans le cadre de l'économie des plateformes (促进平台经济大中小企业协同发展行动方) vise à structurer la collaboration entre plateformes numériques, PME et acteurs publics pour renforcer la compétitivité industrielle. Il s’inscrit dans la stratégie de fusion entre économie réelle et numérique, avec des objectifs chiffrés, à l’horizon 2028 : 100 projets pilotes, 10 plateformes de service et l’émergence de champions industriels dans des secteurs clés comme l’IA, l’automobile connectée ou l’aérospatial commercial. Il faut bien distinguer ce qui relève du message politique et leurs objectifs mobilisateurs, peu contraignants sur le plan juridique mais fortement incitatifs sur le plan politique et économique, du véritable projet programmatique qui comprend des appuis concrets : financements publics (subventions, prêts à taux zéro), incitations fiscales (réductions d’impôts pour la R&D), accès prioritaire aux marchés publics, et soutien logistique (ex. : douanes simplifiées).
( 2 678 signes. Mots-clés : Plateforme ; IIoT ; Automobile : spatial)
Parmi les mesures concrètes, on peut déjà identifier :
- l’encouragement à des collaborations entre plateformes, PME et universités, donnant accès à des financements publics via des appels à projets nationaux,
- un mécanisme de croissance des investissements en R&D imposant aux plateformes d’augmenter leurs budgets en technologies de rupture.
- les démonstrateurs à grande échelle, notamment le déploiement de véhicules autonomes ou de constellations de satellites bénéficient d’un engagement fort, avec des subventions déjà allouées en 2025 à 50 projets pilotes. dont 20 (affichés) dans l’automobile connectée (ex. : déploiement de véhicules autonomes à Shanghai et Shenzhen), 15 dans l’aérospatial (constellations de satellites pour GalaxySpace et Commsat), et 15 dans l’IA/robotique, pour un montant total de 5 milliards de yuan (MIIT, 2025)
Le texte pousse aussi la mise en place des chaînes technologiques futures, grâce à des feuilles de route spécifiques, l’interopérabilité des plateformes (normes techniques en cours de finalisation), et la standardisation des données, dont la publication est prévue en 2026.
Les plateformes IIoT reçoivent des subventions pour leur adoption par les PME. Les plateformes IIoT comme Haier (COSMOPlat) ou Siemens Chine (MindSphere) reçoivent des subventions couvrant jusqu’à 50 % des coûts d’adoption pour les PME, avec un budget alloué de 2 milliards de RMB en 2026
Le volet international constitue un axe central du dispositif
Traduction du paragraphe le concernant (n°9) :
Promouvoir un écosystème gagnant pour l’internationalisation. Soutenir les plateformes pour l’exportation de produits et services numériques et renforcer leurs capacités internationales Encourager les PME à former des consortiums d’exportation* (抱团出海), en s’appuyant sur les plateformes, les logisticiens, les fintechs et les fournisseurs de cloud pour offrir des services de qualité. Soutenir la création conjointe de centres de R&D à l’étranger et l’attraction d’experts mondiaux. Renforcer la participation aux organismes de normalisation internationale. Renforcer le système de services intégrés à l’étranger (海外综合服务体系) (alerte PI, assistance juridique, médiation) pour protéger les droits des entreprises chinoises.
*souligné par moi
Commentaire
Des entreprises comme CATL, BYD, Geely dans l’automobile ou GalaxySpace, Commsat et Spacety dans le spatial cochent déjà la majorité des critères de « champion unique » (单项冠军), comme le leadership sectoriel, le niveau de plateformisation et la capacité d’innovation.
Ce texte consacre la plateformisation systémique de l’économie chinoise, étendant un modèle éprouvé dans l’e-commerce à des secteurs industriels stratégiques. L’internationalisation y est un axe central, tout comme une innovation décentralisée mais encadrée par l’État.
L’État stratège et planificateur structure rapidement des écosystèmes où plateformes (market access, canaux), logisticiens (express, fret), fintechs (paiements transfrontaliers), et fournisseurs de cloud (Alibaba Cloud, Huawei Cloud) mutualisent leurs avantages comparatifs pour réduire les coûts et les risques.
Il faut rapidement prendre la mesure du changement.
2. Nouvelles mesures concernant la sécurité des données sur le réseau
Le 18 juin, l’Administration du cyberespace de Chine (CAC, Cyberspace Administration of China), le ministère de l’Industrie et des Technologies de l’information (MIIT, Ministry of Industry and Information Technology) et le ministère de la Sécurité publique (MPS, Ministry of Public Security) ont publié les Mesures relatives à l’évaluation des risques de sécurité des données sur le réseau (网络数据安全风险评估办法), qui entreront en vigueur le 20 août 2026. (5 005 signes. Mots-clés : MSE ; CAC ; MSP)
Résumé des mesures
Le texte encadre les évaluations de risques applicables aux données sur le réseau et impose aux responsables du traitement de données importantes une évaluation annuelle, un rapport conservé au moins trois ans et une transmission aux autorités compétentes. Il organise la coordination entre autorités sectorielles, CAC, départements chargés des télécommunications, de la sécurité publique et de la sécurité d’État (MSE).
Il encadre également le recours aux organismes tiers d’évaluation, leur responsabilité, leur confidentialité et leur certification. Le texte prévoit enfin des vérifications administratives, des mesures de rectification et, en cas de risque pour la sécurité nationale ou l’intérêt public, la possibilité d’exiger l’arrêt du traitement de données importantes. Les implications pour les entreprises étrangères sont multiples et profondes.
Une traduction in extenso est fournie ICI, avec les noms propres chinois entre parenthèses.
Contexte
La Loi sur la sécurité des données (中华人民共和国数据安全法) avait déjà posé le cadre notamment sur la classification des données et leur protection. Le Règlement sur la gestion de la sécurité des données sur le réseau (网络数据安全管理条例), également cité en préambule du texte, avait aussi détaillé les responsabilités avec notamment la désignation d’un responsable de sécurité
Ces nouvelles mesures ajoutent plusieurs briques nouvelles concrètes :
D’abord, elles créent une chaîne administrative d’évaluation interministérielle et inter-agence : la CAC, le MIIT, le MSP, le MSE, et les autorités provinciales sont désormais associés.
Elles précisent les obligations de reporting annuel.
Surtout, selon moi, elles pré-qualifient un marché des évaluateurs-inspecteurs, les articles 7 à 14 les désignent comme « des organismes tiers ». J’y reviens dans l’analyse plus bas. En cas de risque élevé, un audit par un organisme tiers certifié devient mandatory (incident de sécurité, de fuite de données importantes ou de fuite massive de données personnelles).
Elles précisent enfin comment les mesures dites « correctives » lourdes (jusqu’à l’arrêt du traitement des données) des peuvent être déclenchées (article 19). C’était déjà présent dans le règlement de 2024 mais leur déclenchement est désormais adossé à une procédure d’évaluation externe.
Les zones d’ombres sont nombreuses :
- Le seuil de déclenchement des évaluation pour incident n’est pas précisé
- La circulation interministérielle des données et leur exploitation non plus
MSP et MSE dans la boucle
Les mesures précisent aussi que les organes de sécurité publique (MSP) et les organes de sécurité d’État (MSE) assument, dans leur champ de compétence, des responsabilités de supervision de la sécurité des données.
La « nouveauté politique » ici est la présence explicite de la sécurité d’État dans la circulation des plans et des rapports.
- L’article 4 prévoit le partage des plans de contrôle avec les départements chargés de la sécurité d’État ;
- l’article 16 prévoit le partage des rapports agrégés avec ces mêmes départements et autorise aussi les organes de sécurité d’État à vérifier l’authenticité et l’exactitude des rapports
Implications multiples
Ce que le texte désigne par data peut inclure toute information sur les volumes, les finalités les lieux, les flux (transfrontaliers), les dispositifs de chiffrement, les incidents, les sous-traitants, les systèmes et sous-systèmes…
Les entreprises les plus exposées sont celles qui traitent un volume de données important, notamment dans l’automobile, l’énergie, la santé, la chimie, la finance etc.
Analyse
La data compliance à la chinoise devient un dispositif de souveraineté et de contre-ingérence. Ce n’est pas une surprise, mais elle s’opérationnalise. La prochaine étape sera, selon moi, off shore, c’est-à-dire imposer ce type de compliance sur les marchés et opérations extérieurs. Comment ?
En trois étapes :
1. Le texte réintroduit les tiers évaluateurs. Ces évaluateurs sont « encouragés » à être certifiés et les autorités peuvent imposer le recours à un organisme certifié en cas de risque élevé. L’idée est assez claire : à l’instar des API dans l’industrie, la Chine structure un écosystème national d’évaluateurs, de normes et de rapports qualifiant ou disqualifiant pour, notamment, les appels d’offre internationaux.
- La norme GB/T 45577-2025 sur la méthode d’évaluation des risques de sécurité des données, mise en œuvre à partir de novembre 2025, fournit précisément une base technique à cette professionnalisation.
- La norme GB/T 43697-2024 sur la classification et la gradation des données fournit, elle, la brique amont : identifier ce qui relève des données ordinaires, importantes ou essentielles.
2. Les groupes étrangers opérant en Chine devront produire une documentation compatible avec les catégories chinoises. Même si le texte s’applique territorialement, il crée une pression sur les architectures globales et la segmentation Chine et hors Chine.
3. La Chine peut ensuite proposer ses standards, ses cabinets, ses outils de conformité et de certification dans les pays partenaires, notamment via les « routes numériques », les infrastructures télécoms, les clouds, les villes intelligentes et les opérateurs critiques. Ce n’est pas encore une « certification mondiale » au sens ISO, mais cela peut devenir une certification de compatibilité avec l’écosystème numérique chinois.
C’est ce qui s’appelle, familièrement, avoir de la suite dans ses idées.
Recommandation : pour les entreprises les plus exposées, créer un « Comité de gouvernance des données, de conformité et de contre-ingérence » (la contre ingérence ne devant pas apparaitre dans la dénomination officielle), placé sous la responsabilité du directeur général de la filiale. Je vois déjà au moins 10 SOP dédiées, préparations aux audits et contrôle, communication interne et formation…Vaste programme.
3. Shanghai, une future place financière offshore ?
Le 17 juin, le Forum financier de Lujiazui s’est ouvert à Shanghai, avec les interventions de He Lifeng, vice-Premier ministre chargé des dossiers économiques et financiers, de Pan Gongsheng, gouverneur de la Banque populaire de Chine (PBoC), de Ding Xiangqun, directrice de l’Administration nationale de régulation financière (NFRA), et de Wu Qing, président de la Commission de régulation des valeurs mobilières (CSRC).
( 2 954 signes. Mots-clés : PBoC ; NDRC ; CSRC ; NFRA; extraterritorialité )
Le communiqué officiel insiste, en résumé, sur quelques points/objectifs :
- internationaliser le yuan sans ouvrir pleinement le compte de capital.
- créer un marché offshore en yuan plus profond, sous architecture chinoise.
- réduire l’exposition au dollar et aux sanctions financières.
- reprendre le contrôle de la transmission monétaire (mieux piloter la liquidité de marché) et
- financer la réorientation industrielle sans relancer l’ancien cycle immobilier-bancaire
Shanghai offshore, un sanctuaire pour les entreprises chinoises
Le même jour, la Banque populaire de Chine (PBoc), la NDRC, l’Administration nationale de régulation financière, la Commission de régulation des valeurs mobilières, l’Administration nationale des changes et la municipalité de Shanghai ont publié un plan d’action pour développer la finance offshore à Shanghai.
Le texte vise à faire de Shanghai un centre financier international capable d’offrir des services offshore aux entreprises chinoises actives à l’étranger, aux entreprises des pays participant aux « Nouvelles routes de la soie » et aux entreprises étrangères ayant des besoins de financement, de paiement, de change, d’assurance, de gestion d’actifs ou de trésorerie internationale.
Dans le même temps, les autorités ont publié un « Guide de classification et de hiérarchisation des données des services d’information financière ». Le guide s’applique aux fournisseurs de services d’information financière opérant en Chine, pour leurs travaux de classification, hiérarchisation et identification des données importantes. Les données macroéconomiques relatives à la Chine sont traitées comme sensibles. En substance : une donnée privée ou semi-privée devient politiquement sensible lorsqu’elle permet de mieux voir l’économie chinoise que la donnée publique officielle.
Commentaire
Le plan d’action sur la finance offshore à Shanghai confirme que « l’ouverture » annoncée à Lujiazui relève d’une architecture plus large dans laquelle Pékin organise un offshore administré.
L’objectif prioritaire qui se dégage est de fournir aux entreprises chinoises internationalisées un « refuge financier », capable de couvrir le commerce offshore et, à terme, la gestion d’actifs, les family offices et les trusts. La place de Shanghai se destine à devenir une plateforme de compensation et de règlement, ou un sas souverain, entre l’onshore et la finance mondiale, mais absolument pas un espace de dérégulation.
Le guide de classification des données répond à une partie des questions qui se posent alors : plus la Chine internationalise le yuan par les services, plus elle doit contrôler la donnée qui permet de trader, anticiper et mesurer les risques ou détecter les fragilités chinoises. La donnée devient l’équivalent informationnel du compte de capital : un espace qui doit rester utilisable par les marchés, mais gouverné par l’État.
Analyse
La transparence de marché et la circulation de l’information sont ainsi localisées et requalifiées par des standards chinois de sécurité économique, de stabilité financière et de souveraineté des données. La logique est cohérente : si Pékin contrôle le marché, les infrastructures, mais aussi les produits, les comptes, les référentiels et les obligations de reporting, les normes extérieures continuent d’exister, mais elles sont absorbées dans une architecture supérieure.
4. Au sujet de l’écosystème DeepSeek
Selon une reprise chinoise publiée par le media chinois en ligne Sina Finance, DeepSeek (Hangzhou DeepSeek Artificial Intelligence Basic Technology Research Co., Ltd.) aurait bouclé, le 16 juin, une première levée externe d’environ 51 milliards de yuans, soit près de 7,5 milliards de dollars, pour une valorisation post-money proche de 400 milliards de yuans, équivalente à plus de 50 milliards de dollars. L’opération placerait les investisseurs privés — Tencent, CATL, JD.com, NetEase, IDG Capital — dans une structure contrôlée par Liang Wenfeng, son fondateur, sans droits de vote et avec une clause d’incessibilité de cinq ans, tandis que le Fonds national chinois pour l’industrie de l’intelligence artificielle investirait directement dans DeepSeek, avec droits de vote et sans blocage de liquidité. Liang contribuerait à hauteur d’environ 20 milliards de yuans, Tencent à 10 milliards, CATL à 5 milliards, JD.com, NetEase et IDG Capital à 3 milliards chacun, et le fonds national à environ 1 milliard.
( 2 611 signes. Mots-clés : DeepSeek ; intelligence artificielle ; MIIT ; CATL; Tencent)
Un fonds national privilégié
Le Fonds national chinois pour l’industrie de l’intelligence artificielle (国家人工智能产业投资基金合伙企业有限合伙) a été installé à Shanghai-Xuhui début 2025, avec un capital annoncé de 60 milliards de yuans. Il a été créé par Guozhitou (Shanghai) Private Fund Management (国智投(上海)私募基金管理有限公司) et par le National Integrated Circuit Industry Investment Fund Phase III (国家集成电路产业投资基金三期股份有限公司), le « Big Fund III » chinois des semi-conducteurs. Le gouvernement de Shanghai présente ce dernier comme le plus grand fonds chinois d’investissement dans les semi-conducteurs, financé par plusieurs capitaux publics et orienté vers l’ensemble de la chaîne industrielle des semi-conducteurs.
Sous réserve de confirmation publique par DeepSeek, le schéma rapporté distingue nettement les investisseurs privés, immobilisés par une clause d’incessibilité de cinq ans et privés de droits de gouvernance, du capital public, investi directement, doté de droits de vote et non soumis à cette clause. Le montage place le Parti-État et plusieurs champions sectoriels au cœur d’une architecture nationale de l’IA structurée autour de DeepSeek
Les grands groupes apportent le capital, le marché et les données, scénarios d’usage et capacités de diffusion, sans accès réel à la gouvernance. L’État conserve des droits de vote et se réserve un accès institutionnel au cœur du dispositif. Liang Wenfeng apparaît comme le maître du montage, mais il agit surtout comme l’opérateur mandaté d’un actif désormais intégré à la stratégie technologique nationale.

Liang Wenfeng, le porteur d’un récit technologique chinois
DeepSeek offrait déjà à la Chine un exemple de contournement des restrictions américaines ainsi qu’un modèle d’innovation moins dépendant des grandes plateformes historiques. Le montage permet d’empêcher la capture ou toute dérive commerciale ou financière de DeepSeek – Jack Ma et Ant Group ont été rappelés à l’ordre en 2020 par le PCC – en verrouillant sa gouvernance.
Analyse
Pékin organise manifestement autour de DeepSeek une coalition industrielle, voire une sorte de blindage institutionnel. L’objectif consiste à faire passer DeepSeek du statut de start-up performante à celui de plateforme de souveraineté technologique, la faisant entrer dans le champ de la sécurité nationale.
Cette montée en puissance d’un écosystème DeepSeek intervient alors que l’entreprise figure déjà dans le radar américain de sécurité nationale. DeepSeek aurait été pré-inscrite sur l’Entity List du Department of Commerce, aux côtés de ChangXin Memory Technologies (CXMT) et de plus de cent autres entités chinoises. L’ajout n’a pas été publié par le Bureau of Industry and Security (BIS), DeepSeek reste donc non listée juridiquement, mais pré-identifiée administrativement comme risque. La question porte désormais sur l’arbitrage politique américain : la coalition organisée autour de DeepSeek renforce objectivement le niveau de risque. Pour l’heure l’administration Trump reste dans la retenue pour éviter une escalade avec Pékin. Mais pour combien de temps ?
▶ Politique extérieure
5. L’UE retarde son bras de fer son adversaire, sans le nommer
Les réactions chinoises à la suite du G7, et du Conseil Européen qui a suivi, n’ont pas dérogé à la critique habituelle des petits groupes de pays qui « créent leurs propres règles ». ( 3 752 signes. Mots-clés : G7 ; Conseil Européen ; Wang Wentao ; Maroš Šefčovič)
Un article du Global Times capture parfaitement la lecture des événements côté chinois :
Le dernier signal issu de la réunion de Bruxelles – à savoir le report de la confrontation commerciale avec la Chine – n'était pas inattendu, car l'orientation générale de la politique de l'UE vis-à-vis de la Chine avait déjà été définie à l'issue d'une série de rencontres récentes de haut niveau et de discussions internes au sein de l'UE, a déclaré vendredi Feng Zhongping, directeur de l'Institut d'études européennes de l'Académie chinoise des sciences sociales, au Global Times.
Feng est probablement l’un des chercheurs gouvernementaux chinois qui connait le mieux la mécanique et les réseaux bruxellois. L’UE serait prévisible et transparente dans la préparation de ses choix.
A l’avenir :
L'UE devrait poursuivre sa double approche consistant à « réduire les risques » tout en continuant à considérer la Chine comme un partenaire commercial indispensable, a déclaré M. Feng, ajoutant que la politique européenne actuelle combine le recours à des moyens de pression, tels que les mesures de défense commerciale, avec une volonté constante d'engager le dialogue, ce qui traduit néanmoins une volonté de gérer la concurrence plutôt que de l'exacerber.
Commentaire
Au G7, la Chine était au cœur des discussions sur les déséquilibres économiques mondiaux. Aucune mention d’elle n’a été faite dans le communiqué conjoint sur la sécurisation des chaînes d'approvisionnement en minerais critiques.
Au Conseil Européen, les 18 et 19 juin dernier, il était aussi surtout question de la politique économique extérieure de Pékin, jugée « insoutenable ». Aucune mention de la Chine ne ressort dans les conclusions du Conseil.
Quel tour de force diplomatique !
La ligne semble claire en attendant la visite du ministre du Commerce, Wang Wentao, à Bruxelles les 29 et 30 juin pour des discussions avec Maroš Šefčovič, commissaire européen au commerce et à la sécurité économique. Dossiers probables à l’ordre du jour :
- surcapacités industrielles,
- accès au marché chinois,
- subventions et conditions de concurrence,
- véhicules électriques, prix minimum, dispositifs européens anti-contournement,
- terres rares et contrôles chinois à l’export,
- marchés publics, et
- un dispositif européens de diversification
Du de-risking à la diversification : un pas de plus vers le découplage ?
Lors d’une interview à la presse, le 19 juin, Mme von der Leyen a déclaré qu’un nouvel instrument de diversification viserait principalement à aider les entreprises européennes de certains secteurs à réduire plus rapidement leurs risques, la diversification des chaînes d’approvisionnement s’étant jusqu’à présent avérée trop lente, mais qu’il serait « country agnostic », à savoir qu’il ne ciblerait (nommerait pas) un pays en particulier. L’idée serait d’exiger des entreprises qu’elles diversifient leur approvisionnement en composants critiques provenant d’un ou deux pays, afin d’éviter les goulets d’étranglement critiques susceptibles d’être utilisés à des fins stratégiques.
La Commission n’a pas précisé quand les nouveaux instruments de défense commerciale seraient présentés, mais plusieurs responsables de l’UE ont laissé entendre que le discours sur l’état de l’Union, que Mme von der Leyen prononce chaque année en septembre, serait l’occasion la plus probable.
Pendant ce temps, la machine exportatrice chinoise, dans les biens et les services, bat son plein.
Toutefois, en parallèle, je note les mêmes postures pro-business de certaines de nos agences de moyens et de nos opérateurs de commerce international, apparemment sourdes à, ou exonérés, de toute considération de de-risking sur la Chine.
Petite suggestion : si la Commission prépare depuis quelques mois déjà – relire l’interview de Stéphane Séjourné dans le Monde, le 28 mai dernier, bien avant la tenue du Conseil Européen (Stéphane Séjourné redoute « le retour aux nations » si les Européens n’engagent pas un « bras de fer » commercial avec la Chine) - une nouvelle impulsion en direction des entreprises, pourquoi ne pas leur en dire davantage durant, par exemple, les forums d’affaires de Business France* ?
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*Le rapport de la Cour des comptes de 2021 sur la fusion Ubifrance-AFII est mitigé, surtout sur les résultats opérationnels. La vision investissement-attractivité est-elle au final pertinente, notamment pour le cas d’une économie non marchande qu’est la Chine ?
6. Contrôle des exportations et extraterritorialité : la riposte graduée chinoise
Le 22 juin, le ministère chinois du Commerce a annoncé l’inscription de dix entités américaines sur sa liste de contrôle des exportations, sur le fondement de la loi chinoise sur le contrôle des exportations et du réglement sur les biens à double usage. Cette décision fait suite à la publication, le 8 juin, par le Department of Defense américain, d’une mise à jour de la liste 1260H des « Chinese military companies » opérant directement ou indirectement aux États-Unis. La mesure chinoise interdit aux exportateurs de fournir des biens à double usage à ces entités et prohibe tout transfert, par des organisations ou personnes de tout pays, de biens à double usage originaires de Chine. Les exportations en cours doivent cesser immédiatement, sauf autorisation spéciale du MOFCOM ; les entités visées relèvent principalement de la défense, des drones, de la robotique, du spatial, des services maritimes militaires et des terres rares.
( 4 105 signes ; mots-clés : MOFCOM ; BIS ; IAA)
Relié : Bulletin #32– Mémo 6 – Liste 1260 américaine, la riposte chinoise et la réponse européenne- Traduction in extenso du communiqué du MOFCOM, ICI
Le même jour, dans une séquence coordonnée, le Bureau des achats publics du ministère chinois des Finances interdit aux acheteurs publics chinois d’acheter des produits fabriqués par 46 entreprises américaines. La liste vise très clairement l’écosystème américain de défense et de sécurité et la base industrielle de défense, mais elle ne comprend pas les filiales américaines enregistrées en Chine.
- La liste complète ICI.
Commentaire
La liste 1260H du Department of Defense (DoD) du 8 juin signifiait une présomption de risque, mais la décision MOFCOM du 22 juin va plus loin : elle interdit immédiatement l’exportation de biens à double usage vers dix entités américaines, interdit à toute organisation ou personne de tout pays ou région de transférer ou fournir à ces entités des biens à double usage d’origine chinoise, et ordonne l’arrêt immédiat des activités en cours.
Sur le plan administratif et règlementaire, c’est davantage que du œil pour œil, dent pour dent. Pékin frappe ainsi les entreprises américaines par les deux extrémités : l’accès aux intrants chinois d’un côté, accès à la commande publique chinoise de l’autre.
Pékin prépare aussi le coup d’après : la liste du MoF permet de mettre sous surveillance les entreprises tierces qui fournissent à ces 46 entités des biens, technologies, services ou composants chinois.
L’exclusion des filiales chinoises de ces 46 entreprises dans le périmètre d’interdiction est assez logique et habile. La raison principale est probablement juridique. Les laisser dans le périmètre nuirait par contrecoup aux projets en cours adoubés par le gouvernement chinois. Mais cette distinction préserve aussi le signal « d’ouverture » aux investisseurs étrangers localisés en Chine qui peuvent compter sur le droit chinois domestique pour les protéger des ondes de choc extérieures.
Analyse : des produits à double usage aux technologies, il n’y a qu’un pas
La décision du 22 juin reste centrée sur les biens à double usage d’origine chinoise. Elle ne mobilise pas encore explicitement une règle de type Foreign Direct Product Rule américaine. Certains biens produits hors des États-Unis peuvent devenir soumis aux Export Administration Regulations (EAR) lorsqu’ils sont le produit direct de technologies ou logiciels américains, ou produits par des équipements eux-mêmes dérivés de technologies américaines.
Mais l’article 49 du Règlement chinois sur le contrôle des exportations de biens à double usage (2024) ouvre déjà cette possibilité : le MOFCOM peut exiger l’application du régime chinois à des biens fabriqués hors de Chine lorsqu’ils contiennent des biens dual-use chinois spécifiques ou lorsqu’ils sont produits à l’étranger grâce à des technologies à double usage spécifiques d’origine chinoise. Pékin teste donc aujourd’hui le droit de suite sur l’origine chinoise ; il dispose déjà de la base juridique pour étendre demain ce droit de suite aux technologies chinoises incorporées dans des chaînes de valeur étrangères.
Implication pour les entreprises européennes (notamment, mais aussi japonaises…)
L’Europe cherche désormais à attirer des investissements chinois, en localisant des usines et à obtenir des transferts de technologies. L’Industrial Accelerator Act (IAA) et les exigences européennes de contenu local s’inscrivent dans cette logique de « reverse Deng », c’est-à-dire capter les technologies chinoises comme la Chine avait capté les technologies européennes*.
Le nouveau régime chinois de contrôle export donne à Pékin les moyens de rendre vains ces efforts. Une entreprise chinoise pourra investir, produire ou transférer certains procédés en Europe tout en maintenant des restrictions sur l’usage final, la réexportation, le transfert à des tiers ou l’intégration dans des chaînes liées à des entités américaines sensibles. Le transfert de technologie chinoise comporte donc, par construction, une série de clauses activables. Une technologie (raffinage, de séparation, d’aimants permanents, batteries ou de matériaux critiques, de robotique ou de procédés industriels…) pourra être localisée hors de Chine tout en restant rattachée à un régime chinois de contrôle.
Les entreprises européennes qui cherchent à sécuriser des technologies chinoises devront intégrer dans leurs contrats, leurs chaînes de conformité et leurs plans industriels le risque d’un veto chinois sur les usages, clients finaux, réexportations et transferts ultérieurs. La Chine renforce ainsi son avance industrielle dans certains segments en pouvoir réglementaire sur les chaînes de valeur mondiales.
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*la différence, et de taille, est que la captation côté chinois était forcée et dissimulée, mais c’est un autre volet du sujet
7. Pékin ouvre un procès moral de la puissance japonaise.
Le 23 juin, le Quotidien du Peuple publie trois textes visant explicitement le Japon : une reprise de la conférence de presse du ministère chinois des Affaires étrangères sur les crimes de guerre bactériologique de l’armée impériale japonaise, un article sur les biens culturels chinois spoliés par le Japon, et un long dossier sur Ryūkyū/Okinawa comme « blessure nationale » et « justice inachevée ». Sur trois registres distincts, le crime biologique, le pillage culturel et la question territoriale, Pékin vise à délégitimer le pouvoir nippon, emmené par sa première ministre, Sanae Takaichi, et pose désormais une question morale : un Japon qui n’a pas soldé sa dette impériale peut-il redevenir une puissance de sécurité en Asie ?
( 4 090 signes. Mots-clés : CASS ; Ryūkyū ; Sanae Takaichi)
Triple dossier accusatoire
Le premier texte commente des informations de presse japonaises sur des expériences de transfusion conduites par des médecins militaires japonais en 1938, consistant à injecter du sang animal dans des corps humains. Le porte-parole du ministère chinois affirme que ces éléments forment une chaîne complète de preuves, établissant les crimes de guerre bactériologique japonais et complétant les travaux inachevés du procès de Tokyo.
Une rhétorique qui fabrique l’indignation populaire
Dans le deuxième texte, le Quotidien du Peuple rapporte un séminaire organisé le 20 juin à Tokyo par le « Comité de promotion du mouvement pour la restitution des biens culturels chinois », composé de personnalités japonaises qualifiées de « personnes éclairées » (有识之士). Le groupe appelle le gouvernement japonais à reconnaître l’histoire de l’agression et à restituer les biens culturels chinois illégalement emportés pendant la guerre.
Le texte rappelle que l’armée japonaise stationnée à Lüshun a démonté et transporté la stèle Tang Honglujing, érigée en 714, présentée comme une preuve historique de l’autorité de la dynastie Tang sur les pouvoirs locaux du Nord-Est chinois au Japon en 1908.
Dans le troisième texte, le Quotidien du Peuple publie un long dossier d’une page intitulé « Blessure d’un peuple et justice inachevée — Ryūkyū, plus d’un siècle de souffrance et de lutte » (民族的伤口与未竟的正义——琉球跨越百年的苦难与抗争).
L’article est signé par Tang Yongliang, chercheur à l’Institut du Japon de l’Académie chinoise des sciences sociales (CASS), et paraît en page 18, immédiatement après les deux textes de la page 17. Il ne traite pas Okinawa comme une simple préfecture japonaise. Ryūkyū, ancien royaume indépendant, annexé par le Japon, est soumis à l’assimilation, à la discrimination, à la bataille d’Okinawa et aux bases américaines, décrivant un processus de dépossession. Le texte affirme que la question de Ryūkyū relève de l’ordre international d’après-guerre et que les arrangements américano-japonais ont érodé les dispositions prévues à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Le statut même de Ryūkyū est ainsi présenté comme une question historique, juridique et morale ouverte et la relie à l’actualité : le ministère japonais de la Défense renforcerait à Okinawa un dispositif de « médecine de guerre » et le plan d’évacuation des habitants publié l’an dernier montre que Tokyo désigne l’archipel Ryūkyū comme zone présupposée de conflit. Ses habitants seraient donc menacés de redevenir la « chair à canon » des décisions japonaises.
Analyse
Le sous-texte s’éclaire : Okinawa/Ryūkyū constitue l’avant-poste militaire de l’alliance américano-japonaise dans un scénario de crise à Taïwan.
La question posée porte sur la qualification morale du Japon contemporain à redevenir une puissance militaire. Un tel pouvoir ne peut pas prétendre redevenir un pilier responsable de l’ordre régional.
Cette rhétorique donne à Pékin les moyens politiques de couper certains ponts avec le Japon. Elle peut justifier des restrictions d’exportations à double usage, un gel de coopérations, une pression accrue sur les entreprises japonaises, une réduction des échanges culturels et touristiques, ainsi qu’une dénonciation systématique des formats de sécurité associant Tokyo aux États-Unis, à l’Organisation du traité de l’Atlantique nord, aux Philippines, à l’Australie et à Taïwan.
Dans un mémo précédent, en novembre dernier, je signalais que :
Pékin ne se limite plus à des rappels historiques, mais structure désormais Ryukyu comme un levier narratif prêt à être mobilisé si Tokyo durcit sa ligne sur Taïwan.Relié : Bulletin #6– Mémo 9 – Un script bien rodé : Pékin met en scène son arsenal de coercition contre Tokyo
Par ailleurs, la question du contrôle de l’opinion chinoise devient centrale. Pékin sait « chauffer » sa population, orienter la colère, puis la canaliser par la censure, les consignes médiatiques et la gestion policière des mobilisations.
Concernant Ryūkyū/Okinawa, Pékin n’a pas besoin de soutenir formellement une indépendance ryūkyūane pour affaiblir la légitimité de l’arc sud-ouest japonais. Il lui suffit de présenter Okinawa comme un territoire historiquement absorbé et politiquement discriminé. Cette ligne accompagnera les patrouilles chinoises autour des Diaoyu/Senkaku, la dénonciation de la coopération Japon-Taïwan et la contestation de l’alliance américano-japonaise dans le détroit.
Pour l’Europe, l’enjeu tient à une « diabolisation » du Japon comme partenaire de sécurité en Asie. Pékin cherchera à compliquer la présentation occidentale d’un Japon stabilisateur, démocratique et responsable. Les Européens seront invités à choisir. Les entreprises européennes actives dans les chaînes de valeur Japon-Chine devront intégrer un risque montant de rupture.
Relié : Bulletin #8– Mémo 6 – Chine-Russie, la fabrique d’un ennemi commun : le Japon▶ Influence et ingérences
8. Chongqing recrute pour sa ferme d’influence internationale
Un billet, “Friends With Influence”, de l’excellent Lingua Sinica, publié le 16 juin, nous fournit un éclairage intéressant sur le fonctionnement concret du Western International Communication Center de Chongqing à partir de plusieurs offres d’emploi récemment publiées.
Ce centre de « communication » recrute des profils spécialisés : reporter multimédia anglophone, éditeur multilingue pour réseaux sociaux étrangers, ingénieur technique de studio/XR, spécialiste des coopérations médias, analyste de données médias. L’ensemble dessine une chaîne complète de production et de communication internationale dont la mobilisation d’influenceurs. Les fiches de poste consultées placent l’intelligence artificielle au cœur du dispositif : AI news editing, production vidéo assistée par IA, planification éditoriale générative, rédaction multilingue, montage court, live-streaming, génération visuelle, studio virtuel, XR et Unreal Engine.
Contexte
Les International Communication Centers (ICC) (国际传播中心), sont des plateformes locales de communication extérieure créées par les provinces, municipalités et, désormais, certains échelons infra-provinciaux chinois pour décliner localement la campagne nationale visant à « bien raconter la Chine » (讲好中国故事), et devant illustrer ce qu’on appelle communément le « pouvoir discursif ».
Le réseau s’est développé très rapidement. Lingua Sinica et le China Media Project ont recensé plus de 200 International Communication Centers aux niveaux provincial, municipal et de district. Chongqing occupe une place particulière : le Western International Communication Center, créé en 2018, est présenté comme le premier hub provincial de ce type et comme un modèle pour le système national ultérieur. Sa plateforme iChongqing se définit elle-même comme un média internet tourné vers la communication extérieure, présent sur Facebook, X/Twitter, YouTube, LinkedIn, Instagram, Weibo, Douyin et WeChat .
Les ICC cherchent à emprunter des audiences étrangères déjà constituées, au lieu de seulement publier des contenus chinois vers l’étranger. Ils s’appuient sur des influenceurs, médias partenaires, plateformes locales, associations, villes jumelées, universités, entreprises et personnalités devenues « amies ».
Ce que révèlent les recrutements de l’ICC de Chongqing
Trois profils ressortent particulièrement.
- Le premier est celui de l’ingénieur technique de studio. Il doit assurer la maintenance des caméras, caméras PTZ, consoles de mixage, systèmes d’intercommunication, écrans LED, serveurs et commutateurs ; superviser les plateformes de réalisation cloud, de studio virtuel, d’enregistrement, de live cloud et de vidéo à la demande ; utiliser Unreal Engine pour produire des scènes XR, des décors virtuels, des arrière-plans 3D et des effets dynamiques ; mobiliser des outils d’IA visuelle, de production virtuelle et d’assistance au live. Ce profil montre que l’ICC se dote d’une capacité de studio complète, proche d’une agence audiovisuelle intégrée.
- Le deuxième cible un spécialiste des données médias. Il doit surveiller les grands médias étrangers, agences de presse, plateformes de nouveaux médias et KOL étrangers ; utiliser des outils d’analyse intelligente et l’IA générative pour collecter des données multilingues, extraire des informations et produire de l’analyse de l’opinion publique.
- Le troisième profil, le plus intéressant, est celui d’éditeur multilingue pour les réseaux sociaux étrangers. Deux postes sont ouverts récemment. J’ai traduit l’annonce in extenso ICI à partir du texte source. Le titulaire doit gérer les comptes iChongqing sur Facebook, X, Instagram et TikTok ; définir la stratégie d’exploitation, le calendrier éditorial et les objectifs de croissance. Ce dernier poste s’apparente à un opérateur capable de piloter des comptes occidentaux, de parler anglais en direct, de produire des formats courts, de travailler avec des influenceurs étrangers et d’optimiser les campagnes par la donnée.
Une ressemblance fonctionnelle avec les fermes à trolls russes
Des similitudes s’observent avec les fermes à trolls russes. Mais si l’architecture professionnelle ressemble à celle des dispositifs russes, les modalités et les finalités divergent. Une ferme à trolls russe classique travaille par dissimulation : faux comptes, avatars locaux, usurpation d’identités politiques ou communautaires etc. Le modèle chinois décrit ici fonctionne à visage semi-ouvert : iChongqing, Western International Communication Center ne se cache pas. Le cœur de « l’opération » n’est pas l’infiltration clandestine d’un débat étranger sous fausse identité ; il réside dans la construction d’une machine éditoriale locale exportatrice, productrice de contenus positifs, attractifs, co-signés ou relayés par des étrangers.
Les fermes à trolls russes visent à créer le chaos et à déstabiliser tandis que le modèle des ICC industrialise l’acculturation en cherche à habituant lentement les publics étrangers à « recevoir la Chine » par des formats ordinaires, sympathiques, touristiques, culturels et urbains, voire bobo, consommables et socialement validés par des tiers. L’impact peut être plus profond, car il agit dans la durée, sous les formes quasi-invisibles de l’adhésion et de la banalisation.
Le précédent français : Jinan à Paris et Rennes
La France est déjà un terrain d’implantation de ce type de dispositifs.
J’avais fait un Post sur l’ ICC de Jinan (Shandong) en France il y a maintenant un an et demi. Qu’est-il devenu depuis ? Le réseau Jinan s’est élargi. En décembre 2024, un article doctrinal indiquait que Jinan avait déjà établi 15 branches overseas ou stations de liaison dans des pays dont la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Corée, l’Égypte et la Hongrie. Le même texte décrit explicitement la méthode « prendre le bateau d’autrui pour sortir en mer » (借船出海) et les « cinq amitiés » : villes amies, écoles amies, entreprises amies, médias amis, personnes amies, (友城、友校、友企、友媒、友人). L’article mentionne aussi des « coins culturels chinois » (尼山书屋) dans des institutions partenaires, dont l’Institut Confucius de Bretagne, créé par l’ICC Jinan.
En avril 2026, avec la création de la branche de Macédoine du Nord (cf. photo), le réseau Jinan est annoncé à 26 branches ou stations de liaison à l’étranger, couvrant six continents, avec plus de mille médias étrangers partenaires et des implantations ou relais dans des pays incluant le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Espagne, la Corée, la Hongrie et le Kenya.

Commentaire
Cette évolution est moins spectaculaire que les antennes clandestines (cf. mémo suivant) ou les opérations de désinformation agressive. Mais, elle est plus difficile à traiter juridiquement et à saisir politiquement. La force du modèle tient à son caractère semi-ouvert. Les centres portent des noms institutionnels, publient des offres d’emploi, inaugurent des antennes. Ils nomment des influenceurs et affichent ostensiblement leurs partenaires.
Cette visibilité produit une forme de légitimation en exploitant notre codification des échanges : ici un échange culturel, une coopération touristique, là un dialogue des civilisations... Sous cette enveloppe, il transforme des relais locaux en multiplicateurs de récits officiels. Le problème, c’est que ces récits officiels font une présentation biaisée de faits, une omission systématique d’éléments structurants et mise en récit trompeuse sur des enjeux stratégiques.
Loi française relative à la prévention des ingérences étrangères et leurs décrets d’application se réfèrent à ce genre de situations. Ils introduisent également la notion d’activité d’influence susceptible de bénéficier objectivement aux intérêts stratégiques d’un État tiers, a fortiori d’un rival ou d’un adversaire.
↑ Retour au sommaire9. La médiation chinoise : main de fer dans gant de velours
L’article, Faire des affaires en chine : pourquoi envisager la médiation commerciale pour sortir des blocages, paru dans la revue ClassExport et relayé sur le site de Stratexio du MEDEF, explique que la médiation commerciale en Chine est de plus en plus promue comme une alternative au contentieux pour résoudre les litiges entre entreprises françaises et chinoises. Une règlementation nationale entrée en vigueur le 1ᵉʳ mai 2026 structure ce processus, avec des centres comme le CCPIT Mediation Center. Les avantages mis en avant sont la rapidité, la préservation des relations commerciales et la flexibilité, mais son efficacité dépend du contexte et du rapport de force. Les entreprises françaises sont invitées à intégrer la médiation dans leur stratégie. Pourquoi ? Et qu’apporte réellement de plus la médiation pour la défense de nos intérêts ?
Extraits :
Cofondatrice d’Asiallians, un cabinet d’avocats français ayant une pratique reconnue du droit en Europe, en Chine continentale, à Taïwan, ainsi qu’en Afrique, Alina Quach précise : « La médiation commerciale désigne un processus volontaire par lequel les parties, sous l’égide d’un organisme de médiation, cherchent à régler à l’amiable un différend né de leurs relations d’affaires. Elle vise notamment les litiges liés au commerce, à l’investissement, à la finance, au transport, à la construction ou à la propriété intellectuelle. Dans les dossiers franco-chinois, le problème n’est pas toujours de savoir qui a juridiquement raison (…)
La situation peut dégénérer rapidement en blocage inextricable, affectant la relation commerciale de manière persistante. Le réflexe consiste souvent à formaliser, mettre en demeure, durcir le ton. Cette approche peut s’avérer nécessaire mais, en Chine, elle n’est pas toujours la plus efficace si l’objectif est aussi de préserver le courant d’affaires…(…)
Pour cette experte Stratexio, le sujet est d’actualité. » La Chine a récemment renforcé son cadre juridique par l’adoption d’un règlement national sur la médiation commerciale entré en vigueur le 1ᵉʳ mai dernier. Il clarifie le rôle des organismes de médiation, encadre davantage leur fonctionnement et confirme la place de ce mode de résolution dans les litiges commerciaux. Cette évolution traduit une volonté nette des autorités chinoises de donner à la médiation une place plus lisible dans l’environnement des affaires.
Commentaire
Pour la Chine, la médiation est un mécanisme de contrôle des litiges commerciaux. (Cf. mes posts précédents, infra). Dans un contexte chinois, elle permet de désamorcer les conflits avant qu’ils n’atteignent des juridictions étrangères (arbitrage international, tribunaux européens) et de maintenir des litiges dans un cadre chinois (règles, médiateurs), où les pressions locales favorisent les intérêts de Pékin. La médiation est un mode de résolution chinois aux problèmes chinois.
Pendant que la Chine promeut la médiation, elle renforce les obstacles pour les autres voies de résolution des litiges : la Loi anti-sanctions (2021) interdit aux entreprises chinoises de se soumettre à des décisions de justice étrangères. Deuxio, les tribunaux chinois refusent de reconnaître les sentences arbitrales étrangères si elles « portent atteinte à l’intérêt public chinois ». Enfin, les centres comme le CCPIT sont sous double supervision du Parti et de l’appareil administratif d’État.
Un piège économique et politique
La médiation commerciale chinoise ne doit pas être écartée par principe. Elle peut résoudre utilement des litiges ordinaires de paiement, de livraison, de qualité ou d’exécution contractuelle. Elle devient en revanche un objet de vigilance stratégique lorsqu’elle intervient dans un différend asymétrique, politiquement sensible ou lié à des actifs critiques : propriété intellectuelle, données, accès au marché, autorisations administratives, partenaire public ou para-public, dépendance industrielle locale.
Dans ces cas, la médiation peut devenir un mécanisme de relocalisation du différend dans un espace chinois de normes, d’intermédiation et de pression relationnelle.
S’insérant en début de processus, avant l’arbitrage, les entreprises qui acceptent la médiation chinoise deviennent de facto dépendantes de ce système car le dispositif est présenté comme permettant de contourner les « obstacles ». En réalité, elle fonctionne selon la logique des « guanxi » en contournant la règle de droit, ou la rendant accessoire, l’essentiel étant de trouver un « consensus ».
Aussi, il faut non pas sensibiliser les entreprises à la médiation chinoise mais former les entreprises aux risques de la médiation chinoise.
Or, indirectement, le patronat français semble cautionner la médiation chinoise au moins comme option alternative sur la table.
Les risques sont pourtant réels pour nos entreprises séduites par cette voie qui semble plus flexible et « pragmatique ».
La Chine joue pourtant sur les deux tableaux. Quand on lit que la médiation peut éviter des « obstacles », de quels obstacles parle-t-on ? De ceux, d’ordre réglementaire par exemple, mis en travers de l’activité normale de l’entreprise européenne en Chine (accès au marché, propriété intellectuelle…) et que dénoncent depuis de nombreuses années les entreprises françaises et européennes en Chine notamment par l’intermédiaire de la Chambre de commerce de l’Union européenne en Chine (EUCCC). Plus les obstacles sont nombreux et les situations inextricables, plus l’on cherche des solutions alternatives, c’est humain…
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Relié : Bulletin #11– Mémo 5 – Mise à niveau du cadre chinois de la médiation commerciale et projection internationaleBulletin n°2, mémo 12 : « Lancement de l’Institut international de la médiation»
↑ Retour au sommaire10. Postes clandestins ou non déclarés ?
Un article du Monde, daté du 19 juin, titre : « La France fait fermer des stations de police» clandestines chinoises », avec ce sous-titre « Neuf structures œuvrant pour les intérêts de Pékin dans le pays ont été démantelées depuis le début de l’année par ses services de contre-espionnage ». L’article étant « réservé aux abonnés », je ne peux le reproduire.

Je prends mon risque en copiant de courts extraits sur les points qui ont plus particulièrement attiré mon attention et qui nourrissent utilement le débat :
Moins spectaculaire que les opérations de déstabilisation russes, mais tout aussi dynamique, l’activité clandestine de Pékin à l’étranger fonctionne en grande partie par l’intermédiaire de ressortissants n’ayant pas de liens directs avec l’Etat chinois. Une loi de la République populaire du 28 juin 2017 sur le renseignement a créé des contraintes légales imposant aux citoyens et entreprises de Chine de concourir à la collecte d’informations dans le cadre du « Front uni », ce qui fait de tout ressortissant chinois un potentiel espion.
*surligné par moi
Pas de lien visible avec l’Etat ou le PCC, pourrait-on préciser. Car les liens directs sont précisément à la source du problème. Par ailleurs, s’il s’agit de collecte d’informations utiles, ces « stations de police » devraient être requalifiées en « postes de renseignement extérieur »…
Pour la plupart, ces structures actives en France, surtout dans la région parisienne, étaient implantées au sein d’associations communautaires ou culturelles chinoises. Outre la chasse aux dissidents, elles fournissaient des services administratifs, comme la délivrance de passeports, et pouvaient collecter des renseignements pour de possibles recrutements de taupes, qualifiées de « talents ». La communauté chinoise installée en France compte environ 600 000 personnes.
…Ce que confirme l’auteur. Par « talents », entendre « sources de bon niveau ».
L’enquête le montre sur une photo destinée au Bureau des affaires des Chinois d’outre-mer sur laquelle posent d’autres membres de l’Association des industriels et commerçants du Fujian (AICF), devant une affiche de grande taille sur laquelle apparaît, en chinois et en anglais, le nom de la station – « Fuzhou Police Overseas Service Station ». Il aurait, enfin, reçu sur la messagerie WeChat des instructions du ministère chinois de la Sécurité publique (MSP), notamment le 9 décembre 2021, lui enjoignant de faire venir du monde pour la visite, en France, du chef du MSP et maire adjoint de Fuzhou.
C’est la question sous-jacente de mon précédent mémo. On se demande si ces stations sont, dans un contexte chinois, réellement clandestines ou simplement non déclarées. L’aplomb, mâtiné parfois de candeur, avec lequel certains protagonistes chinois ou d’origine chinoise déclarent aux enquêteurs avoir seulement pêché par « omission » doit nous interroger, au-delà du délit proprement dit.
Car l’extraterritorialité chinoise n’est pas territoriale. Elle suit la compétence juridictionnelle. Et la compétence suit l'intérêt, et l'intérêt est autoproclamé dans la Chine de Xi Jinping.
Relié : mon Post sur Linkedin « la police chinoise aux îles Salomon »
↑ Retour au sommaire▶ Documentation & agenda
◇ Documentation
- La Chine hors de ses murs
Empreinte de la Chine à l’étranger, juin, Veille stratégique 4, rubrique « Influence Asie » de l’IRSEM par Hugo Tierny. Cette veille bimestrielle suit l’extension de l’empreinte militaire, logistique, industrielle, portuaire, spatiale et sécuritaire chinoise à l’étranger. Elle montre une Chine qui accentue la pression autour de Taïwan et des détroits proches tout en consolidant ses lignes extérieures par des ports, des exercices, des partenariats sécuritaires, des ventes d’armes, des capacités spatiales et des investissements miniers. La Chine compense la faiblesse de son réseau de bases à l’étranger par une logistique mobile, des infrastructures duales et des coopérations sécuritaires.
- Coercition
Countering China’s Economic Coercion: Lessons from Japan, 19 mai, Journal of Geoeconomics, par notamment Matthew P. Goodman, du Council on Foreign Relations (CFR). L’article part du précédent japonais de 2010, lorsque Pékin a restreint les exportations de terres rares vers le Japon après l’incident des Senkaku/Diaoyu. Tokyo a alors répondu en diversifiant ses approvisionnements, réduisant la demande, et développé une politique substitution technologique et de coopération internationale. Cette stratégie aurait réduit la dépendance japonaise aux terres rares chinoises, sans recours prioritaire à une escalade punitive contre Pékin. Le texte en tire une leçon pour les États-Unis : face à la coercition économique chinoise, la dissuasion par déni — rendre la coercition inefficace — serait plus robuste que la seule dissuasion par représailles.
- Europe-Chine : l’Europe doit dire Non !
The Art of the Swarm: Systemic Rivalry with China on European Terms, juin, par Andrew Small, Directeur du Asia Programme, European Council on Foreign Relations (ECFR) ; ancien China fellow à IDEA, structure de conseil rattachée à la présidence de la Commission européenne. Andrew Small estime que l’Europe a désormais compris la nature du défi chinois, mais qu’elle répond encore de manière fragmentée : un tarif, un secteur, une restriction de sécurité à la fois. Il propose de transformer le système européen de marché unique, ses règles, normes, sa transparence, en instrument stratégique. Comment ? D’abord dire 6 fois « Non ! »: pas de double standard, pas de concurrence truquée, pas de monopoles stratégiques, pas de backdoors, pas de boîtes noires, pas d’acteurs facilitant les menaces contre l’Europe. Dans l’attente de nouveaux instruments européens plus lourds, l’UE devrait déployer une tactique d’essaim (« swarm tactics ») : une multitude de mesures existantes, modestes séparément, mais puissantes si cumulées. Remarque : A. Small ne croit pas réaliste l’idée de manœuvre dite de « reverse Deng » pour les raisons que je détaillais dans un post précédent : « But Europe should not attempt to outmuscle its opponents in contests it is bound to lose. Beijing’s methods work because a one-party state stands behind it. Chinese policymakers can direct firms and capital, absorb losses and hold positions for purely strategic gain, and conduct the kind of extra-legal political warfare that Europe cannot”.
- Santé et sécurité nationale
Balancing openness and control: Cross-border health data and AI governance in China, juin, par Kenton Thibaut, Senior resident China fellow, Digital Forensic Research Lab, Atlantic Council et Senior Fellow au Scowcroft Center’s Indo-Pacific Security Initiative. Le brief souligne que Pékin construit une ouverture administrée des données de santé : faciliter certains échanges utiles à l’IA, à la pharma, aux essais cliniques et à la biotech, tout en verrouillant les données génomiques, biométriques, populationnelles et stratégiques. La Chine traite les données de santé comme des ressources économiques et des actifs de sécurité nationale. Pour les multinationales, la conséquence pratique est une architecture de plus en plus China-for-China.
- Politique agricole
Chine : superpuissance agricole en devenir, le 16 juin, par Sébastien Abis, Chercheur Associé à l’IRIS et directeur du Club Demeter. La Chine a toujours placé le développement de son agriculture et sa sécurité alimentaire au cœur de ses priorités nationales. Après avoir positionné ces questions au centre de sa diplomatie ces dernières années, que ce soit à travers l’initiative « une ceinture, une route » lancée en 2013 ou sa prise de direction de l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) en 2019, la puissance chinoise s’évertue désormais à devenir un grand exportateur…Remarque : court brief, mais sur un sujet important et peu souvent étudié.
- Stratégie techno-industrielle chinoise
China’s Techno-Industrial Strategy in the Xi Era: Producing Under Pressure, Printemps 2026, par Gerard DiPippo, Jonathon Sine, Benjamin Lenain, de la RAND Corporation, et ses China Research Center et RAND Global and Emerging Risks. Résumé : Le rapport soutient que la politique techno-industrielle chinoise sous Xi Jinping est devenue plus centralisée, plus sécuritaire et plus financière. Il définit cette orientation techno-industrielle comme omnicanale : le canal fiscal, financier, l’économie réelle, les relations Parti-entreprises et la projection extérieure. Le cœur de la transformation tient au passage d’une politique de croissance et de rattrapage à une politique de sécurité nationale, d’autosuffisance technologique et de leadership dans les secteurs de « frontière ». Les contraintes budgétaires poussent Pékin à remplacer une partie des subventions directes par des mandats programmatiques, des fonds-guides, et une allocation du crédit plus ciblé.
◇ Conférences (webinar) à venir
1er juillet, 16h-17h, heure française sur le Sommet de l’OTAN et possiblement des développements sur la Chine par le CSIS : Press Briefing: Previewing the NATO Summit | CSIS Events
Le 7 juillet, de 15h à 22h, Une conference annuelle sur la Mer de Chine du Sud, CSIS Sixteenth Annual South China Sea Conference | CSIS Events
◇ Agenda
Visite du ministre du Commerce, Wang Wentao, à Bruxelles, prévu seulement le 29 juin (A-t-il raccourci sa visite d’un jour ?)
◇ Prochain Bulletin
Bulletin léger, je serai en déplacement.
Je prévois de revenir notamment sur la réunion des BRICS (16e réunion des conseillers sécurité nationale), qui s’est déroulé les 22–23 juin, à New Delhi, format Track 1. Wang Yi pousse les BRICS vers une coopération plus politique : terrorisme, militarisation de l’espace, énergie, sécurité alimentaire, et IA et aussi et surtout ressources minérales stratégiques. C’est la réponse « Sud global » au cadrage G7 sur minerais critiques.
En politique intérieure, un article sur le développement des interfaces cerveau- machine de Liu Guozhong, VPM et membre du BP lors d’un déplacement en province.
A bientôt !
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